EXPÉRIMENTATION
L’action parasiticide, én vitro, du violet de gentiane, a été établie par Langen en 1928, ce dernier expérimentant sur les strongles du mouton. Les Américains Wright et Brady le préconisèrent en 1940 en thérapeutique humaine. En France, c’est notre maître Jean Rachet, avec Busson, Galmiche eteRosay, qui montrent en 1943 l’action anthelminthique du violet de
gentiane sur l’oxyure de l’homme.
Dans une communication faite récemment à l’Académie des Sciences, le docteur Robert Deschiens, de l'Institut Pasteur, étudie les propriétés anthelminthiques des divers dérivés du triphényl-méthane. Parmi ces remarquables expériences, nous en retiendrons une qui nous intéresse particulièrement, se rapportant spécialement à notre sujet : c’est l’action in vivo du violet de gentiane sur l’oxyure de la souris, scyphacia obvelata (Rudolphi, 1802). Le traitement consiste, pendant six jours consécutifs, en une injection quotidienne par voie anale, de 1 cc. pour une souris de 20 gr, d’une solution à 1 pour 2.000 (soit 0 gr. 025 par kilo d’animal) de violet de gentiane dans l’eau distillée. Le septième jour, l’autopsie de la sou-
Due 2 EU
DE SRE
ris traitée est pratiquée : il n’y a plus d’oxyures dans l'intestin ou, s’il en persiste, ils sont morts.
Le violet de gentiane est un mélange de violet hexa et penta méthylé. Nous avons utilisé, tant au point de vue expérimental que clinique, le cristal violet dérivé hexa méthylé du triphényl- méthane, qui nous a paru d’une efficacité incontestablement supérieure. Ce produit nous a été très aimablement procuré par M. La Chartre.
L'action parasiticide du cristal violet étant prouvée, nous nous sômmes demandé quel était le mécanisme de cette action.
Six souris infectées reçoivent quotidiennement pendant huit jours, par voie anale, une injection de 1 cc. d’une solution à 1 pour 2.000 de cristal violet dans l’eau distillée. Le traitement est parfaitement supporté. Le neuvième jour leur autopsie est pratiquée : les animaux sont complètement stérilisés : on ne trouve chez deux d’entre eux que quelques oxyures morts. L’intestin est prélevé depuis le pylore jusqu’au rectum. Dans cet intestin on ne voit pas macroscopiquement la plus petite trace de cristal violet. Des coupes sont pratiquées à différents étages du tube digestif. Des fragments sont prélevés, congelés dans les deux heures qui suivent, examinés au microscope sans coloration ou colorés légèrement à l’éosine. La
muqueuse apparaît parfaitement normale, nulle part
"Mn TV ER
on ne trouve d’inclusion ou même de coloration violette.
Ainsi on peut conclure que 24 heures après un traitement prolongé au cristal violet, ce dernier est complètement éliminé et s’il passe dans la circulation générale en pénétrant la muqueuse intestinale, ne laisse aucune trace de son passage.
De nouvelles souris reçoivent une injection intestinale de 1 cc. de la même solution et sont autopsiées 10, 8, 6 et 3 heures après. Pratiquement, au bout de 8 heures le cristal violet a complètement disparu du tube digestif. Il faut savoir que la dose de 1 cc. de la solution est calculée pour que tout le tractus intestinal soit injecté jusqu’au pylore. Si la quantité injectée est supérieure à 1 cc., le pylore est forcé et
la souris meurt.
-” Trois heures après l'injection, l'intestin, à l’autopsie, est rempli de colorant. Il est prélevé depuis le pylore jusqu’au rectum, lavé doucement, coupé à différentes hauteurs. Les fragments prélevés sont congelés immédiatement et examinés au microscope sans coloration et après coloration légère à l’éosine. Dans ce cas encore, nulle part on ne trouve de traces de cristal violet.
Ainsi on peut en déduire que le cristal violet ne pénètre pas dans la muqueuse intestinale. Il agit localement et tue le ver par contact direct en créant un milieu dans lequel l’oxyure ne peut vivre. Mais si la modification du milieu biologique peut être un
LM rte
facteur du pouvoir anthelminthique du eristal violet (son pH est de 6), il est indéniable que le colorant est surtout toxique pour l’oxyure.
En effet, chez un malade traité, les vers émis dans les selles sont violets. Est-ce par l’imbibition ou parce qu’il ingère le violet que l’oxyure prend la coloration ? Un amas de quelques dizaines d’oxyures, prélevé dans les selles d’un malade traité, est inclus dans la paraffine et des coupes sont pratiquées. L’examen microscopique montre que seul le tube digestif du ver est coloré en violet. D’ailleurs, une technique plus simple consiste à examiner un oxyure coloré au petit grossissement d’un microscope ; on voit parfaitement par transparence le dessin du tube digestif, qui seul a pris la coloration, et on distingue nettement des amas violets à la partie antérieure de l’intestin.
Pratiquement, du point de vue clinique, les oxyures se trouvent répartis dans toute la cavité intestinale, depuis la partie haute de l'intestin grêle jusqu’à l’anus. La localisation rectale ou anale du ver n’a pas une grande importance, car d’une part l’oxyure est expulsé avec les matières fécales, et d’autre part les femelles meurent après la ponte.
Il suffira par conséquent de répartir la dose d2 médicament en plusieurs prises dans la journée, de façon à ce qu'il y ait toujours du colorant dans la cavité intestinale. Le point délicat est essentiellement une glutinisation juste suffisante des capsules, qui
devront s’ouvrir dès qu’elles se trouveront en contact avec le milieu intestinal. Quant aux oxyures qui auront pénétré, et ils le font parfois profondément, dans la paroi intestinale, ou qui auront subi une migration hors de l'intestin, la thérapeutique ne pourra les atteindre. IL en sera de même pour les vers qui se seront enkystés dans la paroi ou pour ceux qui se trouveront à Flétat larvaire dans cette paroi. Cette dernière éventualité est d’ailleurs exceptionnelle. Dans ces cas de migration, de pénétration profonde ou d’enkystement dans la paroi, il suffira, pour agir efficacement, de savoir prolonger assez longtemps le traitement. Le cycle complet de Foxyure étant de quinze jours à trois semaines, plusieurs cures de violet séparées par des intervalles de repos, le traitement durant au total un mois et demi à deux mois, viendront à bout de toutes les générations successives de vers.
Cependant, si l’action du cristal violet sur l’oxyure adulte est certaine et si par des cures répétées on arrive à débarrasser le malade de sa parasitose, on devait se demander si, en agissant sur les œufs, on ne pourrait pas abréger la durée du traitement et obtenir les mêmes résultats. Pour ce faire, il faudrait que le colorant provoquât la destruction des œufs, ce qui permettrait de ne pas attendre le complet développement d’une ou de plusieurs générations de vérs. Les larves étant rapidement détruites en deux à trois heures par le cristal violet et les œufs ne se
trouvant pratiquement jamais dans la muqueuse,
mais toujours dans la lumière intestinale à la surface de la muqueuse, si le colorant agissait sur l'œuf comme sur le ver, le résultat serait atteint et le nombre des cures pourrait être réduit.
Des œufs d’oxyure humains placés à la température du laboratoire, dans une solution de violet à 1 pour 2.000 et examinés 2, 4 et 6 heures après, restent inchangés et ne se trouvent pas colorés. Vu le lendemain, soit 24 à 36 heures après, l'œuf est uniformément coloré en violet ; on ne note par ailleurs aucune modification dans sa structure. Cette expérience confirme un fait bien connu en parasitologie, à savoir que l’œuf vivant présente une cuticule chitineuse et graisseuse qui empêche l’action du colorant, tandis que la cuticule de l’œuf mort a subi des modifications qui permettent la pénétration du colorant. Il faudrait donc admettre que l’œuf vivant résiste au violet, tandis que l’œuf mort se laisse colorer. Ces constatations ne présentent par suite aucun intérêt au point de vue thérapeutique.
Le docteur Robert Deschiens, de l’Institut Pasteur, a bien voulu nous communiquer récemment, en nous autorisant à les utiliser dafñs cet ouvrage, les résultats d'expériences qu’il poursuit actuellement et qui seront publiées incessamment.
Des œufs d’oxyures de souris, placés dans de l’eau distillée à une température de 37°, se développent normalement. L’œuf, gyriniforme, subit des modifications successives pour donner au bout de quelques