‹ Le Croix et l'épée au CanadaChapitre 1 sur 23 · AVANT-PROP )S · texte numérisé non relu

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a été si intimement lié aux événements, aux faits dont je parle, que je n’ai pu faire autrement. Et puis j’ai cru opportun d’expliquer la part que j’ai prise à ces événements.

Comme ce livre sera probablement la dernière de mes œuvres historiques et littéraires, j’ai voulu y mettre tout ce qui, depuis soixante ans, a été l’objet de mes méditations religieuses et nationales.

Extrait d'une conférence faite au Séminaire de Sainte-Thérèse

IP -n orsque Jacques Cartier, l’é- § pée à la main, plantait la /|sèS& cr°ix sur ^es rives du Saint- Laurent, il présageait et consacrait en quelque sorte la glorieuse alliance qui devait faire grandir et prospérer l’œuvre qu’il inaugurait.

En effet lorqu’on jette les yeux sur notre glorieux passé, on reconnaît sans peine le triomphe de la croix et de l’épée.

Les peuples se sont plu à entourer leur berceau d’événements mystérieux et merveilleux, les poètes sur-

tout ont toujours célébré comme des hommes extraordinaires les fondateurs d’empire; ils ont embelli de la puissance de leur imagination tout ce qui se rattache à ces hommes, afin de les élever au-dessus des autres mortels. Cependant, malgré leurs efforts, malgré les ressources de la poésie, ils n’ont jamais rien pu inventer de comparable à ce qui s’est passé sur les rives du Saint -Laurent.

Le peuple canadien n’a pas besoin de jeter un voile sur sa naissance, afin de donner plus de liberté à l’imagination des poètes ; la vérité seule, les faits eux-mêmes sont ici plus admirables que les plus belles fictions poétiques. Comme tous les fondateurs d’empire, les hommes qui fondèrent et colonisèrent notre patrie furent braves; comme eux, ils eurent des obstacles à surmonter, mais ils les surmontèrent par leur esprit de foi, leur dévouement, leur charité, et les motifs sublimes qui les animèrent.

Qu’est-ce qui amena nos pères sur ces rives lointaines et redoutées ?

Pourquoi Maisonneuve et ses braves compagnons laissèrent-ils leur belle patrie et tout ce qu’ils avaient de plus cher au monde, pour venir s’établir au sein des forêts, au cœur même du pays des Iroquois dont ils connaissaient la barbarie ? Ce fut pour étendre le règne du Christ et de la France, pour travailler à la conversion des sauvages. Est-il dans l’Histoire rien de comparable au dévouement et au zèle religieux des fondateurs de Ville-Marie ?

Tout, dans la fondation de notre patrie, porte le cachet du dévouement, de la charité, du patriotisme.

C’est ainsi que toutes les institutions enfantées par la vraie religion pour le bonheur et l’honneur de l’humanité, furent implantées sur ce sol, dès les premiers temps de la colonisation.

Québec n’était encore qu’un amas de cabanes habitées par quelques centaines de personnes, et déjà s’élevaient dans son étroite enceinte un collège, un hôpital, un couvent dont la fondation est due à une jeune veuve de condition, Mme de la Pel-

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trie, qui, après avoir renoncé au monde, s’embarqua pour la Nouvelle- France avec trois hospitalières et trois ursulines.

Il est beau le spectacle de ces sept femmes héroïques qui, malgré la faiblesse de leur sexe, traversent les mers, bravent les dangers, les souffrances terribles qui les attendent, et viennent se consacrer au soulagement et à la conversion des sauvages dont la malpropreté et la cruauté devaient leur inspirer tant de crainte et de répugnance. A Ville-Marie, aussi, l’héroïsme et le dévouement triomphèrent de tous les obstacles et dotèrent cette ville d’établissements de charité et d’éducation qui font encore sa gloire et son bonheur.

Le peuple canadien doit être fier de ses institutions, il doit les aimer, car elles sont nées en quelque sorte avec lui sur ce sol privilégié; elles l’ont protégé à son berceau, ont grandi avec lui, et c’est à l’ombre de ces sanctuaires de la science et de la vertu que se sont formées ces fortes généra-

tions qui doivent servir d’exemple a la postérité.

Il y avait alors tant de foi en France que les princes de la Cour se disputaient l’honneur de contribuer à la gloire de Dieu au Canada.

Voilà pourquoi on vit tant de personnages illustres consacrer leurs biens à l’établissement et au soutien de ces institutions dont la plupart sont devenues si florissantes. Voilà pourquoi l’on prit la louable précaution de n’envoyer au Canada que des gouverneurs et des colons remarquables par la pureté de leurs mœurs et la vivacité de leur foi.

Qui ne se rappelle avec admiration les vertus d’un Champlain qui disait que le salut d’une âme vaut mieux que le salut d’un empire; d’un Maisonneuve, ce premier gouverneur de Montréal, qui, après avoir été un brave soldat, devint apôtre et ne rougit pas d’enseigner le catéchisme aux sauvages ou de soigner les malades ; de tant d’autres dont les noms éveillent de si glorieux souvenirs ? Quelle vie édifiante que celle de nos pères !

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« On aurait dit, « remarque un historien, «que la vertu et la foi chassées du reste de la terre, étaient venues se réfugier dans les forêts vierges du Canada. » La piété des premiers siècles de l’Église semblait revivre sur les bords du Saint-Laurent.

Comme les premiers chrétiens, nos pères étaient toujours prêts à verser leur sang pour le triomphe de la Croix. Ils n’ont pas, comme d’autres peuples, réduit en servitude ou massacré les tribus sauvages ; ils n’ont pas cherché à les dégrader en leur vendant des boissons enivrantes ; non, ils ont vécu avec eux comme des frères. C’est la croix à la main qu’ils ont voulu les réduire, et s’ils ont tiré l’épée contre les Iroquois, c’est parce que cette nation féroce tint pendant plus d’un siècle, levée sur leurs têtes, sa terrible hache de guerre. Qu’est-ce qui a pu faire surmonter aux premiers colons les obstacles presque invincibles qu’ils ont rencontrés, et supporter avec tant de résignation les rigueurs d’un climat si cruel pour eux

qui étaient nés et avaient grandi sous le beau ciel de la France ?

Qu’est-ce qui a pu leur faire aimer des hommes si grossiers et si cruels dont ils furent souvent les victimes ? La vraie religion seule peut inspirer tant de courage et d’aussi beaux sentiments. Combien de fois, tournant leurs regards vers leur chère patrie, ils s’affligeaient en pensant à des parents, à des amis chéris ? Mais alors, comme les croisés, ils se disaient :

« Dieu le veut » !

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