‹ Le Croix et l'épée au CanadaChapitre 10 sur 23 · CANADIENS-ANGLAIS ET CANADIENS-FRANÇAIS · texte numérisé non relu

CANADIENS-ANGLAIS ET CANADIENS-FRANÇAIS

L’étranger qui, partant de l’embouchure du Saint-Laurent, le remonte jusque près de sa source, est frappé des différences que présente l’aspect du pays. A mesure qu’il s’avance vers l’Ouest, il remarque un progrès toujours croissant dans les signes extérieurs qui révèlent la prospérité d’un pays. Cette observation est juste, et, quelles que soient nos susceptibilités nationales, il faut avouer que dans le vaste panorama qui se déroule à ses regards le Canadien-Français n’occupe pas la place la plus brillante.

Il nous en coûte de faire cet aveu, mais les circonstances le justifient et l’exigent même. Il est de ces vérités que la sagesse et le patrio-

tisme commandent de proclamer. Il est bon de mettre quelquefois une société comme un individu en face de ses défauts, de sa situation morale et matérielle. Combien d’hommes auraient évité des chutes fatales, si un ami courageux eût éclairé du flambeau de l’amitié leurs premiers pas dans une route ténébreuse ! Il est plus agréable, sans doute, de flatter ceux qu’on aime, d’encourager leur amour-propre et leurs illusions, mais là n’est point le vrai courage, le véritable dévouement.

Disons-le donc franchement : il n’est pas étonnant que le jugement porté sur des faits aussi manifestes nous soit défavorable ; notre pays et les diverses populations qui l'habitent offrent des lignes de démarcation facile à constater. On peut reconnaître partout l’élément anglais à ces dehors brillants qui sont l’apanage de la fortune. C’est lui qui, dans les villes et les campagnes, possède les plus belles propriétés, les terres les mieux cultivées ; c’est lui qui occupe la première position dans

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