CANADIENS-FRANÇAIS
diesse, de leurs talents et de leurs succès, et nous en avons encore qui marchent sur leurs traces ; quelquesuns des plus riches propriétaires de Montréal sont, à l’heure qu’il est, des Canadiens-Français. Mais ils forment l’exception.
Si encore, malgré leur petit nombre, ces riches marchands, ces grands propriétaires faisaient de leur fortune, de leur influence, un emploi aussi utile à la société, un usage aussi libéral que leurs concitoyens d’origine étrangère. Mais là encore n’y a-t-il pas une grande différence ?
Voyez les Anglais comme ils brassent, tournent et retournent leurs capitaux, comme ils se lancent dans toute espèce d’entreprises où ils risquent tous les jours leur fortune ; voyez ces milliers d’employés, d’ouvriers, ces milliers de familles que leur libéralité, leur activité font vivre. N’estce pas là un beau rôle, un noble exemple ? Que font à la société ces hommes qui deviennent de plus en plus timides et avares, à mesure que la fortune leur arrive, qui dorment
sur leurs écus entassés et ne savent que faire de leurs vastes terrains, pendant qu’ils pourraient augmenter, utiliser leur fortune en faisant vivre des centaines d’ouvriers que le manque de travail chasse à l’étranger.
Ceux-là sont les seuls grands citoyens qui luttent et travaillent jusqu’à la fin et mettent le dernier rayon de leur intelligence au service du mouvement commercial, social et politique de leur époque, qui ne déposent le harnais des affaires que lorsqu’ils l’ont mis sur des épaules plus jeunes et plus vigoureuses, et n’emportent pas avec eux dans la tombe le talisman de la fortune d’une génération, l’élément de la prospérité d’une nation.
Comment se fait-il qu’un aussi grand nombre de nos principales maisons de commerce disparaissent pour faire place souvent à des maisons anglaises ?
C’est un malheur national.