LE MEURTRE DE CHARRON II
tué non plus en tombant à l’eau, mais qu’il avait succombé à une commotion du cerveau produite par des coups. Ces faits, ajoutés à une foule de circonstances, augmentèrent les forts soupçons qui pesaient déjà sur Beauregard. Il fut écroué dans la prison de Montréal pour y attendre son procès.
Jamais procès criminel n’occupa aussi longtemps une cour de justice.
Les débats durèrent huit jours. Pendant tout ce temps, l’attention publique fut vivement excitée, et la salle d’audience fut continuellement remplie par une foule de spectateurs avides de voir et d’entendre. Tous suivaient avec une anxiété profonde le développement et les péripéties de ce drame dont ils auraient voulu hâter le dénouement.
M. Drummond défendait l’accusé assisté de M. Carter; M. Johnson représentait la Couronne, et le juge Aylwin était sur le Banc. Il était difficile de réunir dans une cause plus de talent, de savoir et d’éloquence.
C’étaient les beaux jours de la Cour
Il8 MÉLANGES HISTORIQUES
d’assises. On y voyait souvent siéger La Fontaine et Aylwin, et au banc de la défense des hommes comme Drummond, Carter, Loranger, Papin, Morin, etc. Quant à la Couronne, M. Johnson la représentait avec un éclat incomparable.
Il fut prouvé que, le deux avril, vers io| heures du soir, Beauregard avait été vu buvant avec Charron qui était ivre, partant ensuite avec lui pour traverser le pont Biron et revenant seul vingt minutes plus tard.
Interrogé sur ce qu’il avait fait de Charron, il avait répondu : « Il va très bien, il va comme un chapeau sur l’eau. » Le lendemain, Beauregard avait de l’argent et prenait sa licence d’auberge.
Presque toute la preuve reposait sur des présomptions. Un seul témoin, un homme peu digne de confiance, prétendit avoir vu commettre le crime.
M. Drummond prit la parole pour l’accusé. Il nous semble le voir tel que le peintre Hamel l’a représenté