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LE MEURTRE DE CHARRON II

dans le tableau de la Cour seigneuriale. Droit, distingué dans toute sa personne, le regard inspiré, le geste dramatique, la bouche frémissante. C’était la statue vivante de l’éloquence. L’acteur dominait peutêtre trop chez lui l’orateur, mais on ne pouvait le voir et l’entendre sans admiration. Nul n’a jamais mieux exprimé par sa figure, son regard, son geste et sa voix les divers sentiments de l’âme. Il avait des accents de colère et de tendresse qui faisaient passer comme par enchantement de la colère à la pitié.

Il avait une tâche difficile. La preuve était écrasante.

Il fit un grand effort, déploya toutes les ressources de son talent et produisit une impression profonde sur l’auditoire. Si le jury avait été appelé à rendre son verdict immédiatement après la plaidoirie de M. Drummond, le prisonnier aurait peut-être été libéré. Mais l’avocat de la Couronne et le juge avaient le dernier mot.

M. Johnson parlait le français avec

autant de pureté et d’élégance que M. Drummond. Il avait, lui aussi, l’extérieur et presque tous les dons de l’éloquence. Il exprimait, dans un langage magnifique, des pensées et des sentiments de premier ordre.

On peut juger par ce qui suit de la beauté du discours qu’il prononça :

« La défense a essayé de vous faire croire que les blessures et les contusions qui ont été remarquées sur la tête et sur la figure du défunt, étaient l’effet des pierres qui se trouvaient dans le lit de la rivière.

« Mais, messieurs, seraient-ce donc des pierres inertes qui auraient poussé ce douloureux cri de détresse et d’angoisse : « Ne me tue pas ! ne me tue pas ! » Est-ce donc cela qui a fait arrêter la montre du défunt justement à l’heure où l’on a prouvé que cet acte atroce a été consommé !

Sont-ce les roches qui ont donné l’alarme à ce pauvre animal, dont les aboiements ont été entendus par sept ou huit témoins, qui donna le signal de la détresse en allant et revenant du côté de la rivière où le ca-

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