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ET LE CULTE EXTÉRIEUR

le temple de la nature. Sans doute la voûte étoilée du firmament est un dôme sublime, mais on ne trouve pas un seul culte fonctionnant en plein air. 11 faut un lieu spécial de rendez-vous aux adorations collectives, parce que notre sociabilité religieuse nous porte à nous réunir pour la prière, comme à mettre en commun nos joies et nos douleurs. D'ailleurs, le jour où nous n'aurions que la coupole du ciel pour abriter nos assemblées religieuses, surtout en hiver, il faudrait bien du courage pour s'y rendre ! Et les philosophes qui trouvent nos cathédrales si humides, ne seraient point les plus intrépides contre les bises du sanctuaire de la nature. Ainsi les grandes erreurs touchent au ridicule ; le raisonnement commeneela réfutation, le sourire l'achève. » (1)

Les protestants s'accordent avec les catholiques lorsqu'ils proclament que le culte de latrie, ou l'adoration proprement dite, n'est dû qu'à Dieu seul ; mais ils rejettent formellement le culte de dulie que nous rendons aux saints, et ils le croient directement opposé au premier commandement de Dieu. Voyons un peu de quille valeur est cette affirmation anticalholique.

Dien souvent le protestantisme a faussé de tout point la doctrine de l'Eglise Romaine sur ce sujet II

(1) Caussette, Le bon tent de la Foi, t. 1, p. 136.

n'est donc pas sans importance de remettre de euîte

sous les yeux du lecteur l'enseignement du saint concile de Trente qui a rapport à celte question. La vénérable assemblée œcuméniqueordonneaux évoques et aulres chargés du soin d'instruire les peuples, d'enseigner « que les saints, régnant dans le ciel avec Jésus-Christ, offrent à Dieu leurs prières pour les hommes ; qu'il est bon et utile de ks prier, de les invoquer, et de recourir à leur prière, aide et secours, afin d'obtenir de Dieu des bienfaits par Jésus-Christ, son Fils, Notre Seigneur, qui seul est notre Rédempteur et Sauveur ; qu'il est contraire à la piété de prétendre que les saints, admis à jouir dans le ciel de l'éternelle béatitude, ne doivent pas être invoqués, ou qu'ils ne prient pas pour les hommes, ou que leur demander des prières pour nous, et à plus forte raison pour chacun de nous en particulier, est une idolâtrie, ou que les supplications adressées de bouche ou de cœur à ces bienheureux habitants du ciel sont une pratique contraire à la parole de Dieu, injurieuse à l'honneur dû au seul médiateur Jésus-Christ, ou insensée. »

Nous pouvons donc résumer la doctrine de l'Eglise catholique sur ce sujet en disant que le culte des saints n'est aucunement entaché de superstition ou d'idolâtrie, et qu'il e^t licite et utile d'invoquer les saints, afin d'obtenir de Dieu, par leur intercession, les grâces dont nous avons besoin. Mais il ne faul pas perdre de vue la dislance infinie qui sépare le culte

de dulie de celui de latrie ; car enlre la sainteté de Dieu et celle de la plus parfaite des créatures, entre l'excellence divine, incréée et éternelle et celle de l'homme qui est Gnie, créée, bien que surnaturelle, il y a une dislance qui défie tous les calculs humains. Nous prions Dieu de nous accorder ses grâces, parce qu'il en est l'auteur et le distributeur ; tandis que omis prions les saints de nous obtenir de Dieu par leurs ferventes prières les bénédictions célestes ; Dieu est le maître absolu de tout don parfait, les saints ne sont que de puissants intercesseurs ; Dieu n'a reçu de personne l'excellence infinie qui est en lui ; il la possède nécessairement ei de toute éternité ; les saints au contraire ne sont ce qu'ils sont que par la grâce et par les mérites du Sauveur Jésus, et en définitive l'honneur rendu anx Saints retourne à Dieu comme à la source première de leur pouvoir, de leurs mérites, ou de la perfection qu'ils ontacqi ise ; Dieu seul est infiniment adorable, les Saints ne sont que vénérables. Ce simple exposé de la doctrine catholique nous fait voir de suite jusqu'à l'évidence que le culte des saints n'est pas opposé au commandement divin: «Vous adorerez le Seigneur votre Dieu et vous le servirez lui seul ; » en effet, jamais aucun catholique ne s'est avisé de rendre aux saints les honneurs suprêmes de l'adoration.

Ce culte des anges et (D-s saints n'est pas nouveau ; il a été prescrit par Dieu lui-même et les plus saints personnages de l'Ancienne Loi l'ont pratiqué.

C'est ainsi que le patriarche Jacob, donnant sa bénédiction aux enfants de Joseph, invoqua l'ange du Seigneur qui l'avait guidé et protégé pendant toute sa vie : « Que l'ange, dit-il, qui m'a préservé de tant de dangers bénisse ces enfants, et que mon nom et le nom de mes pères Abraham et Isaac soient invoqués sur eux. » (*) On voit que le saint vieillard priait l'ange de vouloir bien accorder à ces enfants la protection et les soins charitables qu'il en avait luimême reçus. Cette demande du patriarche exprimait la conviction où il était que l'ange entendait sa prière et pouvait obtenir pour sa postérité des faveurs particulières.

Ailleurs c'est Dieu lui-même qui dit aux Hébreux : « J'enverrai mon ange qui vous précédera, qui vous gardera sur la route et qui vous introduira dans la

terre promise ; respectez-le, ne le méprisez pas,

parce qu'il parle en mon nom. » (2)

Une multitude de faits bibliques prouvent clairement la même doctrine. Abraham se prosterne devant les trois anges qui lui apparaissent. — Après avoir lutté avec l'ange, Jacob lui demande sa bénédiction et ne lui permet point de s'éloigner qu'il n'ait exaucé sa prière. — Josué voit un ange qui lui dit : « Je suis le prince de l'armée du Seigneur. A l'instant Josué tombe la face contre terre, et l'adorant, il s'écrie :

(1) Gen. XLVIII, 16.

(2) Exod. XXIII, 20, 21.

tÈ CULTE DES SAINTS. 9

Que dit mon Seigneur à son serviteur ? Olez, lui dit l'ange, vos souliers de vos pieds, parce que le lieu où vous êles est saint. El Josué fit ce qu'il lui avait commandé. » (l) — Daniel se prosterne aussi devant l'ange du Seigneur qui vient lui manifester les secrets de l'avenir. — A la vue des prodiges qu'opérait Elisée, les enfants des prophètes reconnaissent que l'esprit d'Elie s'est reposé sur sa personne, et ils témoignent leur vénération en allant à sa rencontre, en courbant leurs fronts et en se prosternant devant lui.— De même, la Sunamile, dont le fils avait été ressuscité par Elisée, se jette aux pieds du saint prophète et lui donne Imites les marques d'un véritable culte religieux. (2) Voilà certes de bien vénérables patriarches qui, reconnaissant dans ces anges les envoyés et les amis de Dieu, leur rendent un honneur ou un culte religieux. Le protestantisme i in— l -il audacieusement les accuser d'idolâtrie ? Affirmera-t-il qu'ils ont violé le commandement divin qui veut qu'on n'adore que Dieu seul ? Nous, catholiques, nous n'agissons pas envers les saints autrement queces patriarches envers les anges : nous n'adorons que Dieu, mais nous vénérons les anges et les saints, nous honorons en eux l'excellence, le pouvoir et la dignité qu'ils tiennent de la bonté di\ine, et nous ne croyons pas déroger au culte suprême que toute créature raisonnable doit à son Créateur et à son Dieu. N'est-il pas écrit que le

(1) Jus. V. 11-16.

V) IV Eeg. IV. Cf. I, 13; II, 23, ic.

Seigneur est admirable dans ses sainls et qu'il veut être glorifié en eux ? (x) La Sainte Ecriture reconnaît donc deux sortes de cultes religieux, l'un pour Dieu seul, l'autre pour les sainls personnages qui ont consumé leur vie dans la pratique des vertus et qui sont arrivés, avec le secours de Dieu, à une éminente perfection.

Celte doctrine est aussi ancienne que le christianisme. En effet, pendant que les empereurs romains sévissaient contre la religion nouvelle et forçaient nos ancêtres dans la foi à se réfugier dans l'obscurité des catacombes, l'Eglise élevait des autels sur les tombeaux des sainls martyrs. Les premiers chrétiens, bien différents des prolestants de nos jours, n'hésitaient pas à recourir à l'intercession de leurs frères qui avaient sacrifié leur vie pour Dieu ; ils gravaient sur la pierre lumulaire une prière, une invocation adressée aux saints ou aux martyrs ; ils écrivaient, quinze siècles à l'avance, la réfutation d'une erreur doctrinale qui devait envahir le monde.

Lorsque le feu de la persécution fut éteint et que des jours plus calmes brillèrent au firmament de 1 Eglise, on vit ériger, en l'honneur des saints, de grandes et splendides basiliques, telles que celle de Tyr, celle de Jérusalem, et à Rome celles de Saint-Pierre, de Saint- Paul, de Sainte-Sabine, de Sainte-Marie-Majeure, de Saint -Pierre -aux -Liens, de Saint -Laurent, de

(1) II Thessal. I, 10.

Sainte-Balbine, de Sainte-Agnès hors des murs, des Quatre-Couronnés, deSaint-Chrysogone, etc. Pendant l'oblation du saint sacrifice de la messe, les noms de ces saints étaient prononcés et invoqués. Les anciens Pères de l'Eglise, tels que Tertullien, (1) saint Cyprien, (2) saint Jean Chrysostôme, (s) parlent fort souvent du saint sacrifice qu'on offrait chaque année pour célébrer l'entrée glorieuse des saints au ciel ; l'Eglise voulait, par ces fêtes solennelles, perpétuer le souvenir de leurs triomphes, engager le peuple chrétien à les imiter et attirer leur protection si puissante. « Nous honorons les serviteurs, dit saint Jérôme, afin que l'honneur que nous leur rendons retourne au Seigneur. » (4) — Nous rendons, dit saint Cyrille d'Alexandrie, de très-grands honneurs aux saints, parce qu'ils ont courageusement combattu pour la vérité. » (5) — « Le peuple chrétien, reprend à son tour saint Augustin, honore la mémoire des martyrs d'une solennité religieuse, pour s'exciter à les imiter et s'associer à leurs mérites.» (6) Ces témoignages suffisent déjà pour démontrer que l'Eglise Romaine professe, sur ce sujet comme sur tous les autres, la doctrine révélée, celle des premiers siècles, tandis

(1) De corona, c. III.

(2) Spiet. XXXIV.

(3) H,m. XXI in Ad. Ap. n. 4.

(4) Epist. ad Ripar.

(5) Dota. Julio». 1. VI.

(G) CotU. Faust. 1. XX.

que le protestantisme, en rejetant le culte des saints, s'est rendu coupable d'une innovation sacrilège.

Mais, disent nos adversaires, ce culte suppose que les saints peuvent nous entendre, qu'ils intercèdent pour nous : or, c'est ce que personne ne saurait constater.

Que Dieu puisse communiquer à ses saints la connaissance de nos prières, de nos désirs, de nos pensées, cela est absolument indubitable ; le nier serait un blasphème. Si Dieu a quelquefois révélé dès ce monde à ses serviteurs ce qui se faisait en leur absence, comme, par exemple, à Elisée la transaction entre Giezi et Naaman, (i)., à saint Pierre la fraude d'Ananie et de Saphire, (2) à plus forte raison peut-il accorder à ses élus dans le ciel le privilège d'une semblable révélation ; car les âmes glorifiées sont bien plus susceptibles de percer les Voiles du secret et de l'obscurité que celles qui sont encore revêtues de leurs enveloppes terrestres. -- D'ailleurs, saint Paul ne nous enseigne-t-il pas que « tout ce que nou€ avons maintenant de sciences et de prophéties est très-imparfait, mais que cette imperfection cessera lorsque nous serons en possession de la gloire dans le ciel ? » (3) — -Notre Seigneur ne nous apprend-il pas « qu'il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur pénitent, que pour

(1) IV Reg. V, 26.

(2) Act. V, 3.

(3) I Cor. XIII, 9, 10.

quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence?» (l) Preuve évidente que la conversion du pécheur sur la terre est connue des habitants de la patrie céleste qui s'en réjouissent si vivement. — Ne nous dit-il pas encore que le mauvais riche parle à Abraham du fond des enfers, et que ce saint patriarche l'entend, puisqu'il lui répond et atteste que son sort est irrévocablement fixé ?

Quant à leur puissance d'intercession, elle est établie par une foule de passages de l'Ecriture. C'est ainsi qu'Abimélech et les amis de Job obtiennent le pardon de leurs péchés par les prières d'Abraham et de Job. (2) — Dieu lui-même déclare à Jérémie que Moïse et Samuel, morts depuis longtemps, pourraient intercéder auprès de lui en faveur des Juifs. (3) — Judas Machabée voit en songe le grand prêtre Onias qui était mort ; il l'aperçoit plongé dans la prière pour sa malheureuse nation et s'éeriant en lui montrant le prophète Jérémie. « Voilà celui qui aime toujours ses frères et le peuple d'Israël, et qui prie beaucoup pour eux et pour la ville sainte. » (4)

Les" enseignements du Sauveur ne sont pas moins formels. Notre Seigneur nous ordonne de nous faire des amis avec nos richesses périssables, afin que, lorsque nous viendrons à manquer, ils nous reçoivent

(1) Luc. XV, 7.

(2) Job, XLII, 8, 10.

(3) Jereui., XV, 1. 5.

(4) U Alachab. XV, 12-14.

dans le séjour éternel. (!) Il est bien évident que des amis ne peuvent nous servir au-delà du tombeau que par leur intercession. — Saint Jean nous représente tous les saints sous la figure de vingt-quatre vieillards assis devant le trône de Dieu, et lui offrant des vases d'or pleins de parfums, qui sont les prières des fidèles sur la terre. (2) — Ailleurs le même apôtre nous parle des âmes des martyrs qui connaissent les souffrances de l'Eglise, qui demandent la fin des persécutions dont elle est affligée, et qui apprennent pourquoi elle est différée. (3) Il est donc bien certain que les saints dans le ciel ont connaissance de nos prières, qu'ils les font valoir auprès de Dieu et qu'ils s'intéressent à notre sort.

La tradition confirme absolument cette doctrine. Qu'il me suffise de citer ici les témoignages d'Origène et de saint Cyprien. « Nous le disons avec confiance, s'écrie Origène, les saints qui ont quitté la vie conservent leur charité pour ceux qu'ils ont laissés après eux ; ils ont de la sollicitude pour leur salut, et ils les assistent par leurs prières et leur médiation auprès de Dieu, car il est écrit au livre des Machabées : Celui-ci est Jérémie, prophète de Dieu, qui prie toujours pour le peuple. » (4) — Dans son Exhortation au martyre, il dit : « Les âmes de ceux qui ont été mis

(1) Luc, XVI, 9.

(2) Apoc. V, 8 ; VIII, 4.

(3) Apoo. VI, 9-12.

(4) In Cant. cantic. 1. III,

à mort pour rendre témoignage à Jésus-Christ, ne se présentent pas inutilement à l'autel céleste ; elles obtiennent la rémission des péchés à ceux qui prient.» — Et ailleurs il ajoute : « Dès que nous sommes agréables à Dieu, nous comptons sur la bienveillance des anges, des amis, des âmes et des esprits bienheureux ; ils connaissent ceux qui sont dignes de l'amitié de Dieu, ils aident ceux qui veulent l'honorer, ils leur sont propices, ils joignent leurs prières aux nôtres et ils prient pour nous. » (l) — Saint Cyprien n'est pas moins explicile lorsqu'il écrit : « Occuponsnous les uns des autres dans nos prières ; ne soyons tous, en priant, qu'un cœur et qu'une âme, en ce moule et en l'autre, soulageant avec une charité mutuelle nos douleurs et nos afflictions. Que la charité -le celui à qui Dieu fera la grâce de partir le premier,

ersévère devant le Seigneur et qu'il ne cesse de prier

our ses frères. (2)

Voilà quelle a été la croyance de tous les premiers siècles ; est-il maintenant assez clair que les catho- "iques ont retenu la foi antique, pendant que les notestants ont fait, sous prétexte de réforme,' une véritable innovation ? Qu'on aille encore visiter les Eglises schismatiques de l'Orient et il sera facile d'en tirer un nouvel argument en notre faveur et de se convaincre que la doctrine romaine sur cette question

(1) Cont. Cela. 1. VIH, n. M,

(2) De hctbitu virg., et op. LVII, ad Cornelium.

se confond avec les origines du christianisme et qu'elle s'est conservée paisiblement jusqu'à l'époque, où Luther a commencé à bouleverser l'Eglise. C'est ainsi que Méthodius, patriarche de Constantinople, écrivait pour les Grecs à l'ambassadeur de France, M. le marquis de Nointel, le 10 juillet 1671 : « Nous déclarons que les chrétiens, priant la Vierge, Mère de Dieu, et les saints, ne diminuent point l'honneur de Jésus-Christ. » — Jacques, patriarche des Arméniens, qui sont jacobites, écrivait au même ambassadeur: «Nous condamnons comme un dogme impie de dire que la Yierge, Mère de Dieu, et les saints qui sont au ciel, ne peuvent être invoqués sans faire injure à Jésus-Christ médiateur. » Joseph, patriarche des Nestoriens, n'hésitait pas à écrire : « Nous regardons comme des malheureux ceux qui ne prient et n'invoquent pas la Yierge Marie et les saints. »

Mais si les saints prient et intercèdent pour nous, nous pouvons, sans aucun doute, les invoquer, nous pouvons les prier d'intervenir auprès de Dieu pour nous et de nous obtenir du souverain maître les. faveurs qui nous sont nécessaires. Puisqu'il y a communion entre l'Eglise triomphante et l'Eglise militante, pourquoi ne serait-il pas loisible à celte dernière de recourir aux suffrages de celle qui n'a plus à redouter les dangers de la lutte, qui est à l'abri de toutes les attaques et qui soupire si ardemment après la victoire de ceux qui combattent encore dans la plaine ? Pourquoi ne pourrait-elle pas implorer

l'assistance de ceux qui sont auprès de Dieu et qui jouissent d'un grand crédit dans le ciel ?

Rien ne paraît plus conforme à la droite raison, et cependant que de volumes n'a-t-on pas écrits pour anéantir cette doctrine ! Le fait est que si l'on s'était gardé de la fausser d'une manière aussi affreuse, on l'aurait trouvée absolument conforme à la révélation, à l'histoire et à la saine raison.

Le principal argument que fait valoir le protestantisme contre le culte des saints, c'est qu'il ne peut se concilier avec les Saintes Ecritures où il est dit expressément qu'il n'y a qu'un Dieu et qu'un médiateur entre Dieu et les hommes, c'est le Christ Jésus, etc. (l)

Mais la réponse est facile. Sans aucun doute, Jésus- Christ est notre médiateur unique, rigoureusement parlant; lui seul pouvait nous racheter, nous soustraire à l'esclavage du démon, lui seul peut aussi, par ses mérites infinis, donner de la valeur à nos œuvres et faire agréer les prières que nous lui adressons soit directement par nous-mêmes, soit indirectement par ses élus. Mais, encore une fuis, ce n'est pas aux saints que nous demandons d'accorder des grâces, c'est à Dieu lui-même ; nous ne leur disons pas : Octroyeznous telle faveur, mais simplement : Priez pour nous ; obtenez- nous de Dieu telle ou telle grâce. Qu'y a-t-il dans cette invocation qui puisse être injurieux au Sauveur ? Un roi n'est pas offensé de ce qu'un pauvre

(1) Tim. II, 5.

paysan lai demande un bienfait par l'intermédiaire d'un prince de sa cour ; il n'est pas assez insensé pour voir dans cette démarche d'un de ses bien-aimés sujets une dérogation aux prérogatives royales. Il en est de même pour Dieu ; nous lui rendons toujours le culte suprême de l'adoration, nous le considérons comme l'auleurde tous les dons naturels etsurnaturels, comme la source de toules les grâces ; il demeure toujours libre d'accorder ses faveurs à qui il veut et comme il veut ; seulement nous faisons intervenir les saints parce qu'ils sont plus agréables à Dieu que nous, plus en état d'obtenir ce que nous demandons, et ces prières sont toujours fondées sur les mérites infinis de noire unique et suprême Médiateur, Jésus- Christ, vrai Dieu et vrai homme.

Si l'on ne peut recourir à l'intercession d'une tierce personne sans porter atteinte à la médiation de Jésus-Christ, il en résulte qu'on ne doit pas même solliciter pour soi les prières d'une personne encore vivante, comme cela se pratique tous les jours. Mais alors il faudra bien conclure que saint Paul n'était pas protestant, lui qui se recommandait si souvent aux prières des fidèles. En effet, il écrit aux Romains : « Je vous conjure, mes frères, par Notre Seigneur Jésus-Christ et par la charité du Saint-Esprit, de m'aider par les prières que vous ferez à Dieu pour moi, afin que je sois délivré des infidèles, etc. » (*) —

<1) Kom. XV, 30, 31.

« Mes frères, écrit-il aux Thessaloniciens, priez pour nous.»(1) — Il répète la même demande aux Ephésiens; il les supplie d'adresser à Dieu de ferventes prières pour tous les fidèles et pour lui-même en particulier. (2) — C'est pourtant ce grand Apôtre qui a enseigné que le Christ est notre unique médiateur ! Lorsque l'Eglise Anglicane ordonne à ses ministres de prier pour le roi, pour le parlement, pour le clergé et les personnes de toute condition, elle se trouve absolument dans le même cas que les catholiques par rapport à l'invocation des saints ; si elle ne ravit rien aux mérites du Sauveur, si elle ne méconnaît pas la médiation du Christ, les catholiques ne lui portent non plus aucun préjudice.

Les faits bibliques qui ont été rapportés plus haut, prouvent d'ailleurs jusqu'à l'évidence que les saints dans le ciel s'occupent de nos prières, intercèdent pour nous, et nous obtiennent des grâces; et alors le simple bon sens nous dit que nous devons les honorer comme nos bienfaiteurs et leur demander de nous continuer leur salutaire protection. Le cardinal Wiseman fait remarquer avec raison que cette doctrine renferme quelque chose de si beau et de si doux qu'elle se recommande d'elle-même aux esprits impartiaux, aux cœurs généreux. Saint Paul enseigne que les vertus qui ont fleuri sur la terre, se sont toutes réunies dans le ciel et se sont comme fondues

(1) I Thess. V, 25.

(2) Ephes. VI, 18.

en une seule, la charité. La foi et l'espérance n'existent plus ; elles ont fait place à l'amour qui est devenu comme l'essence de cette vie bienheureuse. Il est consolant de penser que l'enfant continue à aimer au ciel la mère qu'il a laissée ici-bas et que les liens de l'amitié ne se brisent pas avec la vie terrestre ! Il est admirable de penser que la charité devenue là-haut beaucoup plus ardente doit être aussi beaucoup plus puissante et doit agir plus vivement sur les amis que nous avons dans le ciel et qui voient les dangers sans nombre, les violentes tentations auxquelles nous sommes exposés ! Il n'y a que le catholicisme qui nous montre ces âmes pures, ces esprits bienheureux ayant à la fois le pouvoir et la volonté de nous secourir et adressant à Dieu de ferventes prières en faveur de ceux qu'ils aimaient sur la terre. (l)

« Dès l'origine, dit Mgr. Gerbet, la prière a été l'accomplissement des deux grands devoirs qui résument toute la loi, un acte d'adoration et d'amour envers Dieu et un acte d'amour envers le prochain. Nous voyons les Apôtres annoncer dans leurs épîtres qu'ils prient incessamment pour les fidèles ; nous voyons, d'après leurs leçons et leurs exemples, les fidèles prier les uns pour les autres ; et par cela même que c'était une œuvre de charité que d'invoquer Dieu pour son frère, c'était de la part de celui-ci un acte de pieuse humilité que de demander ce secours comme

(I) Cf. Wiseman, Conférences sp,r les doctrines, etc., trad. de A- Nettement, p. 392.

1Ê CtLTÈ DÉS SAINTS. îi

une aumône pour sa pauvre âme. De là l'usage, si universellement répandu dès les premiers temps, de se recommander aux prières les uns des autres. Comme la raison el l'Evangile enseignent que la prière est d'autant meilleure aux yeux de Dieu, que le cœur d'uù elle s'élève est plus pur et plus brûlant d'amour, il devait nécessairement arriver qu'on se recommandât avec plus de confiance et d'empressement aux prières de ces âmes d'élite que des vertus supérieures faisaient briller comme des images plus

parfaites du Christ Cet empressement spécial

à recourir aux prières des chrétiens les plus fervents était fondé sur ce double motif qu'ils étaient à la fois de plus puissants amis de Dieu et de plus charitables amis des hommes. Lorsque ces âmes quittaient la terre, cet ordre devait il changer ? Celle attraction spirituelle qui attirail vers eux comme à des foyers plus ardents de la prière chrétienne, devait-elle s'arrêter devant la pierre de leur sépulcre ? Evidemment le contraire devait avoir lieu. La grâce de l'amitié de Dieu et de la charité pour leurs frères, d'infirme et caduque qu'elle était en eux, pendant qu'ils traversaient la terre de l'épreuve, étant devenue incorruptible et parfaite, ils devenaient eux-mêmes plus puissants et plus aimants, c'est-à-dire plus friables, si l'on me permet ce mot. Lorsqu'une transfiguration glorieuse s'était accomplie en eux, comment concevoir qu'il dût s'opérer dès lors dans la piété des fidèles une transformation en sens inverse, qui eût

pour effet d'y éteindre la confiance et la prière, comme si ces âmes saintes, au lieu de monter dans la gloire, étaient descendues dans le néant. Trouver bon qu'on se recommande aux prières de saints terrestres, et interdire cette dévotion envers les saints célestes, c'est absolument comme si l'on disait à un pauvre : Tu peux demander l'aumône à ceux qui ont quelques mille francs de rente qu'ils peuvent perdre, mais il t'est défendu de la demander à ceux qui ont des millions dont la propriété leur est assurée. » (1)

Nous sommes des pèlerins sur la terre ; nous ne sommes ici qu'en passant ; notre véritable patrie, c'est le ciel : voilà la demeure que nous devons habiter éternellement. Par l'invocation des saints nous faisons voir que nous sommes en rapport intime avec la cour céleste ; que la mort ne nous a pas entièrement séparés de ceux qui nous ont été chers pendant leur vie ; enfin nous professons par là cette parfaite communion des saints qui est énoncée dans le symbole des Apôtres, et qui ne consiste pas uniquement dans la communication des bonnes œuvres, mais encore dans les liens de la charité mutuelle, de l'intercession et du secours.

Mais on revient à la charge en affirmant que le culte et l'adoration ne sont dûs qu'à Dieu seul, et que par conséquent rendre un culte aux saints, c'est ravir à Dieu un honneur qui lui appartient exclusivement.

Je distingue : le culte de latrie et l'adoration proprement dite ne sont dûs qu'à Dieu seul, — cela est

(1) Université cathol., t. VII, p. 408, ap. Nampon, p. 625-626.

Lie CULTE DES SAINTS. 23

Vrai ; le culte de dulie, c'est-à-dire l'honneur, la vénération qu'on a pour les vertus, pour l'excellence surnaturelle d'un être ne peut convenir qu'à Dieu, — cela est faux. Cette réponse est évidente, d'après ce qui a déjà été dit ; car toute la difficulté vient de la confusion que les protestants ne cessent de mettre entre les deux espèces de cultes. On nous reproche les expressions de culte, d'adoration, appliquées quelquefois aux saints ou à la croix du Sauveur ; mais il est bien facile de comprendre qu'il faut considérer non pas tant les mots en eux-mêmes, que le sens consacré par l'usage. Que de mots, que de phrases sont employés dans des acceptions tout-à- Fait différentes les unes des autres ; il y a en cela une sorte de convention que le langage ordinaire admet aisément. Lorsque nous parlons du culte des reliques ou de l'adoration de la croix, jamais aucun catholique n'a songé à croire qu'il fût permis de leur rendre les mêmes honneurs suprêmes qu'à Dieu, et lors même que l'acte extérieur du culte est identique pour les saints et pour Dieu, il ne s'ensuit pas que nous y attachions le même sens dans les deux cas. Ainsi je m'agenouille devant le Saint-Sacrement et ensuite devant le corps d'un saint ; cependant j'ai adoré Dieu dans le premier cas, tandis que dans le second je n'ai fait que vénérer un saint ; j'ai prié un ami de Dieu de vouloir bien intercéder pour moi. «Ni la sainte Vierge, ni les anges, ni les saints ne possèdent aucune propriété divine. Affirmer la thèse

24 IE CULTE DES SÂffiTg.

opposée serait un odieux blasphème que tout catholique repousse avec horreur. Même dans l'Homme- Dieu, la nature humaine reste essentiellement distincte de la nature divine ; les attributs divins n'appartiennent qu'à celle-ci. Dire, par exemple, que l'humanité du Christ est partout, ce serait professer l'erreur d'Eutychès que Luther et les ubiquistes ont seuls reproduite par une étourderie sans pareille. Dans les grands conciles du quatrième et du cinquième siècle, l'Eglise n'a fait autre chose que distinguer avec an soin extrême le divin de tout ce qui n'est pas lui. Ces définitions solennelles n'ont pas laissé la moindre issue à une confusion quelconque de la créature avec le créateur. Où donc trouver une trace de cette prétendue idolâtrie? Sommes-nous idolâtres, parce que l'Eglise honore dans les saints ce qu'il y a de plus honoiable sur la terre, la vertu ? Parce qu'elle se refuse à supposer dans le ciel des êtres égoïstes qui, comme les dieux d'Epicure, ne s'inquiéteraient que d'eux-mêmes, et ne se soucieraient pas d'employer au profit de leurs frères militants un pouvoir devenu plus grand avec la béatitude ? Mais, s'il y a quelque chose de logique et de raisonnable, c'est l'honneur que l'Eglise rend aux saints, et la confiance qu'elle place dans leur intercession. Les protestants ne peuvent s'élever contre une telle doctrine, à moins de renier l'Ecriture Sainte ; et les rationalistes ne sauraient la combattre, sans abdiquer la raison. » (x)

(1) Freppel, Saint C>/pricn, p. 107-108.

Non seulement la vénération que nous avons pour les saints ne ravit pas l'honneur qui n'est dû qu'à Dieu, mais elle est au contraire une évidente glorification de Dieu lui-même. En effet, lorsque nous proclamons que c'est de Jésus-Christ que les saints ont reçu toutes les vertus, tous les dons extraordinaires qui font notre admiration, nous honorons par là même l'ineffable bonté de Dieu, sa miséricorde infinie et les trésors inépuisables de sa grâce. En célébrant la pureté des vierges, l'obéissance des religieux, le dévouement des martyrs, le zèle des apôtres, l'intrépide fermeté des confesseurs, que faisons-nous autre chose que rendre hommage à ces mêmes vertus éminemment éclatantes dans le Sauveur et l'en reconnaître comme la source et la cause première ? Est-ce enlever à Dieu l'honneur suprême qui lui appartient essentiellement, que de le glorifier dans ses élus et d'attribuer à l'efficacité de sa grâce l'excellence, le mérite et la grandeur des saints ? Il serait absurde de l'affirmer ; car la bonté divine est toujours admirable, soit qu'on la considère en Dieu lui-même et dans ses attributs, soit qu'on l'étudié dans ses manifestations extérieures. D'ailleurs, lorsqu'un roi défend à ses sujets de se-faire passer pour roi et d'exiger les honneurs qui ne sont dûs qu'à cette dignité sublime, personne n'est assez insensé pour en conclure que le roi ne veut pas qu'on honore et qu'on respecte ses magistrats. Ainsi en est-il de Dieu ; il veut que l'adoration proprement dite, que les honneurs divins ne soient rendus qu'à

lui seul, mais il ne nous défend pas d'honorer ses plus grands serviteurs, ni d'avoir recours à leur puissance d'intercession auprès de lui.

Cette différence fondamentale entre les cultes de latrie et ùedulie peut se comprendre assez facilement au moyen d'un exemple tiré de la société politique. L'honneur suprême et absolu que nous rendons au souverain et à cause du souverain est une espèce de latrie civile ; tandis que le respect que nous manifestons envers les grands de la cour et qui est plus ou moins profond suivant que leurs relations sont plus ou moins intimes avec le souverain, correspond au culte de dulie. Cependant il nous arrive souvent de nous servir des mêmes signes extérieurs pour honorer le roi et ses courtisans, bien que nous n'ayons pas l'intention de rendre des hommages identiques dans les deux cas.

Le culte des reliques des saints n'est qu'une conséquence de la doctrine qui vient d'être exposée. En effet le corps est uni, pendant sa vie, à l'âme, à une substance immatérielle qui l'anime, qui le vivifie, qui le pénètre et qui projette, pour ainsi dire, jusque sur celte enveloppe visible un reflet de l'image de Dieu ; il est le compagnon assidu des peines, des travaux, des douleurs et des joies de l'àme ; il est l'instrument de ses œuvres et comme sa manifestation extérieure. Sans doute la mort vient briser ce fragile édifice et

détruit les liens qui unissaient ces deux substances. Mais ces ossements appartiennent encore à l'âme ; ils demeurent sa propriété ; ils ont été ennoblis par sa présence et par ses œuvres. Plus tard, ils se joindront de nouveau à l'âme qui leur convmuniqua autrefois sa dignité; ils reprendront leur antique vigueur et se revêtiront de gloire et d'immortalité. Plus cette âme aura eu de noblesse et de grandeur, et surtout de celte grandeur qui fait les saints, de cette noblesse qui se trouve dans la ressemblance et dans l'union ifttîme avec Dieu, de cette excellence qui a pour base toutes les vertus chrétiennes, plus aussi les restes du corps qu'elle animait seront dignes dhonneur et de vénération. L'âme d'un saint puise son excellence et sa dignité en Dieu lui-même qui, par sa grâce, la pénètre, la transforme, en fait sa demeure, et communique à chacunede ses actions une beauté surhumaine, une perfection céleste. Le chrétien parfait, le saint, c'est un membre privilégié de Jésus-Christ, et ses dépouilles mortelles conservent, même dans le tombeau, un reste de la dignité suréminente, de la grandeur incomparable que l'âme puisait dans son unon surnaturelle avec Dieu.

De même que, dans l'ordre civil, on porte un profond respect aux cendres d'un monarque, d'un héros, d'un homme de génie, -et qu'on les conserve avec un soin extrême dans des demeures fastueuses, de même aussi, dans l'ordre religieux, nous vénérons les restes mortels de nos grands hommes, de nos héros chrétiens,

des martyrs, des confesseurs, des vierges, qui ont brille par l'éclat de leurs vertus, de leurs victoires pacifiques sur le monde et sur l'enfer, de leurs conquêtes spirituelles à Jésus-Christ et à son Evangile. « Ce que nous honorons dans leurs reliques, ce ne sont pas les œuvres humaines, mais des œuvres divines, les œuvres de la foi, des œuvres auxquelles la grâce divine a prêté un caractère de sainteté, de divinité. Ce caractère surnaturel survit aux œuvres des saints, se transmet à leurs reliques, s'y grave, s'y imprime. De là vient qu'il s'attache à nos reliques un culte religieux, que, suivant l'expression de l'Ecriture, ces ossements bénis germent au sein delà mort, que le miracle s'échappe par intervalles de celte poussière féconde, qu'au contact de ces restes d'un corps sanctifié par la grâce, parfois nos forces se raniment, nos infirmités disparaissent, la vigueur revient à notre corps, la paix, le calme renaissent dans notre âme. Et qu'y a-t-il d'étonnant à ce que Dieu prête ainsi une vertu merveilleuse aux relques des saints, qu'il glorifie après leur mort ceux qui l'ont glorifié pendant leur vie ? Est-ce que la grâce sanctifiante n'a pas imprimé à ces membres un caractère surnaturel et divin ? Est-ce que l'humanité sainte du Verbe de Dieu n'a point pénétré dans ce corps sous les voiles mystérieux du sacrement ? Est-ce que l'esprit de Dieu, cet esprit de puissance et de fécondité, n'a pas répandu dans ces membres une vigueur céleste, une sève divine ? Ces membres n*ont-ils pas été les

membres vivants, les membres glorieux du Fils de Dieu ? Donc il élait naturel, il était logique, que le corps des saints tirât sa vertu et son efficacité de ce qui faisait son excellence et sa grandeur, et qu'après avoir participé à la vie et à la perfection de Dii u, il eût part également à sa puissance et à sa fécondité. » (!)

Cette vénération que nous avons pour les reliques des héros de la foi chrétienne n'est pas plus opposée à la loi de Dieu que le culte des saints en général. Grand nombre de témoignages bibliques peuvent être cités à l'appui de la doctrine catholique. Qu'il me suffise de rappeler ici Moïse emportant avec respect les ossements du patriarche Joseph (2), le manteau d'Elie recueilli avec respect par son disciple (3), la résurrection d'un mort opérée par le simple attouchement des reliques du prophète Elisée (4), etc.

Dans le Nouveau Testament, nous voyons que la frange de la robe du divin Sauveur devint pour l'hémorrhoïsse l'instrument du salut (5), que l'ombre même de saint Pierre guérit les malades (6), que les linges et la ceinture de l'Apôtre saint Paul éloignaient les maladies et chassaient les démons (7), etc. 11 est

(1) Freppol, Sermon sur les reliques des saints.

(2) Exod. XIII.

(3) IV Reg. II.

(4) IV Reg. XIII.

(5) Mt. IX, 20.

(6) Aet. V, 15.

(7) Act. XIX, 12.

donc bien évident que ce qu'ont pensé et fait les saints patriarches de l'Ancien Testament et les premiers fidèles, est absolument la même chose que ce que l'Eglise pense et fait de nos jours au sujet des reliques des saints ; s'il n'y avait ni superstition ni idolâtrie dans ces faits que rapporte la Sainte Ecriture, il n'y en a pas non plus dans la vénération que les catholiques ont pour la dépouille mortelle de ceux qui habitent maintenant dans la gloire.

Dès la primitive Eglise, le culte des saints et de leurs reliques s'est. manifesté dans la vie pratique du peuple chrétien, dans les écrits des Pères et des Docteurs, dans les décrets des conciles. Inutile d'accumuler ici les témoignages ; je n'en citerai que quelqnes-uns, mais ils suffiront, je pense, à démontrer évidemment que les déclamations du protestantisme sur ce sujet sont en flagrante contradiction avec la doctrine des premiers siècles, comme aussi avec les enseignements actuels de l'Eglise Romaine.

C'est un fait historique, indéniable que les premiers chrétiens considéraient les ossements des martyrs, des confesseurs de la foi comme des trésors plus précieux que l'or et les pierreries ; ils les vénéraient comme les membres du Christ, comme les temples du Saint-Esprit ; ils les recueillaient avec soin, employaient quelque signe caractéristique qui pût les faire distinguer des ossements ordinaires, tenaient leurs assemblées religieuses aux lieux de leurs sénul-

tures et plaçaient de ces cendres bénies sous les autels où l'on devait offrir le saint sacrifice de la messe.

Ecoutons la touchante narration extraite des Actes du martyr de saint Polycarpe, évèque de Smyrne et disciple de l'Apôtre saint Jean. Yoici ce qu'écrivent les auteurs de ces Actes, contemporains des événements qu'ils racontent : « Le démon n'a épargné aucun effort pour que nous ne puissions emporter les reliques de Polycarpe, quoique plusieurs en eussent le désir. Il a donc suggéré à Nicétas d'empêcher le proconsul de nous donner sa dépouille, de peur, a-t-il dit, que les chrétiens n1 abandonnent leur Jésus crucifié pour adorer celui-ci. Ils ne savent pas que jamais nous ne quitterons Jésus-Christ pour en servir un autre. Nous l'adorons, en effet, comme fils de Dieu, et nous chérissons à bon droit ses martyrs, comme ses disciples et comme ses imitateurs. Cependant nous avons enlevé les os de Polycarpe, plus préci' ux que l'or et les pierreries, et nous les avons déposés où il convient. Lorsque nous serons assemblés dans ce même lieu, Dieu nous fera la grâce de célébrer le jour de sa naissance à la gloire par le martyr, soit pour honorer le souvenir d ; ceux qui ontsouffert, soit pour nous animer nous-mêmes par l'exemple de leur zèle et de leur courage. » (l)

Les Actes de saint Ignace, qui souffrit le martyre au second siècle, nous offrent un témoignage non moins explicite que le précédent concernant le culte

(1) Act- S. Polyo., ce. 17, 18.

des reliques. « Les saints ossements d'Ignace, y est-il diti ont été reportés à Antioche (il était évoque de cette ville) et renfermés dans une châsse comme un trésor inestimable, laissé à la sainte Eglise en mémoire de ce glorieux martyr. Nous vous avons marqué' le temps et le jour, afin que, nous assemblant à l'anniversaire de sa mort, nous attestions notre communion avec ce généreux athlète de Jésus- Christ. » (1)

Saint Jean Chrysostôme qui était d'Antioche même, rappelant à ses concitoyens le fait si connu de la translation des reliques de saint Ignace, dit que ces ossements précieux furent portés en triomphe de Rome à Antioche, et que les chrétiens des villes par où ils passaient sortaient au-devant d'eux et les accompagnaient ensuite en procession. (2)

Y a-t-il entre cette doctrine des temps apostoliques etcsllede l'Eglise Romaine du dix-neuvième siècle la moindre différence? Peut-on signaler quelque innovation dans le culte des saints? Aucune ; nous croyons ce qu'on a cru de tout temps, nous vénérons ce que les fidèles de tous les siècles ont vénéré ; nous enchâssons précieusement les reliques comme on le faisait dans la primitive Eglise ; nous célébrons des fêtes en l'honneur des saints absolument comme à l'époque des Ignace et des Polycarpe.

Tertullien écrivait^ la fin du second siècle : « Dans

(1) Act. S. Ignat. cap. 6, 7.

(2) Hom. in S. Ign. u. 5.

les jours consacrés aux martyrs, nous sacrifions à la mémoire de leur mort. » (l)

Saint Cyprien fait une recommandation expresse «d'inscrire avec précision le jour mortuaire des martyrs, afin que leur mort soit célébrée par des dons et des sacrifices. » (2)

Saint Basile rapporte l'origine de l'invocation des saints au temps môme des Apôtres. Dans une profession de foi adressée à Julien l'Apostat, il dit en termes formels : « Selon la foi des chrétiens que nous avons reçue de Dieu même, et qui est sans tache, je crois en un seul Dieu.... Je reçois les saints apôtres, les prophètes et les martyrs, et je les invoque, afin qu'ils prient pour moi, et que, par leur entremise, Dieu me soit propice et me pardonne mes fautes. C'est pourquoi j'honore et je révère leurs images, vu principalement que ces images sont recommandées à notre vénération par la tradition des saints apôtres, et que, bien loin d'être interdites, elles sont publiquement exposées dans nos églises. » (3)

Ce témoignage qui contredit si ouvertement les négations du protestantisme touchant la foi des premiers siècles, se trouve corroboré par ce qu'il écrit de l'invocation des saints, telle qu'elle se pratiquait de son temps. Voici comment il parle de l'extrême confiance que les chrétiens d'alors avaient aux prières

(1) De cor. milit. III.

(2) Epist. XXXVII.

(3) Epist. 205, t. HT, cd. Paris.

des quarante martyrs, qui, sous Licinius, finirent leur vie dans un étang glacé : « Celui qui est pressé, dit-il, de quelque angoisse, se réfugie sous l'aile de ces augustes protecteurs ; celui qui est dans la joie, a également recours à leur pouvoir ; celui-là pour être délivré de ses maux, celui-ci pour se maintenir dans la prospérité. C'est ici qu'on trouve la mère en prière pour ses enfants ; c'est ici que la femme demande pour son mari, s'il e^ absent, un heureux retour ; s'il est malade, une salutaire guérison.» (')

Est-il possible d'implorer avec plus de ferveur l'intercession des saints que ne le faisait saint Grégoire de Nysse dans cette apostrophe, ou plutôt dans cette prière qu'il adresse au saint martyr Théodore à la fin d'un discours prononcé à sa louange : « Nous avons besoin de bien des grâces, lui dit-il, priez notre Roi et notre Maître commun pour la conservation de la patrie. Nous craignons de grands malheurs, nous sommes exposés à de grands dangers. Les Scythes barbares nous menacent d'une guerre désastreuse. Comme soldat, combattez pour nous ; comme martyr, usez en faveur de vos conserviteurs de la liberté qui vous est donnée de parler. Demandez pour nous la paix, afin que les horreurs de la guerre ne viennent point dissiper vos assemblées. C'est à vous que nous croyons être redevables de la tranquillité dont nous jouissons présentement ; nous vous demandons encore votre protection et notre sûreté pour l'avenir. S'il

(1) Hom. XX in 40 martyres, 1. 1, cd. Paris.

tE CULTE DES RELIQUES. 35

était besoin d'un renfort de prières, réunissez autour de vous le corps glorieux des martyrs, vos frères ; engagez-les à prier conjointement avec vous... Avertissez Pierre, excitez Paul, sollicitez Jean, le disciple chéri du Sauveur ; qu'ils prennent soin des Eglises qu'ils ont établies, etc. » Plus loin, il assure « que le corps de ce saint était un monument précieux que la vénération publique avait placé dans un lieu auguste et sacré. » (1)

Saint Cyrille de Jérusalem dit dans sa cinquième catéchèse : « Lorsque nous offrons le saint sacrifice, nous faisons mémoire de ceux qui sont décédés avant nous, premièrement des patriarches, ensuite des prophètes, puis des apôtres et des martyrs, afin que Dieu, touché de leurs prières, écoute plus favorablement les nôtres. » (2) Ici il s'agit non plus de la dévotion de quelques fidèles, mais du service public de l'Eglise, du saint sacrifice de la messe pendant lequel on priait les saints, de l'ordre de la liturgie tel qu'existant à cette époque et qui devait nécessairement remonter à un temps immémorial. — Ailleurs, il prouve l'utilité des reliques des saints et la puissance qui réside dans leurs ossements par l'exemple du mort qui fut ressuscité au contact du corps du prophète Elisée. (3)

Saint Jean Chrysostôme, dans son sermon des saints

(1) In Orat. de ertnet. Theodoro, t. III, éd. Paris.

(2) Catech. V myshuj. éd. Taris, p. 241.

(3) Catech. XVII.

H» LE CILIE DES itELiOLliS.

Juvence et Maxime, commence par louer ceux qui, par esprit de piété, ont recueilli, au péril de leur vie, les reliques de ces saints martyrs; puis il exhorte les fidèles à aller prier sur leurs tombeaux, à vénérer leurs restes, afin d'obtenir par leur intercession les bénédictions du ciel. — 11 atteste également « qu'à Rome, la reine des cités, on voyait les rois, les gouverneurs et les généraux quitter tout pour accourir ou tombeau d'un pêcheur et d'un faiseur de tentes, et qu'à Constantinople les empereurs estimaient comme une faveur insigne de pouvoir être enterrés, non dans le lieu même où reposaient les corps des saints apôtres, mais seulement dans le vestibule de leurs chapelles ; en sorte, ajoute le saint, que les empereurs et les rois se font gloire de devenir comme les portiers de ceux qui gagnaient leur vie à la pêche. » (1)— Dans une homélie en l'honneur des saintes Bernice et Prosdoce, il exhorte ses auditeurs « à venir faire leurs prières devant les reliques de ces saintes, non-seulement au jour de leur fête, mais encore les autres jours de l'année. Rendons-nous assidus auprès d'elles, continue-t-il, prions-les, conjurons-les d'être nos patronnes, elles ont eu beaucoup de crédit auprès de Dieu pendant leur vie, elles en ont encore plus après leur mort. »

Ecoutons saint Ambroise dans son beau discours sur les saints martyrs Nazaire et Celse. «Nous

(1) In Danonstr. quod Christus eit Deus, etc., edit. Front. Ducaci, p 839.

honorons, dit-il, dans la chair d'un martyr les cicatrices qu'il a reçues pour la défense du nom de Jésus. Nous honorons la mémoire d'un saint qui vivra éternellement dans l'esprit des fidèles par le souvenir de ses vertus. Nous honorons des cendres consacrées par la confession que le généreux martyr a fait de Jésus, nous honorons dans ces cendres la semence d'une éternité bienheureuse, nous honorons un corps qui nous a montré à aimer Dieu et qui nous a appris à ne pas craindre la mort quand il s'agit des intérêts de Notre Seigneur. Pourquoi les fidèles n'honoreraient-ils pas un corps que les démons eux-mêmes sont forcés de révérer et de glorifier dans le sépulcre?... J'honore un corps que Jésus-Christ a honoré de la couronne du martyre et qui régnera à jamais dans le ciel avec ce divin Sauveur. » Yoilà bien la vraie doctrine de l'Eglise catholique qui vénère, dans les reliques des saints, les corps de ceux qui ont été les temples de l'Esprit-Saint et les instruments dont Dieu s'est servi pour manifester aux hommes les merveilles de sa grâce et de sa toute-puissance.

Je termine ces citations par celle de saint Augustin qui dit. « que si nous faisons mention des saints martyrs en célébrant les mystères sacrés, ce n'est pas afin de prier pour eux, comme on fait pour les autres fidèles, mais plutôt afin de les engager à prier pour nous. » (x) La liturgie, du temps de saint Augustin, contenait donc évidemment la prière pour

(1) Tract. LXXXVI in Joan. t. IX, od. Frob. p. 451.

les morts et le recours à l'intercession des saints, deux dogmes que le protestantisme a combattus et combat encore à outrance.

Je pourrais encore rapporter ici les paroles éloquentes et poétiques d'Eusèbe, de Théodoret, de Prudence, de Rufin, de saint Jérôme, de saint Ephrem, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Hilaire et autres écrivains des plus beaux siècles de l'Eglise; tous parlent du culte des saints et de la vénération de leurs reliques comme d'une doctrine très-ancienne, admise partout sans conteste et qui tire son origine de la Sainte Ecriture. C'est ce même enseignement qui a été contirmé par les conciles de Gangres, de Cartilage, de Braga, par le second concile général de Nicée, par celui de Mayence, etc.

Or, je le demande à tout homme raisonnable, sérieux, impartial, est-il croyable que l'Eglise des premiers âges eût déjà renié .la saine doctrine? Est-il croyable que le peuple chrétien eût déjà abandonné le culte du vrai Dieu pour y substituer celui de créatures finies et périssables? Est-il possible que tous les fidèles eussent alors cessé d'adorer, de servir le seul vrai Dieu et eussent outragé les droits du médiateur unique et suprême en plaçant leur confiance dans de chétives créatures? Est-ce que tous étaient assez ineptes pour adresser leurs prières à des êtres incapables de les entendre? Croit-on véritablement que l'Eglise entière ait dès lors prévariqué et se soit précipitée dans l'abîme de la superstition

et do l'idolâtrie, sans que personne ait pu y apporter remède avant Luther, Calvin et autres faux réformatours du seizième siècle? Non, cela n'est pas admissible; ce serait soutenir que le genre humain tout entier peut, à un moment donné, se passer la fantaisie d'être absurde.

Vous venez d'entendre le langage des plus illustres Pères de l'Eglise concernant le culte des saints et des reliques ; y trouvez -vous quelque analogie avec la doctrine de Luther qui déclarait ne faire pas plus de cas des os d'un saint que de ceux d'un pendu ? Y trouvez vous la moindre analogie avec les déclamations furibondes de Calvin qui ne voyait qu'une source d'idolâtrie dans la vénération des reliques ? En découvre-t-on davantage entre ces chrétiens qui avaient tant de respect pour les cendres de saint PoJycarpe, de saint Ignace, de saint Pierre et de saint ^aul, de saint Théodore, etc., et ces fanatiques réformateurs qui ont poussé la rage et le délire jusqu'à violer les tombeaux des saints, jusqu'à en arracher les dépouilles pour les faire brûler, ou les jeter au vent et dans les rivières ?

On a prétendu au seizième siècle vouloir réformer l'Eglise, la purger des superstitions du moyen-âge et lui rendre son ancienne doctrine ; en face des témoignages cités plus haut, osera-t-on soutenir que la barbarie du moyen-âge nous a inventé et légué ce culte des saints? Aura-t-on la témérité de répéter ucore que cette doctrine est nouvelle, superstitieuse,

injurieuse à Dieu, souverain Maître et à Jésus-Christ, notre Médiateur, lorsqu'il nous est démontré clairement qu'elle est aussi ancienne que le christianisme, appuyée sur la révélation divine, gravée dans la croyance de tous les âges, glorieuse à Dieu, auteur de 0 tous les dons, et au Sauveur Jésus par les mérites duquel nous espérons obtenir tout ce que nous demandons aux Saints ? Il y a vraiment lieu de s'étonner qu'après avoir réfuté mille fois cette vieille accusation, on soit obligé de la réfuter encore et de rétablir une doctrine si conforme à la raison, à la révélation, et à l'antiquité chrétienne.

Le protestantisme qui s'est plu à représenter le culte des reliques comme une invention de l'antechrist, comme une supercherie de Satan, a transporté sa vénération sur les pots à bière de Luther, sur sa bible, sa montre, sa chaise, son lit nuptial, dont les parcelles étaient censées guérir les maux de dents. (x) On affirme que ces précieuses collections se conservent religieusement à Erfurlh, à la Wartbourg et à "Wittemberg. De même on s'est mis à vénérer dans l'église de Lutherworlh la chaire de Wiclef, son pupitre et une partie de son manteau. (2) Pour nous, nous n'hésitons pas à déclarer que nous préférons à ces reliques si suspectes celles de nos martyrs et de nos saints qui ont brillé par leurs vertus.

(1) Heinrich Gotz : De rclîquiia Lutheri in diver'sia locia aaaervntia sinrjularia, Leipzig, 1703.

(2) Wiseman, Conf. sur l'invocat. des saints.

CnAPITRE II

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