CHAPITRE VI
DU CÉLIBAT ECCLÉSIASTIQUE — (Suite).
Enseignement des anciens conciles et des docteurs de l'Eglise concernant le célibat du clergé. — Réfutation des objections tirées des épîlres de saint Paul et autres endroits de la Sainte Ecriture. — Les faits de Paphnuce, de saint Grégoire de Nazianze et du concile in Trullo n'offre pas de difficultés sérieuses. — Autres objections des incrédules clairement résolues.
Nous avons déjà vu combien les plus anciens Pères de l'Eglise exaltent la virginité et combien les premiers chrétiens embrassèrent avec ardeur cette vie plus parfaite dont le Sauveur, sa sainte Mère et les Apôtres leur avaient donné l'exemple. Mais si chaque fidèle demeurait libre de garder la virginité ou de s'engager dans l'état de mariage, il est certain que l'Eglise exigeait toujours le vœu de chasteté de la part de ceux qui entraient dans le sacerdoce. Jamais l'Eglise n'a permis au prêtre de se marier après son ordination ; elle a pu en certains cas et pour des raisons particulières ordonner des hommes déjà mariés, mais elle n'a jamais consenti à les laisser continuer à vivre conjugalement avec leurs femmes. Saint Jérôme (i)
(1) Adv. Vigilant, p. 281.
et saint Epiphanie (l) disent expressément que les canons des conciles le défendaient, et Eusèbe de Césarée (2) confirme notre sentiment, lorsqu'il nous apprend que les ecclésiastiques mariés antérieurement, vivaient avec leurs épouses comme avec des sœurs (c'est-à-dire dans la continence), étant entièrement absorbés par le service du Seigneur et par le soin qu'ils prenaient de leur famille spirituelle. Les adversaires du célibat ecclésiastique ne pourront jamais démontrer que l'Eglise ait autorisé un évèque ou un prêtre, demeurant dans l'exercice de sa charge, à contracter mariage après l'ordination, ou à user d'un mariage contracté avant celte époque. Dans 'tous les cas la continence était rigoureusement exigée.
Nous voyons, en effet, les Constitutions apostoliques, qui remontent au moins au troisième siècle, défendre formellement aux évoques, aux prêtres et aux diacres de se marier après l'ordination (3).
Les Canons des Apôtres, qui sont d'une date peutêtre plus ancienne encore que les constitutions, ne permettent le mariagequ'aux chantresetaux lecteurs, et supposent par conséquent l'existence du célibat pour les évoques, les prêtres et les diacres (4).
Le concile d Elvire, célébré vers l'an 305, ordonne « à tous les évéques, prêtres et diacres, et à tous les
(1) Baer. 59, n. 4.
(2) Demontt. evang. c. IX.
(3) Labbe, t. 1, p. 392.
(4) Labbe, can. 25, t. 1., p. 29.
clercs engagés dans le ministère sacré, de s'abstenir de leurs femmes et de garder la continence » ; il décrète de plus que « quiconque contreviendra à cet ordre, soit privé de l'honneur de la cléricature (1). » Cet usage d'élever des hommes mariés à la dignité sacerdotale, venait de ce que l'Eglise des premiers siècles, s'élendant avec rapidité par toute la terre, avait un extrême besoin de prêtres et que, suivant Ja remarque de saint Jérôme, le nombre des célibataires dignes de recevoir les ordres sacrés n'était pas suffisant. Mais ces prêtres étaient obligés, aussi bien que tous les autres, de vivre désormais dans une continence parfaite.
Le concile de Néocésarée, tenu en 315, ordonne de déposer tout prêtre qui se serait marié après son ordination (2).
Les Pères du concile œcuménique de Nicée, tenu en 325, défendent absolument à tout évêque, prêtre, diacre et autre clerc d'avoir chez eux une femme étrangère ; ils ne permettent la même demeure qu'à la mère, à la sœur, à la tante ou à d'autres personnes hor* de tout soupçon (3). Yoilà bien une règle générale qui nous montre clairement la loi du célibat reconnue dans le monde entier.
Le Pape saint Syriee, écrivant, en 385, à Himère, évêque de Tarragone, en Espagne, déclare suspens
(1) Conc. Illiberit. can. 33, ap. Labbe, t. I., p. 1209.
(2) Conc. Neocesar. ap. Labbe, t. 1., p. 1484.
(3) Conc. Nie, ap. Labbe, t. II, p. 40.
et interdits de toute fonction les prêtres et ministres inférieurs qui violaient leur vœu de chasteté ; il proclame indignes de commisération et d'indulgence ceux qui, dans la suite, se rendraient coupables du même crime (1). Dans une lettre synodale écrite, l'année suivante, aux prélats d'Afrique qui avaient, dans un concile, renouvelé lesloisdel'Eguse concernant la continence des clercs, il recommande fortement à ces évoques de faire exécuter ces lois, s'ils ne veulent encourir la colère de Dieu ; puis il frappe d'excommunication et menace des peines éternelles ceux qui oseraient enfreindre ces règles établies par l'autorité des Apôtres et des Pères (2).
Le second concile de Carthage, en 390, déclare que la défense faite aux prêtres d'user du mariage « e^t conforme à ce que les Apôtres ont enseigné et à ce que toute l'antiquité a pratiqué. » (3)
La même loi est sanctionnée par les conciles de Turin (397), de Carthage (le cinquième, en 398), d'Orange (441), d'Arles(452), deYenise (465), d'Agde (506), d'Orléans (538 et 541), de Lyon (583), etc. (4) Inutile de répéter chacun des décrets de ces conciles, puisqu'ils sont toujours les mêmes quant au fonds et presque identiques quant à la forme.
Au quatrième siècle, saint Ambroise parlant aux
(1) Décret. S. Siricii, c. 7, ap. Labbe, t. II, p 1019.
(2) Ep. Synod. S. Siricii, ap. Labbe, t. II, p. 1029.
(3) Labbe, t. II, p. 1159.
(4) Cf. Labbe, t. IV et V.
diacres des devoirs qui leur incombent, leur dit : «Yous savez que votre ministère doit être sans tache, et qu'il ne vou* est pas permis de le souiller par le devoir conjugal, vous qui avez reçu la grâce du saint ministère, pour vivre dans une grande pureté de corps et d'esprit. » (*)
Le Pape saint Léon répond à Rusticus, évêque de Narbonne (440); que la loi de la continence est la même pour les clercs majeurs que pour les évoques et les prêtres, et que l'usage du mariage leur est défendu du moment qu'ils sont promus aux ordres majeurs. (2)
Saint Grégoire-le Grand défend aux évêques de Sicile, et plus tard à celui de Calane en particulier, d'élever des clercs au sous-diaconat, sans exiger d'eux préalablement la promesse qu'ils vivront dans une chasteté parfaite. (3)
J'aurais pu citer les témoignages précieux de saint Epiphane, de saint Augustin, de saint Jean Chrysostôme, les ouvrages entiers de saint Jérôme con're Jovinien et Vigilance, — ces détracteurs du célibat, — qu'il flétrit d'une manière terrible, les canons des divers conciles célébrés avant, pendant et après le moyen-âge ; mais à quoi bon fatiguer le lecteur par d'interminables citations qui n'offrent d'autre divergence que celle du style ? Je pense en avoir dit
(1) S. Ambr. t. IV p. 38.
(2) Ep. 92 ad Rustic. op. Narb., ap. Labbe, t. III, p. 1406.
(3) Ep. 42 et 34, ap. Labbe, t. V, p. 1058 et 1167.
suffisamment pour convaincre tout homme impartial, et l'amener à la conclusion que le célibat ecclésiastique, inspiré par Jésus-Christ lui-même, pratiqué et conseillé par les Apôtres, a été, dès le berceau du christianisme, strictement et rigoureusement maintenu dans l'Eglise catholique romaine pour tous ceux qui recevaient les ordres majeurs.
Les Réformateurs du seizième siècle, voulant justifier aux yeux des peuples la violation de leur vœu de chasteté et leur sacrilège union conjugale, ont mis tout en œuvre pour démontrer par l'Ecriture et l'histoire que le célibat des prêtres est contraire à toutes les lois divines el humaines, contraire à la nature, absolument impossible, contraire aux intérêts bien entendus de l'Eglise et de l'Etat, contraire à la Bible et à la législation ecclésiastique des premiers siècles. Jetons un coup d'ceil rapide sur ces objections qui n'ont pas même le mérite de la nouveauté, et qui ont déjà été, en grande partie, réfutées par les Pères du quatrième siècle. Les voici avec la réponse :
lere Objection. Saint Paul écrivant à ses disciples TimothéeetTite, l'un évêque d'Ephèse, l'autre, évêque de Crète, leur rappelle en tes termes les vertus qu'ils doivent pratiquer : « L'évêquedoil être irréprochable, n'avoir épousé qu'une seule t'ein me. être sobre, prudent,
chaste gouvernant bien sa maison, tenant ses
enfants soumis en toute' chasteté. (T) Si quelqu'un est
(1) Tim. III, 2, 4.
sans reproche, n'ayant épousé qu'une seule femme, et si ses enfants sont fidèles, etc.,» (1) il peut être promu à l'épiscopat. Donc, concluent les adversaires du célibat, donc saint Paul nous fournit un argument irréfragable en faveur du mariage des évêques et, à plus forte raison, de celui des prêtres.
A cette première objection je réponds 1° que l'Apôtre saint Paul ne peut pas vouloir dire par ces paroles que pour devenir évêque il faille nécessairement être marié et avoir des enfants. Car, comme le fait observer saint Jérôme, « l'Apôtre lui-même n'aurait pas dû être évêque, puisqu'il se déclare non marié : Je voudrais, dit-il, que tout le monde fût comme moi. Siint Jean et une foule d'autres ministres vierges ou continents, qui sont autant de pierres précieuses ornant le collier de l'Eglise, n'auraient pas été dignes de l'épiscopat.» (2) Celte interprétation serait d'ailleurs en opposition avec la pratique des églises protestantes qui confèrent quelquefois les plus hautes fonctions ecclésiastiques à des célibataires ; elle contredirait également la doctrine du même apôtre qui non seulement ne force pas les ministres des autels à contracter mariage, mais les oblige au contraire à demeurer chastes et continents. (3)
2° Saint Paul ne peut pas non plus, par ces paroles, avoir eu l'intention de défendre aux évêques d'avoir
(i) Tit. I, 6.
(2) Âdv. Jovin. I. 1.
(3) Tim. III, 2; Tit. I, 8.
plusieurs femmes. En effet, une telle défense eût été absolument sans objet, attendu que la polygamie n'était pas même permise aux simples fidèles. « D'ailleurs, reprend l'abbé Glaire,^1) si cette prétention était fondée, il faudrait dire aussi que saint Paul a permis aux veuves qui n'étaient pas appelées au service de l'Eglise d'avoir plusieurs maris ; (2) assertion aussi fausse que révoltante. »
3° Le sens de ces paroles de l'Apôtre est qu'on ne doit pas choisir pour évêque un bigame, un bomme qui aurait déjà été marié plus d'une fois, ou qui aurait des enfants débauchés et scandaleux. Saint Paul ne dit donc pas que le ministre du sanctuaire doit être marié, ni qu'il peut l'être présentement ; il ne dit pas davantage qu'il lui esl d< fendu d'avoir simultanément plusieurs femmes ; il affirme tout simplement que, si on le choisit parmi les veufs, parmi ceux qui ont déjà été mariés, il ne deu'a pas avoir contracté mariage plus d'une fois, et ses enfants, s'il en a eu avant son ordination, devront être fidèles, c'est à-dire édifiants et bons chrétiens. Telle est l'interprétation que nous donne saint Ambroise, avec le Pape Innocent 1 et saint Jean Chrysoslôme : « Ce n'est pas, dit l'illustre évêque de Milan, pour exclure de l'épiseopat celui qui ne serait point marié, car jamais le mariage n'a été de précepte pour tous les hommes, moins encore
(1) La'Sainte Bible selon la Vulgate, Nouv. Test., p. 370.
(2) Celles qui étaient choisies pour aider au service de l'Eglise ne devaient avoir eu qu'un seul mari. Tiin. V, 9.
pour ceux qui sont appelés au service de Dieu ; ce n'est pas non plus que l'Apôtre leur permette de devenir pères après qu'ils auront été élevés au sacerdoce. Il veut seulement parler de ceux qui auraient des enfants avant leur ordination.» (1)
2e Objection. Saint Paul, écrivant aux Corinthiens, dit. : « N'avons-nous pas le droit de mener partout avec nous une femme sœur, à l'exemple des autres Apôtres ? » (2) Donc, disent nos adversaires, les Apôtres étaient mariés, puisqu'ils emmenaient leurs femmes avec eux.
Je réponds 1° qu'il est impossible de prouver, d'une manière satisfaisante, le mariage des Apôtres. Saint Jean a toujours été regardé comme vierge. Saint Paul lui-même était vierge, puisqu'il manifestait le désir-de voir tout le monde comme lui, non marié. Saint Jérôme affirme que saint Jacques garda toute sa vie la virginité. (3) L'antiquité chrétienne, par l'organe d'un grand nombre de Docteurs, n'a jamais cessé d'affirmer que tous les Apôtres étaient demeurés vierges, à l'exception de saint Pierre dont l'Ecriture constate le mariage. (4)
(1) S. Ambros. Opéra, Paris, 1671, t. V, p. 245. Innocent I dit que saint Paul parle d'un homme qui a des enfants, mais non pas de quelqu'un qui en produit, haoeniemfilioa, non generantem dixit. Ap. Labbe, t. II, p. 1255.
(2) 1 Cor. IX, 5.
(3) Adv. Jovin. 1. 1.
(4) Cf. Tert. De monog., c. 8 ; Hieron. Adv. Jovin., 1. 1.
2° En admettant même que tous les Apôtres aient été mariés, il resterait encore à prouver qu'ils ont, même après leur élévation à l'apostolat, continué à vivre conjugalement avec leurs femmes ; car nous reconnaissons que des gens mariés étaient parfois promus au sacerdoce, pourvu qu'ils s'engageassent à garder désormais la continence. Or les anciens Pères déjà cités, tels que Tertullien, saint Jérôme, saint Isidore de Damiette et autres, affirment que tous les Apôtres ont été ou vierges ou continents dans le mariage. Nos modernes réformateurs ont bonne grâce à venir donner à l'antiquité chrétienne un démenti qui ne s'appuie sur rien. — D'après saint Jérôme, l'apôtre saint Pierre donne à entendre qu'il avait renoncé à ses droits d'époux, lorsqu'il dit au Sauveur : « Pour nous; nous avons tout quitté pour vous suivre : quelle sera donc notre récompense ? » Jésus semble confirmer l'opinion de saint Jérôme, lorsqu'il répond avec les détails suivants : « Quiconque aura quitté sa maison, ses frères, ses sœurs, sa femme... à cause de mon nom, recevra le centuple et aura la vie éternelle. » (!)
3° Les femmes, dont parle saint Paul, et qui accompagnaient les Apôtres, n'étaient pas des épouses, mais des femmes sœws, c'est-à-dire, des femmes chrétiennes, pieuses, qui, avec leurs propres ressources, subvenaient aux besoins des prédicateurs de l'Evangile. Pourquoi, en effet, cette addition du mot sœur,
(1) Mt. XIX, 27, 29.
156 CÉLIBAT ECCLÉSiÀSTÉQ-
si ce n'est pour indiquer qu'il ne s'agit pas là d'une épouse ordinaire ? Tel est le sentiment de Tertullien, (') de Clément d'Alexandrie, (2) de saint Jérôme, (3) de saint Augustin, (4) de saint Isidore de Damielte, (5) etc.
3e Objection. — Saint Paul écrit encore aux Corinthiens : « A cause de la fornication, que chaque homme ait sa femme et chaque femme son mari. » Plus loin, il ajoute : « Que s'ils ne peuvent se contenir, qu'ils se marient. Car il vaut mieux se marier que de brûler. (6) — Ces paroles, disent nos adversaires, ne sont qu'un commentaire de celles que Dieu adressa à nos premiers parents : « Croissez, mullipliez-vous et remplissez la terre. » (7) Elles expriment clairement la loi générale du mariage.
Yoici la réponse à l'objection tirée de ces trois textes.
Dans le premier, TApôlre recommande à chaque homme de vivre avec sa femme et chaque femme avec son mari, afin d'éviter la fornication. Mais il n'engage pas les célibataires à contacter mariage, puisque, un pou plus loin (vv. 7 et 8), il les exhorte à demeurer dans le même état.
(1) De -monog,, c. 8.
(2) Strom. 1. 3.
(3) Adv. Jovin. 1, 1.
(4) De op. Monack. t. VI, c. 4 n. 5, p. 478.
(5) Ep. 176.
(6) 1 Cor. VII, 2, 9. .
(7) Gen. J, 28.
Le protestantisme oserait-il conclure de ces paroles que saint Paul considérait le mariage comme l'unique moyen d'éviter la fornication? Cette conclusion serait certainement fausse. Le grand Apôtre serait le premier à la repousser, puisque lui-même n'était pas fornicateur, quoique non marié. Une multitude de Pontifes, d'évêques, deprêtres, de religieux, de laïcs qui ont uni la pureté virginale à la plus parfaite sainteté, se lèveraient pour prolester contre une semblable doctrine- L'indignation la plus profonde s'emparerait de ces milliers de veufs, de veuves, de jeunes personnes qui prétendent bien pouvoir vivre exempts de toute fornication, sans entrer cependant dans l'état du mariage. Mais si un grand nombre de laies, fortifiés par la grâce divine, sont capables de se conserver chastes et continents toute leur vie au milieu du monde, je ne vois pas pourquoi ceux qui se consacrent au service de Dieu et qui semblent favorisés de grâces particulières, ne pourraient pas conserver leurs cœurs vierges de toute souillure. Saint Paul n'énonce donc pas là une loi générale, mais seulement un conseil en faveur de ceux qui ne sont liés par aucun engagement, qui sont pleinement libres de contracter mariage, et qui trouveront le plus souvent dans cet état un remède et une sécurité contre leurs faiblesses naturelles.
Dans le second texte, l'Apôtre parle uniquement de ceux qui sont libres, dégagés de tout lien résultant d'un vœu de virginité ou d'un mariage antérieur.
Plutôt que de brûler, c'est-à-dire plutôt que de devenir la proie facile du démon impur, plutôt que de succomber aux tentations et de commettre des fautes graves, il vaut mieux se marier. Mais ici, comme dans le texte précédent, saint Paul ne donne pas le mariage comme le seul remède contre les flammes de la concupiscence, puisque souvent il ne serait pas possible. Supposons, avec un écrivain moderne, le cas où un homme marié serait a-sez malheureux pour haïr sa femme et pour convoiter en même temps celle de son voisin : est-ce que saint Paul lui conseilleraitd 'éteindre en lui ce feu impur en contractant mariage avec cette dernière ? Non, sans aucun doute ; le grand Apôtre, laissant intacte l'indissolubilité du lien conjugal, lui dirait d'avoir recours à la vigilance, à la prière, à la mortification, aux sacrements, remèdes ordinaires contre les tentations de Satan, remèdes efficaces employés par les âmes généreuses qui se sont irrévocablement consacrées à Dieu dans le sacerdoce ou dans un ordre religieux. Il n'est donc pas vrai, de dire que le mariage soit, d'après l'Apôtre, l'unique moyen de ne pas succomber aux révoltes de la chair et aux séductions du démon.
Le troisième texte ne contient pas le précepte pour chaque individu de contracter mariage ; car ce serait, admettre, par voie de conséquence, que le Sauveur, les Apôtres et la plupart de ceux que l'Eglise a mis au nombre de ses gloires les plus pures, ont violé et ont conseillé de violer ce commandement du Seigneur en
demeurant vierges. Dieu donnait par là une bénédiction particulière au genre humain et lui conférait celte merveilleuse fécondité quidevaitplus tard donner des habitants à l'univers entier,
4e Objection. — Mais, reprennent les adversaires du célibat, saint Paul ne dit-il pas que «c'est une doctrine diabolique de détendre le mariage et de commander l'abstinence de certaines viandes (*) ? Ne proclamet-il pas qu'il veut que les jeunes personnes'se marient, qu'el'es aient des enfants, qu'elles soient mères de famille (2) ? Donc la doctrine catholique du célibat est contraire à celle de saint Paul.
La réponse n'est pas difficile. Dans le premier cas i, Tim. IV, 3), l'Apôtre parle de certains hérétiques, tels que les ebionites, tes eneratites, les manichéens, etc., qui prétendaient qne le mariage était interdit comme chose impure et qui défendaient l'usage de la viande sous prétexte qu'elle venait du principe du mal. Mais, je le demande, quel rapport renseignement catholique a-t-il avec ces rêveries des hérétiques des premiers siècles du christianisme? Est-ce que l'Eglise a jamais interditle mariage? Nullement ; elle le bénit, elle l'administre tous les jours, elle le vénère bien plus que le protestantisme, puisqu'elle le met au nombre des sacrements, dignité dont la réforme l'a dépouillé ; elle veut, avec l'Apôtre, que «le mariage soit honore en toutes choses » (3); elle en maintient
(1) I Tim. rv, 3.
(2) I Tim. V, 14.
(3) Uebr. XIII, 4.
l'indissolubilité, contrairement au protestantisme qui, dans bien des cas, a séparé ce que Dieu avait uni et a fait casser un mariage légitime soit par un acte du parlement, soit par le consentement des ministres. L'Eglise Romaine ne considère donc pas le mariage comme une chose mauvaise ; elle ne l'interdit pas ; elle se contente de le défendre à certaines personnes qui, ayant eu la pleine liberté de se marier, ont cependant scfemment et volontairement reçu les saints ordres ou fait vœu de virginité perpétuelle. Les engagements irrévocables que ces personnes ont pris vis-à-vis de Dieu, empêchent qu'elles ne puissent en contracter d'autres qui sont diamétralement opposés aux premiers ; car Dieu exige, en plusieurs endroits de la Sainte Ecriture, le parfait accomplissement des vœux qu'on lui a faits. Nous agissons en cela comme saint Paul à l'égard des veuves qui s'étaient consacrées au service de l'Eglise, et qui se mariaient ensuite ; il déclare « qu'elles s'attirent ainsi la condamnation, parce qu'elles ont violé leur première promesse (l).y> Dans le second texte, il est question uniquement de jeunes veuves qui sont lâches au service du Christ, qui sont oisives, curieuses, causeuses, et qui veulent se marier. L'Apôtre préfère que ces veuves se marient, qu'elles deviennent mères de famille, etc. (2) ; mais il serait vraiment absurde de déduire d'un conseil donné à
(1) I Tim. v. 12.
(2) I Tim. V, 11-14.
une classe particulière de personnes une conséquence qui s'étendit à tout le monde.
Remarquons de suite, en passant, que lorsque Jésus dit aux Pharisiens : « L'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils seront deux dans une seule chair (1), » il ne parle pas du mariage comme devant être contracté par tout le monde ; il n'en fait pas une obligation pour tous ; mais il proclame seulement l'indissolubilité du mariage déjà contracté.
5e Objection. — On prétend que Paphnuce, vénérable évêque d'Egypte, présent au premier concile de Psicée, s'opposa fortement au projet que formaient les Pères du concile d'interdire aux évêques, aux prêtres et aux diacres mariés avant leur ordination de continuer à vivre conjugalement, et l'on ujoute que le concile, se rendant à son avis, laissa à chaque ecclésiastique qui se trouverait dans un semblable cas la faculté d'agir comme bon lui semblerait.
Mais si l'on examine cette histoire, telle que rapportée pour la première fois parSocrate, au moins un siècle après ce concile, il est bien difficile de ne pas embrasser l'opinion de Baronius et autres doctes écrivains qui la rejettent comme fabuleuse. — On ne conçoit guère, en effet, qu'une affaire si importante eût été omise dans les actes du concile, si elle avait réellement eu lieu : or les actes du concile n'en disent pas un mot. — Eusèbe de Césarée et saint Athanase,
(1) Mt. XIX, 5.
qui assistaient également à cotte assemblée œcuménique n'en disent absolument rien dans leurs écrits. Les Pères de cette époque, atlaeliés à l'observation des décrets de Nicée, ne manquent jamais de répéter que la continence est strictement prescrite même à ceux qui étaient mariés avant leur ordination ; ce qu'ils n'auraient pas fait, si l'histoire en (fticslion était véridique. — Enfin Socrate, sur le témoignage duquel s'appuient nos adversaires, paraît être trèsétranger aux statuts du concile de Nicée, puisqu'il ignorait absolument l'existence du décret si important de celte assemblée au sujet de la célébration de la Pâque. Il affirme, en outre, que tout ce qu'il rapporte concernant ce concile, il l'a appris dans sa jeunesse d'un vieux prêtre novatien, qui disait, contre toute vraisemblance, y avoir assisté étant encore enfant. Voilà toute la base historique sur laquelle les Protestants appuient ce fait et ils ne remarquent pas que Paphnuce lui-même ne permet pas de se marier après l'ordination: ce qui est déjà une condamnation évidente de la conduite de Luther et de la doctrine des prétendus réformés.
6e Objection. — Saint Grégoire, évêque et père de saint Grégoire de Nazianze, adressant la parole à son fils, lui dit : « Tu as vécu moins d'années que je n'en ai passé depuis le temps des sacrifices. » Or, disent nos adversaires, le temps des sacrifices ne peut désigner autre chose que celui de son épiseopat. Donc saint Grégoire de JNazianze est né depuis l'épis-
CÉLH.VT ECCLÉSI\STIQUE. 163
copat de son père et par conséquent la loi du célibat ecclésiastique n'était pas encore en vigueur.
Il faut avoir une cause bien désespérée pour avoir 'recours à d'aussi pauvres arguments. Un fait isolé, lors même qu'il serait constaté d'une manière certaine, ne prouverait rien contre une loi générale. Il plaît à nos adversaires de donner à l'expression temps des sacrifices la signification de temps de Vépiscopat. Mais sur quoi s'appuient-ils pour justifier un sens si nouveau? Uniquement sur l'arbitraire; ils sont incapables d'apporter une raison solide en leur faveur. D'ailleurs il serait étrange que saint Jérôme qui avait fait avouer à Jovinien la rigueur de la loi du célibat au moins pour les évêques, n'en eût pas dit un seul mot, et que Jovinien ne se fût pas servi contre son adversaire de l'exemple du père de saint Grégoire de Nazianze ; il serait non moins curieux qu'aucun écrivain de l'époque n'eût mentionné un l'ail aussi anormal. Ne pourrait-on pas raisonnablement entendre par sacrifices ceux qu'il offrait avant d'être cbrétien? Car chacun sait qu'«il ne renonça au paganisme qu'à l'époque du concile de Nicée, en 325. Ou bien encore ne désignerait-il pas ainsi les sacrifices qu'il offrait comme simple fidèle, selon les paroles du canon de la messe : «Pour qui nous offrons, ou qui vous offrent ce sacrifice de louanges » ? Quelle que soit l'interprétation que l'on adopte, il est bien certain qu'elle sera préférable à celle que le protestantisme a inventée, uniquement pour les besoins de sa cause et non pour l'amour de la vérité.
7e Objection. — Mais, reprennent nos ministres protestants, est-ce que le synode in Trullo ou Quinisexte n'a pas permis le mariage des prêtres et des diacres?.
Pas précisément. II a permis aux prêtres et aui diacres mariés avant leur ordination de continuer à vivre conjugalement, mais il n'a jamais permis à ceux qui étaient déjà promus aux ordres majeurs de contracter mariage. Comme on le voit, ce concile grec qui a dévié de la sévérité de l'ancienne discipline, est encore une condamnation évidente de la doctrine des réformateurs qui permettent le mariage même après l'ordination.
Cette discipline a été tolérée en Orient, mais n'a jamais reçu l'approbation de l'Eglise Romaine. Elle a même été combatlue par plusieurs Papes dans leurs réponses aux Orientaux, ou dans leurs décrets, chaque fois que l'occasion s'en est présentée. Qu'il suffise de rappeler ici la lettre du Pape Zacharie à Boniface, (x) la réponse de Nicolas I aux Bulgares, (2) l'apologie de la loi de la continence des prêtres faite par saint Grégoire YII et approuvée par le concile qu'il célébra à Rome, (3) la manière d'agir du cardinal Humbert, légat du Pape Léon IX chez les Orientaux, qui excommunia Michel Cérulaire pour plusieurs raisons et entre autres parce qu'il permettait aux ministres sacrés l'usage du mariage, etc. (4). Jamais l'Eglise
(1) Labbe, t. VI, p. 1499.
(2) Ibid. t. VIII, p. 540.
(3) Ibid. t. X, p. 326, etc.
(4) Biblioth. Patrum, t. IV, part. 2, p. 252.
célibat ecclésustïque. I Oc?
d'Occident n'a reconnu ce concile in Trullo, qui était évidemment animé d'intentions hostiles vis-à-vis de l'Eglise Romaine.
Même chez les Grecs sehismaliques, le célibat est rigoureusement exigé pour les évoques ; il n'est pas permis aux prêtres de se marier après leur ordination, et ce n'est que par acculent que l'on permet le mariage antérieur à l'ordination : tant il est vrai de dire que, dans l'esprit, de tout le monde, les fonctions sacerdotales ne peuvent se concilier avec les devoirs du mariage.
Les réformateurs du seizième siècle, qui furent les premiers à battre en brèche une loi si antique et si générale recueillirent le mépris public ; chacun les tournait en ridicule. Luther lui-même s'en plaint amèrement dans plusieurs de ses lettres. Ces charlatans sont obligés de s'encourager mutuellement à violer leurs vœux ; un faible reste de pudeur les oblige à correspondre en latin ou en grec, afin de n'être pas compris de la multitude et de s'éviter les sarcasmes les plus amers. Ce sont cependant ces comédiens qui se mettaient en tête de réformer la religion et de la rendre à sa pureté primitive ! Grand Dieu ! quelle dose de crédulité il faut avoir pour croire qu'un véritable zèle religieux poussait ces novateurs à jeter leur froc aux orties, à violer leurs vœux solennels, à fouler aux pieds les plus saintes lois de l'Eglise, à dérober au Seigneur le cœur qu'ils lui avaient consacré \ Non, l'esprit de Jésus-Christ
ne saurait se trouver là où il n'existe ni mortification, ni pureté, ni charité, ni abnégation de sa volonté propre, ni renoncement aux choses de la terre !
C'est le même esprit d'erreur qui a répandu partout cette assertion mensongère, que Grégoire VII avait été le premier à imposer le célibat aux clercs et que les conciles de Latran n'avaient fait que confirmer cette odieuse tyrannie d'Hildebrand. Il faut avoir une hardiesse plus qu'ordinaire pour oser soutenir une thèse, que des milliers de témoignages très-anciens démolissent du premier coup. C'est cependant cette audace qui a fait et qui fait encore la fortune d'un grand nombre d'écrivains protestants; tout leur mérite consiste à ressasser de vieilles erreurs qu'une critique éclairée a mille fois refutées victorieusement.
Défaits sur le terrain de la Sainte Ecriture et de la tradition, nos adversaires décochent encore sur nous quelques traits tenus jusque-là en réserve; ils imitent les paysans qui, en temps de guerre, se font des armes de tout pour repousser l'ennemi. Mais leur faut-il exposer, prouver ou défendre leurs doctrines, ilsn'ont rien de sérieux à dire, rien qui puisse appuyer leurs assertions, si ce n'est parfois un texte biblique tronqué, mal interprété, ou un fait isolé, sans importance dans l'histoire, et nullement établi. Voyons cependant leurs dernières difficultés, celles qui sont encore en vogue.
8e Objection. — Le célibat, disent-ils, est contraire à la nature ; il est impossible ; c'est une législation
CÊLÏBÀT ECCLÉSIASTIQUE. 167
tyrannique qui conduit au désordre et à l'immoralité el ne peut être par conséquent la gloire, mais bien plutôt la honte de l'état ecclésiastique ; les preuves en sont évidentes dans les mœurs du clergé du moyen- âge,
A cette incriminationsi souvent répétée, je réponds i° que si l'homme était laissé à ses propres forces, s'il ne recevait du ciel la rosée de la grâce divine, ou encore s'il embrassait ce saint état sans vocation, sans épreuves et si, mettant de côté les règles de la prudence chrétienne, il s'exposait à tous les dangers qu'offre un monde corrompu et corrupteur, nul doute que sa vertu serait. exposée à faire un triste naufrage. Mais chacun entre dans l'état ecclésiastique de luimôme, personne ne l'y force. Il y entre dans toute la plénitude de sa liberté, après plusieurs années consumées à l'étude de la science sacrée et de sa propre âme, dans un âge où il peut mesurer ses forces el létendue de ses obligations. Une fois consacre irrévocablementau servicede Dieu, il compte, et avec raison, sur le secours du ciel qu'il ne cesse d^mplorer ; l'oblation quotidienne du saint sacrifice, la récitation de l'office divin qui revient plusieurs fois le jour, la direction des âmes, la vigilance, la prière, la mortification, une vie retirée et passée en partie à l'étude, voilà autant de liens qui l'unissent constamment à Dieu et qui le mettent au-dessus des mauvaispenchants de la nature. Si, dans l'ordre naturel, l'homme est presque tout-puissant dès qu'il le veut, s'il lui est
108 CÉLIBAT ECCLÉSlÀSTrçt'Ê.
possible de commander aux éléments les plus rebelles et d'enfanter les prodiges dont nos contemporains sont si fiers, pourquoin'enserait-il pas de même dans l'ordre de la grâce ? Est-ce que Dieu abandonnera son fidèle serviteur ? Est-ce que celui-ci ne pourra pas, avec saint Paul, proclamer que de lui même il n'est pas capable d'avoir une bonne pensée, mais qu'il peut tout en celui qui le fortifie? Il serait absurde de le nier.
2° Si la loi du célibat ou de la continence est impossible et contraire à la nature;, il s'ensuit que le Sauveur et que l'Apôtre saint Paul ont conseillé une cbose impossible et contraire à la nature : il n'y a guère que les réformateurs du seizième siècle qui osent tirer une pareille conclusion.
3° Il s'ensuit que ni saint Paul, ni saint Jean, ni aucun Apôtre, ni aucun de ces milliers d'hommes qui depuis dix-huit siècles ont fait profession de demeurer vierges dans le monde ou dans le cloître, n'ont pu garder la vertu de continence. Ce serait un mensonge historique aussi ancien que le christianisme. Il s'ensuit tout naturellement que les ministres protestants veufs ou non mariés, que les veuves de ministres, que beaucoup déjeunes gens obligés, par suite de circonstances incontrôlables, de remettre indéfiniment leurs projets de mariage, que grand nombre déjeunes filles dans l'attente d'un époux, sont absolument incapables d'observer la loi morale de la continence, puisque, d'après la doctrine que nous combattons, la
continence est impossible même avec la grâce de Dieu. Je laisse à mes adversaires — qui doivent avoir, eux aussi, des célibataires parmi leurs intimes — de qualifier, dans ce cas, ceux qui auraient le malheur de n'être pas encore engagés dans les liens du mariage.
4° Sur quoi s'appuie-t-on pour déclarer qu'il est impossible degarderlaconlinence? Surles affirmations de quelques moines seandaleux, indignes de leur saint état; sur l'exemple d'un Luther et autres réformateurs qni voulaient par là justifier la violation de leurs vœux et leur sacrilège union. C'est dans le même but qu'ils sont allés jusqu'à nier le libre arbitre. Ne serait-il pas ridicule de préférer l'opinion de quelques impurs sectaires aux conseils de Jésus-Christ, à la recommandation de saint Paul, à celle d'innombrables vierges, veuves, martyrs, hommes et femmes de toute condition, qui ont toujours reconnu la possibilité de cette vertu et qui l'ont réalisée d'une manière parfaite pendant toute leur vie ?
5° On trouve dans cette législation de l'Eglise une tyrannie insupportable, contraire à la nature ; on ne veut pas de ces engagements irrévocables. — II y aurait tyrannie, sans doute, à imposer l'obligation de la continence à une personne qui ne voudrait pas y consentir ; mais personne n'ignore que chacun est libre, parfaitement libre d'entrer ou de ne pas entrer dans les ordres sacrés ; chacun des aspirants a l'âge et le temps suffisants pour réfléchir sur les graves
devoirs qui résulteront de son élévation au sacerdoce. S'il ne se sent pas assez fort pour les accomplir avec constance et fidélité, il lui est bien loisible de chercher dans le monde un genre de vie qui soit plus en harmonie avec ses goûts et ses aptitudes. Comment peut-on trouver de la tyrannie dans cette entière liberté? La perpétuité de ces engagements vous effraie ; mais, dites-moi, les liens que l'on contracte dans le mariage ne doivent-ils pas également durer toute la vie ? Il arrive quelquefois que le malaise, l'antipathie, la mésintelligence régnent bientôt entre deux jeunes époux; mais il est impossible de rompre cette malheureuse union ; il faut bien se résigner à porter sa chaîne : ne pourrait-on pas alors s'élever de la même manière contre l'indissolubilité du mariage sous prétexte de tyrannie? Ln liberté est gênée dans les deux cas, en ce sens que rengagement, une fois pris, est irrévocable ; mais ceux qui regrettent leurs démarches, n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes, puisqu'ils pouvaient choisir l'alternative contraire* Pourquoi donc ces hypocrites invectives du protestantisme contre la prétendue tyrannie du célibat ecclésiastique, et seulement des paroles de miel contre la tyrannie du mariage ?
6° On reproche au clergé certaines violations de la loi du célibat. Ces faits, dont on s'est plu à exagérer le nombre d'une manière affreuse, sont certainement très-regrettables, et l'Eglise les déplore d'autant plus qu'ils portent en eux un caractère particulier d'igna-
minie ; c'est l'ange du sanctuaire qui descend de son piédestal pour se traîner dans la boue des voluptés charnelles. Sans quelques prêtres infidèles à leur vocation, sans un Luther, un Carlostadt, un Zwingle et autres semblables qui ont sacriûé la pureté virginale au désir d'être époux et père de famille, le protestantisme ne serait pas encore né ; ce n'est donc pas à tort que l'Eglise verse des larmes amères sur des chutes' si lourdes, si fécondes en terribles conséquences. Mais ces infractions à la loi de la continence cléricale ne prouvent pas plus contre le célibat que l'adultère ne prouve contre le mariage. Comme le fait remarquerPhilips, « la fidélité dans le mariage demande une vertu morale non moins grande que le célibat, et si l'on voulait s'appuyer sur l'adultère pour en conclure l'abolition de la loi, il y a longtemps qu'il aurait fallu abolir le sixième commandement. » (*) Bien qu'il y ait des époux infidèles, bien qu'un Henri VIII, un landgrave de Hesse, un duc de Norfolk aient pratiqué la polygamie et aient violé la foi conjugale, l'Eglise ne sanctionne pas le divorce, elle ne renonce pas à maintenir l'unité et l'indissolubilité du mariage. De même, parce que certains clercs, en très-petit nombre, aussi peu soucieux de leur dignité que de leurs engagements, sacrifient l'angélique vertu a de grossières jouissances, l'Eglise ne cesse pas pour cela de maintenir dans toute sa rigueur la loi du célibat ecclésiastique.
(I) Dict. de la thêol. cath., art. Célibat.
Chaque fois que l'humanité entre pour quelque chose dans une institution, il s'y glisse inévitablement quelques abus ; mais l'Eglise se contente de lutter contre les abus, tout en laissant subsister l'institution elle-même.
Quant aux hypocrites lamentations du protestantisme sur les scandales du clergé au moyen-âge, nous dirons avec le baron Th. de Bussierre, converti à l'Eglise Romaine : « Le plus mince écolier ne saurait ignorer que les désordres provenaient, non pas du célibat des prêtres, mais de la désorganisation politique de l'époque. Le clergé vit entrer alors dans ses rangs une foule d'intrus ; les laïcs s'emparèrent à main armée d'un grand nombre de bénéfices, pour y placer leurs enfants et des protégés, qui, simoniaques d'une part, avaient de l'autre tous les vices de leurs patrons et vivaient dans le concubinage. L'Eglise était donc la victime, et non la cause de cet état de choses. Puis, il faut bien le dire, ces prêtres qui, par une vie impure, souillent la sainteté de leur caractère, seraientils plus chastes, s'ils étaient mariés ? Est-ce que tous les ministres protestants, sans exception, sont des modèles de continence et de fidélité conjugale ? » (*)
9e Objection. — La doctrine du célibat est, dit-on, un outrage fait à la sainteté du mariage ; elle est un mépris de l'union conjugale que Dieu lui même a bénie.
Je nie cette affirmation gratuite. Esl-ce que l'Eglise
(1) La foi de nos pères, p. 374.
catholique méprise le mariage lorsqu'elle le met au nombre des sacrements, tandis que le proteslanlisme le réduit à un simple contrat civil ? Qui honore davantage le mariage, ou de l'Kglise catholique qui l'a toujours défendu contre les attaques des hérétiques (manichéens, encratites, gnostiques, etc.,) et l'a proclamé un et indissoluble, ou des réformateurs qui ont souvent permis le divorce et la polygamie ? La réponse est facile.
Il est vrai que le catholicisme place la virginité audessus du mariage, mais il ne cesse de conserver pour celui-ci le plus profond respect. « La préférence est un hommage pour celui qui en est l'objet ; elle ne saurait être un outrage pour celui qui n'obtient que le second rang. Méprise-t-on l'argent parce qu'on lui préfère l'or ? l'or, parce qu'on lui préfère le diamant? un mets simple, parce qu'on lui préfère un mets exquis ? Assurément non. Une classification est nue justice et une nécessité d'ordre, ce n'est point un outrage (l) . »
II- est bon de marquer que ce sont les deux états, la virginité et le mariage, que nous comparons, et non pas les individus qui vivent dans l'un ou l'autre de ces états. Nous reconnaissons volontiers qu'il peut y avoir et qu'il y a eu dans le mariage comme dan- I : célibat de très-grands saints, de môme qu'il peut s'y rencontrer des hommes sans religion et dénués de toute vertu. Qu'on se «appelle encore que l'Eglise
(1) Pavy, Le célibat eccl. p. 332.
n'apprend pas aux clercs à se juger plus parfaits que les gens mariés, mais seulement à se croire dans un état qui exige plus de perfection et qui aura à subir un jugement plus sévère.
10e Objection. — Mais, reprennent nos adversaires, si tous demeuraient célibataires, le genre humain périrait.
Supposition absurde ! Autant vaudrait dire : si tous étaient marchands, il n'y aurait pas d'acheteurs, et le commerce serait détruit. Si tousélaient avocats, il n'y aurait plus ni médecins, ni laboureurs, ni philosophes, ni savants. Il n'y a rien à craindre de ce côté, et s'il est permis de juger de l'avenir par les siècles antérieurs, on peut bien conclure en toute sûreté qu j, si le genre lui nain doit périr, ce ne sera pas parce que lecélibat sera devenu général. D'ailleurs, on a constaté depuis longtemps que les pays où la population est la plus dense, sont ceux qui renferment le plus de personnes consacrées à Dieu. Et cela se conçoit assez facilement ; il y a en effet dans le clergé une force moralisatrice ; il est le sel de la terre ; il empêche la corruption de la jeunesse ; il purifie et sanctifie l'état du mariage entre les époux chrétiens : toutes choses qui assurent à l'Etat le service de ces nombreuses et patriarcales familles qu'on ne peut s'empêcher d'admirer.
Il ^st assez remarquable queceuxqui s'élèvent avec tant de véhémence contre le célibat religieux par un prétendu zèle pour l'accroissement de la population,
n'ont presque jamais un mot à dire contr.1 le célibat voluptueux, contre la prostitution, contre la corruption des mœurs, contre la profanation du mariage, contre les duels et les suicides, contre le célibat forcé des militaires, contre le luxe qui, dans les villes, rend les mariages ruineux et le plus souvent impossibles. C'est contre ces maux véritables, contre ces causes réelles de l'amoindrissement de la population que les politiques devraient employer leur zèle, et non pas contre un clergé vierge, civilisateur, et qui résume en lui la science, la vertu, le dévouement et l'amour véritable de la patrie.
11e Objection. — On a encore prétendu que le célibat détruisait à la saule ; on s'est apitoyé sur les malheureuses victimes que cet élat de vie enlève chaque jour à la société.
C'est encore là une de ces assertions lancées au hasard, avec audace, niais que les faits démentent impitoyablement, ni -n entendu que nous ne parlons ici que du célibat religieux. Ne sont-ils pas célibataires ces vieux prêtres, ces vieux évoques, ces vieux religieux, ce vieux pape qui ne meurt pas malgré la haine mortelle que lui porte la Révolution ? Oui, et leur saute est pour le moins aussi floi issante que celle des gens mariés à des âges correspondants.
Dans un tableau dressé par M. Casper et reproduit parDebreyne (*), nous voyons «pie sur cent personnes qui ont atteint, dans les différents états, leur soixante-
(1) Précis dt physiologie humaine, p. 336.
et-dixième année, on compte 42 théologiens, 40 agriculteurs, 35 commerçants ou manufacturiers, 32 soldats, 32 commis, 29 avocats, 28 artistes, 27 professeurs et 24 médecins. Les théologiens, célibataires comme on le sait, sont donc ceux qui ont la palme de la longévité, tandis que les médecins marchent au dernier rang. Chose extraordinaire ! sur 751 ecclésiastiques du diocèse de Paris, qui sont morts du 1er janvier 1823 au 3l décembre 1842. il y en a 106 qui ont vécu au-delà de 00 ans ; 271 au-delà de soixante-eldix ans ; 177 ont dépassé quatre-vingt ans; enfin 17 ont vécu plus de quatre-vingt-dix ans. La moyenne de leur vie était de plus de soixante-treize ans. (i)
«Savez-vous, dit Mgr. Pavy, ce qui tue la santé ?
- l'excèsde lavoluplé, c'est laviolencedes passions, ce sont de coupables habitudes, ce sont les chagrins profonds, ce sont \e< veilles prolongées dans les danses et Ljs spectacles, ce sont les contraintes de l'étiquette, les march s forcées, et les sanglantes exterminations de la guerre ; ce sont les gênes de la toilette et les immodesties des parures indécentes. Que de maladies sont le fruit de l'abus et quelquefois même de l'usage immodéré des plaisirs des sens (2) » ! Ces remarques de l'illustre évéque d'Alger paraîtront fort justes à tout esprit sérieux et impartial.
Je crois avoir répondu à toutes les principales objections qu'on nous fait contre le célibat ecclésias-
(1) Diction, tkétlofiqwt, ('dit. de Migne, art. Célibat.
(2) Le célibat cccléeiattique, p. 471.
eÈLlÛAT ECCLÉSIASTIQUE. \l1
tique, et avoir démontré qu'elles n'ont aucune valeur réelle. Je crois même avoir prouvé par la croyance de tous les peuples et de tous les siècles que la continence est requise pour toute fonction sacerdotale, pour toute prière publique, pour toute relation intime avec la divinité. Cette croyance universelle et constante est comme le cri de la nature ; elle a résisté à toutes les secousses des révolutions ; les esprits élevés, les cœurs nobles l'ont compris et l'approuveront toujours ; elle ne redoute pas, après une existence aussi ancienne que le, inonde, les faibles objections de quelques utopistes. — Recommandé par le divin Sauveur, conseillé par saint Paul, partie par toute la primitive Eglise, le célibat ecclésiastique n'a jamais cessé d'être observé par le clergé catholique ; les Papes, les évoques, les conciles généraux et particuliers l'ont constammentel rigoureusement prescrit* Tous ont proclamé avec i is Saintes Ecritures que la virginité est plus parfaite que le mariage, et que, si cette perfection doit si; trouver quelque part, c'est che/ le prêtre qui est appelé par état à être la lumière du monde et le sel de la terre ; ils ont compris que le prêtre devait être libre de toute affection charnelle et terrestre, de tout lien de famille, de tout attachement aux choses du inonde, afin d'être par le renoncement à lui-même, le véritable disciple de Jésus, afin de ne s'occuper que des choses du ciel, afin de répandre partout les parfums célestes de la plus délicate des vertus, afin de mener celte vie de prière,
ilS CÉLlSAt ECCLÉSIASTIQUE.
de sacrifices et de dévouement que réclament chaque jour ses fonctions. Qu'on vienne, après ce concert unanime des siècles, lancer d'insolentes déclamations contre le célibat, nous répondrons que la vérité seule a ce caractère de perpétuité et d'universalité, et que l'Eglise catholique s'est acquis la reconnaissance du monde entier en maintenant dans son clergé un état de perfection qui sera toujours sa force et sa gloire.
Fin.