‹ Le culte catholiqueChapitre 15 sur 21 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Mariage des chefs de la Réforme.— Le célibat en honneur chez les païens. — La virginité dans le christianisme ; doctrine du Sauv&ur, de l'apôtre saint Paul et des Pères de l'Eglise sur ce sujet. — Inviolabilité absolue du vœu de chasteté. — La continence reconnue nécessaire pendant toute la durée du ministère sacerdotal ; elle est exigée par les fonctions de sacrificateur, de médiateur, de directeur spirituel, de gardien de la doctrine que le prêtre a à remplir.

Luther a été le premier des chefs de la Réforme qui ait osé s'élever contre le célibat des prêtres. En 1525, huit ans après sa rupture ouverte avec l'Eglise Romaine, il se trouvait à Wittemberg ; sans en prévenir personne, il réunit chez lui, pour le souper» Poméranus, pasteur réformé de cette ville, puis un peintre et un avocat. Une pauvre jeune religieuse bernardine, séduite par les doctrines du moine apostat, avait abandonné les douces jouissances d'une vie consacrée au service de Dieu ; elle était là dans les appartements de Lulher. Elle avait vingt-cinq ans et se nommait Catherine Bora. Le pasteur reçut les. engagements conjugaux de frère Martin et de sœur Catherine ; le peintre et l'avocat signèrent comme témoins. On avait voulu faire cette union sacrilège

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sans aucun éclat ; mais les traits du sarcasme ne manquèrent pas de pleuvoir de tous côtés. Les amis du voluptueux Luther en furent dans la stupéfaction ; ils lui reprochèrent de ne pas compatir à leurs maux, et de laisser affaiblir sa réputation au moment où l'Allemagne avait le plus besoin de son autorité et de sa prudence. Il était en effet bien facile d'accabler l'apostat, en se servant des armes que donnait sa conduite scandaleuse. Comment pouvait-il se poser en réformateur des abus dans l'Eglise, lorsqu'il était le premier à violer ses engagements les plus solennels, à rompre ses voeux, à fouler aux pieds la discipline des Apôtres, les lois générales de l'Eglise, l'opinion universelle, les décrets des Papes et l'unanimité des siècles qui réprouvent hautement, flétrissent et annullenl le mariage des prêtres?

L'exemple du maître fut bientôt imité d'un grand nombre de disciples ; la digue était rompue, et permettait à l'apostasie et à la corruption de déborder librement sur le monde. Carlostadt, OEcolampade, Zwingle, Mélanehton, Bucer, Jean Bail, Olaûs Pétri, Albert de Brandebourg et autres, furent heureux de pouvoir justifier l'indigne violation de leurs vœux par l'autorité du grand chef, devenu époux à l'âge de quarante-cinq ans. Le peuple siffla ces nouveaux maris ; ce ne furent bientôt plus que chansons et caricatures. Mais l'impudence de ces hommes charnels affecta de ne pas rougir ; elle se composa un front d'airain ; elle voulut montrer de la dignité au milieu de

l'ignominie dans laquelle elle achevait de s'engloutir.

A la vue de ces scandales qui faisaient sourire les uns et pleurer les autres, Erasme s'écriait ironiquement . « Voilà comme on se mortifie, » et il ne cessait de harceler ces nouveaux apôtres qui renonçaient à leurs vœux pour prendre des femmes, contrairement aux apôtres de Jésus-Christ, qui avaient quitté leurs femmes pour l'Evangile. « Il semble, ajoutait-il, que la réforme aboutisse à défroquer quelques moines et à marier quelques prêtres, et cette grande tragédie se termine enfin par un événement tout à fait comique, puisque tout y finit par le mariage, comme dans les comédies. {}) — Luther lui-même, dans une lettre à Spalatin, ne pouvait s'empêcher de reconnaître «qu'il s'était rendu vil et méprisable à cause de son mariage. »

Depuis l'origine du protestantisme, l'hérésie puissamment secondée par les philosophes impies du dix-huitième siècle, n'a cessé de s'élever contre le célibat ecclésiastique ; elle s'est efforcée de le représenter aux yeux des peuples comme contraire aux Saintes Ecritures, à la tradition, au droit naturel et divin, au bien général de la société. On a torturé les textes les plus clairs ; on a recueilli les scandales épars sur la route des siècles ; on a cherché à amonceler sur certains faits d'épaisses ténèbres ; on a réuni en faisceau toutes les objections que pouvaient fournir les arguties de la mauvaise foi et les instincts pervers de la nature afin d'ébranler les bases de celte

(1) Erasm. I. 19, ep. 3 et ep. 41.

législation, œuvre divine, à laquelle les âges les plus corrompus n'avaient osé porter atteinjte.

Examinons doneavec soin cette importante question; interrogeons tous les peuples, l'Ecriture, les Pères de l'Eglise, les décrets des conciles, la raison ellemême et voyons si la réponse qu'ils vont nous faire est en harmonie avec les enseignements de la Réforme ou avec ceux de l'Eglise Catholique Romaine.

Chez tous les peuples, même les moins civilisés, le célibat religieux a été l'objet d'une vénération particulière. On voyait dans la continence parfaite quelque chose qui élève l'homme et le rend agréable à la Divinité ; la vierge était en quelque sorte un être supérieur, surnaturel, seul digne d'avoir des relations constantes avec Dieu. Les nations païennes, d'accord avec le peuple élu de Dieu et appuyées sur un sentiment profondément enraciné dans l'âme humaine, n'hésitaient pas à mettre la virginité et la viduité au-dessus du mariage.

Rome et Athènes avaient leurs vestales ; elles devaient nécessairement être vierges ; elles étaient, pour cette raison, comblées d'honneurs, et ces honneurs rejaillissaient même sur leurs familles. — Virgile veut faire, paraître la reine des Yolsques, Camille, avec plus de gloire et de majesté ; il nous la représente comme une vierge : «0, decus Ilaliae, virgo ! » (*) — Tacite parle en termes très-élogieux d'une vierge romaine, Occia, qui avait présidé pendant

(1) &n. XI, 508.

cinquante-sept années le collège des Vestales. — Les déesses de la sagesse et du génie, Minerve et Diane, ont toujours été considérées dans le paganisme comme des vierges ; « Minervaji) quoque et Dianam virgines deas finxit error gentilium. » (i) — Dans les Indes, en Chine, partout et toujours on a professé la plus haute estime pour la virginité. Tous les peuples qui croyaient que la Divinité s'incarnait de temps en temps et prenait une forme humaine, faisaient naître ce dieu du sein d'une vierge.

Il existait une persuasion générale et invincible, c'est que ces âmes chastes jouissaient d'un grand crédit auprès des dieux. Voyez les sibylles d'Erithrée et de Cumes ; elles ont le pouvoir d'apaiser ou d'exciter la colère divine ; ces sibylles sont vierges. — L'armée grecque est accablée d'affreux malheurs ; quelle en est la cause ? La captivité de la vierge Chryséis. — Ailleurs c'est la vierge Iphigénie qui calme une tempête furieuse. — Saint Jérôme rapporte une foule de faits analogues, tirés de l'histoire des siècles païens, pour démontrer que toutes les nations de l'antiquité ont considéré le célibat comme un état plus parfait, plus saint, et qui unit davantage à Dieu.

Ce sentiment général qui a ses racines dans la nature humaine et qui se manifeste partout, le christianisme l'a encore fortifié ; il lui a ouvert de nouveaux horizons et l'a, pour ainsi dire, popularisé. Au lieu

(1) Hioron. adv- Jovin., 1. I.

de quelques vestales et sibylles dispersées sur la surface du globe, il y a dans nos couvents, dans nos monastères et au milieu du monde, des milliers et des milliers de vierges consacrées à Dieu par une oblation volontaire, pures comme les anges, et consumant leur vie entière, les unes à soigner les infirmes, les autres à instruire la jeunesse, d'autres à assister les pauvres et les agonisants, d'autres enfin à ramener dans la voie du ciel les âmes égarées, ou à obtenir de Dieu par leurs prières, leurs veilles et leurs mortifications la persévérance des justes et la conversion des pécheurs.

Ces âmes héroïques, qui sont la gloire de l'Eglise catholique et l'honneur du sacerdoce chrétien, ont compris les paroles du Sauveur : « Quiconque aura •quitté sa famille, ses frères, ses sœurs, son père, sa mère, sa femme, ses enfants ou ses possessions, à cause de mon nom, recevra le centuple et aura pour héritage la vie éternelle.» (1) — Ailleurs Jésus proclame l'excellence de la virginité : « Heureux les cœurs purs, parce qu'ils verront Dieu. » (2) — Après avoir enseigné l'indissolubilité du mariage, il répond à l'objection des pharisiens qui inféraient de sa doctrine qu'il valait mieux ne pas se marier, en leur disant que « tous ne comprennent pas cette parole, mais ceux à qui il a été donné. » (3) Il est évident que, par

(n Mt. XIX, 29.

(2) Mt. V, 8.

(3) MtXIX. U. „

ces paroles et celle qui suivent, Notre Seigneur donnait un conseil de perfection à laquelle cependant tous ne pouvaient pas atteindre.

Saint Paul, le grand apôtre des nations, n'enseigne pas une doctrine différente de celle du divin Maître. Après avoir proclamé qu'il est avantageux à l'homme de n'avoir pas de rapport avec une femme, il dit aux Corinthiens : « Ce n'est pas un ordre que je vous donne, c'est un conseil ; je voudrais que vous fussiez tous comme moi ; mais chacun reçoit de Dieu le don qui lui convient, l'un d'une manière et l'autre d'une autre. Je dis donc à ceux qui ne sont pas mariés et aux veuves, qu'il leur est. avantageux de rester ainsi, comme moi-même.» Yoilà qui est clair ; saint Paul garde le célibat ; il n'est pas marié et son désir serait que tout le monde fût comme lui, c'est-à-dire non marié. — Plus loin, il ajoute : « Je voudrais que vous fussiez exempts de soucis. Celui qui n'a pas de femme met sa sollicitude dans les choses du Seigneur, et s'occupe de ce qu'il doit faire pour plaire au Seigneur. Au contraire, celui qui est marié s'occupe des choses de ce monde, des moyens de plaire à son épouse, et il se trouve ainsi partagé. De même la femme non mariée et la vierge pensent aux choses qui sont du Seigneur, afin d'être saintes de corps et d'esprit; mais celle qui est mariée ppnse aux choses du monde et aux moyens de plaire à son mari. Or je vous parle ainsi pour votre avantage, non pour vous tendre un piège, mais parce que c'est une chose bienséante, et

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qui vous donnera un moyen de prier le Seigneur sans

empêchement Ainsi celui qui marie sa fille vierge

fait bien, et celui qui ne la marie pas fait mieux." (^

D'après l'apôtre saint Paul, il est donc bien plus avantageux de demeurer dans le célibat religieux, si l'on veut se donner tout entier au service du Seigneur, prier avec une ferveur plus grande et avancer dans les voies de la sainteté. L'état du mariage, au contraire* entraîne vers le monde, vers les choses de la terre; il ralentit la marche dans le chemin de la perfection. C'est pourquoi, tout en déclarant que celui qui marie sa fille fait bien, il a le soin d'ajouter immédiatement que celui qui ne la marie pas fait mieux. 11 n'était pas po-sible d'exprimer plus clairement et la sainteté de l'état du mariage et la supériorité de l'état de virginité ou de célibat sur l'étal conjugal.

D'ailleurs l'exemple du Sauveur eût suffi pour arriver à cette conclusion. Pourquoi, en effet, cette auréole de virginité qui brille en sa personne et tout autour de lui ? Il est vierge, et sa vertu est tellement éclatante que personne n'ose jamais l'attaquer. Il se choisit pour mère une vierge pure, sainte, immaculée ; son père nourricier est vierge; son précurseur, Jean- Baptiste, est sanctifié dès le sein de sa mère et conserve intact le trésor de sa virginité; le disciple qu'il chérit entre tous et aux soins duquel il confie sa

(1) 1 Cor. VII, 6, 7, 8, 32-38.

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mère avant d'expirer sur la croix, se distingue surtout par son amour de la plus belle des vertus. En fallait-il davantage pour montrer au monde l'estime singulière que doit avoir Jésus-Christ pour les âmes vraiment chastes ? EtaiMl possible à Notre-Seigneur de manifester plus clairement sa prédilection pour celte vertu à la fois si aimable et si délicate?

Ce conseil de perfection, puisé dans la vie et les actes du Sauveur, consigné dans les épîlres de saint Paul et des autres Apôtres, a été parfaitement compris par nos ancêtres1 dans la foi ; les éloges que les plus anciens Pères de l'Eglisefonl de la beauté du célibat, les faits historiques qu'ils nous remettent sous les yeux, en sont une preuve irrécusable. Ainsi ils écrivent qu'un grand nombre de fidèles des deux sexes sont parvenus à l'âge de soixante et soixante-dix ans, ayant soigneusement conservé leur virginité (') ; que la continence parfaite était commune chez les chrétiens (2) ; que les vierges formaient un corps distinct des autres fidèles, et qu'elles sont la fleur de la race sacerdotale, l'ornement de la grâce spirituelle, l'image de Dieu reproduisant le mieux sa sainteté, la portion la plus auguste du troupeau de Jésus-Christ, la joie de l'Eglise (3) ; que la ville d'Antioche seule renfermait trois mille vierges (4) ;

(1) S. Justini Opéra, p. 68, éd. 1593.

(2) Minut. Félix, Octavius, p. 26.

(3) Cypr. De habitu virginum.

(4) Chrysost. Hom. 67. in 31t.

que les monastères de religieuses et de moines sont innombrables à Rome (i) ; que le nombre des chrétiens gardant la plus parfaite continence, augmente tous les jours et dans tous les pays (2) ; que l'Orient, que l'Europe entière est remplie d'institutions où l'on garde la virginité, que cette vertu couvre la terre des plus belles prairies et produit à son Créateur des fleurs odoriférantes qui ne se flétrissent jamais, qu'elle est pratiquée à l'envie par les deux sexes, etc. (3)

Saint Fulgence a écrit ces remarquables paroles : « Nqus prétendons que la virginité est au-dessus du mariage autant que les choses excellentes sont aud'ssus des bonnes, les choses célestes au-dessus des terrestres, autant qu'une union immortelle est audessus d'une union périssable, autant que l'esprit est au-dessus de la chair. » (■*)

Saint Grégoire de Nazianze (6) et saint Augustin ( ) voyaient dans la virginité un quelque chose qui nous place dans l'ordre surnaturel des anges, qui nous clè\e au-dessus des corps, qui nous égale aux esprits célestes, quelque chose qui dans la chair n'est pas de la chair, et qui tient de l'ange plutôt que de l'homme.

Sous la plume de saint Jean Chrysostôme, la virginité semble encore acquérir un nouveau lustre. «Qu'y

(1) Hieron. in epitaph. M'ircellee.

(2) Aug. De vioribus eccl. 1 1, n. 65.

(3) Theodor. llelUj. hist. ch. 30.

(4) Fulg. ad Probam, c. 9.

(5) Orat. 43, n. 62.

(6) De tanot. rirginit., n. 12.

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a-t-il de plus doux, de plus beau, de plus brillant que la virginité qui jette un éclat plus vif que les rayons du soleil, et qui, en nous tenant séparés de toutes les affaires de ce monde, fixe continuellement nos yeux purs sur ce soleil de l'éternelle justice (x) ? »

Les siècles païens sont d'accord avec le christianisme pour proclamer l'inviolabilité absolue du vœu de chasteté. Y porter atteinte était considéré comme un crime des plus affreux. Les vestales coupables devaient être enterrées vives, et l'histoire nous offre l'exemple de plusieurs vierges qui préférèrent endurer la mort plutôt que d'enfreindre leurs promesses. — Saint Jean Chysoslô ne prétend que leur faute est plus grave que l'adultère, (2) et saint Augustin voue aux peines éternelles ceux qui la commettent, parce qu ils violent un engagement fait à Dieu dans toute la plénitude de leur liberté (3) — Le concile d'Elvire, tenu en 305, frappa les coupables d'excommunication et voulut qu'on les privât de la sainte communion, même à l'article de la mort, à moins qu'ils n'eussent fait pénitence de leur faute pendant leur vie entière (4).

il est un autre fait bien remarquable, c'est que tous les peuples païens ou chrétiens, anciens ou modernes, non seulement tiennent la virginité engrand honneur, mais encore exigent la continence pour toute fonction

(1) De virgin. c. XXI.

(2) De non iterando conjugio.

(3) Serm. 148.

(4) Labbe, Coll. conc. t. I.

sacerdotale, pour tout sacrifice, pour toute prière ou cérémonie religieuse ; ils proclament à l'envi que cette vertu est nécessaire pendant toute la durée du ministère sacerdotal, de telle sorte que si le ministère est perpétuel — comme c'est le cas pour le prêtre catholique — la continence doit être perpétuelle. Parcourez les législations religieuses et civiles des Hébreux (1), des Grecs (2), des Romains (3), des Musulmans(4), des Indien-; (5), des Perses, etc., et vous verrez que la continence est strictement requise pour toute fonction se rapportant au culte des dieux, même pour être initié aux mystères les plus infâmes. Aussi longtemps que durait son ministère, le prêtre marié était obligé de suspendre l'exercice de ses druits d'époux. Démosthène nous en donne la raison, qui est la même partout. «Pour moi, dit-il, je suis persuadé que celui qui entre dans le sanctuaire, qui touche aux choses saintes et préside au culte di\ in, doit être chaste, non seulement pendant un certain nombre de jours déterminés, mais pendant toute sa vie. » (6)

Si, de l'aveu de tous les peuples et de tous les écrivains de l'antiquité profane, la continence est nécessaire pour accomplir dignement les fonctions

(1) Lev., XXII, 2, 3, coll. XV, 16.

(2) Demosth. cont. Neaer., n. 20.

(3) Uuet. Dem. evung., t. 1, prop. 4, c. 2, n. 4

(4) Koran, c. 1.

(5) Sonncrat, Voyage aux Indes, p. 248.

(6) Cont. Timocrat. n. 42.

sacrées, si tous la considèrent comme inhérente au ministère sacerdotal, il est évident qu'elle devra, à plus forte raison, être exigée dans le sacerdoce catholique, chez ceux que Jésus-Christ a revêtus de la plus sublime dignité, à qui il a donné mission de l'offrir en sacrifice, de convertir les âmes égarées, de continuer son œuvre dans le monde et à qui il a commandé d'être saints comme il l'est lui-même, parfaits comme son Père céleste est parfait.

Le prêtre de la Nouvelle Loi est le représentant de Jésus-Christ sur la terre ; comment sera-t-il à la hauteur de cette dignité, s'il ne brille pas aux yeux de tous par une vie pure, sainte, exempte de toute souillure ? Si le Sauveur nous a donné l'exemple d'une virginité si parfaite qu'elle n'a jamais été en butte au plus léger soupçon, s'il a conseillé cet état de vie comme plus approprié au service de Dieu, s'il s'est lui-même entouré d'âmes vierges, si ses Apôlres ont fréquemment recommandé d'être chastes et continents, comment le prêtre ne serait-il pas obligé plus que tout autre de marcher dans cetle voie de perfection ? Si les conseils évangéliques doivent être pratiqués par quelqu'un, n'est-ce pas par le prêtre que Jésus s'est choisi pour cultiver sa vigne et pour lui faire produire des fruits abondants? Il est appelé la lumière du monde ; ses enseignements, sa conduite exemplaire doivent être pour les fidèles un phare brillant qui leur indique le droit chemin ; mais cette lumière aura-t-elle tout l'éclat voulu, si les plaisirs des sens,

si les satisfactions charnelles en interceptent au peuple les bienfaisants rayons ? Il doit être le sel de la terre ; mais s'il n'est pas chaste, ne sera-t-il pas un sel affadi, incapable d'empêcher la corruption des mœurs ? Il est bien difficile de prêcher avec fruit la pratique d'une vertu qu'on ne connaît pas soi-même ; il est rare qu'on réussisse à faire goûter aux autres une vertu qu'on n'a jamais ni pratiquée, ni aimée, une v<Ttu qu'on a toujours regardée comme impossible à la nature, contrairement à la doctrine du Sauveur.

Celte convenance de ta pureté virginale, du célibat religieux pour le prêtre se déduit en premier lieu de ses fonctions de sacrificateur. Tous les jours il monte à l'autel ; il y exerce le plus saint des ministères; le Dieu qui a payé notre rançon sur la croix vient s'immoler d une manière non sanglante pour appliquer aux hommes les mérites du sang précieux qu'il a versé sur le Calvaire- A la fois victime et principal sacrificateur, il se met à la disposition du prêtre ; il demeure entre ses mains et descend dans son cœur par la sainle communion. Cet auguste sacrifiée résume tous les rapports qui existent entre Dieu et l'homme : adoration, prière, expiation, gratitude ; c'est Jésus, la sainteté même, qui, réduit à l'état de victime, s'offre à son Père p >ur nous. Peut-on concevoir dans la religion q lelqu i cb >se de plus saint, de plus redoutable, de plus divin ? Dans l'Ancienne Loi, on immolait des animaux, on offrait à Dieu des pains maléiiels, du vin, de l'huile, etc., et pour ces

sacrifices, il fallait des prêtres continents ou vierges ; les lévites vivaient dans le temple, éloignés de leurs femmes aussi longtemps qu'ils étaient occupés du service de Dieu : tant ils étaient convaincus que le meilleur moyen de faire agréer au Seigneur ces oblations, était de se présenter avec un cœur pur et un corps mortifié. Est-ce qu'on n'exigerait pas du prêtre catholique, qui offre Dieu même en sacrifice, une chasteté supérieure à celle du prêlre juif ? Ne doit-on pas avoir un plus profond respect pour la réalité que pour la figure? Oui, sans aucun doute, et c'est pour cette raison qu'Origène affirmait que « l'oblalion du sacrifice perpétuel appartient à celui-là seul qui a fait vœu d'une chasteté perpétuelle.» ([)

C'est pour la même raison que le Pape Tnnocent I, après avoir parlé de la pureté que Dieu exigeait des prêtres chez les Israélites, s'écrie : « A combien plus forte raison doivent garder la continence, dès le jour de leur ordination, les prêtres ou les lévites dont le sacerdoce et le ministère perpétuels sont tels qu'il ne se passe pas un seul jour, sans qu'ils soient occupés ou à offrir le sacrifice ou à administrer le baptême ! » (2)

C'est le même respect pour les fonctions sublimes du sacerdoce qui faisait prononcer à saint Véran, évêque de Lyon, ces magnifiques paroles devant un concile : « Qui permettra, dit-il, que celui qui sert à l'autel, et qui, par un privilège particulier, entre dans le sanc-

(1) Hom. 23 in lib. Num.

(2) Ep. ad Victricium, ap. Labbe, t. II, col. 1251.

tuaire, le souille par les attraits les plus indignes des voluptés charnelles, et que, sous le couvert de la licence conjugale, il remplisse les devoirs de prêtre et d'époux ? Il faut donc considérer attentivement avec un corps et un esprit bien purs, combien doit être digne celui qui va célébrer les saints mystères, et qui va intercéder, non seulement pour ses propres péchés, mais encore pour ceux des autres. 11 me semble qu'il serait inconvenant qu'on se levât du lit conjugal pour monter les degrés de l'autel. Vous donc qui êtes éclairés et instruits par l'Esprit-Saint, vous savez fort bien de quel feu doit brûler celui qui offre à Dieu le sacrifice spirituel. Car si dans la Loi Ancienne où nous trouvons une lueur de la perfection évangélique, le prêtre Sadoch ne donna les pains de proposition à David, qui était obligé de fuir, qu'après s'être assuré que lui et ses compagnons s'étaient abstenus depuis trois jours de tout commerce charnel, qui oserait consacrer la ehair immaculée de l'Agneau, immolé pour le salut du monde, après avoir satisfait ses passions?» (i) — Saint Jean Chrysostôme n'était pas moins explicite, lorsqu'il disait : « L'âme du prêtre, ses mains et ses yeux doivent être plus purs que les rayons du soleil; il lui faut une chasteté à part, je dirai plus : une chasteté sacerdotale. » (2) — 11 convient, reprend saint Angustin, que le Seigneur

(1) Ap. Labbe, t. V. col. 977.

(2) Ho m. 83 M Matthaum.

ait des ministres qui brillent de l'éclat d'une continence et d'une chasteté parfaites. » (1)

Le prêtre est encore obligé de prier pour toute l'Eglise ; il est constitué médiateur entre le ciel et la terre. 11 doit donc, comme un autre Moïse, élever vers le ciel ses mains suppliantes, demandera Dieu la persévérance des justes, la conversion des pécheurs, le pardon de ceux qui affligent le monde par leurs scandales, le retour de ceux qui se sont éloignés de la vérité, le triomphe de l'Eglise au milieu des persécutions qui l'assiègent ; il doit prier pour ceux qui ne prient pas. C'est pour cela que l'Eglise impose au prêtre l'obligation grave de réciter le Bréviaire tous les jours et pendant toute sa carrière sacerdotale. « V"i!à un ministère, dit Mgr. Pavy, qui veut encore que le prêtre soit vierge. Pour qu'il soit tout à la prière, il faut que les bruits du monde ne fatiguent pas son oreille, et que les soucis domestiques ne troublent pas son âme. Où prendra-t il des larmes de charité universelle, celui qui les aura épuisées sur les secrètes douleurs de la couche nuptiale, sur le berceau de quelque nouveau-né frappé par la mort, sur des revers de fortune qui brisent ses espérances d'avenir ; et qui sait ? Peut-être sur de tristes discordes intérieures, et surdes infidélités plus tristes encore ? Oh ! non, que le vestibule de la prière ne soit jamais déserté pour le lit conjugal ; n'allez pas refroidir, dans un humain commerce, ni appesantir

(1) Serm. 249 de Temp.

d'un fardeau charnel les ailes de cette colombe mystique appelée le prêtre ! Laissez-lui prendre son essor indépendant vers le trône des miséricordes ; laissez-lui ses libres entrées dans le ciel ; c'est pour vous qu'il y monte ; ne brisez pas son vol ; il ne pourrait plus vous rapporter le rameau de la paix. » (!)

Ce raisonnement de l'illustre évêque d'Alger, si conforme aux idées universelles du genre humain, n'est qu'une application de la doctrine de saint Paul (2) qui ordonne aux époux de suspendre pour un certain temps l'exercice de leurs droits, afin de pouvoir prier avec plus de ferveur. « Si l'Apôtre, dit saint Ambroise, commande aux laïcs de garder la continence pendant quelque temps, afin qu'ils puissent vaquera la prière, avec combien plus de rigueur ne l'impose-t-il pas aux prêtres et aux lévites qui sont obligés de prier nuit et jour pour le peuple confié à leurs soins ? Ils doivent donc être plus purs que les autres, parce qu'ils sont les ministres de Dieu. » (3)

La confession est d'institution divine, d'après la doctrine catholique ; Jésus-Christ l'a imposée au pécheur, s'il veut obtenir le pardon de ses fautes. Or la confession requiert nécessairement le célibat du prêtre. Quelle est en effet la personne qui oserait confier à un homme marié tous les secrets les plus intimes de sa vie ? Qui consentirait à lui dévoiler ses

(1) Du célibat ecctéeiiutique, 2e edit, p. 290.

(2) l Cor. VII, 6.

(3) InITim.

faiblesses, ses misères spirituelles, les orages d'un cœur trop sensible ? Le prêtre- époux verra-l-il beaucoup d'âmes chercher auprès de lui lumière et conseil au milieu de leurs égarements ? La réponse est facile ; quand même nous n'aurions pas sous les yeux l'exemple des Puséistes auxquels les confessionaux servent trèspeu, le bon sens le plus vulgaire nous dit que personne n'aime à ouvrir les replis de son cœur à celui qui a une compagne, une dépositaire de ses secrets. On pourra bien voir dans cet époux un homme honnête, probe, respectable, mais enfin c'est un homme ordinaire, un homme du monde ; on ne voit plus dans ce confesseur marié un homme que le vœu de chasteté élève au-dessus des affections terrestres pour l'égaler aux anges et l'attacher à Dieu seul ; on n'aperçoit plus en lui un homme irrévocablement consacré à Dieu et consumant son existence pour procurer la gloire de Dieu et le salut de ses frères ; ce n'est plus un homme que tous vénèrent comme leur père spirituel, comme leur guide, leur consolateur, leur soutien, un homme aux pieds duquel on ne craint pas de s'agenuuiller pour avouer et pleurer ses fautes ; non, on ne considère en lui que l'époux d'une telle, le père de famille, l'homme d'affaires, qui cherche à marier et à établir avantageusement ses enfants. La confiance filiale, illimitée que l'on a dans le prêtre chaste et qui rend si facile l'aveu des fautes, s'évanouit comme un songe devant le prêtre ayant femme et enfants. Abolissez le célibat et le confessional devient

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un meuble inutile que vous pouvez jeter au feu ou transformer en guérite, suivant l'expression d'un député de la Convention Nationale.

Autant le prêtre vierge est respecté de tout le monde et parle avec l'autorité d'un véritable pasteur, autant le prêtre marié est déconsidéré, timide dans ses actes et dans ses paroles, dépendant de ses auditeurs. On le méprisera soit à cause de sa femme réputée vain.1, altière, médisante, peu discrète ; soit à cause de l'insolence ou de la mauvaise conduite de ses enfants ; soit à cause d'infidélités scandaleuses ou de querelles de ménage, que sais-je ? le mauvais exemple peut partir quelquefois de bien haut ; la zizanie peut se glisser même dans la famille d'un ministre honnête homme, et c est sur ce ministreque retombe la défaveur. 11 n'ose plus signaler à ses ouailles les vices que tout le monde stigmatise ou chez l'époux prédicateur, ou chez les siens ; il redoute d'exposer l'avenir temporel de ces êtres qui lui sont si chers. Il en arrive à ne parler à son peuple que de choses vagues, « que de généralités morales qui ne gênent personne, qui ne contrarient personne, et surtout qui ne donnent de remords à personne. » On réalise ainsi la piquante définition donnée par M. de Maistre : « Qu'est-ce qu'un ministre du culte qui se nomme réformé ? C'est un homme habillé de noir, qui monte en chaire tous les dimanches, pour y tenir des propos honnêtes » (1).

(1) Du Pope, t. II, 1. 3, c. 3, ap. Payy.

Le prêtre catholique, au contraire, est dégagé de tous les liens de la famille ; il n'a en vue que l'accomplissement des devoirs de son état ; les lois civiles le trouvent citoyen soumis et respectueux chaque fois qu'elles ne sont pas en opposition avec celles de Dieu ou de l'Eglise ; il n'a ni femme, ni enfants qui l'empêchent de partir — s'il en est besoin, — pour se rendre dans les missions les plus reculées del'Orient, pour évangéliser les idolâtres, pour sacrifier sa vie ; il ne craint pas d'affronter les épidémies les plus effrayantes, d'assister les pestiférés sur leur lit de mort : rien ne l'attache à la terre ; ses affections se concentrent du côté du ciel, sa véritable patrie ; son indépendance est complète ; il ne relève que de Dieu et de ses supérieurs, et voilà ce qui a fait et ce qui fera toujours la force, la grandeur, la dignité du sacerdoce catholique. En face de ces prêtres vierges qui montent gaiement sur le bûcher ou sur l'écha faud, en face de ces âmes héroïques qui, comme au temps de la Révolution française, aimèrent mieux s'exiler et mourir que de trahir leurs devoirs, mettez en parallèle si vous l'osez, les ministres-époux de l'Eglise d'Angleterre ou de l'Eglise Russe. Autant le courage et l'abnégation des premiers sont admirables, autant la dépendance servile des derniers se manifeste aux regards de tout le monde.

L'autorité civile s'est attaquée aux bases mêmes du christianisme ; elle a disposé en souveraine des croyances les plus sacrées ; y a-t-il eu, dans tout ce

clergé marié, une seule voix assez courageuse pour flétrir un attentat aussi grave porté à la doctrine révélée ? L'histoire cite-t-elle les noms de beaucoup d'évêques mariés qui aient montré, en face de l'oppression religieuse, l'énergie invincible que déploient actuellement les prélats catholiques de l'Allemagne ? Y a-t-il beaucoup de ministres qui soient morts martyrs de leur dévouement a la foi, de leur charité au milieu des maladies contagieuses ? Très-peu assurément ; un amen respectueux ou une fuite prudente les a toujours soustraits à toute espèce de dangers. En dehors de l'Eglise catholique, il est excessivement rare d'entendre le non licet prononcé pour la première fois en face d'Hérode par Jean-Baptiste ; c'est qu'en dehors du catholicisme il y a peu d'âmes vierges comme celle du saint précurseur, et par conséquent peu d'âmes assez courageuses pour résister aux puissants du siècle, pour affronter la mort même plutôt que de trahir les lois sacrées de la conscience et du devoir.

« Voyez, dit le baron Th. de Bussierre,. voyez le clergé russe, vil et ignorant ; le clergé anglican composé de cadets de bonnes maisons, ne remplissant point les fonctions du ministère, vivant dans le monde et comme le monde, oubliant tous ses devoirs, jouissant des revenus de riches prébendes, employant les biens du clergé, ce véritable patrimoine des pauvres, à créer à leurs familles de scandaleuses fortunes, abandonnant leurs fonctions à de malheureux vicaires qui

meurent de faim... Quel est aussi le jugement qu'en porte le bon sens populaire ? En Russie et en Grèce, le nom de fils de prêtre équivaut à une injure ; en Angleterre, les épouses des évêques et archevêques ne prennent aucune part à la position de leurs maris et n'obtiennent point le titre de lady qu'on accorde à la femme du plus mince baronnet ! » (*)

Cette chasteté parfaite que réclame la haute mission du sacerdoce chrétien, cette auréole d'une vie pure exigée par la dignité de prêtre et de pasteur, par la sainteté inséparable de son ministère, par son état de prière perpétuelle, par ses fonctions de sacrificateur et autres, l'Eglise en a fait une obligation stricte à ses ministres. Ce n'est ni saint Grégoire VII, ni le concile de Latran, ni le concile de Trente qui ont introduit cette législation ; elle est basée sur les conseils de perfection évangélique que le Sauveur et les Apôtres ont donnés au monde ; elle se déduit encore de la préférence qu'ils ont donnée à la virginité sur le mariage.

Saint Paul ne cessait de recommander à ses disciples Timothée et Tile d'être chastes, d'être irréprochables, continents. (2)— Jésus-Christ avait dit à ses Apôtres que ceux qui renonceraient à tout en ce monde pour marcher à sa suite, recevraient le centuple et posséderaient la vie éternelle. (3)

(1) La foi de nos pères, p. 269.

(2) I Tim. III, 2 ; Tit. I, 7.

(3) Mt. XIX, 29.

Saint Jean va plus loin ; il dévoile à nos regards la gloire immense dont jouissent dans le ciel ceux qui ont conservé intact le précieux trésor de la virginité. « Je vis l'Agneau, dit-il, qui se tenait sur la montagne de Sion, et avec lui cent quarante-quatre mille hommes ayant son nom et le nom de son Père écrits sur leurs fronts. Et j'enlendis une voix du ciel, comme la voix des grandes eaux et comme les roulements prolongés du tonnerre, et la voix que j'entendis était pareille aux accords que font entendre les joueurs de harpe sur leurs instruments, et ils chantaient comme un cantique nouveau devant le trône, devant les quatre animaux et devant les vieillards ; et personne ne pouvait dire ce cantique, que les cent quarante-quatre mille qui ont été rachetés de la terre ; ce sont ceux qui ne se sont point souillés avec les femmes ; car ils sont vierges. Ils suivent l'Agneau partout où il va ; ils ont été rachetés d'entre les hommes, comme des prémices pour Dieu et pour l'Agneau, et dans leur bouche il ne s'est pas trouvé de mensonge : ils sont sans tache devant le trône de. Dieu. » (i)

(1) Apoc. XIV, 1-5.

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