‹ Le culte de Neit à SaïsChapitre 2 sur 25 · VIII PREFACE · texte numérisé non relu

VIII PREFACE

le rôle prépondérant des mots dans la création des personnages mythologiques^ paraît aujourd'hui fortement ébranlée. Le fameux Nomina numioa , qui passait jadis pour une sorte d'axiome , est abandonné maintenant et singulièrement démodé. Nous le savons et ne prétendons point remonter le œurant, ni braver Vopinion nouvelle.

En Egypte cependant^ les noms divins^ quijous sont significatifs, demandent à être examinés de très-près. M. Brugsch l'a montré dans son livre: Religion und Mythologie der alten Jîgypter: il a même essayé un certain nombre d'étymologies; il n'a pas rencontré la nôtre , qui pourtant semble se présenter d'elle-même.

En fait, nous en avons proposé deux; mais celle qui, chronologiquement, doit être placée la première (net == navette, tissage), avait déjà été indiquée par plusieurs savants. L'autre, celle qui implique un sens métaphysique , nous appartient seule; et nous croyons qu'elle est incontestable, à condition qu'on ne revendique pas pour elle la priorité, qui revient certainement à l'explication matérielle.

A quelle époque faut-il la faire remonter? La question est évidemment insoluble. Mais il n'y a rien de téméraire à affirmer que la doctrine, qu'elle semble condenser en un mot, existait au moins à l'époque classique, qui commence avec le Nouvel Empire. Elle s'est développée et affinée, compliquée plus tard de mysticisme et de spéculations ingénieuses et profondes, n est difficile toutefois d'admettre qu'elle ne soit pas plus ancienne.

La donnée première, c'est-à-dire l'intelligence du mot nt {=qui est, ou: tu es) doit avoir été acquise de bonne heure. Les conséquences philosophiques ont été tirées plus tard, et chaque siècle a pu les modifier , les compléter à sa guise.

Cette explication a le tort de supposer l'existence d'un enseignement ésotérique, qui est aujourd'hui très vivement combattue, n semble impossible cependant qu'à Sais au moins

PBÉFAOE. IX

une doctrine secrète n'ait pas été professée parmi les familiers du grand temple et réservée pour certains adeptes , au nombre desquels il faut compter les rois. Nous ne faisons qu'indiquer la difficulté d'ailleurs^ et nous n'entendons nullement la trancher.

Aucune divinité n'a un caractère local mieux marqué que Neit , bien que son culte se retrouve un peu partout en Egypte, Elle est la maîtresse^ la dame de Sais et du nome Saïte^ si bien que hs deux noms vont rarement l'un sans l'autre. Aussi est-ce à Sais qu'on devait retrouver les traits qui caractérisent sa personnalité et les détails qui donnent de son culte l'idée la pbis vraie et la plus complète.

Voilà pourquoi nous avons jugé utile d'esquisser d'abord à grands traits l'histoire de cette ville, aussi ancienne que la monarchie fondée par Menés , et qui joua un rôle si brillant clans les derniers siècles de l'indépendance. .

Voilà pourquoi également nous avons donné à ce travail un titre , qui en précise et en détermine exactement les limites. Si étroitement défini dans l'espace, il embrasse au contraire dans le temps toute la durée de la religion égyptienne , et nous avons tâché de suivre les transformations que subit le culte de Neit depuis les premières dynasties Memphites jusqu'aux PtoléméeSj c'est-à-dire à l'époque où la pensée grecque, pénétrant peu à peu les vieux dogmes, les modifie en les éclairant par ses interprétations subtiles et ses ingénieux commentaires.

Le nom de notre déesse était Nit, comme les transcriptions grecques le prouvent surabondamment. Mais il est très connu sous la forme Neit, adoptée dans la plupart des ouvrages qui traitent de mythologie ancienne, et nous avons craint de dérouter le lecteur y en luf imposant une prononciation nouvelle, qui paraît scientifiquement démontrée.

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