RÉSUMÉ. — CONCLUSION
Avant de terminer ce travail, nous croyons utile d'en résumer brièvement l'ensemble et d'en indiquer les résultats.
Une rapide monographie de Sais nous a fait connaître un des grands centres religieux de l'Egypte, le lieu où a peut-être pris naissance, où s'est certainement développé le culte de Neit.
Entrant dans l'examen de ce culte lui-même, nous en avons constaté l'ancienneté à l'aide de documents contemporains des premières dynasties. Nous l'avons montré subsistant à toutes les époques, sous le Moyen et sous le Nouvel Empire.
Puis , ayant recherché quel était le rôle des déesses en général et celui de Neit en particulier dans la mythologie %yptienne, nous avons commenté les inscriptions les plus importantes qui la mentionnent; et, pour en trouver la clef, nous avons essayé une interprétation étymologique de son nom. Confrontée avec les textes, nous l'avons trouvée concordant presque partout avec les fonctions mythologiques ou cosmogoniques qu'on a coutume de prêter à notre déesse, avec les qualifications qui la distinguent.
Et les kngues indo-européennes nous ont apporté une confirmation intéressante et précieuse, en nous montrant k même racine, formée exactement des mêmes consonnes, et exprimant un sens identique à celui que le mot en question rendait d'ordinaire en égyptien. A côté de ce sens abstrait, nous en avons distingué un autre, tout matériel, et par conséquent primitif, qui s'est maintenu à côté du sens philosophique et n'a pas cessé de prédominer au moins dans la religion populaire.
Cette investigation philologique nous amenait forcément à des conclusions de nature assez métaphysique. Or, un tel système était-il possible au début de la civilisation? Oui, puisque d'autres systèmes analogues à celui-là se sont certainement fait jour aux plus anciennes époques (V. Ptah et peut-être ;^um). Oui encore, puisque le mot qui nous occupe: '^ était, dès l'origine également, employé avec une valeur très voisine de celle que nous lui avons attribuée.
Restait à vérifier les témoignages si importants des écrivains Grecs: là encore nos vues, loin d'être contredites par les textes, en ont reçu au contraire une confirmation éclatante.
Enfin, examinant au fond la théorie de Saïs, nous y avons reconnu une forme spéciale du Panthéisme, que plus tard les Gnostiques et les Alexandrins ont poussée, en Egypte même, jusqu'à ses dernières conséquences.
Si notre explication nouvelle du nom de Neit est acceptée par les égyptologues , elle contribuera, nous l'espérons, à élucider un point jusque-là assez obscur de la mythologie et de la cosmogonie égyptiennes. On voyait bien le rôle considérable et l'importance que les inscriptions assignaient à cette déesse, surtout celles de la statuette naophore. Mais on s'expliquait avec peine pourquoi elle jouait un
tel rôle et comment ce rang exceptionnel pouvait lui être dévolu; comment elle était seule à Saïs, en dehors de toute triade, comment dès lors elle enfantait Ra à l'origine des choses. Il y avait \k un mystère considéré comme incompréhensible, insoluble. Nous ne nous flattons pas certes d'avoir dissipé toutes les obscurités, mais nous espérons que les ténèbres sont devenues un peu moins épaisses.
Neit étant l'être universel et premier, la substance, l'enfantement de Ra, sans l'intervention d'un mâle , n'ofiBre pas de difficultés sérieuses; car ce n'est autre chose que l'appUcation du principe bien connu de l'émanation. Nous voilà donc en présence d'un système bien défini , classé dans l'histoire de l'esprit humain, qui a été professé un peu partout et avec mille variantes, depuis l'Inde jusqu'à la Méditerranée.
Plus on pénètre au cœur de la religion ^ptienne, plus on voit qu'elle est profondément impr^née de l'esprit panthéistique , qui est d'ailleurs le caractère dominant de la plupart des religions orientales.
Le culte de Ptah, celui de ;fnum sont marqués à la même empreinte; celui d'Amon n'en est pas exempt; et, pour l'Osiris de Saïs, M. Révillout a remarqué que la stèle du Louvre (C, 218), rédigée par un prêtre Saïte, qui s'intitule: «maître des mystères du ciel et de l'enfer et de la conception des formes de tous les dieux, scribe vrai de la demeure de vérité» fusionne, dans une invocation presque Gnostique, toutes les divinités du panthéon égyptien^). Cet Osiris Saïte, honoré avec des rites étranges, qui rappelèrent à Hérodote les mystères de la Grèce, mériterait une étude à part. Nous ne voulons pas l'entre-
1) Révillout, Sénuti, p. 42.
prendre ici, pour ne point compliquer devantage les données d'un travail, déjà assez étendu. Mais nous avons vu que Neit elle-même groupait autour d'elle, comme dans une cour céleste, une foule de dieux et de déesses, qui lui faisaient cortège et qui n'étaient probablement que des traductions, des personnalisations de ses divers rôles. Etant l'être, c'est-à-dire tout ce qui est, elle devait se confondre nécessairement avec ces divinités, qui n'étaient que des émanations, des parties d'elle-même; ou, pour parler plus exactement, toutes les autres se perdaient, s'absorbaient en son sein.