‹ Le culte de Neit à SaïsChapitre 23 sur 25 · REPRÉSENTATIONS FIGURÉES · texte numérisé non relu

REPRÉSENTATIONS FIGURÉES

S*. Clémeiit d'Alexandrie ^) rapporte que les plus sages des prêtres égyptiens avaient établi le sanctuaire de Minerve à Tair libre, eioç vT»t^pov, comme firent les Hébreux, et qu'ils n'y avaient placé aucune image. Il ne peut être question, en cet endroit , que des prêtres de Sais et de la demeure de Neit. Ce renseignement parait d'abord concorder on ne peut mieux avec tout ce que nous avons vu précédemment Cependant il existait des statues dans le grand temple de Saïs, les témoignages des écrivains grecs ne permettent pas d'en douter. Il n'est pas impossible toutefois de concilier ces deux affirmations, en apparence contradictoires. Les temples annexes, les chapelles contenues dans la grande enceinte de Sais renfermaient certainement des figures divines. Mais on peut très bien admettre que l'adytum de Neit, sa demeure particulière fût en effet vide de toute image ^). Cette préoccupation

1) Stromates, 1. V, p. 239. *

2j Mariette écrit, dans sa Notice des monuments de Boulaq: «Qpiant aux statues de dieux proprement dites, je n^ose pas dire qu'il y ait ea dans chaque temple une statue qui ait été appelée plus spécialement la statue de ce temple. Les édifices du culte ne manquaient certes pas d'images divines; mais chacune avait un service particulier, et aux prières qu'elle entendait était toujours mêlé le nom du personnage qui l'avait consacrée. Une statue représentant le dieu absolu du temple, abstraction faite du dédicateur, n^existait peut-être pas, le naos paraît en avoir tenn lieu et il cnchait au vulgaire la vue du symbole vivant ou inanimé qu^on regardait comme le représentant le pins direct de la divinité».

des Saïtes de la laisser à l'air libre, sans rien qni l'emprisonnât, pour ainsi dire, sans aucune représentation qui pût la particulariser et par conséquent l'amoindrir, répondrait bien à la grande idée qu'ils se faisaient de leur divinité principale. L'être absolu ne s'enferme pas sous le toit d'un temple et ne saurait se confiner dans les flancs d'une statue de pierre ou de métal. Tout cela, comme le remarque S*. Clément, présente une conformité singulière avec la façon dont les Hébreux comprenaient l'essence du Dieu un ^).

Mais la véritable nature de Neit n'était connue que du petit nombre de ceux qui l'adoraiert en esprit et en vérité. La foule ne pouvait se contenter de ces abstractions froides et pour elle incompréhensibles. Aussi, dans Tenceinte même de Sais et ailleurs, offrait-on à sa vénération des figures, qui avaient du moins le mérit de rendre sensible la présence de la divinité, de la rapprocher de ses adorateurs , de leur donner , par des symboles , une haute idée de sa puissance. En effet, tous les recueils de monuments, ceux de Champollion, de Rosellini, de Lepsius, de Wilkinson contiennent des figures de Neit, avec les divers attributs qui caractérisent chacun de ses rôles.

Elle y paraît assez fréquemment avec les flèches et quelquefois l'arc, comme une déesse solaire. Sur certains monuments de la XVÏII« dynastie 9 elle se tient même auprès du roi et lui apprend à tirer de l'arc.

Ici , elle est figurée assise ou debout , la couronne rouge en tête , tenant dans la main droite la croix ansée et , dans la gauche, un arc, deux flèches croisées et un sceptre à tête de levrette ou à fleur de papyrus^). Ailleurs, elle est debout, la tête surmontée

1) Cf. l'hymne du Papyrus Sallier II (pi. 12, 1. 6—8 et AuEstasi VII, pi. 9, L 1 — 3, cité par M. Maspero (Etudes égyptiennes p. 43 — 44): On ne tfdlle point Dieu dans la pierre, [ni dans] les statues sur lesquelles on pose la double couronne; on ne le voit pas; nul service, nulle offrande n'arrive ju8qu''à lui; on ne peut Tattiter dans les cérémonies mystérieuses; on ne sait pas le lieu où il est; on ne le trouve point par la force des livres sacrés.

2) Wîlkinson, Manners, III, 40. Lepsius, Denkm. Cf. Lanzone, Dizion. di Mitologia, tav. CLXXV, 2 et CLXXVI, 3.

des deux flèches, la main droite portant le signe de la vie, tandis que la gauche s^appuie sur le bras levé du dieu Khem ithyphallique ^). Sur le naos d'Âmasis, au Louvre, D, 29 , on la voit agenouillée sur un socle cubique, bandant un arc et prête

à lancer une flèche, avec la légende: H "^^-^ '^^ © Neit,

dame de Sais ^). Ce sont là, comme on voit, autant d'allusions à ses fonctions solaires. Elle représente alors simplement la chaleur, le rayonnement de l'astre, rôle secondaire, accessoire, qui lui es commun avec la plupart des autres déesses.

Sur un couvercle de sarcophage du Musée de Turin , N^ 2202, au nom d'Aba, on la voit debout, la tête surmontée de la navette de tisserand ><c=><, avec le signe -V- et le sceptre uaa^ et à

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