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LES ÉTYMOLOGIES DU NOM DE NEIT

Voici les différentes conjectures émises pour expliquer l'étymologie du nom de Neit, avant la découverte de Champollion. Nous les donnons telles qu'elles ont été résumées par Jablonski, dans son "Panthéon JEgyptiorum, publié en 1750.

L'illustre orientaliste Eusèbe Renaudot pensait, (Mém. de TAcad. des Inscr. II, 273) que pour les Egyptiens le mot Nif/tf signifiait Déesse, et qu'ils lui avaient donné ce nom, de même que les Grecs ont appelé Minerve la déesse par excellence. Et il est vrai que nov^ veut dire Dieu en langue égyptienne ^). Mais il faut avouer que ce nom , en tant qu'appellatif , est commun à toutes les divinités de l'Egypte, tandisque celui de NiffS" est un nom propre, par lequel les Egyptiens ont entendu la distinguer de toutes les autres. Aussi nous faudra-t-il songer à chercher une autre origine.

Un homme très versé dans la langue et les antiquités égyptiennes, Lacroze, va nous la fournir. Dans son Thésaurus epistoh T. III, p. 155, il dit: ^viiiÙ est un nom féminin, qui fait au masculin mamt, miseiicors.

Jablonski ajoute qu'il avait eu d'abord la même idée, mais

1) Nous avons nous-même rapproché plus haut le mot '^'^^ du mot ^ en exprimant la pensée qu''il8 pouvaient être deux formes de la même racine.

qu'en y réfléchissant davantage, en se reportant à la transcription grecque et en consultant les auteurs anciens, il a trouvé des hypothèses plus satisfaisantes.

Il reproduit l'opinion de Plutarquo, qui dit que le nom d'^Atfjfv5 (Neit) signifie: vi>i6ou xir^ èfjtxvTÎjç , c'est-à-dire qu'elle se meut par elle-même , OTrep è(TT)y xùtokivtIitov Cpopâcç iy^AuTiKév. 11 ajoute qu'en égyptien venir se disait: HHi ; or, il est difficile, remarque-t-il , vu le peu de documents qui restent en cette langue, de décider si MHi^ peut signifier: celle qui vient d'elle-même ^). Cependant il est évident que des prêtres du pays ont interprété ce nom ainsi, et cela d'après la théologie antique.

Il suggère ensuite une autre explication qui l'a fort séduit, mais qu'il se contente de soumettre à l'examen des savants. Les traducteurs coptes du Nouveau Testament rendent quelquefois l'expression TTxXûct , olim, par ic etiei, ab antique. Ils rendent parfois même cette particule par iC2îen£Hj a principio (Hebr. I, 1). D'où il paraît qu'eu égyptien ic enei veut dire: ce qui est ab antique ou a principio. Il suit de là que riei , qui est le primitif ou la racine de ce mot, désigne une chose ancienne, ou ce qui est avant les autres choses et plus ancien qu'elles.

Avec l'addition d'une lettre servile, on a rt^iT ou rt€i^, antiquus et antiqua. Dieu lui-même {Dcmiel, VII, 9, 13, 22) s'appelle pD^*i p^^ny» l'ancien des iours, et les sages païens ont souvent attribué à leurs dieux une dénomination semblable. (V. iEschyl. Supplie, v. 52). Ainsi lo , qui n'est autre qu'Isis, laquelle est assimilée à Neith , est décorée du nom de f^xTpiç âpx^iotÇ » matris antiquse. Ce serait rieie. Cette étymologie est conflrmée

1) Si on admettait la racine NHI, qui est en effet égyptienne, le t pourrait être le suffixe Fém. de la 2e personne, et l'ensemble devrait signifier: tu viens; ou bien le t étant simplement la marqué du féminin, le mot signifierait: celle qui vient. — M. Wîedematm (Sammlung altseg. Wôrter , etc. p. 9) rapporte l'éty-

f\ /^^L A/SA/S/W

mologie de Plutarque au groupe égyptien n . ^ at-n-a , je suis venu.

par Diod. I, il, lorsqu'il écrit t^v ii ^latv fieêep/xijvevofiir^v êhai TxXxlxv ^ que le nom d'Isis veut dire: rancienne. Les copte logues reconnaîtront que ce n'est point là la sigaiûcation du nom d'Isis; mais cela peut être vrai de Neit qui, selon la doctrine des Egyptiens, s'identifie avec Isis.

Jablonski adopterait cette interprétation, dit-il, s'il était absolument sûr que rt^i puisse signifier: antiquus. Mais il conserve des doutes sur ce point, parce que, selon lui, rt^i avait en égyptien la même valeur que ^\^ , decemere, défini re, ordinare. (Exod. VIII, 12. Matth. XXVIII, 16).

Ainsi, TTpoâetrfila , tempus ceitum et definitum (Gai. IV, 2) est traduit T'ti€i. Neit signifiera donc: decernens, constituens, ordinans; il compare le sens de ce nom avec celui du Vulcain égyptien, qu'il transcrit ^eAig ; et il rapproche aussi les rôles des deux divinités, qui n'étaient point soumises à un destin aveugle, mais avaient au conti'aire réglé elles-mêmes l'ordre immuable des choses, d'après leur propre plan et leur propre volonté. Il finit en citant un passage d'Apulée, (Métam. XI, 260) et un autre de Jamblique, (de Myster. ^Egypt. VIII, 4) , confirmant l'hypothèse qu'il a proposée.

Nous ne discuterons point ces diverses conjectures, en ayant produit nous-même deux autres, que nous estimons plus conformes d'une part à la doctrine et de l'autre au génie de la langue antique. Mais nous avons cru intéressant de les reproduire ici comme un exemple des efforts tentés précédemment dans la voie, dangereuse peut-être, où nous n'avons pas craint de nous engager.

Fin.

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