SÉQUENCE
1 . Salve, Anna veneranda, Recte Anna nuncupanda, Quœ cunctis es gratiosa.
2a . Ab setemo prseelecta Et a regum stirpe secta Manu sapientiae ; 2b. Ex te nata Stella maris, Virgo mater, expers paris, Regina clementiae.
3a. O quam felix, quam beata, Tali proie fecundata Parens matris gratiœ ; 3b . Huic accedunt binae natœ Et sex proies perbeatae Cum prsesule Simeone.
4a. En, in culmo plures spicae, Atque vitis ex radice Surgentes très palmites.
4b . Vere celsus tuus status Et immensus potentatus In cœlesti curia.
5a. Ergo, Anna, mater pia, Tota stirpe cum Maria Jesum ora filium, 5b. Quo sic eum veneremur, Ut in cœlis collaetemxu" Post prsesens exsilium.
Missel ms. de Zurich, 15* s. Dreves- Bluhme, xliv, 42.
Martin Luther. — Saint Servais. — Eglises, chapelles, confréries anciennes. — Panégyristes : poètes et prosateurs. — Images de piété. — Sainte-Anne de DiXren. — Un peu partovt.
En 1893, un INIonsieur E. Schauinkell publiait à Fribourg-en-Brisgau un opuscule de 92 pages sur " le culte de sainte Anne en Allemagne à la fin du moyen âge". Il y décrit assez bien les manifestations de la piété chrétienne et l'élan enthousiaste de la dévotion populaire dans le culte des saints, mais n'ayant, faute d'étude et de recherches, que peu de faits à exposer, il trouve moyen d'allonger partout la matière au moyen de diatribes contre l'EgUse de Rome. Les plaisanteries de Luther et consorts sont répétées avec complaisance, et il faut être en vérité bien attardé pour parler encore sérieusement d'idolâtrie à propos du culte des Saints.
Luther en effet, d'après cet autem-, aurait dit, en 1523, dans un de ses sermons: " On a commencé à parler de sainte Anne quand j'étais un garçon de quinze -ans ; avant, on ne savait rien d'elle. " Luther a confessé lui-même qu'il " soiffait comme un Allemand " et que souvent " il était ivre du matin au soir^ " Ce qu'il vient de dire n'a donc pas plus de valeur qu'une bouffonnerie, im propos d'ivrogne, mais de plus, c'est une grossière ingratitude. Il ne se souvenait plus, ou il se moquait peut-être, de cet incident de sa jeunesse que tous les historiens ont raconté après lui, mais qu'on peut rappeler encore une fois. En 1505 — il avait alors 22 ans, — une catastrophe l'ébranla jusqu'au fond de l'âme : la mort subite d'un de ses amis tué en duel. Peu de temps après, tandis qu'il était encore sous l'impression de ce malheur, un orage le surprit à la porte d'Erfurt et la foudre éclata à côté de lui. Le jeune homme s'écria : " Sainte Aime, sauvez-moi, et je me ferai moine ! " C'était le 2 juillet 1505. Luther devait rappeler souvent cette date critique. Il resta quatorze jours dans l'incertitude, puis enfin se décida à solliciter son admission au couvent des Augustins. Le 16 juillet, il invite ses camarades à un joyeux dîner. On fait de la musique ; on veille fort longtemps dans la nuit ; et ce n'est qu'aux premières lueurs du jour que Martin confie son projet à ses amis. Laissons-lui la parole : " Dieu avait traduit mon vœu en langue hébraïque, car Anne veut dire la grâce et non la loi. Je persévérai donc, et, la veille de la saint Alexis, j'invitai quelques-uns de mes meilleurs amis pour leur dire adieu, et pour qu'ils me conduisissent au couvent. Comme ils me priaient encore d'y renoncer, je leur dis : " Aujourd'hui, vous me voyez encore, puis vous ne me verrez plus. " — Alors ils me conduisirent en pleurant -. "
Quoi qu'en dise " le plus grand des Allemands, " le " surhomme " de M. Hamack, l'Allemagne avait dès longtemps commencé à parler de sainte Anne, puisque, vers l'an 1172, le prêtre Vernher de Tegernsee, écrivant en trois
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chants la Vie de Marie, l'avait commencée, selon l'usage, par la Vie de Madame saincte Anne ; puisque, encore plus tôt, c'est-à-dire, entre 960 et 980, la célèbre poétesse Hroswitha de Gandersheim avait raconté la même légende en quelque trois cents vers dans un poème magistral dédié à la sainte Vierge, deux ou\Tagcs que Luther aurait pu lire avec avantage, aurait dû lire puisque, pour un temps du moins, ainsi qu'il en témoigne lui-même, Marie lui fut " chère " et qu'il " l'aima mieux que la vie, " tant " elle ravissait son âme^ "
Au siècle " de fer, " comme on l'appelle, nous trouvons à ]Maestricht, alors dépendant de l'Allemagne, un grand mouvement de vie et d'art, un saint vénéré auquel on élève un magnifique sanctuaire, pour lequel on cisèle des bijoux précieux, et des générations de sculpteurs qui décorent dans le plus pur style roman, les vieilles basiUques de saint Servais et de Notre-Dame. Saint Servais a été pour l'ancienne Germanie ce que saint Martin de Tours est encore pour la France : le Patron, le Saint par excellence. Contemporains l'un de l'autre, ils furent deux Grands, deux Héros, deux Apôtres, de ces hommes qui s'emparent d'un peuple par son âme et le résument en leur personne. U aigle qui déploie ses ailes en guise d'éventail pour rafraîchir saint Servais pendant son sommeil ; VAnge qui le conduit d'Arménie ou de Perse dans la Gaule Belgique ; la clef d'argent que lui remet saint Pierre ; le dragon qui expire près de lui, symbole de ses luttes contre l'Arianisme ; la foniaine qu'il fait jaillir sous son bâton pastoral ; la mitre qu'il reçoit de la main d'un messager céleste ; la neige qui respecte son tombeau tandis qu'elle en recouvre les alentours : ce sont là autant d'attributs dont s'est servi, au moyen âge, l'art populaire pour caractériser l'apôtre de la Germanie, et ce .«ont aussi comme autant de pages de sa grande vie ! ,
Saint Servais était évêque de Tongies au quatrième siècle. D'anciens auteui-s disent qu'il avait été amené en cette ville par un ange ; que ne parlant qu'une langue, il était entendu de toutes les nations ; que, des jours et des semaines durant, il n'avait d'autre nourriture que la sainte Eucharistie ; qu'il faisait à son gré des miracles, et que les restes de sa table, quand toutefois il s'en était approché, opéraient eux-mêmes des guérisons.
En trois conciles il manifesta son zèle pour la foi catholique, aux concile:» de Cologne en 346, de Sardicjue on 347, de Rimini en 359. Tombé aux mains des Huns pondant un voyage en Italie, un miracle — le miracle de l'aigle déployant sur lui ses ailes, et un de ses attributs, comme nous venons de voir — éiMJUvanta les barbares et lui valut sa délivrance. Il mourut à Macstricht, " au milieu d'une grande splendeur, " disent ses biographes, et un ange descendit du ciel pour le couvrir d'un voile de soie. Tous les malades qu'on apjxjrta à ses funérailles furent guéris, et des centaines après eux, par la simple invocation de son nom.
Mais voici une (Hiestion importante et dont la solution est encore i)lus intéressante pour nous : " D'où venait saint Servais ? quel était son pays d'origine et sa parenté ? " Des écrivains d'autrefois, et en si grand nombre (|u'ils ont établi sur ce point une croyance publique dans l'Allomagiu-