ALLEMAGNE, SAINT SERVAIS
du moyen âge, disent et prouvent que le Saint était né sur les frontières de la Perse, d'une famille juive apparentée à sainte Aime. Notons en particulier la Jocundi translatio S. Servatii, ou " Translation de saint Servais, " par Jocondus, écrite en 1088 et conservée dans les Monumenta Germanica de Pertz(t. xii, p. 89 sq.) ; plus tard, au xiii^ siècle, la Chroyiique de Beaudoin, religieux de l'abbaye de Ninove, où nous lisons ce qui suit : " Saint Servais, évêque de Tongres est un personnage illustre à juste titre. Notez que Anne et Esmérie étaient sœurs ; . . . que Esmérie enfanta Elizabeth mère de Jean-Baptiste, et Eliud, qui enfanta Emiud, père de saint Servais par la bienheureuse Mémalia *. "
Cette croyance était d'ailleurs générale en Europe au moyen âge. Un auteur plus connu, parce qu'il a été à la fois orateur, poète, historien, philosophe, théologien, et surtout parce que, après avoir été le maître de Dante, il a eu l'honneur d'être chanté par lui, Brunetto Latini, écrit de son côté : " Ci dit le comte que Anna et Esmeria furent II. sereurs charnels. De celé Esmérie nasqui Elizabeth et Eleiuist, de Eleiuist qui fu frère Elizabeth nasqui Eminan, de Eminan nasqui sains Servais de cui li cors gist en terre de Sorges en l'eveschie de Liège. De Elizabeth, la femme Zacharie le prestre, nasqui Jehans Baptistes en un chastel de Judée \ "
La Légende dorée de Jacques de Voragnie donne la même généalogie à peu près dans les mêmes termes; de même, encore plus tard le chartreux Dorlandus, et l'auteur d'un office liturgique autiefois en usage dans l'Eglise d'Arles : " Chantez le Seigneur, dit la collecte, et bénissez son nom dans la joie et l'exultation, vous, les grands amis de Dieu, parents l'un de l'autre et oncles materaels de la Reine du Ciel, bienheureux Jean Baptiseur du Christ, et Servais, pontife de Dieu. Toi, en effet, ô précurseur du Seigneur, tu es né d'Elizabeth, fille d'Hismérie, sœur de sainte Anne ; et toi, ô pontife éminent du Très-Haut, c'est le fils d'Eliud, fils de la même Hismérie et frère d'Elizabeth, qui t'a engendré*. "
Nous n'avons rien à voir à cette généalogie ni encore moins aux dissertations savantes qu'elle a suscitées. Tout est pour nous dans le fait que la vieille Allemagne faisait de saint Servais un arrière-petit cousin de saint Jean-Baptiste, un arrière petit-neveu de sainte Anne ; que traçant l'histoire de son patron préféré, comme elle s'y plaisait souvent, elle se plaisait aussi à la commencer par la légende glorieuse et très douce de ses ancêtres : que, en conséquence, le nom et la vie de sainte Anne — et pourquoi pas aussi la dévotion envers elle ? — sont avec saint Servais passés dans l'esprit et le cœur de la vieille Allemagne catholique bien avant que Luther ait été averti de la chose. Luther, moine augustin, ignorait aussi les hymnes qui se chantaient depuis longtemps dans son ordre, au moins en quelques monastères, au jour de la fête de sainte Anne ; encore mieux de fort anciennes, propres à certains couvents d'hommes ou de femmes, chapitres de cathédrales etc. Nous en avons trouvé au xiii^ siècle à Cologne, Marienberg, Lubeck, Saint-Florin de Coblentz, Sainte-Marie d'Aggsbach; au xiv^ à Hambourg, Kaisersheim, Munster, Mayence, Trêves, Aix-la-Chapelle ; au xv*"- à Abensberg, Altenhove,
226 LE CULTE DE SAINTE ANNE EN OCCIDENT (il)
Augsbourg, Bâle, Campcn, Diessen, Dusseldorf, Epternach, Furstenzell, Herzogenburs;, Munich, Nuremberg, Passau, Pollingen, Quedlinbourg, Saint- Biaise en Forêt-Noire, Schewerin, Wernigerode, Windesheim, etc, etc. Il n'avait pa.s dû lire non plus les légeruks de la Sainte qui circulaient parmi le peuple, bien avant qu'il eût quinze ans ou qu'elles fussent imprimées. Autour de 1470, sinon plus tôt — Luther naquit en 1483 — , il en paraissait déjà, témoin celle que l'on conserve à Neustift, au Tyrol. Seulement, à partir de 1494, alors que Luther avait onze ou douze ans, ces Légendes, Vies. Histmres manuscrites attirent l'attention des éditeurs, d'autant qu'elles ont parfois pour auteurs des hommes de haute réputation, Tritenlieim par exemple, et un lettré comme lui doit en prendre connaissance. Jusque là, c'est possible, " il ne savait rien, " mais il a tort de conclure que ses compatriotes ont attendu comme lui l'imprimé pour api)rendre quelque chose — Et pardon de tenir si longtemps le lecteur en pareille compagnie. On n'a pas besoin de lire les quatre volumes du Père Deniflc ix)ur se convaincre que Luther n'a été qu'une grosse nature, inteUigent c'est vrai, mais par éclairs, médiocrement instruit, brutalement libertin, bref, un cynique bouffon, et hâtons-nous de nettoyer la place.
Les Atmales de Staden, recueillies par le savant Pertz dans ses Monumenta Germanica (t.xvi, p. 353), racontent que, en l'année 1199, des reliques de sainte Anne furent apportées de Palestine à Brème, par un archevêque nommé Hartwich, ce qui permet de penser que dès lors le culte de la Sainte existait, ou du moins commença de s'établir dans la ville et les environs.
Nous lisons dans un autre mémoire ancien : " Parmi les saintes reliques très nombreuses que l'égli-se Saint-Etienne de Mayence conservait depuis de longues années et tenait en si haute estime, il y avait la tête très sainte de la bienheureuse Anne, Mère de la glorieuse Vierge Marie. Elle y avait été apportée en 1212, soils le règne de Frédéric II, par l'écolâtre Thibaut, homme sage autant que pieux, et Prédicateur de la croix en Terre Sainte, à qui le Prieur de Bethléhem l'avait donnée, comme un précieux trésor ^ " Nous allons tout à l'heure raconter l'histoire de cette relique fameuse.
En 1227, sainte Elisabeth de Hongrie fonde un hôpital Sainte-Anne à Eisenach, en Saxe-Weimar.
Polius mentioime un autel dans la cathédrale de Spire pour l'année 1272, et il cite un document à l'appui. " C'était et c'est encore l'usage à certaines époques, dit-il, d'y célébrer les saints mystères pendant une semaine entière ou pendant neuf jours. " Quarante ans plus tard, en 1303, cet autel fut remplacé par un autre plus riche, tlonné par Albert, roi des Romains, et consacré par le seigneur Pierre, évoque de Bâle*.
Le couvent des Cisterciennes de Trêves, indiqué ailleurs, aurait porté le nom de notre Sainte dès l'an 1231. Il compta dans la suite jwur ses bienfaiteurs le pape Nicohus IV, Boëmond, archevêque de Trêves, Gérard, archevêque de Mayence, qui tous l'enrichirent de dons et de privilèges*.