‹ Le Culte de sainte Anne en OccidentChapitre 132 sur 294 · L'ITALIE ET LES ILES VOISINES · texte numérisé non relu

L'ITALIE ET LES ILES VOISINES

Vieux souvenirs. — Panégyristes : poètes, prosateurs, artistes. — Rome. — Bologne. — Un peu partout : Venise, Padoue, Pise, Florence. — L'art. — Le peuple italien du xv* siècle.

En des études précédentes, nous avons pu constater l'existence d'une fête de sainte Anne au xiiie siècle, à Subiaco, Brescia, Milan, Saint-Pierre de Pérouse ; d'une église de Rome qui portait son nom en 1192, sinon plus tôt ; d'un calendrier du ix^ siècle, où des rubriques de fêtes évoquent trois fois sa mémoire ; de reliques vénérées à Sant'-Angelo-in-Pescheria au vnie siècle ; de fresques à Santa-Maria-Antica datant de la même époque, sinon plus anciennes, et témoignant d'un culte réel rendu à la Sainte ^ La science actuelle n'hésite d'ailleurs pas à dater de ce viii^ siècle " au moins, " l'introduction du culte de notre Sainte à Rome. Des témoignages divers l'y contraignent, et que ne s'en trouve-t-il d'autres pour la contraindre à remonter encore plus haut ? Rappelons du moins que vers le milieu du vii^ siècle, Rome était à moitié Byzantine de langue, de mœurs, de fêtes civiles ou religieuses ; qu'elle avait toujours entretenu des relations avec l'Orient, pays où notre Sainte était très honorée ; que les pèlerinages en Palestine étaient fréquents et nombreux ; que le Protévangile de Jacques et d'autres écrits racontant l'enfance de la sainte Vierge avaient cours depuis très longtemps parmi le peuple : autant de choses qui, sans constituer des preuves indiscutables, sollicitent néanmoins notre assentiment à cette affirmation si connue de Grégoire XIII, disant que "l'ancienneté du culte de sainte Anne remontait aux premiers temps de l'Eglise :" ab exordio nascentis Ecclesiœ, et parlant sans doute aussi bien, sinon mieux, pour Rome et l'Itahe, que pour les autres contrées du monde.

L'universalité du même culte, objet spécial du présent volume, doit beaucoup en ItaUe comme ailleurs, au zèle des écrivains, et cette fois au moins, rendonsleur cette justice de penser à eux tout d'abord.

Pour commencer par la poésie liturgique, déjà au xiii^ siècle, à l'heure où, comme nous disions, " le plus grand des poètes après David saluait dévotement la phis grande des femmes après Marie, " elle célébrait dans des hymnes — ainsi à Pérouse, à Brescia, à Subiaco — , ou dans de majestueux offices rimes — ainsi à Milan, — l'incomparable dignité, la miséricorde, la puissance d'intercession de la bienheureuse Anne. Encore au xve^ siècle, la vénération, la piété, la confiance se retrouvaient les mêmes, et pour l'instant, s'exprimaient avec toute la délicatesse et la grâce de l'humanisme alors régnant. La fête de la Sainte, adoptée peu à peu par les diverses églises, avant même son institution définitive ou canonique, avait fourni à la Uturgie, alors très libre encore de ses mouvements, un beau motif d'inspiration^.

LE CULTE DE SAINTE ANNE EN OCCIDENT (il)

Aux hymnographes on peut joindre Baptiista Mantuanus ou le Spagnoli, (1447-1516), récemment béatifié (1890), et i^urtout Jules-César Scaliger (1484-1558), " l'homme universel de son temps, " comme on l'appelait alors. Nous avons de ce dernier sept ou huit vers à peine, mais c'est le cas de dire : Ponderantvr, non numerantur :

Carmina prima tibi, quam semina dia salutis

Virgine cuni genita prima tulisse canunt. Tu sulcum, frucUim illa dédit, tanquam ubere vena,

Ut qui est principium, principium inde ferat. Hinc ergo incipiens, poteram hic quoque ponere finem,

Immense sed me turbine raptat amer.

Nescio que sistam in Domini prsedivite regno ;

Meta oui nulla est, non numerantur opes '.

" A toi mes premiers vers, à toi dont il est chanté que, en nous donnant la

Vierge ta fille, tu as jeté en notre terre les premières divines semences

du salut.

" Tu as tracé le sillon ; Marie, comme une tige féconde, nous a donné le

fruit, et celui qui est le principe de toutes choses a voulu trouver en elle

son principe.

" Et dès ces premiers mots, je pourrais déjà mettre fin à ce cantique, si mon

pieux amour ne m'emportait comme dans un immense tourbillon. " 0 Sainte, dis-moi quelle sera ma place dans le royaume du Dieu très riche,

du Seigneur dont la libéralité est infinie comme tout ce qui est lui-même."

Si belle cependant que soit cette poésie ou toute poésie, s'il s'agit de la diffusion d'un culte, ce sont plutôt de petits ouvrages spéciaux, faits tout exprès pour cette fin, qui y contribueront davantage. L'humble codex de Saint- Marc de Venise, n» 4738, intitulé Vita di San Gioacchino e di Santa Anna (xv« siècle), même s'il n'a jamais été imprimé, a pu faire quelque bien en ce sens, et nous le plaçons avec plaisir en tête de la série. Série en effet et assez longue. Carmes, Franciscains, Dominicains, Augustins, Jésuites, prêtres séculiers, peut-être même des laïques, s'emploient à la bonne œuvre. Camille Vischi (1647), recommande aux fidèles la neu vaine qui se fait chaque année " chez les Pères de l'antique observance régidière " ; ses frères en reUgion, I^urent-Marie Brancacci (1652), Jean-Augustin de Saint-Paul (1661), Emmanuel de Jésus-Marie (1692), le R. Père Maître Pierre-Thomas Pugliesse, écrivent, l'un, une Novenna Sanctœ Annœ cum meditalionitnts ; l'autre un Tractoius de Sanda Anna,\e troisième une Istoria panegirica ; \e quatrième une Vita Sanctœ Annœ...Carmelitanim protedricis, et il faut croire que ce dernier livre eut du .succès puisqu'il en paraît une " seconde édition " à Venise en 1707. Un cinquième religieux du même ordre, encore plus fervent, Joseph- Antoine de Saint-EUe, du Carmel de Turin, ne peut contenter sa dévotion à moins de quatre volumes, c'est à savoir : en 1713, VAssagio délie Grandezze di Sanda Anna (Asti) ; en 1731, Vil devoto diSatKta Anna (Turin) ; en 1737, l'/Z

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