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ITALIE, UN PEU PARTOUT

lors, le souvenir de son intercession efficace pour la Liberté florentine, souvenir consacré par l'oratoire d'Or-San-Michele, ne s'était jamais effacé du cœur des citoyens. A leurs yeux, cette victoire était plus importante que celle de Campaldino, remportée le jour de saint Barnabe, ou que celle de 1364 sur les Pisans, attribuée pour la même raison à la protection de saint Victor, ou que la défaite du Goth Radagaise, attribuée par la tradition populaire à sainte Reparata. Tout ce patronage céleste figure dans le tableau avec d'autres saints ". "

L'éblouissement de cette peinture ou de cette page va-t-il nous faire perdre de vue cet autre témoin de miséricorde et de puissance qu'était l'hôpital Sainte-Anne, encore à Florence, et antérieur à 1302 puisqu'il est mentionné cette année-là sur un tableau — un tableau du musée de Bruxelles — et à propos, comme il faut aller loin parfois pour trouver la moindre information !

Quelques mots encore. Ailleurs, — car nous disions "un peu partout," — c'est le village même qui porte le nom de la Sainte. Le vieil atlas de Mercator nous en a fait découvrir trois : l'un aux alentours de Padoue, un autre dans la Calabre, près du fleuve Seminara, le troisième dans la terre d'Otrante, près de la mer.

Ailleurs, comme à Pérouse, c'est un magnifique " Pensionnat de Sainte- Anne " pour les jeunes filles, érigé par Léon XIII alors qu'il était archevêque de cette ^alle.

Ailleurs encore, c'est une image miraculeuse qui attire les foules, comme celle qu'on vénère dans l'éghse de Saint-Cyriaque à Ancône. On dit que le 26 juin 1796 cette image parut s'animer, et que le mouvement des yeux fut très sensible.

Ailleurs enfin, ce sont des tableaux, des sculptures, des verrières, toute la splendeur de l'art italien, les trois quarts du Musée de Madame Saincte Anne . . . mais à plus tard ! Lisons cependant, à propos d'art, cette demi-page de M. Gillet sur le mouvement de la Renaissance :

" L'âme populaire en est restée absolument indemne. Que peuvent lui faire, à elle, le latin de quelques humanistes et la philosophie de quelques antiquaires ? Ici se vérifie la belle remarque de Ruskin : " La vie des nations, dit-il, se conserve dans trois Uvres : à savoir leur histoire, leur littérature et leur art. " Mais de ces trois livres, le dernier seul présente un témoignage fidèle : il est le reflet infaillible d'un état général, l'indice de la santé ou du malaise d'un peuple, la mesure de son idéal et de sa moralité. C'est ce que va nous faire voir l'art du xvi^ siècle. A côté de l'art artificiel, du " grand art, " destiné à l'usage du petit nombre, il y en a un second, fait pour les masses, pour les églises, et non moins curieux et intéressant que l'autre. On y voit quelle place la religion tient encore dans la vie, comment elle se défend contre les empiétements modernes. Les ordres mendiants redoublent d'activité, etc "."

Ces Ugnes nous en rappellent d'autres qui nous disent encore mieux, avec plus de détails, ce qu'étaient en pleine Renaissance, la religion et la piété du peuple itaUen. Elles sont de M. Emile Gebhart, dans ses Jardins de l'Histoire (p. 157) ''Parmi les humbles, les gens du contado,\es artisans, les petits bourgeois, la conscience religieuse demeurait excellente, fidèle à l'antique

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Credo, et comme pénétrée de tendresse franciscaine. L'ironie, l'incrédulité^ qui fait de si grands ravages chez les seigneurs, les prélats et les littérateurs,, épargne toujours le petit peuple. Aucune pensée étrangère ne le travaille, aucune discipline voluptueuse n'a remplacé son vieux catéchisme. 11 appartient h la confrérie du quartier et du métier ; il porte des cierges d'un sou à la Madone, il trempe dans un bénitier de faïence le brin d'olivier bénit, il se signe devant les croix de la route ; il prête foi aux histoires de l'aïeule, il garde une fraîcheur et une ferveur incomparables. Les bourgeois de vieille souche, les marchands de vieille tradition ont encore une simplicité d'âme, une loyauté pieuse, dont leurs livres de compte, consacrés par des formules chrétiennes, ont retenu la trace. . . Ces bons chrétiens pratiquent toujours les pénitences, les pèlerinages, les rites du temps passé ; ils font de longues processions à travers les campagnes de Toscane ou d'Ombrie, en chantant les Laudes édifiantes, tantôt douloureuses et tantôt joyeu.ses de la candide religion d'Assise. Ils ont leurs prédicateurs, leurs confesseurs, leurs directeurs de conscience, des pauvres moines errants qui prêchent dans les égUses, sur les places publiques, dans les champs fleuris et font pleurer parfois vingt mille auditeurs de plein air. M. Monnier a recueilli leurs noms et la liste en est longue — etc. "

Il y a lieu de remercier l'auteur de cette page. La littérature et l'histoire nous ont fait de tels tableaux des mœurs italiennes du xv^ siècle, — ces sortes de choses ont toujours du succès — que nous enveloppions peut-être dans un même blâme les grands et les petits, les humanistes et le peuple. M.Gebhardt prouve que nous aurions tort, de même M. Monnier dans son Quattrocento, et voyez ce qu'il dit à propos des prêcheurs populaires (t. ii. p. 190) :

" Ils prêchent si bien, avec tant de magnificence et de terreur, qu'il n'y a pas à dire, il faut qu'on pleure. Alors on pleure " très cordialement, " et il semble que "l'air se fende en deux tant on pleure. " — Souvenez-vousaussi d'un autre fait également suggestif, et peut-être le plus glorieux de l'histoire florentine. Le dimanche des Rameaux de l'an 1496, après un éloquent discours, Savonarole, présentant au peuple un crucifix, s'écria : " Florence, voilà le Roi de l'univers ! Il veut être ton roi. Le veux-tu ? " Une immense acclamation lui répondit, et plusieurs versaient des larmes. Dès ce moment Jésus fut le roi de Florence. Le gouvernement florentin fit graver, au-dessus de la porte du palais qui lui servait de résidence, cette mémorable inscription : Jésus Christus Rcx florentini po'puU senntusque decreto eledus, " Jésus-Christ^ Roi par la volonté du peuple et du Sénat de Florence. "

Les Iles voisines.

La Corse est plus italienne que française, et nous profitons de ce voyage

en Mé<lit<;rranée pour saluer de lom, en souvenir des jours pa!<sés, son vieux

couvent de Corbara, asile pendant quelques années des Dominicains chassée de

France, et le quartier ou faubourg de Sartène qui porte le nom de notre Sainte.

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En Sardaigne, comme nous l'avons appris déjà par un passage de la Sicilia saa-a de Pirro ^^ un monastère ou un hospice, situé près de Cluse, portait le nom de sainte Anne dès 1289. — A Cagliari, l'église Sainte- Anne remonte à la domination des Pisans '^, ce qui veut dire au treizième, peut-être même au douzième siècle.

Sicile.

Un village près d'Agrigente, une église à Palerme, une autre avec prieuré de Trinitaires à Catane, un couvent de religieuses à Platia près de cette même ville, un orphelinat près de Camerata, fondé par le bienheureux Innocent de Cluse : voilà pour commencer.

D'ailleurs, nous dit-on, la Sicile est de toutes les provinces italiennes la plus renommée pour sa piété envers la Mère de Marie. Cette dévotion, déjà existante au début du xvii^ siècle, prit alors un vaste accroissement, grâce à l'ardente prédication et aux exemples du saint religieux que nous venons de nommer, un illustre fils de saint François (f 1631). Son immense confiance en la Sainte obtenait tous les miracles : et d'abord, la guérison du pape Grégoire XV. Ce pontife, atteint soudain d'une grave maladie, et réduit à toute extrémité, fit appeler en toute hâte le vénérable Franciscain. " Vous guérirez, vous l'êtes déjà, dit le thaumaturge, si vous promettez de faire solenniser chaque année par les fidèles la mémoire de sainte Anne. " Et le Pape, en effet, rendu à la santé, décréta que la fête de sa bienfaitrice serait désormais une fête de précepte (1622).

Il faut mettre encore au crédit du même bienheureux divers événements prodigieux : élection d'Urbain V, unions stériles bénies, pain obtenu pour des marins, pêches miraculeuses, tempêtes apaisées, guérisons pour ainsi dire quotidiennes, enfant ressuscité. A ces faveurs éclatantes l'aïeule du Sauveur ajoutait, envers son dévot serviteur, de touchantes famiharités. Souvent elle venait visiblement le soulager dans ses travaux, lui apporter des consolations dans ses peines, lui exphquer des choses cachées ou mystérieuses, et parfois le ravir en extase jusqu'à la hauteur des arbres du jardin ^^.

La confiance envers sainte Anne survécut au bienheureux, si bien que longtemps après sa mort, on entendait des habitants de Trapani et d'autres villes invoquer la Sainte jusque dans les rues, et se prosterner dans les places pubUques. Par toute l'île, nombre de chapelles furent dressées. La plus belle, où se continue, à la fête de sainte Anne, l'affluence des pèlerins, est celle des Franciscains de Palerme, dite délia misericordia. " Cette solennité, nous dit-on, s'y célèbre avec vigile, office et messe solennelle. Communions nombreuses, prédication, grand concours de peuple, illuminations, rien n'est oubhé de ce qui peut donner plus d'éclat à cette cérémonie. A l'autel de la Sainte sont suspendues des offrandes, des ex-voto en cire, quelquefois en argent, et le nombre de ces témoignages de reconnaissance est très-considérable. "

Dans la même ville, l'église des Pères Jésuites renferme une chapelle riche

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en marbres précieux, en statues, et dédiée de même à la Sainte. Elle fut bâtie et décorée par le prince de Butera, dont la pieuse famille y faisait célébrer chaque jour une messe en l'honneur de sa protectrice.

Une œuvre, fût-ce l'œuvre d'un saint, a besoin de soutiens et de continuateurs, et le bienheureux Innocent de Cluse en trouva quelques-uns de son temps, plusieurs autres après lui. C'est de vingt à vingt-cinq ouvrages plus ou moins considérables, mais tous très pieux, très propres à inspirer la dévotion, qu'il faudrait signaler ici. Nous en donnons plus loin une liste, liste certainement très incomplète, mais suggestive, qui va de 1639 à 1842. Invention miraculeuse de reliques ; Manière dévote de dire les neuf Ave Maria en l'honneur des neuf privilèges de sainte Anne ; Poème en quatre chants : Généalogie des Parents de la Vierge ; Miracles, grâces et faveurs ; Motifs de dévotion ; Exercices spirituels pour tous les jours de l'année ; Neuvaine de pieuses réflexions ; Dévotes oraisons ; Guide de la vraie dévotion' ; Couronnes de louanges ; Préparation à la fête de saint Joachim et de sainte Anne, etc. etc: tout est là et tous les genres de dévotion sont parfaitement accommodés.

Dévotion d'ailleurs fort ancienne, disions-nous, en Sicile, point déjà traité ailleurs ici et là, mais qu'on peut toucher de nouveau un instant avant de finir. Il y a longtemps, très longtemps, que Castelbuono a choisi la Sainte pour sa seconde patronne avec le bienheureux Guillaume, et qu'elle vénère sa relique insigne. Il y avait longtemps que deux monastères de Sainte-Anne existaient quand Ph-ro les indiquait en 1644, celui qu'il appelle Sancta-Anna de Scalis, antérieur à 1370, et surtout celui qui avoisinait Monteforte dès avant 1145. Au xiie siècle appartiennent encore ces mosaïques de Palerme et de Monreale, où la Sainte réapparaît si souvent, et quelquefois dans un luxe de costume que les traditions artistiques réservaient d'ordinaire à Notre Seigneur et à la sainte Vierge, chose, disions-nous, très significative. Enfin, toute byzantine comme ces mosaïques, la Sicile l'était autrefois, avec sa langue grecque, sa liturgie grecque, et l'on peut penser que, encore bien avant le xu*^ siècle, elle célébrait comme les Grecs quelqu'une au moins des quatre ou cinq fêtes de Madame saincte Anne".

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