ITALIE, ROME
une place d'honneur, au fond de l'abside, dans l'alignement du raaître-autel. Qu'il y eût deux autels, on ne peut s'en étonner si l'on sait qu'on n'en comptait pas moins de vingt dédiés à la Sainte- Vierge.
" Il n'y a pas de sot métier, " et en tout cas les palefreniers du Pape avaient été établis en corporation ou confrérie sous le pontificat d'Urbain VI, en 1378. Ils avaient pour patronne notre Sainte, et leur dévotion à son égard se doublait d'une autre aux âmes du purgatoire. Peut-être eux et leurs familles formaient-ils un groupe assez considérable pour désirer comme lieu de réunion un local plus grand que celui d'une chapelle, — il s'agit ici de l'ancienne église — et peut-être une dévotion croissante leur demandait-elle un témoignage extérieur plus personnel. Quoi qu'il en soit, en 1565, tout près du Vatican, près de la Porte angélique, un sanctuaire nouveau fut construit qui prit le nom de l'autel, et son architecte n'était rien moins que le célèbre Vignole. La dévotion d'autrefois s'y est perpétuée ; elle s'est réafi&rmée en 1846 par une restauration complète de l'édifice, et l'on parle de processions où l'image de la Sainte était promenée à l'extérieur en grande solennité, au chant des cantiques et aux salves de canon du château Saint- Ange.
Au xvii^ siècle appartient l'église " Sainte-Anne et Saint- Joachim, " dans la via del QuirinaJe, bâtie sous Sixte-Quint par les Carmes déchaussés d'Espagne, devenue plus tard propriété de l'épiscopat de Belgique et ornée de fresques et peintures de Renier, Dobbelaer, Mergaert de Bruges.
Santa Anna nella via Merulana, maison-mère des religieuses de Sainte- Anne, est beaucoup plus récente, datant seulement de 1885, mais placée comme elle est sur le chemin qui va de Saint^Jean de Latran à Sainte- Marie-Majeure, eUe paraît comme une annexe de l'une et l'autre.
Enfin qui n'a entendu parler de cette église Saint-Joachim que le monde <;athohque a naguère offerte à Léon XIII pour son jubilé épiscopal ? Le 1er août 1S79, le vénérable Pontife avait élevé au rang des doubles de seconde classe la solennité de son patron et celle de sainte Anne. " La divine miséricorde, disait le décret, aj'^ant voulu que, en nos temps malheureux, les honneurs rendus à la Bienheureuse Vierge Marie prissent des accroissements en rapport avec les besoins du peuple chrétien, il fallait que cette splendeur et cette gloire nouvelle dont leur bienheureuse Fille est environnée rejaillît sur ses fortunés parents. Puisse leur culte ainsi accru faire éprouver plus puissamment leur secours à l'Eglise^!"
Et cependant ce n'est pas tout. L'" église de la Conception " in Campa Marzo serait encore une autre église Sainte-Anne, puisque le peuple l'appelle d'ordinaire ainsi, peut-être par quelque reste de byzantinisme, la fête de la Conception, chez les Grecs, ayant toujours été moins une fête de la Vierge qu'une fête de sa Mère.
Et si maintenant, au point de vue canonique ou administratif, c'est assez pour une même ville de trois ou quatre églises sous un même nom, il y a moins d'inconvénient à ce que les mêmes autels s'y multiplient. Aussi bien, Rome «n a possédé, en possède encore à peu près partout, notamment à Sainte-Marie-
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Majeure, Sainte-Marie du Transtévère, Sainte-Marie-in-Campitelli, Sainte- Marie (le Fornaci, Saint-Noiu de Marie, Saint-André-delle-P>atte, Saint- André-della-VuUe, Saint-Pierre-in-Montorio, Saint-Jacques-des-Espagnols, Saint-Augustin, etc, etc. Parmi les œuvres d'art qui décorent ces chapelles, tout en célébrant à leur manière la grande Sainte, notons les grandes mosaïques de Sainte-Marie-Majeure et de Sainte-Marie-du-Transtévère, un admirable groupe on marbre à Saint-Jacques-des-EspagnoLs, un autre groupe encore plus remarquable, de sainte Anne, la Vierge et l'Enfant-Jésus, à Saint-Augustin, œuvre du sculpteur Andréa Contucci da Monte Sansovino (1512), et si belle que, sinon toujours par dévotion, au mons par admiration, poètes et lettrés de Rome viennent y déposer des sonnets ou compliments très soignés. Dans la même église, sur le troisième j^ilier à gauche de la grande nef, on remarque une fresque (aujourd'hui détériorée) de Raphaël représentant le prophète Isaïe. . . Sur l'architrave deux enfants tiennent en mains un cartouche où se lit cette dédicace : A sainte Anne, mère de la Vierge ; a la sainte Vierge, MÈRE DE Dieu ; a Jésus le Sauveur : Jean Corisius^
Comment se porte aujourd'hui à Rome la dévotion à la Mère de la sainte Vierge ou même la dévotion en général ? Le Diario Romano ou le calendrier à l'usage des jBdèles, rappelle toujours à leur piété les six dimanches de saint Louis, les sept de saint Camille, les neuf de saint Cajétan, les dix de saint Ignace, les quinze du Rosaire ; les neuf lundis de l'archange saint Michel ; les neuf mardis de sainte Anne et les treize de saint Antoine de Padoue ; les sept mercredis de Notre-Dame du Mont-Carmel, etc.
En 1912, pour stimuler la dévotion, la Congrégation du Sahit-Ofïice accordait une indulgence plénière aux fidcles qui feraient la neuvaine de sainte Anne, soit avant la fête, soit au cours de l'année*.
Sans oublier la relique insigne de Saint-Paul-hors-les-murs, objet de grande^ vénération pour les fidèles, ni la vieille confrérie de Saint-Laurent-i'n-Borgo (xive siècle), ni le monastère mentionné par les Bollandistes comme probablement antérieur au xiiie siècle, venons à une autre ville très remarquable pour sa dévotion à l'aïeule de Notre-Seigneur, c'est-à-dire à Bologne.
Bologne.
On afiirme que, dès le xiii" siècle, cette ville possédait une église sous le nom de Sainte-Anne, et on appuie cette assertion sur les Annales des Camaldules. Ce que nous avons pu voir de ces Annales ne nous a pas fourni le précieux texte, mais il faut supposer les historiens honnêtes. . .
En tout ca.s, on cite pour le xiv*^ siècle un mandement épi.scopal d'un haut intérêt :
" Nous, Bernard, par la grâce de Dieu et du siège apostolique, prince-évêqur de liologne, en plein synode, du con.senteinent et de la volonté des chanoines capitulaires de notre église, des autres prélats, recteurs, prêtres et clercs dont les non)s i)récèdent, pour le respect dû :\ Dieu et à ses saints, connue il est de
droit, avons ordonné de célébrer avec un soin particulier, certaines fêtes, notamment la Résurrection de Notre Seigneur, avec les six jours qui la précèdent et les six jours qui la suivent ; . . . au mois de juillet, la Visitation de la Bienheureuse Vierge Marie, la fête de saint Jacques, apôtre, et celle de sainte Anne, mère de la Bienheureuse Vierge Marie ^. "
Au quinzième siècle (1435), ainsi que le racontent — un peu différemment, il est vrai — Ughello dans son Italia sacra, et les Bollandistes dans la Vie du bienheureux Nicolas Albergati, une portion notable du chef de sainte Anne échut à la capitale des Romagnes.
" Nicolas, évêque de Bologne, dit le premier texte, fut chargé d'une mission en France auprès de Charles VII par le pape Eugène IV. Cette mission fut couronnée de succès, et le bienheureux prit congé du roi de France après avoir reçu le don magnifique du " crâne de sainte Anne, " qu'il apporta lui-même à Bologne et donna à la Chartreuse de cette ville. "
" Le B. Nicolas Albergati, disent de leur côté les Bollandistes, revint en Italie, et emportant avec lui le chef de sainte Anne que lui avait donné le roi Henri d'Angleterre, sixième du nom, fit son entrée à Bologne, la veille des calendes de décembre {on n'indique pas l'année) au milieu des acclamations de tout le peuple. Il céda cette précieuse relique à ses moines de la Chartreuse, et ceux-ci construisirent pour la recevoir l'oratoire de Sainte-Anne sur la rue Saint-Isaïe où elle est conservée encore aujourd'hui ^". "
L'oratoire dut s'agi'andir dans la suite puisque des auteurs plus récents le qualifient de magnifique église.
Après l'expulsion des Chartreux, vers la fin du siècle dernier, la relique fut transférée à la cathédrale. Là, nous dit-on, tous les mardis de l'année, comme durant les neuf jours qui précèdent sa solennité — fête de précepte pour la ville et le diocèse, — on honore la sainte Mère de Marie avec une dévotion et une affluence extraordinaires. Le jour de la fête, on expose la relique sur un trône, non loin du maître-autel. La messe et les vêpres se chantent en musique, et la cérémonie du soir se termine par la vénération de la relique. Le reliquaire est en argent doré, de forme octogone, orné de pjramides, de clochetons et de ciselures en style gothique.
A part l'ancienne église conventuelle des Chartreux, une autre porte pour second titulaire le nom de notre Sainte : c'est Sainte-Marie délia Carita, siège d'une fraternité nombreuse et très vouée à son culte. Deux autres congrégations semblables se réunissent, l'une à Saint-Benoît, l'autre à Sainte- Marie délie Laudi. On admire dans celle-ci une belle statue de la Sainte tenant la jeune Vierge dans ses bras : elle est de grandeur naturelle, et on la doit au ciseau d'un excellent sculpteur de Bologne. Marie Barzani, à qui elle appartenait, en fit don à cette confrérie, à condition qu'on la plaçât convenablement dans une chapelle où chaque année se célébrerait un Triduum solennel.
Vingt autres églises de Bologne ont leurs autels de sainte Anne, et dans le reste du diocèse, plus de trente chapelles et oratoires lui sont consacrés. En tous ces lieux bénis on trouve écrits sur la toile ou sur le marbre les mêmes
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témoignages d'une dévotion reconnaissante. Le P. G. R. (per grazia receinita) se rencontre partout et cent fois dans un même sanctuaire.
Un peu partout
Dans l'Italie méridionale, au sud de Ruffano et auprès de Patu, un monument appelé le Centra Pietro, nous a fait voir une Sainte Anne avec la Vierge, peinture de style byzantin que M. Diehl attribue au xi® siècle. — A Saint- Marc de Ven'ise, l'une des quatre colonnes du ciborium nous offre en basreliefs également très anciens — on a même dit du v^ siècle, pieuse exagération pour le dixième-onzième — la légende de la Sainte. Dans une niche, du côté de l'épitre, un reliquaire contient un précieux fragment de brachio sanctœ Annœ^K Un couvent de cette ville était mis sous le patronage de notre Sainte avant 1439, et aujourd'hui une église s'y fait remarquer pour ses peintures, surtout celles de l'orgue, qui sont de Pietro Vecchia. — A Padoue, au xii« siècle, existait déjà un monastère dit de Sainte-Anne. — A Nocera, au diocèse de Salerne, des " moniales " de l'Ordre de Saint-Augustin, devenues dominicaines en 1283, avaient pris la Sainte pour patronne. — D'autres maisons religieuses ont déjà fait ou feront de même : ainsi à Côme en Lombardie, à Plaisance, Alexandrie, Ancôns, Vcrceil, Ronciglione, Brindes. — Ailleurs ce sont des églises : ainsi à Bergams, Bologne, Bugella, Florence, Foligno, Gênes, Naples, Parme, Pise, Recanati, Rocca-Contrada dans la Marche d'Ancône, Suse, Viterbe, etc. Celle de Bergame date de 1613, mais devenue depuis longtemps trop étroite, elle fut reconstruite en 1841. Une brochure publiée à cette époque donne l'histoire de la paroisse et la description du monument ". — Sainte-Anne de Gênes eut pour fondateur Nicolas Doria en 1584. — A Naples, la Sant' Anna de Lombardi ou de Monte Oliveto, basilique à une seule nef et à plafond, fut fondée en 1414 {alias 1411) par Guerello Oreglia, et construite sur les plans du célèbre architecte André Ciccionc. — Pise, à part son église, possédait un monastère de la Sainte. — A Florence, le culte est ancien, et " la Sainte- Anne " est une des principales fêtes populaires, comme la Saint- Jean, la Saint-Laurent, l'Ascension. On sait également que, dans son grand tableau des Palroiis de Florence, Fra Bartolommio a donné à notre Sainte la première place. Reposons-nous ici quelques minutes en relisant une page de M. Rio :
" Ce n'est pas contre un ennemi abstrait que l'intercession des puissanca^ célestes est invoquée, et ce n'est point par un caprice du peintre ou de son patron que, dans le groupe formé par les figures centrales, sainte Anne attire plus les regards que la sainte Vierge, non seulement à cause de la place plus éminente qui lui est assignée, mais aussi à cause de l'intensité de sa prière vers le ciel, et même à cause de sa beauté, qui surpasse de beaucoup celle de la plupart des Madones peintes par fra Bartolommio. L'artiste avait ses raLsons pour en agir ainsi. Ce 26 juillet 1343, jour de la fête de sainte Anne, elle avait été .sjxluée conune libératrice de la patrie, j^arce que ce jour-là avait mifl fin, par l'insurrection, à l'odieuse tyrannie du duc d'Athènes, et depuis