‹ Le Culte de sainte Anne en OccidentChapitre 146 sur 294 · FRANCE, USAGES POPULAIRES · texte numérisé non relu

FRANCE, USAGES POPULAIRES

de précieux tableaux concernant nos principales fêtes locales, ne s'en sont pas non plus occupés. Cela tient sans doute à ce que la Sainte-Anne, primitivement fêtée par une seule catégorie d'ouvriers, ce qui la rangeait parmi les fêtes patronales ordinaires, telles que la Saint-Honoré pour les boulangers, la Sainte- Marthe pour les cabaretiers etc„ n'est devenue que peu à peu ce qu'elle est réellement aujourd'hui, c'est-à-dire une fête presque générale. . . Ce jour-là, la plus grande animation règne à partir de trois ou quatre heures dans les cabarets, les guinguettes et les bals. On évalue à 10 ou 12000 le nombre des entrées à VAlcazar, où les danses, qui se prolongent jusqu'au jour, ne sont interrompues que par un brillant feu d'artifice tiré entre minuit et une heure au milieu d'acclamations enthousiastes. La joyeuse arrivée dans cet établissement de l'insouciante jeunesse est un spectacle si curieux, que des milliers de personnes, pour la voir, forment la haie pendant plusieurs heures sur les trottoh-s des rues qui y conduisent '^ "

Un fait analogue s'observe dans toute cette partie du Nord de la France où la langue flamande est parlée. Ce sont les mêmes réjouissances, les mêmes promenades, s'étendant parfois jusqu'à Dunkerque, et les mêmes chansons. A Bailleul surtout, où la fabrication des dentelles s'opère sur une assez grande échelle, relativement à la population de la ville, la fête de la " Patronne " est la mieux solennisée de l'année.

Une reproduction photographique de gravure, malheureusement peu réussie et devenue très pâle, se rapporte à ce sujet. On voit (on devrait voir) en haut une dentellière travaillant sous la surveillance et la direction de sainte Anne ; au milieu, l'intérieur d'une école de dentellerie le jour de la Sainte- Anne ; au bas, les jeunes ouvrières s'en allant à la messe, en attendant la promenade en chariot qui ^^endra ensuite.

Dans certains cantons du pays chartrain, les mariages donnent lieu à une cérémonie particulière. L'épousée, au sortir de l'église, s'agenouille sous le porche devant la statue de sainte Anne, fait trois signes de croix, prend une quenouille que porte la Sainte, la met à son côté, et file pendant un moment *=. 11 n'y a pas très longtemps, un usage semblable existait dans quelques églises du Berry : on présentait à la nouvelle mariée une quenouille garnie de chanvre, dont elle filait une ou deux aiguillées. Cette vieille pratique, disent les Mémoires de Vacadémie celtique, semble avoir été générale dans les premiers siècles du christianisme . . . Chez les Francs, nouvellement convertis au christianisme, les parents de l'épousée, à l'issue de la messe nuptiale, prenaient sur l'autel de la Vierge une quenouille et la donnaient à filer à la jeune femme, en lui disant : "N'oublie pas que Dieu bénit le travail domestique de la compagne de l'homme."

En d'autres pays, selon M. Laisnel de la Salle, que nous venons de citer, les villageois veulent encore, en dépit des conchyliologistes et des botanistes, que la bélemnite — espèce de fossile en cône allongé assez commun dans le ten-ain jurassique — soit le fuseau de la Vierge, et que la massette à longues feuilles soit sa quenouUle ou celle de sainte Anne. ^"î

En Normandie, certains villages tiennent chaque année, le 26 juillet, ce

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qu'on appelle en ce pays-là la Louerie de sainte Anne. Les jeunes gens et jeunes filles qui veulent un emploi dans les familles, se réunissent sur la place publique, portant des bouquets dans leurs mains. C'est le signe convenu qu'ils sont à louer comme domestiques ou servantes.

Pour nous c'est de plus une preuve qu'ils ont confiance en une Sainte qui accueille d'un même sourire le riche et le pau^Te pour peu qu'ils aient confiance en effet, et de ceci et de tout ce qui précède, nous pouvons peut-être tirer cette conclufiion :

Que le Royaume de ]\Iarie est aussi le Royaume de sa ]\Ière. Assurément la Mère cède ici le pas à sa Fille, et l'on ne peut raisonnablement afllirmer une parité, une parité d'action et d'extension, entre deux cultes dont l'un est néces-sairement subordonné à l'autre, et dépendant de lui. Nous croyons même, depuis le magnifique ouvrage de M. Lecoy de La Marche sur saint Martin, que le grand évêque de Tours jouit en France d'une popularité plus universelle que notre Sainte à nous, du moins si l'on en juge par le nombre d'églises, chapelles, monuments de toute sorte qui répètent partout son nom. Cei^endant après les pages, si insuffisantes soient-elles, qu'on vient de parcourir, n'y a-t-il pas lieu de penser que la part de souveraineté faite à notre Sainte est encore très large et très belle ? Apt au midi, Auray au nord, et entre deux, tant de sanctuaires partout dans les villes, dans les campagnes, le long des routes, sur le flanc ou le sommet des montagnes, n'est-ce pas assez pour faire dire que la France est à sainte Anne ? Et pourquoi négliger jusqu'au bout des preuves plus faibles peut-être, mais encore appréciables ? Une fontaine Sainte-Anne peut quelquefois traduire plus de dévotion qu'une église. C'est pourquoi, quand vous aurez compté, en France, les monuments proprement religieux connus sous le nom de la Sainte, il vous restera à compter les quartiers ou faubourgs comme à La Rochett^, à Saint-Maurice (Drôme), à Amiens ; les ermitages, comme ceux qu'on trouve en Lorraine près de Morvilliers, près de Lunéville, et sur la paroisse de Rousseux ; les châteaux comme à Salins et sur les communes de Veno.y (Yonne) ou de Jublains (Mayemie) ; les fontaines comme à Nolleval (Seine-niférieure) ou Cunfin ; les places comme à Rennes ; les ponts comme à Tours ; les rues, les bois, les fermes, les prés, les ruisseaux, les vallées, les caps, les montagnes. En vérité, la chère Sainte est partout. Tenez, pour finir, contemplez cette vue immense qui domine le presbytère d'Auriac. L'habitation est située sur le versant méridional de la chaîne granitique qui traverse le Limousin. Aude&sous des prairies dont le jardin est entouré, coulent des ruisseaux rapides en «'enfonçant dans des vallées étroites. Plus loin, des landes incultes, des bois étages sur des collines, un lac (pii serpente comme une rivière ; à gauche, le bourg de Saint-Maureil, à droite celui île Bujaleuf ; les clochers de Masléon et de Rosiers arrêtent tour à tour la vue en la reposant. Enfin, au dernier plan de l'horizon, perchés sur la crête des montugnes, surgissent comme deux souvenirs de vaillance et de foi, le Prieuré de Saint-Gilles et la Comtnanderie de Sainte-Anne.

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