‹ Le Culte de sainte Anne en OccidentChapitre 145 sur 294 · FRANCE, PÈLERINAGES · texte numérisé non relu

FRANCE, PÈLERINAGES

fameuse, Thumble chapelle de Sainte-Amie, souvenir de religion et de piété. " Puis l'orateur raconte ses origines, ses gloires, ses fêtes, qui ne céderont en rien à celles d'autrefois, car les âmes pieuses recherchent d'un invincible attrait la protection de sainte Anne d'Argonne. Ajoutons nous-même que le pèlerinage date de 1338.

Les âmes pieuses recherchent aussi la même protection en cette aimable chapelle de Poey-la-Houn, au Val d'Azun, dans les Hautes-Pyrénées, délicieusement décrite par un auteur irlandais, Denys-Shine-Lawlor (parent par alliance du grand O'Connell) : " Cette chapelle, dit-il, située sur un mamelon, au-dessous du pic d 'Arien-grand, est bâtie sur le roc, qui lui sert de dalles. Ses parois sont couvertes de marbre et d'or ; sa voûte d'azur est semée d'étoiles d'or ; les piliers de l'autel sont torsadés. . . Des grappes et des feuilles de vigne, délicatement ciselées et dorées, s'y enroulent gracieusement. Au-dessus du porche, on lit : Monstra te esse matrem. De nombreuses statues de la Vierge, en or et en argent, témoignent de la dévotion des habitants à la divine Mère du Sauveur. Sur les panneaux de la chapelle de Sainte- Anne, on voit une série de bas-reliefs, en bois doré. Le retable du maîtreautel est admirablement sculpté, mais la partie la plus extraordinaire de cette église est ce pavé naturel, formé par la roche vive et aplanie par les pas des générations. Aucun document écrit n'est demeuré sur l'origine et la date de cette chapelle. Mais la tradition la fait remonter à 600 ans, et plus. . .

" Certains usages des Azunois, combinés avec les traces retrouvées sur d'anciens bâtiments, induisent à penser que, lorsque la sainte Vierge fit connaître son désir d'être vénérée à Poey-la-Houn, elle inspira en même temps à ses fidèles un culte de dévotion à sa sainte Mère. Au bas de la montagne, sur la route d'Espagne, il y avait autrefois une petite chapelle dédiée à sainte Aime. Tous les voyageurs s'arrêtaient pour y prier ; les bergers mettaient leurs troupeaux sous sa protection ; on lui offrait le premier agneau et la première laine, quelquefois même les prémices des fromages. Les mères venaient y consacrer leurs filles, à leur naissance, et le nom d'Anne était toujours parmi les noms de leur baptême. En 1793, cette chapelle fut pillée et détruite. Ses habitants ne cessèrent pas de révérer cet emplacement sacré et de s'y rendre en foule, après leur visite à Poey-la-Houn, les jours de grandes fêtes. On les entendait soupirer devant cette ruine chère à leurs souvenirs, et murmurer le nom de sainte Anne dans leurs prières. Les hommes peuvent détruire les autels de pierre, mais ils ne peuvent pas atteindre le sanctuaire intime de la foi dans les cœurs. C'est pourquoi la dévotion à sainte Anne a conservé toute sa vivacité dans la vallée d'Azun. Elle y est entretenue par une confrérie fondée le 8 décembre 1858 et plus encore par la présence d'une relique que Mgr Laurence apporta de Rome en 1837. Elle est très vive chez toutes " ces femmes d'une pureté de traits remarquable, " observe l'auteur, et chez ces veuves qui ne se remarient pas parce qu'elles y perdraient l'estime

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du public. Elle s'exprime en des cantiques pleins de piété, de confiance et d'amour, tel celui dont nous donnons ici le début et la fin :

Mère de notre auguste Mère, Je ne puis, ô ma Mère,

Sainte Anne, écoute nos accents ; Raconter les bienfaits

Daigne bénir notre prière Dont ce lieu solitaire

Et reçois-nous pour tes enfants. Conserve les secrets»".

I.es âmes pieuses " recherchent la protection de la Sainte " partout où elles l'ont pour patronne de leur commune, village, hameau, église, chapelle, c'està-dire en cent endroits divers, et nommons à part tous ceux déjà mentionnés : Sainte-Anne de Mont-Gnffon (.\in) ; de Cissone (Aisne) ; d'Entremonts, de Groussy, de Vire et d'Isigny (Calvados) ; Sainte- Anne en Trégastel et du Cambout (Côtes du-Nord) ; de Saint-Astier (Dordogne) ; Nans-sous-Sainte- Anne près de Besançon ; Sainte-Anne-des Ifs (Eure) ; de l'Isle-en- Jourdain (Gers) ; Saint€-Anne-Saint-Priest (Haute-Vienne) ; Sainte-Anne de Luré (Loire) ; de Champfremont et d'Hermet (Mayenne) ; de Beutin, d'Essars, de Fruges (Pas-de-Calais) ; de Haute-Ruvoire et d'Irigny (Rhône) ; de Monteguet (Saône et Loire) ; Sainte-Anne de Polangis en Seine et Marne. — Nommons les éghses d'Amiens, d'Avignon, Besançon, Etreval, Gilley, Havre, ^Marseille, Montbrizon, Montpellier, Raffetôt, Rouen, Tours ; les chapelles de Garde- Adhémar (Drôme), Landreville (Aube), Marchastel (Cantal), Montfort-l'Amaur}', Rennes, sur la place Sainte-Anne, etc.. etc.

Et comme ce n'est pas encore assez pour la piété d'un chacun, on nous assure (juesurles montagnes de l'Auvergne, par exemple, mille sanctuaires domestiques réunis.sent le soir autour de l'image ou de la statue de la Sainte, les membres de la famille et parfois les amis du voisinage ; que naguère les habitants d'un village, aux environs d'Avignon, ne pouvant contenter leur dévotion au gré de leurs désirs à cause de leur éloignement de la ville, se cotisaient généreusement, et se bâtissaient eux-mêmes une chapelle à leur goût. On nous permettra bien de penser que ces deux cas ne sont pas uniques.

D'ailleurs, que le culte de notre Sainte ait persisté en France malgré tous les pcrsifiiages de la dévotion, c'est ce que prouveraient encore, si profanes qu'ils soient ici ou là devenus, certains

Usages popvlaire^

Par exemple, au pays de Lille, la fôte de sainte Anne tombe comme ailleurs le 26 juillet, mais on la souhaite la veille et on la célèbre le lundi suivant. Un auteur, M. Desrousseaux, en dit ce qui suit :

" Bien qu'elle soit assurément et depuis longtemps déjà, la plus populaire des fêtes ou\Tières lilloises, elle n'a pas eu, jusqu'ici, comme le Broquclet et la Broderie, par exemple, de nombreux monographes. Brûle-Maison ne la mentionne pas et les peintres Ix>uis et François Watteau, qui nous ont laissé

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