AUGUSTINS — CHARTREUX — PRÉMONTRÉS — JÉSUITES
Quelques notes encore Les Augustins
Dès le xiv<î siècle, les Augustins faisaient la fête de sainte Anne, comme en témoignent l'hymne Prœdari Patris Abrahœ et le bel office rythmé que nous donnons plus loin. La fête était solennelle, si nous pouvons prendre à la lettre la première antienne de Vêpres : Annœ sanctœ celebremus : Inclita solemnia ; si surtout ce genre d'office était, comme nous le croyons, réservé aux grandes fêtes.
Il semble bien d'ailleurs que la Sainte était en grande vénération chez eux
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depuis longtemps. Ainsi, voyons-nous que l'an 1254, ils fondaient sous son vocable leur monastère d'Enghien, le plus ancien de cet ordre dans les Pays- Bas. Walter I, alors duc d'Enghien, en posa la première pierre. En 1301, furent jetés les fondements d'une nouvelle église destinée à remplacer la chapelle primitive devenue insuffisante. " Incendiée plusieurs fois et rebâtie en dernier lieu au commencement du dix-.septième siècle, elle subsiste encore, '' écrit M. Ernest Matthieu en 1878» .
Un autre couvent du même nom s'éleva à la même époque selon les uns, en 1515 seulement suivant les autres, à Liège-, et en 1602 la ville lui fournissait des subsides pour la construction ou la reconstruction de .son église '. Il reste de ce couvent un très curieux monument arti.stique {X)rtant pour monogramme F. I. LA. et que M. Pinchart décrit ainsi : " Ce monogramme est encore une addition à faire au dictionnaire de M. Brulliot. Il se trouve au bas d'une gra%'ure sur bois des plus grossières, faite, croyonsnous, par quelque frère {Frater Joannes Lavtberhis f) du couvent des Augustins Chaussés près de Liège, d'où elle s'en est allée à Saint-Trond, car nous l'avons trouvée collée dans un manuscrit incomplet provenant de cette corporation, et qui a été mis au rebut. Elle représente sainte Anne avec la sainte Vierge et l'enfant Jésus, entourés de douze autres figures, au-dessous desquelles s'élèvent des colonnes qui soutiennent une esj)èce de portique. Au bas se trouvent ces quatre vers :
O Mère sainte Anne digne qu'on réclame : Voz chapelain d'auprès de liège, Les Augustins de corps et d'ame Vo' priêt ê hault po(ur) avoir siège.
«Cette gravure est haut€ de 28 cent, et large de 18.5. L'épreuve que nous en avons semble avoir été tirée à la main, car plusieurs tailles ne sont pas marquées sur le papier *. "
Le couvent de Lierre, et deux autres à Paris, le premier pour les hommes, le second pour les femmes, portaient aussi le même nom. Selon Sauvai, les Augustins étaient venus s'établir à Paris en 1259, et l'on peut croire que cette dédicace de leur couvent à sainte Anne datait de sa fondation même. Les Augu.stines, venues plus tard, en 1640, s'établiront au coin de la rue du Cheval- Vert et des Postes, faubourg Saint-Marcel '-.
Nous trouvons de plus dans nos notes deux autels, l'un au couvent île Cologne, l'autre au couvent d'Aoste en Piémont, ce dernier " construit en briques, avec une table de pierre et décemment orné," comme le jwrto un compte-rendu de visite épi.scopale de l'année 1625".
Aux monuments liturgiques du xiv^ siècle cités tout :\ l'heure il convient d'ajout^T une hymne du xv^, et de bons ouvrages publiés dans les Pay-s-rBa."*^ en Italie, en E.spagne, de 1528 à 1701.
LES CHAHTREUX 65
Les Chartreux
En 1413, les Chartreux ajoutèrent à leur calendrier les fêtes de sainte Anne et de saint Thomas d'Aquin alors prescrites pour l'Ordre', et en 1569, celle de notre Sainte y devint solennelle*.
Nous avons parlé ailleurs des chartreuses de Coventry et de Bruges». Ni l'une ni l'autre n'existent plus, mais celle de Louvain n'a pas totalement disparu et ses ruines sont très intéressantes à visiter. Nous ne sommes pas sûr, bien qu'on nous l'ait affirmé, que sainte Anne en fût la patronne, mais nous savons au moins qu'elle y était honorée. Que prouve autre chose en effet ce vitrail qu'on lui avait consacré et qui fut placé en 1502, dans le chœur de l'église conventuelle, comme nous l'apprend une chronique de ce couvent conservée à la bibliothèque royale de Bruxelles i" ? — Le vitrail, qu'est-il devenu, lui, et tant d'autres monuments précieux où l'histoire de la piété, comme l'histoire de l'art, trouverait matière à ses meilleures pages ?
Qu'est devenue aussi l'ancienne chartreuse de Bologne avec son église dédiée à sainte Anne ? Que reste-t-il d'une autre que nous rencontrons au dix-septième siècle près de Nancy, et placée sous le même patronage ? A Cologne, le couvent de Sainte-Barbe-aux-Chartreux existe-t-il encore et conserve-t-il toujours son ancienne relique de la Sainte ?
Mais les livres ont chance de vivre et quelques bibliothèques possèdent encore les ouvrages du Père Dorlandus (1454), de Gautier Born (1499), de Pierre Cousturier (1523), de Joseph Peborch, sans parler des sermons du célèbre Lansperge (1490-1529), ni de la Vita Christi de Ludolphe de Saxe ou Ludolphe le Chartreux — toutes œuvres qui racontent la légende de la Sainte.
Arrêtons-nous un instant à Pierre Dorlandus. C'est en allemand qu'il aurait écrit sa Vie de sainte Anne et selon toute vraisemblance, dans les dernières années du quinzième siècle. Ce texte original existe-t-il encore ? Nous ne savons pas. Il en fut pubhé une traduction latine dans l'ouvrage susdit de Ludolphe le Chartreux, Lyon 1542. Malgré nos recherches et nos désirs, nous n'avons pu trouver nulle part cette édition, mais une autre de 1642 que M. Rosenthal, de Munich, a bien voulu nous envoyer en examen. Celleci porte pour titre, si nous traduisons : Vie de N.-S. J.-C, par le R. P. Ludolphe de Saxe, chartreux ... A la fin est ajoutée la Vie de sainte Anne, mère de Marie, mère de Dieu, par le frère Pierre Borland, du même ordre, Lyon, 1642. A la page 739, commence la vie de la Sainte sous ce titre également traduit : " Vie de la très glorieuse Anne, mère de Marie, Mère du Christ, résumée par Ascencius sur la très suave histoire de la même Sainte, composée jadis en allemand par très religieux homme frère Pierre Borland, des Chartreux de Zeelhem."
Ce petit ouvrage a de la valeur, et la plupart des Légendes postérieures l'ont cité à qui mieux mieux. Nous remarquons surtout les pages relatives
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à la mère de sainte Anne et à son mariage, les meilleures sur le sujet. Ce même Dorlandus avait encore écrit un Diadeina sanctœ Annœ en vers élégiaques, et Pâquot nous apprend qu'il s'en conservait un manuscrit à la chartreuse de Zeelhem, avant les ravages des calvinistes ".
Le second biographe, Gautier Bor ou Born, est un de ces auteurs, comme il y en a toujours eu un grand nombre, un grand nombre avant lui, un grand nombre après lui, qui ont l'air de croire et de donner pour certain tout ce qu'il leur plaît d'imaginer. Il a tout wl, il sait tout. Il sait, par exemple, que, après le départ de la sainte famille pour l'Egj-pte, sainte Anne, qui n'avait pas eu comiaissance de ce départ, " s'en alla en liierusalem estant fort désolée demandant après elle de rue en rue et de maison en maison ; après fist eucoires le semblable en Bethléem en Bethanie en Jerico en Affrique en Samarie et en Naim et en tous heux ou il luy estoit possible aller. . . " (ch. xxxviii). Il sait " comment elle eut grand pitié touchant l'occision des petits iimocens " (ch. xxxix), et " comment aussi elle cueillit les j^etits enfans mors hors du sang courant et les nettoya et les fist enterrer " (ch. xl) ; " comment elle print congé de ceulx de Bethléem quand elle se voulut rendre es desers " (ch. xlii), et " comment encore au désert elle fut tentée de l'ennemy " (ch. xliv), jusqu'à ce que " Jésus avec toute sa compagnie \int la visiter" (ch. xl\ii). Le Uvre fut "corrigé et mis en langue françoyse par .Jos>^ de Peborch," qui eut grand soin, on le voit, de nous conserver ces précieuses révélations.
Il faut pardonner à Pierre Cousturier (Petrus Sutor) la dissertation qu'il fit imprimer à Paris en 1523 sur le triplici connubio divœ Annœ comme aux opinions de Lansporge sur le même sujet, comme à certaines strophes d'hjTnnes ou d'offices hturgicjues. C'est Cousturier lui-même qui nous l'apprend : Variœ svjitklem frunt humanorum animonim habittuîincs (fol. 58), et pourquoi nous-mêuies sommes-nous si délicats ?
Les Prémoxtrés
Les Prémontrés avaient à Paris une égli.<e détliée à sainte Aime. Leur prieuré, situé au coin des rues Hautefeuillc et de l'Ecole de Médecine, avait été établi vers 1260. L'église fut reconstruite en 161S et c'est sous cette date que nos documents en font mention, mais on ne dit pas que ce fut alors .sous un patronage nouveau. Il est au contraire permis de penser que ce jiatronage était ancien, contemporain peut-être de la chapelle jjrimitive. De cette égli.se, il reste encore aujourd'hui l'abside, et c'est selon M. Bordier, la maison appelée lu Rotonde. Ivcs autres bâtiments ont été démolis en 1(S17='.
Nous avons pris note aus^i d'un autel dans un couvent situé près de Cologne et d'un autre dans le couvent de Coblent:',. Ailleurs, c'est-à-dire aux environs de Louvain, dans un prieuré qui remonte au douzième siècle, une -sculptun; en Ixjis attirait notre attention : le groupe si populaire autrefois