‹ Le Culte de sainte Anne en OccidentChapitre 29 sur 294 · LES PÈRES JÉSUITES · texte numérisé non relu

LES PÈRES JÉSUITES

de sainte Anne portant sur ses genoux à la fois la sainte Vierge et l'enfant- Jésus. Les traditions du couvent attribuent ce travail à un frère convers et en assignent la date au quinzième siècle. Hauteur 75 c . . . Décor de l'époque. Des mêmes religieux nous avons l'hymne Ave Mater Anna imitée de VAve Maris Stella.

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Dès les premiers temps de leur fondation, les Pères Jésuites consacrèrent à notre Sainte plusieurs de leurs maisons. Trois nous sont mentionnées dans " l'Histoire du premier siècle de la compagnie : " l'une à Watènes, en Belgique, l'autre dans la Province du royaume de Grenade, la troisième dans la Province de la Germanie supérieure". Aux environs de Bruxelles, à Dilighem, au pied d'un coteau sur lequel s'élevait une antique abbaye, près du chemin conduisant à Merchten et à Termonde, deux Jésuites attachèrent à un arbre, vers l'année 1640, une statue de sainte Anne. En 1649, François de Kinschot et sa femme Marie-Gertrude de Lanchals, bâtirent en cet endroit une chapelle ; ils y fondèrent le 30 avril 1650, deux messes hebdomadaires qui se célébraient le lundi et le mardi, un salut du samedi, et trois messes annuelles pour les jours de saint Joseph, de saint Joachim et de sainte Anne ; ce petit édifice portait pour inscription : Languentium medecina. Il a entièrement disparu ".

En 1670, les Pères Jésuites demandaient des sculptures à Luc Fayd'herbe (1617-97) pour leur chapelle de Malines, dite " de la Sodalité." La chapelle a été détruite, mais ces sculptures ont été conservées. On peut les voir sous le grand portail de Saint-Rombaut. C'est d'un côté, dans une niche du mur soutenant la tour, sainte Anne assise ayant la Vierge à ses côtés, groupe en pierre largement taiUé, expressif et riant, mais peut-être un peu épais ; de l'autre côté, dans une niche symétrique à celle-ci, saint Joachim assis prenant un li\Te que lui présente un génie debout.

Les plafonds de l'église des Jésuites à Anvers ont été brûlés, et l'art en même temps que la piété y a perdu une œuvre précieuse de Rubens : une Sainte Anne avec la Vierge. Le Cabinet des Estampes de Bruxelles nous en a fait voir une reproduction par la gravure, et c'était notre intention, comme pour tant d'autres, de la donner ici quelque part.

Une des salles de l' Universita degli Studii à Gênes nous montre saint Louis de Gonzague et saint Stanislas de Kostka en compagnie de sainte Anne et de saint Jean-Baptiste. L'œuvre est de Sébastien Galeotti (1675-1746).

Maintenant allons-nous interroger l'immense répertoire qui a pour titre : Bibliothèque des écrivains de la Com-pagnie de Jésus ? Le nom du Père de Backer et des relations personnelles avec son continuateur, le R. Père Sommervogel, nous y invitaient irrésistiblement. C'était un long travail, mais en est-il un de plus intéressant que de chercher et surtout de trouver ? Si des pages, des centaines de pages à la file, des volumes entiers même ne nous

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apportaient rien, d'autres au moins fournissaient une petite note, et c'est ainsi que, à la fin de nos recherches, les ouvrages spéciaux dépassaient la quinzaine : nous entendons les ouvrages proprement dédiés à la Sainte, à son histoire, ses miracles, son culte ; nous entendons les ouvrages déjà anciens, allant des premières années du xvii^ siècle à 1866, le dernier que nous signalons plus loin, mais non sans doute le dernier qui ait paru.

Il faudrait compter en outre tant d'autres écrits où il est parlé de la Sainte : la Vita Christi de Lucas Pinelli, les Méditations sur la vie du Christ de Canisius, les Fttes de la Vierge de Pierre Bivar (Biverus), VHistoria Deiparœ de Christophe de Castro, la Vie de notre Vie du Père Coleridge, deux ouvrages, ces derniers, où les pages consacrées à la Mère de la sainte Vierge, sont les meilleures, les plus étudiées, les plus consciencieuses qu'on puisse lire. Il faudrait aussi compter tant de panégj'riques, sermons, discours, poésies diverses, excepté des hymnes liturgiques, et cela uniquement sans doute parce que le temps des liturgies particulières et de l'InTiinographie à pleins bréviaires était déjà piussé quand saint Ignace fonda sa Compagnie de Jésus.

Parmi les spécialistes ou les hagiographes projjrcment dits, notons au moins quelques auteurs. L'un que M. Henri Brémond vient de rendre à la gloire en disant de lui tout le mal et tout le bien possible — " la gloire est un mélange de voix confuses," pensait Bossuet, les voix d'une même personne peut-être aussi bien — l'un, Etienne Binet (1569-1639), " François de Sales et Mascarille," qui " a délayé en trente ou cinquante volumes V Introduction à la Vie dévote," " intolérablement prolixe," mais " parfois délicieux, toujours imprévu," "d'une verve étincelante " et d'un "entrain irrésistible'^," le même Père Binet "aurait composé une Vie de sainte Anne et de saint Joachim qui fut traduite en espagnol par le P. Vallejo." Pourquoi ce conditionnel dubitatif ? Parce que nous citons le P. de Backer (i, col. 664), et qu'il faut toujours citer textuellement. Cependant un magnifique ouvrage paru à New York en 1858 (chez Dunigau), The Life of the Blessed Virgin, donnait comme étant du Père Binet la Vie de sainte Anne qu'on y faisait entrer ptjur les premiers chapitres.

Biverus — de .son nom latinisé — fait deux parts de son livre, un livre de 800 pages, la première aux fêtes de la sainte Vierge, la seconde à la Mère de la Vierge, sous ce titre : " Privilèges sacrés de la bienheureuse Marie communiqués à saint Joachim et à sainte Anne. " Autant vaudrait dire que les parents de Marie occupent tout le livre, puisqu'ils en emplissent même la première partie : " Sainteté de Joachim et d'Anne (p. 18) ; culte universel de sainte Anne (24) ; sa maternité miraculeuse (135) ; sa béatitude (244) ; son oblation de la Vierge (283) ; sa double maternité à l'égard de Marie, petite enfant par la chair, mais .si grande par l'esprit (417). La seconde partie est divisée en trente-sei)t articles : A ses parents, Marie communi(iue la gloire ; elle est pour eux l'aurore, la lune, le soleil, la grâce, la victime, le livre ouvert, la splendeur, la richesse, la voie lumineu.se, le fruit de bénédiction, la joie, le ciel vivant, etc. etc. Puis vient l'éloge de Joachim

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et d'Anne, de leurs vertus, de leur dignité incomparable, puisque " leur image, c'est leur Fille et leur Petit-Fils ; puisqu'ils sont grands et élevés comme des dieux."

Plus sobre d'images, moins brillant de style, le Père Guillaume Cuper est l'auteur de la remarquable étudie qui se trouve au 26 juillet des Ada sanclorum. Il ne faut pas grand temps pour reconnaître ici une critique judicieuse et très sûre, une grande liberté d'appréciation, des documents, des faits pris aux bonnes sources, enfin de Vhùtoire, autant du moins que le sujet en peut comporter. En tout cas, au lieu de la légende pure et simple, romanesque ou dramatique, comme elle nous est faite d'ordinaire, nous avons avec lui de V étudié, du sérieux, et fût-on soi-même des plus prévenus et des plus sceptiques, on se tiendrait satisfait. Nous signalons surtout le chapitre : Utrum sancta Anna fuerit monogamn, cl Deipara illius vnigenita. La réponse conclut à l'affirmative, é\'idemment.

Remarquons de suite au sujet des 15 ou 16 ouvrages dont nous parlons la diversité de leurs origines. (Quatre ou cinq ont été imprimés en France (Kernatoux, Martin, Mermillod, etc.) ; un à Mayence (Christophe de Castro) ; deux en Anvers (André de Boye et Bivar) ; un à Vilna (Tylkowski) ; un à Varsovie (Jean Korsak) ; un à Bologne (Francisco Mariani) ; deux à Naples (Auriemma et Bersani) ; un à Palerme (Polisicchio) ; deux en Espagne (Emmanuel Hortigas et Garcia, le premier à Saragosse). De là nous pourrions peut-être déjà conclure que la dévotion à sainte Arme, chez les Pères Jésuites, n'a pas été locale, mais très largement répandue dans la plupart des lieux qui ont eu l'avantage de les posséder, une dévotion réelle et franchement diffusive d'elle-même, à ce qu'il nous en paraît.

Il ne manque pas d'autres indices et l'un, par exemple, intéresse particulièrement notre pays. Quand la France autrefois s'avisa de venir fonder un royaume sur nos " quelques arpents de neige, " les Jésuites estimèrent un honneur et un grand bonheur — leurs écrits en témoignent — d'y périr de froid, de faim, de tous les genres de mort que pouvait inventer la férocité des Iroquois. En attendant, ils apprenaient les langues sauvages, catécliisaient, prêchaient, faisaient l'école, fondaient des missions ici, là, fort loin, jusqu'aux grands lacs, au Mississippi, en Louisiane, et partout ils semaient le nom et le culte de sainte Anne. Nous le verrons mieux ailleurs, mais notons dès maintenant que, ici même à Québec, où pour l'instant ces lignes sont écrites, ils établirent, dès les premiers temps de la colonie, la Confrérie de samte Anne, eux-mêmes avec Monseigneur de Laval s'en constituant les premiers associés.

S'il était permis à qui que ce soit de se mettre en scène, l'auteur ajouterait qu'il a jadis personnellement constaté chez les Pères Jésuites de Louvain et de Bruxelles cette dévotion dont il parle, et il profiterait de l'occasion pour les remercier des inestimables services qu'ils lui ont rendus au cours de ses premiers travaux. Quiconque est entré dans les bibliothèques publiques d'Europe sait quelles formalités il faut remplir, quels longs quarts d'heure et longues demi-heures même il faut attendre avant d'être servi ; quels refus

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plus OU moins déguisés il faut parfois essuyer, surtout si le sujet d'étude n'a pas le don de plaire à Messieurs les employés ; quel ennui c'est, après avoir perdu son temps au commencement, d'être commandé par l'horloge à la fin.

On est mieux traité chez les Pères Jésuites. Ils possédaient à Louvain et surtout à Bruxelles des bibliothèques très précieuses pour l'hagiographie, et c'est assez dire de l'une, la dernière, qu'elle fournit depuis deux siècles aux Bollandistes les matériaux des Acta Sanctorum.

A Louvain, le R. P. de Leu nous fit le plus fraternel accueil, ouvTant ses portes toutes grandes, travaillant avec nous, et nous fournissant même des clefs pour entrer incognito et chercher à notre aise. Entre temps un Père venait qui nous souhaitait bon courage, causait un peu ou nous indiquait des sources inconnues, et c'était parfois le R. P. Sommervogel — grâces lui en soient ici rendues !

A Bruxelles, le R. P. de Smet, directeur des Acta Sanctorum, mettait à notre disposition une bibliothèque plus riche encore ; se donnait la peine de chercher pour nous des documents et poussait la confiance jusqu'à nous laisser emporter pour quinze jours, entre autres ouvrages très rares, une ancienne Légende de sainte Anne dont on ne connaît plus qu'un seul exemplaire, celuilà même qu'il nous prêtait. La langue française n'a que son pau\Te Merci ! mais c'est le temps ou jamais de s'en servir.

Quelques notes

Charles Véron, des Ermites de Saint-Augustin, nous informe utilement quand il parle de " tant de très sainctes messes qui se chantent en notre église de notre Père saint Augustin en cette ville et cité de Tournay, sçavoir tous les mardys de l'année en esté- a sept heures, et en hyver a huict heures du matin en l'honneur de saint Joachim et de saincte Anne '^ " — Il est lui-même l'auteur d'un ou\Tage maintenant fort rare, et qui nous a valu des heures déUcieuses une après midi de juillet 1892 à la bibliothèque de Gand. C'est le Triomphe de saint Joachim et de sainte Anne, publié en 1624. " De cette histoire," dit-il dans l'épître dédicatoire, " j'ay banny et forclos les deux prétendus marys que quelques-uns, sans fondement, ont fait épouser saincte Anne après le decez de sainct Joacliim, la {Xîignant en robbe de deuil pour passer le reste de ses ans mortels en vefvage. "

Et ain.si il avance, protestant avec énergie contre les traditions erronées, et, comme il faut bien à cette entreprise consacrer quelques pages : " Pour accoiser, continue-il, les esprits qui ne croyent sinon ce qu'ils touchent avec le doigt, et apprivoiser les entendements plus farouches qui se sont laissé emporter à des opinions telles quelles, qu'ils ont humé de certains petits fatra.'^, bouquins ou livres apocriphes composez par ie ne scay quels vieux réveux au dépens de l'honneur de ces saincts, léquels ont dit ce qu'ils dévoient taire pour le bien de la vérité et teu ce qu'ils dévoient écrire et ne l'ont fait, par ce qu'ils l'ignoraient, et leur eut coûté trop de veilles et sueurs pour eu

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