DIVERS RELIGIEUX
trouver la vraye histoire dans les siècles reculez de l'antiquité : pour désabuser donc plusieurs personnes prévenues de telles opinions fondées sur des arguments de tricnic (sic) , je m'élargerai encore un petit sur cette matière ..." (p. 248).
Et pour " s'élargir " plus sûrement, et " plonger " avec plus de confiance " la sonde de sa petite portée dans l'abîme non géable " (giiéable) de son sujet, ou en d'autres termes : pour " énerver la force des raisons " qu'il pourra " alléguer pour luy donner du lustre " (p. 251), il fait appel à saint Bernard, " ce saint de sucre et de miel." (p. 255). Après quoi, toutes erreurs étant dissipées et toutes choses mises au clair, il est tout à son aise pour recommander à plein coem* la sodalité de saint Joachim et de sainte Anne, laquelle, il affirme, " est préférable presque à toute autre, " et cela pour bien des raisons, mais pour cette dernière surtout, que " saint Joachim serait comme le capitaine de la bande patriarcale." L'intention justifie.
Un manuscrit du xv*' siècle, à la bibliothèque Mazarine, provenant du couvent des Célestins de Paris nous offre une hymne de louange, en vérité très pieuse et très digne d'être conservée. A cette époque, du reste, les Célestins de Héverlé près de Louvain, avaient déjà une chapelle dédiée à notre Sainte (nous y reviendrons) . Les Trinit aires possédaient un prieuré à Catane, en Sicile, avant 1644" ; de même les Servîtes conventuels, à Plaisance, comme en témoigne Grsevius'* ; de même les Théatins à Paris, leur couvent établi par Mazarin sur le quai Malaquais ayant pris le titre de Sainte-Anne la Royale " par affection pour Arme d'Autriche i', " comme disent les mémoires, mais un peu aussi, sans doute, par affection pour sa céleste Patronne. En tout cas, c'est avec pompe qu'ils célèbrent sa fête, et une fois en particulier, c'est l'illustre Jean de Lingendes qui donne le sermon, et cela en présence de la reine-mère, Anne d'Autriche. L'exorde est une sorte de parallèle entre la reine et la Sainte qui lui a donné son nom : toutes deux elles furent de sang royal, toutes deux stériles et puis fécondes et fournirent, l'une un Dieu-homme, et l'autre un roi-homme, ayant ainsi entre elles, dans les privilèges, une ressemblance qui doit exister également dans les vertus. Là-dessus, l'orateur développe celles de sainte Anne qu'il propose pour exemple à Sa Majesté 2".
Une autre fois, c'est " Monsieur Ballet, prédicateur de la Reine," qui est l'orateur de circonstance. " Domim's humiliât et suhlevat {I Reg. c. ii). " Je consacre cet éloge à la gloire de la sainte Mère de Marie. . . Je vais le prononcer dans un temple élevé au Très-Haut sous sa protection par la pieuse magnificence d'une grande Reine, et où on lui rend un culte éclatant . . . Son mérite fut d'avoir été soumise aux desseins de la Sagesse de Dieu ... Sa gloire est d'avoir coopéré aux desseins de la miséricorde Dieu (p. 5)..." Les humiliations de la Sainte, entre autres : Hérode est sur le trône de ses ancêtres (4-12) ; indigence etc. Mais Dominus sublevat : les aïeux (33) . . . la Vierge Marie (37-7). Un grand panégyrique de 51 pages, sa longueur
72 LE CULTE DE SAINTE ANNE EN OCCIDEXT (il)
même étant déjii pour nous un sujet d'édification^. Encore ici les vicissitudes des choses humaines et nous pouvons dire, des choses divines : — le couvent des Théatins, après avoir servi de salle de bal pendant la Révolution, fut démoli en 1821, et aujourd'hui, en face ou à peu près, le regard se heurte à la hideuse grimace de Voltaire.
Mentionnons pour finir une chapelle qui se trouvait dans l'abbaye de Floreffe près de Xamur'-; le monastère de Bistritza, en Moldavie, où, depuis des siècles on vénère une image miraculeuse de la Sainte**; le couvent des Religieuses de Sainte-Anne fondées en 168G à Paris, à côté de Saint-Roch**; le monastère de Notre-Dame de Nazareth près Cassel, qui portait en armoirie : "d'argent, aune sainte Anne en compagnie de la Vierge et de l'eufant- Jésus^;" la fondation d'Anne-Catherine, fille de Guillaume III duc de Mantouc, ordonnant à toutes les religieuses du couvent qu'elle venait de fonder à Inspruck, de prendre à leur profession le nom d'Anne avec celui d'une autre sainte, en l'honneur de sainte Anne, patronne de leur maison*. Rappelons aussi le grand ouvrage du père basilien Rocchi sur Saint Joachim ; les sermons de l'oratorien Mansi, quelques belles pages du P. Faber et la délicieuse poésie signée de son nom que nous avons traduite ailleurs ; et enfin, saluons par anticipation les odes gracieuses de la sœur Anna- Raphaël de Californie, faisant écho après dix ou onze siècles aux récits épiques de la première religieuse qui ait chanté Madame saincte Anne, Hroswitha de Gandersheim.
Un dernier mot. — Si la poésie chantée est la plus haute expression de l'amour et de la louange, on sait bien, après toutes les citations qui précèdent, que les religieux sont montés jusque là bien vite, c'est-à-dire bien avant le xye siècle, au xiii*', même au xii", tels les moines de Winchester en Angleterre ; et si encore telle hymne se retrouve, comme nous disions plus haut daas une note, en cinquante, soixante-quinze, quatre-vingt-dix bréviaires différents, ces bréviaires nous venant des monastères pour la plupart, on voit déjà l'immense chœur que forment tous ces religieux pour l'instant réunis : bénédictins, prémontrés, franciscains, frères-prêcheurs, augustins, augustiniens, ermites de Saint- Augustin, hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, etc : religieux d'Angleterre, de France, de Suède, Norvège, Allemagne, Autriche, Italie, Espagne, réunis pour chanter corde um et anima una la toute bonne, toute sainte, toute bienheureuse Anne, Mère de leur commune Mère, l'Immaculée Vierge Marie.
RÉFÉRENCES, NOTES ET .VDDITIONS
Les Augustins
(l)Ernasl Matthieu. HiM. il- la Ville d'Enghirn (2 vol. on 1 toiiio. EnRhien, 1S78), p. 555. — (2) Acta SS., t. xx, p. 653 ; Nicolas de Toinl)eur, l'rov. belg. Ord. Ercin. S. Aug., iii-fol., 1725. — (3) Atiakcks pour servir à l'hist. . de la Bd-