CONFRÉRIES DE PIETÉ
" Cette confrérie est la plus ancienne que l'on trouve dans l'histoire ecclésiastique de notre ville. Elle existe depuis l'an 1101, puisque le pape Pascal II l'approuva et l'enrichit de nombreuses indulgences, le 15 avrU de cette même année. Plus tard, d'autres Pontifes lui accordèrent des faveurs, par exemple : Alexandre VI en 1494, Urbain VIII en 1642, Benoît XIV le 31 mai 1747™."
Il y a une trentaine d'années (1892), un beau matin de juillet, l'auteur du présent travail eut l'avantage de visiter cette égUse de Saint-Nicolas, et il put voir une foule pieuse vénérer encore l'antique reUquaire comme aux meilleurs jours de la piété gantoise. Dans une chapelle latérale, un monument de l'ancienne dévotion lui parut si intéressant qu'il demanda et obtint la permission de le photographier. C'était un panneau richement encadré datant, selon toute apparence, de la seconde moitié du xvii'' siècle, et contenant les noms des principaux membres de l'association. Seulement la lumière était mauvaise, le lettrage en or ici et là presque effacé, l'artiste inhabile, et le cUché en conséquence, fut misérable. Nous pouvons cependant y démêler encore les noms de Philippe le Hardi et de sa femme, Marguerite de Flandre (1384) ; de Phihppe le Bon, duc de Bourgogne ; d'Isabelle, fille du roi Jean de Portugal (1477) ; de Charles le Téméraire avec sa femme Catherine, fille de Charles VII, roi de France ; de Marguerite, sœur du roi Edouard d'Angleterre (1477) ; du noble seigneur Jean de Luxembourg, lieutenant de Philippe le Bon ; de Philippe II, roi des Espagnes et des Indes ; de Marguerite de Parme, régente des Pays-Bas ; de Marie, reine d'Angleterre ; des sérénissimes Albert et Isabelle, archiducs d'Autriche et ducs de Bourgogne ; du très excellent Don François de Mello, suprême régent des Pays-Bas, rendu célèbre par sa défaite à Rocroy, etc. — Au xve siècle, l'âge d'or de toutes les confréries, celle-ci était très florissante, et un mémoire du temps énumère les tableaux et autres objets précieux dont sa chapelle était enrichie^'.
Saint-Nicolas n'était pas la seule égUse de Gand qui possédât une confrérie de notre Sainte. On en trouve une autre en 1498 à Saint-Martin, sous les vocables réunis de sainte Anne, saint Gilles et saint Job. En 1502, elle soumit ses statuts à l'approbation des magistrats de la ville, et il fut décidé que, dans les cérémonies de l'égUse, les administrateurs porteraient un costume de couleur orné d'un insigne distinctif". Il y en eut une autre plus tard, en 1693, à Saint-Michel.
Le passage des reliques de sainte Anne à Gand, et la proximité des lieux ■dut amener la création de nouvelles confréries, à Tournai, par exemple. Et, en effet, un cartulaire de l'église Saint-Brice daté de 1288 nous fait savoir que, à cette époque, il existait déjà dès longtemps dans cette même égUse une " chapellenie de sainte Anne"", ce qui veut dire proprement une •confrérie.
En 1329, le chanoine Jean de Boulars en fondait une autre à Notre-Dame, -et plus tard en 1391, l'évêque Jean de Wasonne instituait, en l'honneur de la Sainte, un office solennel avec " chant, luminaire et sonnage. " Plus tard
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encore, Clément VII accordait des indulgences aux fidèles qui garderaieiit la fête de sainte Anne et qui, ce jour-là, s'abstiendraient " d'ouvrer'*. " Enfin Charles Véron nous parle d'une procession que les confrères faisaient tous les premiers mardis de chaque mois, et où l'on chantait : Avo mater niatris Dci Anna Deo dedicata,
Per quain suivi fiunt rei. Pro fideli plèbe iota
Ave proie fecundata, Apud Cliristum sis devota '*.
Une fraternité semblable, qui existait chez les Augustins de Liège, était confirmée en 1515 par l'évêque et prince Ehrard de La Marche. Lui-même s'y inscri\àt le premier, et deux cents ans plus tard, elle comptait encore parmi ses adhérents les consuls et les personnages les plus considérables de la cité;'*.
A Sainte-Anne de Bruges, la confrérie se chargeait spécialement du soin des pauvres, et nous avons publié jadis quelques-uns des méreaux ou bons Je pain qu'elle leur distribuait .suivant leurs besoins, de vrais bijoux d'art, au moins quelques-uns.
Notons encore les confréries de Dixnnide'', d'Ellignics-Sainte-Anne, et .surtout celle de Bottelaere, cette dernière érigée en 1626 et confirmée la même année par le pape Urbain VIII qui l'enrichit en même temps de nombreiLses indulgences™.
Le même Pontife approuvait en 1644 poin- la ville de Bruxelles une société semblable, déjà ancienne, et qui tenait ses réunions dans la chapelle Sainte- Anne située sur la rue de la Montagne".
France
A Paris, à part les corporations des menuisiers et des orfèvres, le treizième siècle avait vu se fonder en 1215, à l'église Saint-Paul, la confrérie de la Conception de la sainte Vierge et pareil titre indique déjà l'objet de sa dévotion. D'ailleurs, elle inscrivait plus tard sur son méreau ou diplôme : Bcati Joachim et Anna per quos nata est nobis Virgn Maria : SS. Petre et Paule, intercedUe pro nobis ; " Bienheureux Joachim et Anne de qui nous est née la Vierge Marie, saint Pierre et saint Paul, intcrcénlez pour nous. '" Egalement en l'honneur de la Vierge et de sa Mère, une confrérie semblable fut érigée plus tard — on dit en 1311 — à Saint-Séverin. Cette dernière portait sur son méreau la Rencontre de saint Joachim et d4i sainte Anne sous la Porte Dorée. Pour l'église Saint-Eustache, Ixibœuf signale une confrérie de sainte Anne fondé(î en 1342 par les exécuteurs testamentaires de Marie la J'astoivre (la pâtissière), lesquels achetèrent pour la doter, une rente sur la boîte royale de la marée*. Une chaïKîlle de l'église rappelle encore le souvenir de cett€ ancienne institution.
Au Cabinet des Estami)cs, une gravure (ju'on dit être du dix-huitième siècle, prouverait peut-être que la Confrérie de Saint-Nicolas des Ciiamps appartient à la même époque. La pièce, ou le diplônie — car c'en est un — mesure à peu près 1 1 pouces par 7 (0.275 x 0.180 m). On lit en haut :
france, confréries de pieté 113
Saincte Anne, Mère de la Ste Vierge, Patronne des familles
chrétiennes.
Au milieu, dans un cartouche :
La confrairie
de Ste Anne Erigée en
l'esglise parrochialle
St Nicolas des cha(m)ps
A Paris, il y a
plus de trois
cents ans.
Sui- les colonnes qui soutiennent l'encadrement, on lit : 0 sancta Anna inter mulieres benedicta et inter maires beata. V. Ora pro nobis, beatissima Anna, etc. Dans une partie de l'encadrement, on voit au fond, un temple, à peu près celui de Raphaël dans le Mariage de la Vierge. Sur les marches et le parvis, se tieiment diverses personnes, parmi lesquelles on reconnaît facilement sainte Anne, quoiqu'elle ne porte pas le nimbe. C'est évidemment la femme qui, tenant déjà deux enfants par la main, tend une pièce de monnaie à un pauvre boiteux.
Ce même titre de " Patronne des familles chrétiennes, " se remarque sur le diplôme de Saint-Jacques du " Hautpas ," où la Sainte est entourée de la Vierge, de saint Joachim et de saint Joseph, et sur celui des " Chanoines réguliers de Prémontré, rue Hautefeuille, près les Cordeliers, " où sainte Anne est nommée : " la Royalle Patronne des familles chrestiennes. "
Et pour terminer ce que nous avons à dire ici de Paris, les Prémontrés réformés établirent, eux aussi, le 5 mars 1664, une confrérie qui honorait notre Sainte, et sous un titre conforme aux deux diplômes précédents : " Confrérie de la Sainte famille de Jésus, ]\Iarie, Joseph, Joachim et Anne*'. "
La Province.
La province n'est pas moins dévote que la capitale. M. l'abbé Ollivier, bien placé pour faire semblables découvertes, a trouvé " dans la vieille cathédrale de Nantes une chapellenie érigée en l'honneur de sainte Anne, dès le xiie siècle, et une autre instituée par l'évêque Henri en 1305*2."
Toussaint Gautier écrit à son tour : "Au haut de la rue de Saint-Malo à Rennes, s'élève un vieux monument religieux qui remonte au xv^ siècle, et sert aujourd'hui de magasin à un marchand de fer, après avoir été autrefois une chapelle dédiée à sainte Anne. Cette chapelle joint l'église paroissiale de Saint-Aubin et a devant elle les ruines de l'antique église des Dominicains. La confrérie qui s'y trouvait fut supprimée sous la Révolution, mais elle a été rétablie sous Grégoire XVI (1841) *-\
Autres sociétés semblables à Dol, Hazebrouck «^, Bailleul, Amiens, Blois, un peu partout en Bretagne, grâce à Sainte-Anne d'Auray, un peu partout dans le midi, grâce à Sainte-Anne d'Apt. Celle de Bloisest authentiquée par
114 LE CULTE DE SAINTE ANNE EN OCCIDENT (il)
ce vieux registre : " Le vingt-huitième jour du mois de juillet 1448, fut comptée certaine despense extraordinaire faicte à Blois par l'ordonnance de madame la duchesse en un dîner qu'elle donna aux frères et seurs de la confrérie de sainte Anne, eu l'église de Nostre Dame de Bourcmoyen, au dit lieu de Blois, XXIII louis, IIII sous, II d. «s. "
Pour Avignon, un manuscrit de la bibliothèque de cette ville (no 2392) contient (fol. 373) une "supplique des recteurs de la confrérie Sainte-Anne," et un autre (no 3848), un " Rapport sur la reddition des comptes de l'administration de la dévote confrérie de IMadame saincte Anne, régie par M. Barthélémy Varry, notaire, recteur de ladite confrérie, pendant les années 1604-1612"; —2 juin 1615 (fol. 12). "
Le Gdlia noirissima (p. 646) signale une " Chapellenie de Sainte-Anne " à Toulon, en 1688.
Carcassonne a aussi laissé quelques traces dans l'histoire. D'après un ancien Cartidaire publié par M. Mahul, " le 26 mai 1397, Hélie, abbé de Montolieu, administrateur du diocèse, étabUt une confrérie de sainte Anne, mère de la sainte Vierge dans l'église cathédrale de Carcassone où l'on conserve la main droite de cette Sainte. " L'année suivante, cette relique est " déposée dans une nouvelle capse, fabriquée aux frais de Jean Lecrieur, trésorier du Roi à Carcassonne. A cette occasion le chapitre institue une procession générale annuelle dans la cité, " et ce pieux usage existait encore en 1774, comme en témoigne un Nécrologe, cette année-là même : " Le 26 juillet, on fait la procession autour de la cité, pour la confrérie de Sainte-Anne : on y porte la relique .sous dais : il y a station à Saint-Sernin ; au retour, la grand'messe est célébrée au maître-autel par le chanoine marguillicr de la confrérie. " En 1634, un bref du pape Urbain VIII accorda des indulgences à cette dévote confrérie, l'une des plus anciennes du roj'aumc*''.
Nous avons nommé Sainte-Anne d'Auray et nous y venons de suite après avoir cependant salué les anciennes confréries d'Apt et de Bordeaux, ainsi que la récente fondation du Père Barrette à Marseille (1844). Anne d'Autriche et Louis XIII avaient été informés des événements miraculeux qui avaient accompagné à Auray la découverte d'une antique statue de notre Sainte par Nicolazic, événements que nous raconterons nous-même plus tard, et dès lors, ils avaient conçu le projet d'y établir une grande confrérie. Anne d'Autriche écrivit donc pour ce sujet aux pères Carmes de l'endroit, le neuf août 1638, et envoya en même temps une lettre au général de l'Ordre à Rome. Empressé de se rendre au désir de la reine, celui-ci demanda et obtint, le 21 .septembre de la même année, l'expédition de la bulle d'établissement. De son côté, Louis XIII écrivit au maréchal d'Estrée, ambassadeur extraordinaire de France à Rome, pour qu'il impétrât du Pape Urbain VIII divei-ses grâces et privilèges. Voici le texte de sa lettre :
" Mon cousin,
" Ayant une dévotion particulière à sainte Anne, et la reine ma fenmie au-ssi, ce nous est un grand contentement de savoir que Dieu a fait plusieurs mi-