‹ Le Culte de sainte Anne en OccidentChapitre 45 sur 294 · CONFRÉRIES DE PIETÉ · texte numérisé non relu

CONFRÉRIES DE PIETÉ

L'association, supprimée lors de l'invasion française, se reforma quelques années après et eut une courte époque de splendeur. Elle subsistait encore vers 1860, et elle avait conservé son théâtre, sans y donner pourtant de représentations.

Et comment oublier la chambre de la ville d'Ypres, la " gilde princière," comme on l'appelait au dix-septième siècle, elle qui fut choisie, en 1640, de préférence à toutes les autres, pour jouer la Sainte vierge et martyre Dimphna, de Jean Bellef** ? Comment aussi ne pas mettre au compte de toutes ces " Rhétoriques " ce que M. Mâle dit d'une confrérie similaire de Rouen : " Les assemblées y étaient vivantes, pittoresques. On récitait des poèmes, on donnait des prix aux vainqueurs, on jouait des mystères, on célébrait des cérémonies symboliques. La statue d'un saint bienveillant présidait à ces fêtes. Le clergé n'avait nul besoin d'exciter le zèle des fidèles : il n'était occupé qu'à le modérer. La foi, surtout la foi dans l'intercession des saints, était alors vivante, créatrice**."

Et maintenant, s'il est vrai que, en Belgique, il y avait des Chambres non seulement dans toutes les villes mais aussi dans presque tous les villages ; si de plus, il en existait un nombre considérable en France et en d'autres pays, il deviendrait facile, moyennant des recherches moins incomplètes que les nôtres, d'ajouter bien des pages à cet article ; mais, c'est le sort de toute œuvre humaine de n'être toujours qu'une ébauche et nous n'avons pu échapper à cette loi générale.

IL Les confréries de piété.

La distinction que nous avons établie plus haut entre les corps de métier et les confréries de piété proprement dites ne porte que sur une différence du moins au plus, non, tant s'en faut, sur une différence radicale. A vrai dire, et les pages précédentes l'ont fait assez voir, tout corps de métier était une société à la fois civile et religieuse. Dans la cité, il avait sa chambre : à l'église, il avait sa chapelle, et entre les deux, c'est-à-dire entre le travail et la prière, le patron ou la patronne servait de trait d'union.

A part ces corporations à double caractère, il a dû cependant en existerd'autres, celles-là exclusivement religieuses, n'aj-ant pas — pour parler comme tout à l'heure — de chambre en ville, mais leur unique rendez-vous à l'église. C'est proprement ce que nous appelons aujourd'hui la confrérie, ou en certains cas, l'archiconfrérie.

Mais maintenant, les sociétés que nous allons ci-dessous passer en revue, ont-elles été, au sens actuel du mot, des confréries ? L'une ou l'autre n'at-elle, pas été en même temps, un métier, une gilde ? C'est possible. Tout cet article, malgré le travail que nous y avons dépensé n'est, en somme, qu'un tâtonnement, un essai où le point d'interrogation joue son rôle. Quelqu'un plus tard, un Européen, vraisemblablement, parce que ce sera plus logique et plus satisfaisant pour le lecteur, étudiera peut-être ces mêmes questions.

Belgique

Pour les confréries de piété comme pour les autres, l'ancienneté est la question capitale, et à ce point de vue, la confrérie de Gand serait la toute première. La date qu'on assigne à sa fondation est si lointaine que nous la donnons sous toutes réserves, n'osant pas nous-même la proposer comme tout à fait certaine. Nos lecteurs pourtant restent libres de pareils scrupules, et ils peuvent prendre à la lettre ce que nous allons traduire pour eux d'un opuscule flamand publié ces quelque trente ans passés :

" Vers la fin du onzième siècle, lorsque nos princes belges s'enrôlaient pour la croisade, Godefroid de Bouillon promit d'enrichir sa patrie d'un trésor précieux, s'il réussissait dans sa grande et sainte entreprise. Quand le succès de ses armes l'eut fait monter sur le trône de Jérusalem, il se ressouvint de son vœu. Il se rendit auprès du patriarche de Jérusalem et obtint de lui deux reliques, dont une de sainte Anne, mère de la sainte Vierge. Une mort prématurée n'ayant pas permis à Godefroid de doter lui-même sa patrie de ce trésor, Baudouin, son frère, chargea un des chapelains du patriarche de Jérusalem de le faire parvenir à Gand. Godefroid avait choisi cette ville à cause de l'affection qu'il avait toujours portée à Robert, comte de Flandre, qui avait pris une part si glorieuse à la conquête de Jérusalem, et qui avait été surnommé, de ce fait, Robert de Jérusalem.

'' Après un long et pénible voyage, le chapelain débarqua en Italie, et d'après l'ordre de Baudouin, se rendit à Rome pour faire connaître le but de son voyage au pape Pascal II. Cela fait, il partit pour la Flandre, où il an-ivaenl'an 1101, et donna la sainte relique à Baldéric, quarante-unième évêque de Tournai. L'évêque la reçut, accompagné de son clergé et de milliers de fidèles, et ordonna de l'enchâsser dans un reliquaire recouvert d'écaillés de tortue et d'orfèvrerie. Ce reUquaire devait être placé dans un buste de sainte Anne que l'on conserve encore dans l'église Saint-Nicolas (de Gand), à l'autel de la Sainte. De ce jour date la dévotion des fidèles à sainte Anne, et la confrérie de ce nom. Chaque année une neuvaine se faisait en son honneur, et le dimanche qui tombait pendant ces jours de prières voyait une grande procession parcourir les rues de la ville.

"Quand les calvinistes, en 1566, dévastèrent les églises, ils n'épargnèrent pas celle de Saint-Nicolas, et ils y détruisirent toutes les images et les statues. Seul, le reliquaire de sainte Anne échappa au désastre, parce que des membres zélés de la confrérie l'avaient caché dans l'épais-seur d'un mur. Après quelques années, quand la ville de Gand rentra sous l'obéissance des Espagnols, sous la conduite d'Alexandre Farnèse, le trésor fut tiré hors du mur, et promené triomphalement à travers les rues. La dévotion des fidèles, déjà très vive, alla dès lors toujours croissant, et tout le monde voulait se ranger sous la bannière de sainte Anne.

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