LOUYS
" BOUTHEILLER. "
Le pape accorda, par une bulle du 22 septembre 1638, une indulgence aux confrères et sœurs le jour de leur entrée en la confrérie, au jour et fête de sainte Anne, moyennant la confession, la communion et la visite d'une éghse ou d'une chapelle dédiée à la Sainte. Il en ajoutait une troisième qu'on pouvait gagner à l'article de la mort. De plus, aux principales fêtes de l'Eglise, et à certaines pratiques spéciales de dévotion, s'attachaient un grand nombre d'indulgences partielles, comme par exemple : à l'assistance à la sainte messe et aux assemblées pubUques ou privées de la confrérie ; à la récitation de cinq Pater et cinq Ave pour les défunts ; aux œuvres de zèle pour l'instruction des pauvres et la conversion des pécheurs.
Après ces premiers préliminaires, Anne d'Autriche écrivit à Sébastien de Rosmadec, évêque de Varmes, en le priant d'ériger au plus tôt la confrérie. Nous donnons ici le texte de la lettre royale :
" Monsieur l'Evesque de Venues, la dévotion que j'ay plus que tous autres à sainte Amie pour l'honneur de son nom que je porte, me fait vous prier instamment de vouloir instituer une confrairie en son honneur, et entre les prières que vous ordonnerez y estre faites, les reUgieux dudit lieu chanteront à haute voix, à l'issue des vêpres, les litanies de sainte Anne, pour la conservation, la prospérité du Roy mon seigneur et des enfants de France. Cette dévotion me sera si agréable, que j'en favoriserai volontiers l'accroissement, par la singuhère protection en laquelle je la prendrai d'aussi bon cœur que je prie Dieu, de vous avoir, monsieur l'Evesque de Venues, en sa sainte garde.
" Escrit à Saint-Germain-en-Laye, le 22 novembre 1640. "
En conséquence de ces lettres, et pour " satisfaire aux volontés de la Reyne, " i'évêque de Vannes se transporta à Sainte-Arme d'Auray le 15 fé- ATier 1641, et institua la dévote confrérie. Le même jour, il en publia les statuts ^.
On le pense bien, Anne d'Autriche voulut la première payer d'exemple : -dès le premier jour, elle écrivit son nom de sa propre main sur le registre de la nouvelle société, en recommandant expressément que ceux du dauphin.
116 LE CULTE DE SAINTE ANNE EN OCCIDENT (il)
depuis Louis XIV, et du duc d'Anjou fussent inscrits auprès du sien. Par la suite, des femmes illustres devaient suivre cet exemple : Henriette-Marie, fille de Henri IV, sœur de Louis XIII et femme de Charles I d'Angleterre, avec sa fille Henriette-Anne, duchesse d'Orléans ; Charlotte, duchesse de Montmorency, mère du Grand Condé; Nicole de Lorraine, fenmie de Charles IV ; Anne de Bourbon, les duchesses d'Elbeuf, d'Uzès, de Montbazan, de Vitri, de Cossé-Brissac ; les comtesses d'Egmont, de Saint-Paul, de la Quiche, de Schoraberg, de Baynast ; Louise-Isabelle d'Etampes, maréchale de la Châtre, et pour couronner tous ces noms de femmes, Marie de Rabutin- Chantal, marqui.<c de Sé\igné.
Parmi les noms d'hommes, on distmguaitM. Olier, fondateur de Saint- Sulpice ; M. de Marbeuf, baron de Blaison, président au parlement de Bretagne, et les autres présidents de Boumeuf, de la Goublaie, de Bréquigny, de Baud, de Brie, du Belloy, de Lanfernay ; les conseillers du Guesclin, de Dreux, des Ferricres ; l'écuyer du roi de Marhan, le giand-voyer de Dol de Cleuz, etc ; i^uis les de Molac, de Perrien, de Montaigu, de Birague, d'Argentré, de Villeneuve, d'Epinay, de Frété, de Dorval, de Coëtlogon, de Cérizay, de Saint-George, et tant d'autres avec toutes leurs familles.
Un registre plus récent présente les noms de la duchesse d'Angoulême. de la duchesse de Bcrr>', de Napoléon III, de l'impératrice Eugénie, du général Lamoricière, du général de Sonis, du général de Charette, de Montalembert, de Louis Veuillot, etc, etc.
L'évêque de Vamies avait fait œuvre trop belle pour ne pas trouver d'imitateurs. Aussi voit-on en 1642 Victor Le Bouteiller, archevêque de Tours ; en 1647, René du Louet, évêque de Cornouaille ; en 1652, Robert Cussi de La Bérardière, évêque de Léon, approuver la publication dans leurs diocèses respectifs des statuts de la confrérie d'Auray, et lui accorder leur patronage.
Italie
A Rome d'abord, nous constatons que sainte Anne a été de tout temps la patronne des palefreniers. Une de ses églises, située au pied du Vatican, porte leur nom, et il y a lieu de croire que leur confrérie est très ancienne. Elle est aussi la plus illustre, si l'église où elle a eu longtemps son siège, est ellemême la plus illustre du monde. Nous avons nommé Saint-Pierre de Rome. I.e Père Philipi)c Bonanni est parvenu, au moyen de médailles anciennes représentant, en tout ou en partie, l'ancieime basilique vaticane, t\ reconstruire cet auguste édifice tel qu'il existait autrefois, et parmi les autels qu'il y indique, nous signalons celui qui était détlié î\ sainte Anne, et où, suivant l'archéologue, " les serviteurs des Cardmaux, vulgairement appelés Palefreniers, se réunissaient à certains jours pour réciter leurs prières communes»." Iji métlaille (jui a .servi de document ou de pièce justificative au Père Bonanni fut frapijée avant 1640, et la confrérie elle-même était sans doute antérieure à cette date.