BELGIQUE — ÉCRIVAINS
aussi, tout autant que les lettrés. C'est encore " en Anvers " (ainsi disait-on jadis), chez Godfrid Back, que paraissent en 1495 les Tria rosacea coronamenta de Besselius " en l'honneur d'Anne, de Marie et de Jésus, " ornés, eux aussi, de gravures sur bois.
A Louvain, en 1496, Jean de Westphalie imprime une Legenda sandissiînœ juatronœ Annœ, suivie des Prœconia rosarii B. Virginis Mariœ, le tout " en hommage au Dieu tout-puissant et à la glorieuse Vierge Marie, mais aussi pour pubher et étendre le culte de la bienheureuse mère Anne, et c'est l'œuvre collective de pieux frères dont les noms sont écrits dans le hvre de vie. "
La même année et l'année suivante, Adrien van Liesveldt d'Anvers revient au flamand, et tandis que l'opuscule précédent ne comptait que 56 feuillets, les deux nouveaux en contiennent jusqu'à 88 et 90. — Vers 1498, encore chez Godfrid Back d'Anvers, Martin Sclegers livre au public une Historia perpulchra de Anna sandissima, ornée d'une xylographie. Reconnaissant son insuffisance, il implore le secours de la Sainte, et, après un premier livre sur l'origine et la vie de l'aïeule du Christ, il en écrit tout un autre sur ses miracles.
Si maintenant le zèle des auteurs se ralentit, c'est sans doute que la piété des fidèles peut se contenter de ce qui est fait, parce que, sans doute aussi, c'est bien fait. Cependant en 1586, 1614 et 1628, une traduction de Gautier Born, les Heures de Mathias Pauli, une Leven van die heijlighe vrouwe Anna, viennent stimuler encore la dévotion, en attendant qu'un modeste anonyme nous donne sa gracieuse Perle-Moeder (Bruxelles, 1665). Sur l'emploi d'un pareil titre, l'auteur lui-même s'expUque dès le début : " Puisque, dit-il, ce petit livre s'intitule la Mère-Perle, il est bon de dire la raison pourquoi nous lui donnons ce titre, laquelle n'est pas difficile à trouver. Et, en effet, de même que la mère-perle est la mère de la perle, ainsi la sainte Mère Anne est la mère de la chaste perle, qui est la sainte vierge Marie. Et de même que la perle, comme disent les naturalistes, n'est point produite par l'eau salée de la mer, mais par la rosée du ciel dans la mère-perle, ainsi le corps de la bénie sainte Anne, comme une mère-perle remplie de la rosée de la grâce divine, a été miraculeusement préparé pour produire le très saint fruit qui fut la Mère de Dieu : ce qu'il faut attribuer plus à l'œuvre de la grâce qu'à celle de la nature, car Anne ne pouvant être mère a obtenu par ses prières ferventes, ses jeûnes et ses aumônes, ainsi qu'il a été dit plus haut, ce très saint fruit et cette chaste perle, qu'elle n'aurait pu obtenir de la nature. Et c'est en considérant ces choses que saint Antonin a pu écrire : " Marie a été conçue comme une perle dans la mère-perle, ce qui veut dire ; dans le sein de la bénie sainte Anne ; et engendrée par la rosée céleste, ce qui veut dire : par la grâce et la vertu divine. " Ce petit ou\Tage nous offre une très jolie gravure, et très originale, la seule que nous connaissions de ce genre, représentant notre Sainte sous le symbole de l'arche de Noé. Dans le lointain à droite, l'arche est portée sur les eaux ; à l'avant-plan, groupés vers la gauche, des suppliants tendent les mains vers la sainte Vierge, dessinée debout sur un nuage, et celle-ci montre de la main gauche sa Mère assise plus haut à droite, comme si elle disait : " C'est à elle
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qu'il faut adre«;ser vos prières. " L'idée est belle et bien rendue. On dirait le burin d'un maître.
Parmi les ouvrages moins anciens, nous notons une Histoire de la chapelle Sainte-Anne de Bruxelles (1760), par Joannes de Boeck ; un travail semblable du prêtre Jean-Baptiste du Welz (1779), précédé d'une Vie de la Sainte ; une Levender heilige Anna de Victor de Buck, 1855 ; un Manuel de la confrérie de la sainte Mère Anne établie en Véglise Saint-Nicolas de Gand, 1860 ; et remerciant de nouveau tous ces bons ouvriers du passé, nous entreprenons notre voyage d'exploration à travers le pays.
Anvers.
Anvers possédait autrefois un " Hôpital Sainte- Anne " fondé en 1412 d'après Scribani et Papenbrock, en 1400 d'après Diercxsens. Il devait sa fondation à Elisabeth Hays, laquelle donna pour ses commencements deux maisons contiguës l'une à l'autre, dont l'une était sa propre demeure. Une chapelle y fut plus tard annexée et s'embellit magnifiquement au xvi^ siècle, grâce à la pieuse affection des personnes du voisinage envers sa patronne.
Il y avait aussi une " chapitre noble des Dames de sainte Anne. " L'an 1600, nous apprend Scribani, Simon Rodriguez Peretti, baron de Rodes, Portuguais de naissance, achète une maison au prix de douze mille florins, y adjoint un jardin, construit une chapelle qu'il munit de tous les accessoires du culte, et lègue ime dot considérable pour l'entretien de douze femmes nobles, privées de leurs biens par des revers de fortune ^ " Un tableau de Théodore-Joseph Cleynhens au musée de Prague, commémore cette fondation. On y voit à gauche quelques petites maisons anciennes ; à droite, un mur d'enceinte en briques crûtes avec ime porte d'entrée faisant angle ; à l'intérieur, un parterre avec deux platanes ; dans le fond, dominant le mur d'enceinte, une chapelle et des toits de maisons.
Et maintenant quel rapport y a-t-il entre les deux chapelles de ces deux établissements et le gracieux monument qui se voit aujourd'hui, rue de l'Empereur ? Dans la ville même, nous n'avons pu rien en savoir. M. Génard, qui en donne une gravure, écrit au bas : " Chapelle et hospice des tondeurs de drap, " et dans le texte, il ajoute : " fondé en 1596 alias 1600 par Simon Rodriguez, rue de l'empereur'. " C'est tout. D'autre part, un autre historien, dont nous regrettons d'avoir perdu la référence, dit ù son tour : " Anvers, rue de l'empereur, ancienne chapelle de la corporation des foulons, fondée en 1505, aiias 1514. " Est-ce la chapelle de l'hospice décrite par Papenbrock et Diercxsens ? Est-ce la chapelle du chapitre noble des Dames devenue plus tard celle des Foulons ? Fut-eUe construite en 1505 alias 1514, ou en 1596 alias 1600 ? Nous l'ignorons absolument, et nous nous contentons, du moins pour le moment, d'en admirer l'architecture gothique dans son style tertiaire flamboj'ant.
Ajoutons que notre Sainte possédait un couvent de Clarisses, auxv* siècle ;