‹ Le Culte de sainte Anne en OccidentChapitre 70 sur 294 · BELGIQUE — LOUVAIN · texte numérisé non relu

BELGIQUE — LOUVAIN

plus tard, au xvi^ siècle, un autel à Notre-Dame exécuté par Corneille Struy ; un peu partout dans la ville des œuvres d'art, et qu'un hameau voisin porte encore son nom. Si peu de renseignements que nous ait fournis l'histoire locale sur le point particulier qui nous occupe, nous revoyons toujours la vieille cité flamande telle que la représente une toile de Matthieu Schoewaerts, dans un des salons du musée Plantin-Moretus : au fond la ville, vue de la Tête de Flandre ; au milieu, transversalement, l'Escaut, sur lequel est jeté un pont ; à ravant-plan, le hameau de Sainte-Anne avec une grande foule.

Louvain.

Nous connaissions un peu la ville, ses églises, ses collèges, sa population très cultivée et sympathique, et ce que nous savions déjà nous donnait l'en\àe de savoir davantage. En un vieil auteur, après que tant de jeunes avaient passé sans répondre à nos questions toujours les mêmes, nous avions lu ce qui suit : " Les Bourgeois de Louvain, dont les vertus et piété se devroient étaler, priser et louer devant leurs richesses, ont tousiours excellé en zèle et preudhommie, tant devant que durant, voire après leur grand traffic. Ils ont tousiours été attachez au service divin, et à celuy de la Religion, à l'exemple de leurs maîtres, qui ont plus cultivé les choses sacrées, embelU et augmanté que tous les autres Princes. Ils se glorifioient du tiltre d'avocats ou défenseurs des Eglises et des Abbayes. Ils se vantoient, et le prouvoient effectivement, de plusieurs monastères qu'ils avoient fait bâtir ou augmentez, de plusieurs églises et chapelles, et des rentes qu'ils avoient données...

Plus loin : "La dévotion (à Louvain) est fort grande, les processions très fréquentes, et les Indulgences plénières bien souvent deux ou trois fois la semaine, mais en diverses Eglises, qui servent d'aiguillon aux habitants pour s'échaufer à la piété, aux bonnes œuvres et se retirer des occasions de mal faire. . . Pour animer cette dévotion, outre ce que je viens de dire, les Eghses sont bien nettoyées, les autels richement parez, où les messes se célèbrent dévotement et bien souvent avec de belles musiques ... Il ne se passe presque aucun jour qu'il ne se fasse quelque sermon . . . Outre tant d'Eglises desquelles j'ay fait mention, il se trouve encore de belles chapelles qui sont visitées avec grande ferveur. . . Bref, il y a encore quantitez de statues de nostre Sauveur, de nostre Dame et de quelques autres saints aux carrefours où l'on voit la nuit des chandelles alumées, devant lesquelles bien souvent les passans font leurs prières et les autres plus hastez et moins devotieux se contentent d'ôter leurs chapeaux et faire la révérence. On conte encore 24 autres petites chapelles où le service di\'in se fait*. "

C'était clair : Louvain avait toujours été autrefois ce qu'il nous semblait être encore aujourd'hui : une ville fort catholique, voire même dévote. Mais ce bon M. de Pari val avait répondu à notre question d'une façon bien sommaire, et nous voulions quelque chose de plus précis, de plus complet. D'après M. Van Even, une petite chapelle de Sainte-Anne avait été construite en 1620,

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rue de Tirlemont, reconstruite eu 1735, mais il n'en restait plus même une trace de nos jours, parce que les révolutionnaires, l'ayant démolie en 1798, avaient fait paver immédiatement l'endroit qu'elle avait ci-devant occupé*.

Nous avions pris note également d'un collège Sainte-Anne fondé dans la même\ille ; d'une confrérie ancienne et très florissante ; d'autels, de tableaux, de statues, et enfin l'auteur anonyme d'un Gwic/c/irfè/e de Louvain mentionnait pour la comnmne de Heverlé, une très ancienne chapelle de Saint€-Anne, mais les détails manquaient*. La tentation nous vint donc de les chercher, et nous revivrons un instant, si on le permet, ce lointain souvenir.

En sortant de Louvain par la porte de Namur, suivez à droite la nouvelle route pavée qui s'étend à perte de vue devant vous, et si idéalement belle, plantée comme elle est d'un quadruple rang d'ormes et de peupliers. Quand vous avez marché un quart de lieue le long du mur d'enclos d'un vaste parc, vous débouchez devant un magnifique jardin d'architecture allemande, au fond duquel s'élève l'ample façade d'un château.

C'est ime demeure de royale apparence flanquée à ses extrémités de deux tours carrées, surmontées elles-mêmes de toits aigus renflés à leurs sommets, et terminés par deux globes d'ardoise au-dessus desquels planent, les ailes au vent, deux grandes aigles de bronze. Ce parc et ce château, c'est le parc et le château de Héverlé, l'antique résidence des chambellans des ducs de Brabant, d'Arschot et de Croy. Parc immense qui ne compte pas moins de quatre lieues d'étendue et qui embrasse dans son enceinte les forêts de Héverlé, de Merdael et de MoUandael; vastes débris elles-mêmes de l'antique forêt charbonnière que César dit avoir vue dans la Gaule, et qui s'étendait alors du Rhin jusqu'à l'Océan.

Dans la cour du château, au-dessus d'une porte cintrée à la romane, on aperçoit, cloué à la muraille, un énorme bois de cerf dix cors tout rongé par les ans et la pluie. Ce fut le dernier qu'on tua dans cette forêt qui en avait vu tomber tant d'autres. Et ce souvenir d'un autre âge est comme un résimié d'iiistoire, d'une très longue histoire. Ici en effet saint Hubert a passé, peut-être avant sa conversion, quand il mêlait à ses plaisirs celui de la chasse ; certainement après sa conversion, quand, devenu évêque, il \'int consacrer la chapelle que saint Lambert avait ici bâtie et dont on i^eut voir encore la vieille tour romane en un coin du parc, sur une légère éminencc. Il dut y revenir bien des fois pendant son séjour au village voisin de Tervucron, où il mourut en 727. Ici encore, dans les profondeurs des bois, les chênes séculaires ont dû s'émouvoir bien des fois au joyeux hallali des chasseurs, quand, par exemple, Guillaume de Croy invitait Charles-Quint, sou élève, à venir poursuivre le cerf sur ses domaines.

Et les tournois ! et les grandes fêtes seigneuriales ! et les alliances princières! et les brillants équipages ! et la vie î\ grandes guides des châteaux ! Ainsi tout cela passe et repa-sse dans votre esprit — vous diriez, sous vos yeux.

Est-ce tout cependant ? On l'a bien deviné, et une seule chose peut justifier les développements que nous donnons à ce vieux souvenir : sainte Anne aussi a pa&sé par là !

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