‹ Le culte des héros et ses conditions socialesChapitre 104 sur 249 · Conf., p · texte numérisé non relu

Conf., p

5. Conf., p. 372 : a Vos autem experti estis quantum erogaui illis qu iudicabant per omnes regiones quos ego frequentius uisitabam : censeo enim non minimum quam pretium quindocim hominum distribui illis. » Le '( pri.x d'un homme » était de vingt et une bétes à cornes. Cf. Arbois de Jubainville dans Rev. Celtique, VIII, p. lo9.

6. Conf., p. 372 : « Ego inpendi pro uobis ut me caperent. et inter uos et ubique pergobam causa uestra... Intérim premia dabam regibus, prœler (Ms. propter) quod dabam mercedem fdiis ipsorum qui mecum ambulant ». — Sur les « reges » cf. ch. vi.

52 SAINT SATRICK ET LE f.ULTE DES HÉROS

qu'on lui oiïrail pour Tordinalion des clercs, ni ceux que jetaient sur l'autel les néophytes enthousiasmés'. Enfin l'enseignement du saint provoqua un entraînement irrésistible parmi la jeunesse des deux sexes. Les fils et les filles des chefs entraient dans les ordres en foule, de sorte que Patrick avoue n'en plus connaître le nombre".

Quant à la partie de l'Irlande que l'apôtre conquit au christianisme, il est impossible de la déterminer, même approximativement. Tout ce qu'on peut dire, c'est que sa mission atteignit les extrémités occidentales de l'île, là où s'étendait la forêt de Fochlut, et que le quartier général de Patrick était dans la région comprise entre la Blackwater (qui se jette dans le Lough Neagh) et le Strangford Lough. La dislance entre ces deux régions est énorme. Aussi faut-il supposer que le saint les réunit par une série d'établissements ecclésia.stiques, et comme il existe des traditions relatives à son activité en Meath, il est probable qu'il passa par ce royaume pour se rendre dans l'ouest ^

1. Ib. n Forte autem quando baplizaui tôt milia hominum sperauerim ab aliquo illorum uel dimedio scriptule? Dicite mihi et reddam uobis (Sam. XII, 3). Aut quando ordinaiiit ubique Dominus clericos per modicitateni meam et ministerium gratis distribui illis ? Si poposci ab aliquo illorum uel pretium uel calciamenti mei, dicite aduersus me et reddam uobis magis ». La scriptula, screpall, était une monnaie d'argent pesant vingt-quatre grains, Joyce, Social Ihstory, II, p. 381 s.

2. Conf., p. 37i>, p. 36'J ; Ep., p. 378 : les « filii et filiœ rcgulorum » deviennent moines et vierges du Seigneur.

3. Conf. p. 372 : « ubique pergebam causa uestra, ubi nemo ullra erat, et ubi numquam aliquis peruenerat qui baptizaret, aul clericos ordinaret. aut populum consummaret ». — Le fait que saint Patrick a séjourné dans la région de la forêt de Fochlut est démontré par sa vision. Cf. p. 36 n. 2. 11 y e.xistait au vu» siècle de nombreuses églises qui se réclamaient de saint Patrick. — Sur la région nord-est, cf. plus loin p. 53 et note. — Sur l'activité de saint Patrick en Meath, cf. Tirechân, toc. cit., livre I", etMuirchu, loc. cit., p. 277 s. La partie la plus importante de la légende y est localisée. Mais le caractère mythique en est tellement prononcé (cf. ch. m) qu'il est impossible, à notre sens, d'en tirer aucune conclusion historique. On sait d'autre part que les rois de Meath furent des chrétiens d'orthodo.xie fort douteuse jusqu'à la seconde moitié du vi» siècle. Les druides conservèrent une situation

Fondation de la métropole d'Armagh. — Le couronnemenl de l'œuvre de Patrick fut la fondation de l'abbaye d'Armagh, qui devint le centre religieux de l'Irlande. Les évoques qui s'y succédèrent étaient les « héritiers » {co- 77iarf)ii) de saint Patrick, et à ce titre, ils prétendaient exercer leur juridiction sur toutes les églises de l'île '.

On ne peut prouver cependant que le saint ait formellement institué cette suprématie. La partie méridionale de l'Irlande refusa en effet longtemps de la reconnaître" et ses premiers évéques connus, s'ils agissent de concert avec saint Patrick, ne paraissent pas dépendre de lui \

officielle à leur cour jusqu'à cette époque (Cf. la Mort de Muircertach mac Erca.éd. Whitley Stokes dans flei;. Celt., XXIII, § 37).— L'Église est très circonspecte en ce qui concerne la mémoire de ces rois. Auss ne saurions-nous admettre les conclusions de M. Bury, op. cit., p. 111 ss., sur l'activité déployée par saint Patrick à la cour des rois suprêmes. Tout ce qu'on peut tirer des textes, c'est que des communautés chrétiennes ont probablement existé en Mealh au temps de saint Patrick (cf. la légende de saint Lomnan, citée p. 267), et qu'au viii» siècle on y faisait remonter à lapôtre la fondation de quelques églises. 11 est donc probable que saint Patrick passa par là, mais que ses succès y furent peu importants. Nons sommes enclins à attribuer plutôt la conversion définitive du royaume de Meath aux successeurs de saint Patrick et à ses disciples.

1. Annals of Ulster, éd. cit., s. a. 444; Muirchu, ioc. cit., p. 292. — Cf. Tripartile Life, II, Append., listes des évéques d'Armagh. — Cf. les ouvrages sur saint Patrick mentionnés p. "29, n. 1, et Reeves, The Ancient Churches of Armar/h. Dublin. — Cf. Hymne de Secundinus : « ciuilas Régis munita supra montem possita », parabole qui désigne saint Patrick. Mais ne s'agit-il pas ici en même temps d'Armagh, la ville sainte sur la cime d'une colline^

2. L'unité ecclésiastique de l'Irlande sous la suprématie d'Armagh ne fut définitivement constituée qu'au .synode de Birr (« Synode d'Adamnan •>) en (j'j7. Le nord de l'Irlande avec Armagh se conforma alors à la discipline romaine. Les églises du sud avaient déjà adopté la tonsure romaine et le cycle pascal Dionysicn en 634. — il n'existait presque pas de traditions sur saint Patrick dans le sud. Muirchu, qui écrivait à Slébte (Sletty) en Leinster n'avait à sa disposition que des actes d'origine septentrionale (Bury, op. cit., p. 261 s.) — Cf. Haddan et Stubbs, Counciis and... ecclesiastical documents, I, app. D.; II et III, passim ; Wasserschlebenj, Die irische Kanonensammlung , Introd., 2* éd., Leipzig. 1885.

3. Lettre circulaire contenant trente canons d'origine diverse, dite Synodus I Patricii, chez Haddan et Stubbs, op. cit., II, p. 323 ss.

Mais il est certain qu'en faisant d'Armagh son propre siège épiscopal, Patrick forma le noyau de Torganisalion métropolitaine future. Lui-môme était le chef incontesté de l'Eglise du nord de l'Irlande. Tout l'édifice ne tenait que grâce à ses efforts personnels '. Ses successeurs directs ne l'oublièrent pas ; ils fabriquèrent au besoin des légendes pour maintenir la tradition. Aussi, les circonstances politiques aidant, leurs droits furent-ils officiellement reconnus par Rome. Le pallium leur fut conféré au vu' siècle, et plus tard ils obtinrent la dignité de primats d'Irlande -.

Mort de saint Patrick. La vitalité de son oeuvre. — Patrick mourut vers 460 '. Le lieu probable de sa mort et de sa sépulture est Saul en Lecale *.

Avant sa mort il eut la douleur de voir son œuvre compromise par ses propres compatriotes et coreligionnaires, qui sous le commandement d'un chef nommé Goroticus accompagné de Pietés et de Scots païens, firent une incursion en Irlande, massacrèrent des néophytes à leur sortie de la cérémonie du baptême et en emmenèrent d'autres prisonniers. Patrick réclama en vain la liberté de ceux-ci au

« Gratias agamus Deo Patri et Filio et Spiritui sancto. Presbiteris et diaconibus et omni clero Patricius, Auxilius, Isserninus episcopi salutern ». Le document est authentique (Bury. op. cit., p. 239 ss.), sauf interpolations possibles. — Rien dans cette lettre ne fait soupçonner que saint Patrick ait été supérieur aux autres évèques.

1. Conf., p. 370 s. « Eram uelut lapis... in luto..., ut uenit, qui potens est, et in sua misericordia sustulit me : et quidem scilicet sursum adleuauit etcollocauit me in sua parte, ammiramini... quis me...excitauit de medio eorum qui uidentur esse sapientes. — Cf. Conf., passim., par ticulièrement p. 370 : Patrick craint de quitter l'Irlande pour ne point perdre le fruit de son travail.

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