LA LÉGENDE DE SALNT PATRICK ÉTUDE SOMMAIRE DES TEXTES
La légende broda complaisamment sur la trame ténue des données historiques.
Itinéraire légendaire de saint Patrick. — Elle fixa l'itinéraire de saint Patrick avec une extrême précision*. Après avoir touché la terre d'Irlande une première fois à Inbher Dee en Leinster, puis séjourné dans les îles Skerries, saint Patrick accomplit un immense itinéraire qui commence en Lecale, atteint au nord le lieu de son ancienne captivité, le Mont Miss, puis continue par mer jusqu'à l'embouchure de la Bornée De là il reprend sa route à travers la Plaine de Breg'', avec arrêt à Tara, franchit les deux Tethbro* et Mag
1. Cf. Bury, op. cit., App. B. et du môme, Itinerary of Patrick in Connaughf, l'roceedimjs of the Roy. Ir. Acad., XXIV, Sect. C, Dublin, 1903; Shearman, Loca Palriciana. Dublin, 1879, est un livre utile, mais qu'il faut manier avec circonspection.
2. Muirchu dans Triparlile Life, II, p. 273 ss. Tirechân, tôic/.. p. 303, fait venir Patrick directement des lies Skerries à Tembouchure de la Boyne et il ne parle pas d'Inbher Dee. Mais c'est la tradition de Muirchu qui devint classique dans toutes les Vies subséquentes.
3. Muirchu, loc. cit., p. 286. arrête à Tara l'itinéraire de saint Patrick. Les légendes qui suivent dans cette Vie ne sont pas localisées, sauf celle de la fondation d'Armagh et celle de la mort du saint. La suite de l'itinéraire est résumée ici d'après Tirechân. Outre Tara, cet auteur mentionne encore Tailtiu. Uisnech Midi et une série de localités moins importantes, que saint Patrick visita dans la Plaine de Breg.
4. Région qui comprenait le comté actuel de Longford et l'ouest du comté de Westmeath.
o8 SAINT PATRICK ET LE CULTE DES HEROS
Slochl', pour allcindrc le Sliannon au Lough Bofin ■. II fait le tour (lu Connaught, en passant par le pays des Hûi n-Ailella, par Mag Ai, par Tir Amalgaidh, Mag Domnon, Achad Fobuir et le Mont Aigle pour revenir dans le sud de Mag Ai\ De là l'itinéraire se continue à travers le Munster septentrional et le Leinster et aboutit fi Slébtc. Enfin on retrouve le saint à Tara, puis en Lecale et chez les Hùi Niallain, oîi il fonde Armagh. En somme, tous les lieux de quelque importance politique ou religieuse, sauf ceux de l'extrême sud-ouest, sont compris dans cet itinéraire.
Thèmes de la légende. — La légende est morcelée en une infinité d'épisodes. Mais un coup d'œil suffit pour se convaincre qu'il ne s'agit en réalité que de la répétition et des combinaisons d'un assez petit nombre de thèmes fondamentaux, qui peuvent être facilement classés.
Ainsi tous les récits des victoires du christianisme sur le paganisme, récits qui remplissent la plus importante partie des Vies, se ramènent aux thèmes suivants :
Tantôt c'est un druide qui oppose les pratiques de la magie à la puissance surnaturelle du saint et dont les maléfices se retournent contre lui-même. Les démons s'emparent de lui. C'est là un thème qui est développé dans
d. Mag Slecht n'est pas mentionnée dans Tirechûn. Mais il y a des raisons pour croire que cette localisation était connue de son temps. Cf. à ce sujet Bury, Itinerary, p. 154 ss.
2. Tircchân, loc. cit., p. 312 : saint Patrick passe le Shannon « per uadum duorum auium ». Pour lidentiGcation du lieu avec les lacs Bofin et Killglass cf. Bury, Itinerary, et Life of saint Patrick, p. 133 s. M. Bury a démontré que Tidentification proposée par Whitley Stokes, Tnpartite Life, II, p. 312, note, ne peut être maintenue. Stokes interprétait « uadum duorum auium» comme traduction de Snam-dà-én « the swimming of two birds », et le considérait comme nom du Shannon entre Clonmacnois et Clonburren.
3. Ailleurs, p. 329, Tircchân dit que saint Patrick franchit le Shannon « tribus uicibus ». M. Bury, Itinerary, p. 164 ss. croit que Tirechûn construisit un seul itinéraire en confondant les traditions de trois voyages distincts en Connaught.
d'innombrables légendes hagiographiques, dont une des plus ty|)i(iues, celle qui raconte la lutte de Simon le Magicien contre saint Pierre, a précisément servi de modèle aux auteurs des Vies de saint Patrick. En efîet, le druide meurt exactement de la m<^me manière que Simon. 11 est précipité du haut des airs par les démons et se fracasse le crâne contre une pierre '.
La lutte de saint Patrick contre les druides prend encore la forme d'un tournoi entre deux prêtres appartenant à deux religions ennemies, ou bien môme entre deux magiciens. Aux rites païens l'apôtre oppose des rites chrétiens de même aspect. Par exemple il allume un feu de Pâques en face du feu sacré d'une fête, et il annule les effets des pratiques magiques par des miracles contraires. Ce tournoi aboutit à une ordalie par le fou, qui doit décider entre le champion de la Foi et le suppôt des démons. Naturellement le premier en sort vainqueur ■.
Patrick lutte aussi directement contre les démons. Il les attaque dans leurs repaires, les idoles qu'ils habitent. Tant qu'il est en vie, aucun démon ne peut demeurer dans l'île ^
Enfin, des chefs s'opposent à la mission de Patrick, soit qu'ils refusent simplement de se laisser baptiser, soit qu'ils trament des attentats contre le saint ou ses compagnons. La punition qui atteint ces païens endurcis est toujours la môme : par l'effet de la malédiction de Patrick le pouvoir passe de leur maison dans celle d'un de leurs frères qui se trouve toujours là, à point nommé, pour se convertir*.
i. Muirchii, p. 281 s. — Cf. Vie de saint Pierre l'Apôtre dans la Légende Dorée.
2. Mnirchii. p. 281 ss. ; TIrechân, p. 306 s. et p. 325 s. Cf. chap. m.
3. Vie Tripar li te àans Tripartite Life, I. p. 90 et 112 s.: Homélie du Lebar Brecc, ibid., II. p. 474 s.. Cf. Giraldiis Cambrensis, Topoqraphia Hibemica, éd. Uimock {RoU's Séries), p. 180 : saint Patrick a chassé de l'Ile tous les reptiles venimoux.
4. Muirchu, p. 285 s. n Quia resisisti doctrinae meae et fuisti scan-
Dans un seul cas le chef récalcitrant, qui est dans l'espôce l'ancien maître de Patrick, se suicide : il ne peut supporter ridée que son ancien esclave devienne son chef spirituel'.
Quant aux attentats dont certains de ces chefs se rendent coupables, ils échouent de deux manières.
La plupart sont déjoués par un miracle. Tantôt c'est im tremblement de terre qui disperse les ennemis de saint Patrick, tantôt le sol s'entr'ouvre pour les engloutir. Ou bien un charme dérobe le saint à la vue des assassins apostés sur son chemin, et ceux-ci voient passer au lieu des chrétiens un troupeau de cerfs. Une autre fois on verse une goutte de poison dans la gourde de Patrick. Mais l'apôtre fait geler le contenu de la gourde à Texception de la goutte meurtrière qu'il verse à terre'.
Cependant les criminels réussissent parfois à faire une victime . Seulement ce n'est pas Patrick qu'ils tuent, c'est son cocher, qui, informé de leurs intentions, s'était fait passer pour son maître. Suivant une autre version de la légende, les païens tuent intentionnellement le cocher du saint pour voir ce que Patrick entend par le pardon des injures.
En dehors de ces combats contre les démons, les druides et les chefs païens, les Vies de saint Patrick comportent quelques récits qu'on peut ranger dans la catégorie des contes pieux, de caractère didactique.
On vient d'en citer un, celui où l'on raconte le dévouement du cocher de saint Patrick. Une autre légende glorifie la patience d'un roi, Aengus de Cashel, et sa soumission à
dalum mihi, dit l'apôtre au roi Loegaire... nullus... erit ex semine tuo rex in aelernum ». En effet le trône passe à la descendance d'un des frères du roi. Ct. Vie Tripartite, l. c , deuxième et troisième partie, passim.