‹ Le culte des héros et ses conditions socialesChapitre 115 sur 249 · P. 296, dernière ligne · texte numérisé non relu

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6. P. 269 : « secundum quod patres eorum et qui ministri initie fuerunt sermonis tradidcrunt illis ».

11 n'en est rien. La synthèse est faite et elle est remarquablement homogène.

(]'cst que les hagiop^raphes ont toujours présent à l'esprit leur but, qui n'est point d'écrire l'histoire du saint, mais d'en faire l'apologie. C'est ce qui dicte le choix qu'ils font dans les légendes qu'ils recueillent. Et celles qu'ils font entrer dans les Vies sont toujours adaptées de manière à réaliser un idéal de saint et de héros'.

Assimilation d'éléments épiques et mythiques. — La majeure partie des traits qui constituent la personnalité légendaire de saint Patrick a été empruntée aux traditions mythologiques et épiques de l'Irlande.

Cette assimilation sera étudiée plus loin. Nous nous bornerons donc à constater ici qu'elle servait la cause d'édification, que les hagiographes s'étaient imposée. Dans un pays comme l'Irlande, encore à demi païen d'esprit, sinon de nom, très attaché à ses traditions, on ne pouvait frapper autrement les imaginations. Pour imposer l'enseignement qui se dégage de la légende de saint Patrick à un peuple encore tout à la mémoire de ses héros antiques, il n'était point de meilleur moyen que de faire de Patrick un héros, plus grand et plus puissant que les autres.

Assimilation de saint Patrick aux personnages bibliques. — Mais les hagiographes n'eurent garde de ne pas

1. Ainsi Muirchu nous montre dans son premier livre comment les manifestations do la grâce divine suivent une marche ascendante dans la vie de saint Patrick. Le livre II est un recueil de miracles dont chacun a une valeur édifiante particalière. — Le but de Tirechân est de démontrer l'étendue de l'œuvre personnelle de saint Patrick et par là de soutenir les prétentions d'Armagh. C'est pourquoi il a choisi un ordre topographique dans sa Vie. — Sur les idées qui présidaient à la rédaction des Vies de saints voir : Cari Albrecht Bornoulli, Die Heiligen der Merowinger, Tubingen, 1900, livre l": Hippolyte Delehaye, Les légendes hagiographiques, 2» éd., Bruxelles, 1906, surtout ch. m.

adapter ces traits mythiques et épiques au type traditionnel de sainteté chrétienne, tel que les Ecritures le leur avaient légué.

A chaque pas les auteurs des Vies cherchent dans les textes sacres un parallèle ou une justincalion pour tel ou tel acte du saint, et toute la rhétorique louangeuse dont ils l'encensent est entièrement empruntée à la Bible'.

On prend d'autre part délibérément des thèmes aux deux Testaments, souvent môme sans les déguiser. Et toute une série de légendes est née, soit de la réthorique mal comprise des Vies et des hymnes, soit de comparaisons avec des épisodes bibliques que les hagiographes subséquents transforment en faits biographiques".

Messianisme. — On assimile d'abord saint Patrick au Messie.

Les prophéties, les paraboles et les « figures » de TAncien Testament furent interprétées comme se rapportant à l'apôtre des Irlandais \ Un parallèle fut tracé entre le peuple élu de Dieu et les Gôidels, élus de saint Patrick. Il leur apporta la Révélation du Royaume de Dieu, comme le Messie l'avait apportée aux Juifs*.

1. Muirchu, passim. Cf. surtout l'Hymne de Secunditius, loc. cit., où il n'y a rien que de la rhétorique empruntée aux ccritures.

2. Muirchu, p. 296, en fournit l'exemple le plus explicite : « Et contra noctem terminus pones. Quia in illa die mortis eius (se. Patricii) nox non erat, et per duodecim dies in illa prouincia, in qua mortis eius e.xequiae peractaj sunt, nox non inruit et pallor non tantus erat noctis, et astriferas non induxerat Hesperus umbrjis ». Il est évident que les mots « et — pones » désignèrent primitivement l'œuvre de saint Patrick prise au sens flguré. Cf. Hymne de Secundinus, strophe L : saint Patrick est une lumière qui éclaire tout le siècle.

ô. Muirchu, p. 274, et passim; Hymne de Fiacc dans Thésaurus Palaeohtbernicus, II, p. 307 ss. versets 10 et 11, 19 à 22 ; Colgan VitalU^, § 30, p. 23 ; ibid., Vila iV», § 53, p. 42 ; Vie Tripartile, !'• partie, p. 2 (trad. p. 3) ; Homélie du Lehar Brecc, p. 428 s. (trad. p. 429 s.).

4. Captivité des Hébreux et empire du démon sur les Irlandais ;

Et de môme que le messianisme clirétien remit la Révélation définitive à la fin des temps, au moment où le Messie reviendra juger les bons et les mauvais, les Irlandais attendent de saint Patrick qu'il revienne pour les introduire dans la vie éternelle. Au Jugement Dernier, il remplacera pour eux Jésus-Christ'.

Héros bibliques. — Les traits caractéristiques des grands personnages de la Bible cl leurs miracles furent aussi mis à contribution pour magnifier saint Patrick.

Comme Moïse, Patrick parle à un ange dans un buisson ardent ^ Il jeûne quarante jours sur la cime d'une montagne, comme Moïse, Elie et Jésus-Christ^. Un continuateur de Tirechân ajoute que Moïse et Patrick ont vécu tous deux cent vingt ans et qu'on ignore le lieu de leurs sépultures respectives*. Enfin

Vie Tripartite, 1" partie, p. 4 ss. (trad. en regard). — Le roi suprême Loegaire est un autre Nabuchodonosor et sa résidence, Tara, une seconde Babylone : Muirchu, p. 278. — Le trouble du roi à la nouvelle que saint Patrick est venu en Irlande, est le même que ressentit Hérode lorsque naquit Jésus : ibid., p. 279. — Glose à l'Hymne de Fiacc dans Thésaurus Palœohib., II, p. 310 : « Victor, i. angel communis scotticœ gentis sein. Quia Michael angélus Ebrseicae gentis ita Victor Scottorum ». Cf. ibid.. p. .318, 1. 22 s. — Cf. légende du Jugement Dernier, plus loin, et ch. m.

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