‹ Le culte des héros et ses conditions socialesChapitre 181 sur 249 · Joyce, op. ct7., Il, p · texte numérisé non relu

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2. Aenach Carmain, loc. cit. strophes 58 à 60, et Calh Almaine, loc. cit. § 8 et 19 s.

On honore enfin les morts comme ancêtres.

Le mi>me jjassage des Dinnsenchas de Carman, que nous avons cité tout à l'heure à propos des morts anonymes, nous apprend que ces morts sont en môme temps considérés comme ancôtres. « Leurs vénérées troupes ancestrales » s'assemblent lorsqu'on les pleure.

Mais ces ancêtres sont en même temps des âmes qui peuvent se réincarner.

En effet, on a vu que la venue des âmes et leur incarnalion était l'un des objets des fêtes irlandaises. Comme les ancêtres et les âmes non encore incarnées y sont confondues dans une seule masse amorphe de génies, on voit que le culte des ancêtres prend en Irlande l'aspect du culte des âmes qui sont prêles à s'incarner.

Tous les aspects du culte des morts se retrouvent donc dans le culte des fêtes.

Nous allons montrer pour faire un pas de plus, que tous les dieux irlandais relèvent de la même conception.

Les dieux irlandais sont des morts. — I. Les dieux des choses. Constatons d'abord que toutes les fonctions divines sont remplies par des morts.

Ainsi le dieu qui juge les morts dans l'Autre Monde et qui garantit ici-bas la justice des sentences arbitrales est un mort . C'est un j uge célèbre des anciens temps, Morann * . Il a été le premier à porter un collier magique, le Collier de Morann, qui étouffe les juges prévaricateurs '.

i. Ecfilra Cormaic, éd. Whilley Stokes, Irische Texte, III, p. 188 S3.

2. D'Arbois de Jiibain\ ille. Résumé d'un cours de droit celtique, II, p. 36 ss. — Echtra Cormaic, 6d. Whitley Stokes, lac. cit.. p. 188. p. 208. — Cf. William M. llcnnessy, On Irish Ordeals dans ï'roceed. Roy. Ir. Ac, X, p. 34.

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2<0 SAINT PATRICK ET LE CULTE DES HKnOS

La plupart des « pierres de jugement » qui démasquent les parjures et qui rendent des oracles sont considérées comme des monuments funéraires '. Les événements futurs sont révélés dans des lieux consacrés par une mort religieuse. La fin des rois est, par exemple, annoncée par le bruit des vagues en un lieu où une déesse', Clidna, s'était noyée".

Les dieux guérisseurs sont des morts. Les sources curativcs jaillissent de leurs tombeaux''. C'est le cadavre du dieu Miach, fils du dieu médecin Diancecht, qui a donné naissance aux plantes médicinales *.

De même les dieux des techniques ont subi la mort. Ainsi le dieu des ouvriers en bronze, Crédne, s'est noyé en revenant d'Espagne où il était allé chercher de ^o^^ L'or

1. Clocha breaca, clacha bràlh, cloch-bralh). Exemples chez Borlase, op. cit., I, p. 116, 128, 174; III, p. 913, 914 ss. ; cf. Accallamh na Senorach, éd. Whitley Stokes (Ir. Texte, IV). pp. 148, 224.

2. Kilkenny archœol. journ., 1856, p. 127. — Cf. Dinnsenchas de Tond Clidna, Rev. Celtique. XV. — L'endroit est la côte de Glandore, comté Cork, où la Vague [Tond) de Clidna fait entendre un gémissement particulier en se brisant contre les rocs.

3. TirechAn, p. 323 : une sépulture se trouve sous une fontaine qui dicilur Sldn, c'est-à-dire de Santé. — Source et lac curatifs qui jaillissent du Carn Oc-Triallaig en Achad Abla (Connaught) : Catfi Maighe Tured, § 126 cf. ibid., § 123. Suivant la légende ce carn n'est pas un monument funéraire. Les Fomoraigl'érigèrent afin de combler la source curalive où guérissaient les blessés des Tûatha Dé Danann. Leur chef Oc-Triallach leur en avait donné le conseil : d'où le nom du carn.

Mais Oc-Triallach n'est évidemment qu'un doublet d'Oc-Trial, un des dieux Dé Danann auxquels la source doit ses qualités curatives. Il est le dieu guérisseur local. Quant à la légende elle a été imaginée en raison de la situation du carn à proximité de Mag ïured. On associé ainsi celui-ci au grand mythe.

4. Cath Maighe Tured, §§ 34 et 35, loc. cit. p. 69. Miach fut tué par son père. Sur sa tombe poussèrent autant d'herbes médicinales qu'il y avait de nerfs et d'articulations dans son corps, trois-cent-soixantecinq. — Ce passage est dans le récit de la bataille mythologique une interpolation postérieure au xi» siècle. Cf. d'Arbois de Jubainville Épopée celtique, p. 394 s. — Il n'en démontre pas moins qu'on croyait au pouvoir guérisseur des morts.

5. Ms. Livre de Leinster {LL), fol. 11 recto, 1. 37 du fac-similé. Cf. aussi O'Curry, Manners and Customs, III, p. 210.

a été fondu pour la première fois par Tigcrnmas ', dont on se rappelle que c'est un dieu de la mort et que son mythe représente comme un roi mort.

Le culte qui s'adresse aux choses est pareillement un culte des morts.

Ainsi les arbres sacrés qui représentent l'Arbre de Vie mythique sont consacrés à des morts. Celui qui s'élève dans rOenach Reil est le témoin de la fin de Duaibsech, la veuve du roi Muircertach mac Erca, dont le cœur éclata de douleur au moment môme où elle s'était appuyée contre cet arbre -. Un if et un pommier sont sortis de la tombe de Baile Binnberlach et d'Ailinn, les deux amants malheureux dont on a parlé tout à l'heure, et ils sont habités par leurs âmes ^ .

Les pierres sacrées sont des pierres funéraires. L'existence du culte des menhirs en Irlande est démontrée par leur appellation ail adrada ou pierre d'adoration''. D'ail-

1. Annals of the Four Masters, anno mundi 3.656. O'Curry, Mann. and CasL, II, p. 4 ss., a réuni une liste des inventeurs héroïques.

2. The Dealh of Muircertach mac Erca, loc. cit. p. 4:J6, § 46. — L'Oenach Reil, en Ulster, n'a pas été identifié a notre connaissance. Cf. O'Curry, loc. cit., sur Tif, dit Craobh Lisnigh, au faite de la colline d Uisnech, donc au centre du lieu de fête. — Cf. Tàin B6 Cùalnge. 1. 2046 : chaque endroit où Medh a planté sa cravache se nomme depuis Arbre de Medb (Cach bail ro said a echlaisc is Bili Medba a chomainm).

3. Scél Baili Binnberlaig, éd. Kuno Meyer Rev. Celt., XIII, p. 222 ss., p. 224 ss. : Les arbres ont poussé chacun sur une tombe. Leur feuillage a la forme de la lôte du mort. On fit des tablettes avec le bois de ces arbres. Celle de pommier et celle d'if se rejoignent et on ne peut les séparer. — Cf. résumé de la légende dans OCurn-, Mss. Mal., p. 463 s.

4. Ane. Laus IV, p. 142, p. 143. — Kuno Meyer, Dinnsenchas métriques de Mag Slerht.dans Voyage of Bran, dans II, app. C, strophe 13 : « depuis le temps d'Ilerimon... il y avait un grand culte des pierres (en Irlande) jusqu'à l'arrivée de Patrick. » — Cf. d'Arbois de Jubainville, Le culte des menhirs dans le monde celtique, Bev. Cell., XXVII, p. 313 ss. où l'on trouvera aussi les faits gaulois et bretons. — On sait (jue ce culte a persisté jusqu'à nos jours, surtout en Bretagne. Cf. V. Sébillot, Folklore de la France, sous Culle des pierres.

leurs doux menhirs, Cenn Cniaich ' et Ccrmancl Ceslach % adorés Tun dans Mag Slechl et Taulre à Clogher étaient dieux.

Ces menhirs idoles sont identiques aux pierres levées tombales, dont il a été question plus haut. C'est ce qui ressort d'un passage de la Tdin Bd Càalnge^. On y voit Cûchulainn placer douze têtes coupées de ses ennemis tués sur autant de menhirs et celle de leur chef, Ferchu Longsech, sur une treizième pierre spéciale. De môme le dieu Cenn Cniaich était entouré de douze idoles moins élevées*.

Enfin les dieux des sources et des lacs sont des morts.

Ainsi Tirechân raconte que les païens jetaient des offrandes d'or et d'argent dans une fontaine parce qu'elle recouvrait, croyaient-ils, la sépulture d'un prophète^.

1. Vie Triparlile, éd. Whitley Stokes, p. 90 s. Cenn Crùaich est identique au dieu Crom Cniaich des Dinnsenclias de Mag Siecht, strophe M. — Cf. d'Arbois de Jubainvilie art. cité, p. 316 s. : Cenn signifie « tèle » et Crom Crùaich « courbe de léminence artificielle «. 11 y avait aussi un Cenn Crùaich en Grande-Bretagne, ainsi que le démontre le nom de lieu Penno-Crucium.

2. L'auteur des notes au Félire Oengusso a vu Cermand Cestach : d'Arbois de Jubainvilie, arl, cité, p. 316. — On conservait ce menhir sous le portail de la cathédrale de Clogher en Tyrone jusqu'au temps de l'annaliste Galhal Maguire, mort en 14'J8. Todd, Hainl Patrick, p. 129.

3. Cinnit Ferchon, Tàin, p. 418 ss. — Cf. la légende du roi Lugaidh Mac Con tué au pied d'un menhir pendant qu'il distribuait de l'or et de l'argent aux poètes au milieu d'une assemblée solennelle : Keating, éd. Dinneen. Irish Te.vls Soc. VIII, p. 286.

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