Résumé d'après Muirchu, p. 293 ss
stilut du saint. Saint Patrick est ainsi un personnage en quelque sorte dédoublé, qui subit le martyr sous une de ses formes et qui, par là encore, se rapproche des morts héroïques de l'Irlande païenne.
En résumé saint Patrick est étroitement apparenté aux personnages héroïques irlandais, c'est-à-dire aux morts individualisés et à ceux qui sont rituellement entrés dans le pays divin. Il leur ressemble par ses rapports avec le monde des morts et par les caractères qui lui sont attribués en tant qu'à un mort.
On se rappelle que les dieux et les génies, qui figurent dans les fôles et les mythes, sont représentés comme morts. Ils ont subi la mort en tant qu'acteurs divins du drame festival, ou bien, comme Lug et Manannan Mac Lir, ils ont vécu pour un temps dans un corps d'homme, et ils sont ainsi des âmes de morts après leur retour h la vie divine. Les fôtes sont célébrées dans des cimetières au même moment et suivant le môme rituel que celui des morts.
On peut donc considérer comme acquis que le culte des fêtes prend en Irlande la forme du culte des morts.
Mais nous allons nous occuper particulièrement de l'aspect qu'il a pris comme culte de héros.
Aspects divers du culte des morts. — Voyons quels sont les aspects particuliers de ce culte.
C'est d'abord le culte des morts en tant que morts. Il s'adresse à la masse, i\ la foule anonyme des âmes dont le seul caractère est d'être des âmes des mort.
Les tombeaux sont l'objet de soins particuliers ainsi qu'on l'a vu par le texte cité du Senchus ^lù)' qui prescrit leur entretien.
La violation de sépulture est, comme ailleurs, suivie d'une
sanction surnaturelle. Ainsi dans l'histoire de Macl-Duin nous voyons qu'un moine qui a voulu enterrer un mort au-dessus d'un autre mort est, quelque temps après, jeté par une tempôte dans une île déserte où il doit faire pénitence pour son méfait.
On rend encore un culte aux morts parce qu'ils sont des esprits puissants.
On les craint et on craint tout ce qui les touche. Le Glossaire de Cormac dit que les gaules nommées fé, qui servaient à mesurer les cadavres, étaient un objet d'horreur pour tous les Irlandais. La destruction de la bière, dont on a déjà parlé, prouve bien qu'on craignait les revenants, et VEchtra Nerai raconte l'histoire d'une gageure dans laquelle la preuve du courage était d'aller nouer une brindille autour du pied d'un pendu.
Ceux des morts qui gardent leur personnalité reçoivent un culte particulier en raison du caractère thaumaturgique de leur mort.
On a vu qu'ils sont honorés par des monuments funéraires apparents.
On leur doit des offrandes. A chaque carn (il s'agit d'un monument qui passe toujours pour être celui d'un personnage mort de mort violente), le passant est tenu d'ajouter une pierre au monceau V
Leur mort a une place à part dans les commémorations de toutes les fêtes, môme de celles dont ils ne sont à aucun titre les acteurs mythiques. On chante aux assemblées « toutes les morts héroïques de la Moitié de Conn — ou du nord de l'Irlande — et du sud d'Erinn » -.