‹ Le culte des héros et ses conditions socialesChapitre 195 sur 249 · O'Curry, Catli Muighe Léana, p. 96, note · texte numérisé non relu

O'Curry, Catli Muighe Léana, p. 96, note

2. Exemples dans Wood-Martin, Traces of elder faiths in Ireland.

3. Borlasc, I, p. 8 ; II, p. 038; III, p. 768 s.. Cf. Loth, Rev. Celtique. XXIX, p. ^'28 ; Plummer, Vilœ Sanctomm liiberniœ, I, p. lxxiv, p. xc ;

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lacs'. Dans ces fontaines et ces lacs vivent des truites sacrées, auxquelles on jette des offrandes aux jours des fêtes patronales. Or, des truites sacrées étaient vénérées dans les fontaines sacrées du paganisme et elles correspondent aux truites de la fontaine de Mag Mell. On voit donc qu'ici encore les saints patronnent un culte qui a son origine dans le paganisme irlandais.

Ainsi les saints irlandais sont les héritiers des héros dans leurs rapports avec les groupes et les choses et ils sont eux-mêmes des héros.

il. Saint Patrick joue le même rôle que les autres saints irlandais et les héros. — Il en est de même de saint Patrick.

Lui aussi s'est substitué à des héros locaux.

11 a pris la place de la fée Mâcha comme patron de la colline d'Armagh. Mâcha, divinité éponyme d'Armagh, ou Ardmacha, était, on le sait, une déesse mère et une fée. Or l'autel de la cathédrale d'Armagh qui a été de tous temps dédiée à Patrick s'élève à l'endroit même où l'apôtre a trouvé une biche avec son faon-, c'est-à-dire, des animaux dont les génies des sidh revêtent habituellement l'aspect •.

Patrick est encore le patron d'innombrables monuments mégalithiques, de carn et de tumulus, disséminés dans l'Ir-

1. Wood-Martin, op. cit., II, p. 97; p. 110 ; Joyce, I, p. 630; cf. Wood- Martin, Index, Holy Wells.

i. .Muirchu, p. i'Ji.

3. William Reeves, The ancient churches of Armagh (brochure), Dublin ; Fallow, Cathedral churches of Iveland, Dublin, p. 3 ss. — Muirchu dit que saint Patrick transporta le faon dans ses bras sur la colline voisine. Or une légende récente veut que la cathédrale catholique actuelle, sous l'invocation de saint Patrick, soit construite à l'endroit même oi'i l'apAlre déposa son fardeau. Saint Patrick avait ainsi prévu la spoliation des catholiques au profit des protestants et indiqué l'emplacement de son église future.

lande entière *. C'est lui qui a mis des truites sacrées dans la fontaine d'Achad Fobuir en Mayo". Beaucoup d'autres fontaines lui sont dédiées^ ou bien ont été dédiées par lui à Dieu.

Or il s'agit ici encore de substitution à une divinité païenne. En effet, le nom que portent généralement ces fontaines, Tobereendoney, dérive en réalité non de Tober R'igh an Bomnach (Fontaine du Roi du Dimanche), ainsi qu'on le croit, mais de Tober Ri g h an Domuin, c'est-à-dire « Fontaine du Roi de l'Abîme ». On doit rapprocher de ce nom celui de Do?nnii^ la déesse des Fir Domnann et des Fomoré*.

D'autre part saint Patrick s'est substitué aux dieux anciens des eaux en les faisant mourir ou bien en les chassant à tout jamais hors d'Irlande \

Saint Patrick est encore un champion, le champion par excellence de la Foi en Irlande. Sa vie entière n'est qu'un

1. Borlase, HI. p. 776 : à Ballygaddy (Galway) deux carn sacrés sont dits Leachla Phadruig, « lits, tombeaux de Patrick », l'un distingué par le nom Altoir Phadruig ; ibid. Togher Patrick « siège de P. » au pied du Croagh Patrick (dit aussi Leachl Benain ou de Benignus) : Dinnsenchas de Brugh, Bev. Celt., XV.. p. 292, p. 2'J3 : on y montre un monument dit Ferla Patraic. Autrefois on le nommait tombeau d'Esclam, juge du dieu Dagda. — Cf. encore Borlase, II, p. 5§4 et passim ; Wood- Martin, op. cit., passim.

2. Triparlite, p. H2, p. dl3. Des anges habitent avec les truites. Cf. aussi Homélie du Lebar Brecc, loc. cit., p. 478, p. 479. — Achad-Fobuir, act. Aghagower, bar. Murrisk, Mayo.

3. Ex. Triparlite, p. 76 s., p. 77 s. : fontaine de saint Patrick à Tech Laissrenn en Meath. Le tombeau de sainte Bice est auprès de la fontaine. — Ibid., p. 92, p. 93 : dans Mag Slecht. — Cf. Wood-Martin, op. cit.

4. Borlase, III, p. 771, auquel nous empruntons l'étymologie de Tobereendoney. L'auteur suggère le rapprochement de dornuin et de Domnu.

5. Joyce, Soc. Hisl., II, p. 514 s. — Le thème du dragon lacustre vaincu par saint Patrick n'apparaît pas dans les Vies anciennes. Mais il est très répandu dans lé folk-lore local des lacs. Cf. aussi Giraldus Cambrensis, op. cit., p. 180; expulsion des reptiles, lesquels, on le sait, sont souvent l'incarnation de dieux des eaux,

long* combat contre les druides. C'est comme champion que le célèbrent les plus anciens hymnes, par exemple la Prière de Ninine\ Quant aux exemples des combats qu'il soutient on en a vu trop au cours de ce travail pour qu'il soit encore nécessaire d'en citer encore.

Saint Patrick est enfin le protecteur des tribus et des clans irlandais. II les a tous convertis lui-môme, sauf uniquement les clans de l'extrôme Sud. Les forteresses royales sont protégées par sa bénédiction ^

On en est arrivé à employer son nom comme synonyme de patron et d'apâtre. Ainsi un vieux poème irlandais dit que « l'humble Ailbe est le Patrick de Munster » et « Declan est le Patrick des Déisi^ ». Ce n'est sans doute que dans la rhétorique. Mais elle n'en indique pas moins que notre saint était représenté comme le parfait patron, le modèle des héros chrétiens.

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