Thésaurus l'alseohib., II, p
On pourrait objecter que quelques-uns sont des enfants illégitimes, sainte Brigit, par exemple'.
Sans doute, la multiplicité des saints nés hors du mariage s'explique dans une certaine mesure par le fait que les enfants illégitimes étaient exclus de l'héritage de la fine et que beaucoup devaient par conséquent prendre les ordres, ne pouvant vivre autrement d'une manière honorable.
Mais alors comment expliquer que tant d'eux sont devenus des abbés et des évoques? Et puis leurs pères naturels sont toujours des rois puissants, ou bien des druides, c'est-à-dire des personnages sacrés, comme les rois.
En réalité, si les hagiographes irlandais ont une telle prédilection pour attribuer une naissance illégitime à leurs saints, c'est qu'ils croyaient leur donner plus de lustre encore qu'aux simples parents des rois. La sainteté est en Irlande presque une prime à l'illégitimité. Les saints devenaient ainsi des personnages parallèles aux héros fils de dieux.
Tous les autres grands saints sont de race royale". Le type du saint plébéien, si répandu dans le reste de la chrétienté, est presque inconnu en Irlande.
1. Betha Brigte, dans les Three middle-Irish Homilies de Whitley Stokes, p. 186.
2. Coluracille, par exemple, est issu de la maison royale de Tirconnell : Betha Coluim-Chille, 1. 742 ss. dans Lives of SS. from the Book of Lismore. Saint Molaise est un descendant direct en ligne paternelle d'Aengus, fils de Nadfraoch, et dAiiill Ollomh, rois de Munster. Sa généalogie est tracée jusqu'à « Adam fils du Dieu Vivant ». Sa mère est Monoa, petite-fille de Fedelmid Rechtmar, roi suprême d'Irlande. Il unit donc en lui le sang des deux plus illuslres dynasties d'Irlande, celle de Tara et celle de Munster. Dans une liste des saints abbés et évêques d'Armagh, publiée par James Ware, De prxsuUbus Hibernise, p. 1 ss., nous ne relevons que des noms nobles et quelques noms appartenant à des rejetons de races royales. — Cf. aussi Geinealach Corca Laidhe, p. 56 ss., et p. 60 : généalogie des trois saints Fothad.
Les saints sont des patrons aristocratiques. — Aussi les saints sont les patrons plus particuliers des maisons royales et de haute noblesse.
Kcatinp^ a réuni une liste de quelques-uns de ces patrons. Saint Gaemghin de Glcndalough est le patron des O'TooIe et des O'Byrne ; saint Maedog de Ferns est celui des O'Kenshelagh ; saint Moling des O'Gavanagh Mac Murrogh ; saint Fintan de Cluain-Aidnech est le patron des O'Moore; saint Cainnech protège les Mac Gilla Patrick, chefs des Osraighi ; saint Sedna les O'Brien de la branche d' Aharlow ' .
Gomme les autres saints irlandais saint Patrick est UN parent de ses fidèles. Il l'est en qualité de père nourricier spirituel. — A première vue saint Patrick échappe à ces règles générales. Un ne pouvait faire de lui un enfant illégitime, ni même un parent d'une dynastie royale irlandaise. Tout au plus est-on parvenu à lui fabriquer la fameuse généalogie qui remonte au roi Brito".
Mais saint Patrick n'en est pas moins considéré comme un parent de ses fidèles. Il est le père nourricier de tous les patrons particuliers.
Son premier acte en débarquant en Meath a été de prendre Benignus pour dalta ^. Benignus a succédé à saint Patrick comme évêque d'Armagh *.
Partout où il passe les rois et les chefs lui confient un enfant en bas-âge, qu'il élève et dont il fait plus tard un évoque ou un prôlre **.
Quant aux saints étrangers qui ont accompagné saint