Exemples réunis chez Roscher, art. cité, col. 2526 ss
y a découvert les reliques. C'est le cas de nombreux saints chrétiens, qui doivent leur inscription au martyrologe au seul fait que leurs ossements ont été découverts dans les catacombes'. La mort de certains autres est une sorte de sacrifice comme celle de Didon, d'Hamilcar, d'Orphée ou encore des martyrs chrétiens. Il y a des héros dont la mort est une expiation ou bien marque le terme d'une expiation. C'est la mort des Pélopides ou d'Œdipc.
Enfm tout genre de mort susceptible d'une interprétation mythique, une mort qui bouleverse l'ordre établi peut faire un héros d'un homme quelconque. Telle est toute mort violente et mystérieuse, le suicide, la mort causée par la foudre, par une catastrophe rare et incompréhensible. Les hommes qui meurent subitement, surtout lorsqu'ils sont jeunes, la première ou la dernière victime d'une épidémie deviennent souvent des héros. On y voit des personnes marquées par la divinité. Sont héros tous ceux qui ont été tués par les dieux, comme Ajax filsd'Oïléus.
Ainsi la mort héroïque ou celle des héros est normalement une mort tragique. En tout cas on ne peut la ramener à ridée de décès physique.
Au contraire nous voyons qu'elle nous rapproche de la notion du héros glorifié de son vivant. Il s'agit de l'entrée rituelle d'un homme dans le monde sacré.
Or, c'est là-même la représentation du héros que nous avons étudiée tout à l'heure. Le héros, tel que le définit le langage, et le héros funéraire, sont au fond identiques.
Définition du héros. — Nous pouvons désormais essayer de formuler le résultat de notre anal3'se en une définition du héros.
1. Exemples dans P. Saintyves, Les saints successeurs des dieux, Paris, 1909, I" partie.
Le héros est un homme qui a rituellement conquis j par les mérites de sa vie ou de sa mort, la puissance effective inhérente à un groupe ou à une chose dont il est le représentant et dont il personnifie la valeur sociale fondamentale.
Celte définition n'est que provisoire. Pour en donner une formule définitive, il eût fallu entreprendre ici une élude approfondie de tous les cultes, mythes et légendes héroïques possibles. Telle quelle cependant elle nous paraît suffisante pour distinguer les héros des autres personnages sacrés, surtout dans les civilisations européennes dont nous aurons à nous occuper. Il nous importe particulièrement de les distinguer des dieux et des saints.
Les héros et les dieux. — Les héros, lorsqu'ils sont l'objet d'un culte, sont une catégorie particulière de dieu.x. Ils participent à leur nature et à leur puissance. Ils forment une classe intermédiaire entre les grands dieux et les esprits anonymes, parents de ceux-ci par leurs fonctions et de ceux-là parce que leur personnalité est bien distincte.
Mais le héros est et demeure toujours un homme. Il réunit en lui les deux natures divine et humaine. Son culte révèle une tentative des homme pour rapprocher d'eux le monde des dieux et s'en rendre les maîtres. C'est un dieu humanisé.
Les héros et les saints. — Quant aux saints ils forment une catégorie spéciale de héros.
Ils en réunissent, en efTet, les traits essentiels. Us sont des hommes glorifiés, qui par leurs actes ou par leur mort ont mérité une situation privilégiée entre les élus. Les fidèles vivent en communion avec eux. Ils voient dans les saints leurs avocats auprès de Dieu.
Mais ce sont des héros d'une espèce particulière. La nolion de sainteté est subordonnée à un idéal moral et religieux fixé par la théologie.
Le saint doit réaliser un type de vie morale et accomplir des actes déterminés à priori par les textes sacrés et par la tradition de TÉglise. A la fixation de l'idéal de sainteté président d'autre part les croyances eschalologiques. Le saint est Tinstrumcnl humain qui fait éclater la gloire de Dieu et qui travaille au salut de ses prochains et au sien propre.
La notion de sainteté est ainsi propre aux sociétés qui sont constituées en églises ou en sectes, puisque ce sont les conditions essentielles dans lesquelles une théologie peut s'élaborer.
Ce qui suivra, va démontrer, espérons-le, que saint Patrick n'est pas seulement un saint, mais plus exactement un héros.