‹ Le culte du dimancheChapitre 17 sur 34 · LISEZ JEAN IV, 1 A · texte numérisé non relu

LISEZ JEAN IV, 1 A

Fatigué d'une longue matinée de marche, et à l'heure où le soleil de la Palestine lançait ses rayons les plus directs sur sa tête, Jésus s'arrête au bord d'un puits et demande à une femme samaritaine un peu d'eau pour étancher sa soif. Comme elle semble lui refuser, Jésus lui dit : « Quiconque boira de cette eau-ci aura encore soif; mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura jamais soif; car l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau vive qui jaillira jusque dans la vie éternelle. » Cette femme, étonnée, répond : « Seigneur, donne-moi de cette eau, afin que je n'aie plus soif, et que je ne vienne plus puiser ici. »

Jésus et la Samaritaine s'accordent en ceci, que l'eau de cette terre ne saurait désaltérer une fois pour toujours ; mais ils diffèrent en cela que Jésus connaît une eau spirituelle qui rafraîchit jusque dans l'éternité, et que cette femme ne la connaît pas.

Une heure plus tard, les apôtres viennent offrir à Jésus quelques aliments, apportés de la ville voisine, et Jésus leur répond : « C'est ma nourriture que de faire la volonté de mon père. » On le voit, dans cet entretien, même sujet que dans le précédent : nourriture périssable offerte par l'homme, et nourriture spirituelle prise par le Fils de Dieu ; l'une apaisant la faim pour quelques heures, l'autre satisfaisant l'âme pendant une éternité.

De ces deux exemples qui se complètent l'un l'autre, on peut tirer sans effort cette pensée générale, qui du reste est évidemment ici . elle de Jésus : les biens de ce monde peuvent tromper un instant notre faim et notre soif de bonheur, mais aucun ne saurait vraiment nous satisfaire ; et après en avoir goûté, nous sommes encore obligés de dire : J'ai soif, j'ai faim. Celui qui n'a pas encore goûté à toutes les joies terrestres peut bien se faire illusion et se persuader qu'il trouvera dans celles qui lui restent à savourer une satisfaction pleine et entière, mais en avançant dans la vie, il sera

toujours plus vivement poussé vers cette conclusion : la terre peut nourrir le corps de l'homme, mais non son cœur? et si les biens et les joies qui en sortent peuvent apaiser un moment notre faim et notre soif de bonheur, ce n'est que pour les laisser bientôt se réveiller plus poignantes et plus désespérées. Écoutons donc Jésus ; étudions sa Parole, et peut-être quelques-uns de nous se laisserontils persuader d'aller à lui pour recevoir l'eau jaillissante jusqu'en vie éternelle.

Que le bonheur ne soit pas dans le manger et dans le boire, c'est ce qu'un enfant même reconnaîtra; et dès qu'on est entré dans la vie, on s'aperçoit que la véritable félicité est dans la satisfaction d'autres besoins : connaître, aimer, vivre. Mais ici commence une illusion : le jeune homme s'imagine avoir ici-bas un champ terrestre de connaissance, d'affection et de vie assez vaste pour répondre à tous ses désirs ; c'est précisément cette erreur que nous voudrions détruire.

Sans doute, si vous portez vos pensées sur l'univers matériel, vous trouverez plus d'études qu'il n'en faut pour remplir une vie ; mais la science, fruit de cette étude, nourrira-t-elle votre cœur? N'y a-t-il pas en vous des aspirations à des connaissances plus hautes? N'éprouvez-vous pas le désir de connaître la cause première des merveilles qui frappent vos yeux ? et même la connaissance de la création sans la connaissance du Créateur n'est-elle pas souvent pour vous comme une eau de feu qui vous donne une soif plus vive pour une eau vraiment rafraîchissante ? La terre tourne, mais quelle force la pousse? Je vis, mais pourquoi? Suis-je éternel comme Dieu, ou passager comme la brute? La mort me lancet-elle dans le néant ou dans l'éternité? Qui a créé ce monde, et pour quel but ce monde a-t-il été créé? Qu'y a-t-il derrière ces étoiles brillantes? Où est Dieu? Que veut-il de moi? Que dois-je attendre de lui? Voilà la véritable soif de science qui dessèche notre âme, et voilà la soif qu'une source sortant de la terre ne pourra jamais étancher. Scrutez la nature, faites passer ses éléments au creuset et sous la réflexion, jamais vous n'en extrairez une étincelle de lumière sur ces ténébreux sujets. Vous pourrez bien, par des études humaines, arriver à la conclusion qu'il existe une cause première

de l'univers, et déduire Dieu de la création comme une conséquence logique ; mais cette connaissance de Dieu sera sans douceur pour votre âme, sans influence sur votre vie. Vous pourrez bien, par l'étude attentive de votre conscience, arriver à soupçonner un avenir ; mais en même temps vos passions vous persuaderont le contraire, et cette espérance de bonheur après la mort n'ajoutera rien à vos joies dans cette vie; elle est trop vague, trop incertaine pour être agissante. Toute la philosophie n'a jamais produit autre chose que des probabilités, des peut-être, et jamais des convictions, jamais du bonheur. Après avoir dévoré ou écrit des centaines de volumes, les savants vous diront qu'ils ont encore soif de connaissances ; et peut-être, comme ce philosophe de l'antiquité en contemplation devant le gouffre béant d'un volcan qu'il étudie sans pouvoir le comprendre, se précipiteront-ils dans l'abîme du désespoir! Plus d'une fois le terme de la science humaine a été le suicide.

Oui, le dernier mot de la science sur Dieu, sur nous-mêmes, c'est le doute ou même l'aveu de l'ignorance ; et c'est ici que Jésus vient nous offrir l'eau jaillissante qui dessille nos yeux pour nous faire connaître Dieu, l'avenir, notre propre cœur; et c'est précisément sur l'aveu de cette impuissance de la science humaine que Jésus ente la science divine. Il met un flambeau dans notre main, la foi ; avec elle nous parcourons les détours de notre cœur, les mystères de Dieu, les ténèbres de notre avenir. La foi, vue de l'âme, nous fait accepter comme autant de vérités démontrées les révélations de la Bible ; dès lors dans le Créateur nous voyons un père ; dans la vie présente, un temps de préparation ; dans le tombeau, un passage à l'éternité; dans notre aspiration vers la vertu, l'indice de notre origine morale et de notre destination saine; dans nos fautes elles-mêmes, le besoin d'un Sauveur; dans notre faiblesse, la nécessité d'un secours. Tout s'illumine, se coordonne alors; nous connaissons véritablement, car nous lisons dans la Parole d'un Dieu à la lueur de son Saint-Esprit ; et cette connaissance donne à notre âme la paix, la joie que la connaissance humaine n'avait pu lui procurer ; alors notre soif est calmée, ou si nous désirons boire encore de cette science divine, la source en

est dans notre sein, dans la foi qui nous a ouvert la Bible et qui est toujours là pour nous l'expliquer.

La seconde source de bonheur qui coule sur cette terre est celle des affections : source pure, féconde; mais, hélas! source qui ne peut donner qu'une eau encore bien fade, aussi longtemps qu'elle n'a pas traversé le sel de l'Évangile. D'abord écartez de notre sujet cet amour charnel, qui n'est après tout qu'un impur égoïsme, et qui cherche sa satisfaction, non dans le dévouement de celui qui aime, mais dans l'immolation de l'objet aimé. Un tel amour n'est pas de l'amour, c'est de la passion; et en tout cas, cette passion, encore bien moins que le véritable amour, est incapable de désaltérer le cœur humain; elle passe, et laisse le dégoût; ce n'est pas d'elle que nous voulons parler. Mais ici-bas il est des affections véritables : celle d'une mère pour ses enfants, celle des époux entre eux, celle de quelques rares amis. Vous avez tous sans doute puisé à cette source, et pour un moment vous en avez été désaltérés. Mais, dites-le-nous : votre soif de bonheur, même au sein de ces amours légitimes, n'est-elle pas revenue? Après avoir enserré dans votre cœur vos amis, vos enfants, votre épouse, n'y sentiez-vous pas encore un vide immense que rien d'ici-bas ne pouvait remplir? A vos plus douces étreintes n'avez-vous pas vu se mêler des tristesses, et de vos joies les plus vives s'élever des soupirs? Ne vous êtes-vous jamais dit : C'est bien là le bonheur que j'avais jadis rêvé, et cependant sa réalisation ne peut aujourd'hui me suffire? Ces êtres ne m'aiment pas ; hélas ! moi-même je ne les aime pas de cet amour pur, infini, que je conçois sans pouvoir l'exprimer. Le meilleur de mes amis a son côté haïssable; moi-même à plus d'un égard je ne suis pas digne d'être aimé. Cet amour peut finir ; il tient peut-être à une circonstance insignifiante, à une relation de société, à une distance mise entre nous ; et cet amour, fût-il à l'épreuve des vicissitudes, ne doit-il pas cesser avec la vie? L'être qui me donne de la joie aujourd'hui ne me fera-t-il pas pleurer demain? Cette perspective, cher lecteur, ne vous a-t-elle pas fait plus d'une fois trembler? Enfin ces affections terrestres fussent-elles toujours solides, pures, profondes, fussent-elles éternelles, si cette terre pouvait l'être, dites, ces affections terrestres comblent-elles votre

cœur? N'avez-vous plus soif de bonheur après elles? Non, non, je ne crains pas de le dire, plus votre cœur est aimant, plus haut il répondra : Non, non; je rêve d'autres amours, des amours avec des êtres plus grands, plus saints, plus durables ; des affections d'anges, comme nous en montre notre imagination, mais comme cette terre ne nous en a jamais montré ; il nous semble qu'avec eux nous serions meilleurs, et que dans leur commerce nous aimerions, comme aujourd'hui nous sommes incapables d'aimer. Donnez-nous des objets plus dignes d'affection, et notre cœur s'élèvera; donnez-nous un peuple de séraphins, et notre âme se sanctifiera. Nous ne savons exactement quels êtres nous manquent, mais certainement nous n'avons pas tout l'amour qu'il nous faut pour combler les capacités infinies de notre âme.

Voilà le cri de l'humanité ; et voici la réponse de l'Évangile : Pauvre pécheur, le Fils d'un Dieu est venu sur la terre te prendre pour te porter aux cieux ; et comme ton péché te fermait ce séjour, ce Sauveur a subi le châtiment dû à tes propres fautes ; pour toi il a souffert, pour toi il a donné son sang, pour toi à cette heure il prie, et il t'aime tant que les anges sont confondus de son amour ; il t'aime tant que son Père, ton juge, a cédé à sa demande, et qu'aujourd'hui ta grâce est proclamée. Pour te recevoir, Dieu a ouvert son ciel, et « quand il ouvre, personne ne ferme; » après ton accès au céleste séjour, il en refermera sur toi la porte, et « quand il ferme, personne n'ouvre. » Tu es aimé de Dieu, aimé des anges, qui à cette heure se réjouissent à la pensée que tu vas peut-être te convertir ; tu es aimé de Jésus, qui te fait prêcher ici même son Evangile de salut; tu es aimé de Dieu, qui dans ce livre sollicite ton cœur par le Saint-Esprit à te rendre enfin à tant d'amour! Dis-moi, un tel amour ne peut-il pas te suffire? Ah ! dis plutôt que tu ne peux suffire à tant d'amour. Reconnais que si jamais ton cœur peut s'ouvrir à de telles émotions, ton bonheur est assuré, la source éternelle est ouverte, et que là tu pourras puiser sans mesure et sans fin. Ton père est un Dieu, ton frère est son Fils, tes amis sont des anges; et ce père, ce frère, ces amis sont infinis en puissance, en amour, en sainteté. Si tu ne peux t' élever jusqu'à eux, si tu ne peux aimer comme ils t'aiment, prie seule-

ment, et l'amour te sera donné; ton cœur sera élargi, tes affections purifiées; et à l'avenir non-seulement tu aimeras ta céleste famille, mais encore ta famille d'ici-bas marchant avec toi vers l'éternité; alors tes affections terrestres deviendront plus pures, plus fortes, plus indulgentes ; tu n'aimeras plus des êtres passagers, mais des êtres immortels que tu peux toi-même diriger vers les cieux.

Enfin un dernier besoin, le plus profond de notre être, c'est celui de la vie. Vivre, vivre, toujours vivre! voilà le cri de notre nature. La mort d'autrui nous attriste, la nôtre nous épouvante, et la seule pensée du néant nous fait frémir. Ce désir de vie est tout aussi vif chez la vieillesse que chez l'enfance. L'homme peut bien quitter volontiers ce monde quand il y souffre ; mais rendez-lui la santé, donnez-lui du pain, et il se reprend à la vie. Maintenant rapprochez cette soif persistante de vie chez l'homme de son existence terrestre : chaque jour il vieillit ; chaque jour il se voit plus près d'un terme que bientôt sa main va toucher. En vain il veut prolonger sa course, prendre des détours, oublier le voyage; non, la douleur, la caducité, viennent constamment lui rappeler qu'il faut finir, et cependant son attachement à la vie reste le même, en sorte que, ses jours s'abrégeant, ses terreurs sont toujours croissantes ! Quelle horrible position que celle d'un homme qui reconnaît toujours mieux la vanité de ses premières espérances, la misère du bonheur terrestre, et qui en même temps sent peu à peu se tarir en lui les sources de la vie ; qui chaque soir se répète : un jour de moins ! et de ces jours un petit nombre me reste ; qui à chaque douleur peut se dire : elle sera mortelle! et qui avec cette sombre et courte perspective sur le tombeau- éprouve aussi vivement que jamais le désir insatiable d'exister !

Dites, vous qui m'écoutez, hommes de quarante, de cinquante, de soixante années, êtes-vous rassasiés de jours? Et si la mort vous attendait à la porte de cette enceinte, ne reculeriez-vous pas avec épouvante? N'avez-vous plus soif d'existence? Ëtes-vous prêts à déposer la coupe, satisfaits d'y avoir éteint vos désirs? Ou bien, si l'on pouvait vous offrir à cette heure un breuvage qui vous rendît la force, la jeunesse, et vous donnât un siècle à parcourir, n'y por-

teriez-vous pas avec avidité les lèvres? Ah ! sans doute, sans doute, et cet ardent besoin d'existence qu'un demi-siècle n'a pas même apaisé est la base où Jésus vient déposer la coupe d'où jaillira pour nous la vie éternelle. C'est précisément parce que ce besoin est en vous que vous pouvez croire à Celui qui vient le satisfaire : le même Dieu qui vous a donné cette soif vous apporte l'eau vive ; le même Dieu qui n'a pas voulu que le temps pût vous satisfaire vous offre l'éternité. Le désir de votre cœur et l'offre de Jésus s'entre-répondent si bien qu'évidemment l'un a été préparé pour l'autre. Oui, la vie éternelle, voilà ce qu'il vous faut; pas un jour de moins ! Car ce jour retranché supposerait qu'après des milliards de siècles vous devriez finir... Et finir, pour vous, à quelque époque que ce puisse être, finir, c'est le néant! Finir est épouvantable! Finir, c'est empoisonner la vie la plus longue et la mieux remplie. Finir! Non, non, je ne puis, je ne veux pas finir! Dieu me doit, il me l'a promise dans mon cœur, Dieu me doit l'éternité!

Mais remarquez-le bien, cher lecteur, ce cri de votre nature n'est qu'un désir; un désir n'est pas l'évidence; il faut pour le légitimer qu'une révélation positive de Dieu vienne le confirmer. Eh bien, cette révélation est celle envoyée par Jésus; il y a mieux : cette révélation se prouve par un fait personnel dont vous devez vous-même faire l'expérience. Cette eau vive qui jaillit jusque dans la vie éternelle, cette eau vive se trouve dès ce monde ; elle se boit dès aujourd'hui; cette eau vive qui donne la science, l'amour, la vie éternelle, c'est l'effusion du Saint-Esprit dans le cœur. « Celui qui croit en moi, dit un peu plus loin Jésus, des fleuves d'eau vive découleront de son sein. » Et « il disait cela, ajoute l'évangéliste, du Saint-Esprit que devaient recevoir ceux qui croyaient en lui. » Ce n'est donc pas un simple enseignement, une pure espérance, une attente lointaine, que Jésus vous offre; c'est le don de Dieu, don fait dans ce monde, dès ce jour, déposé dans votre sein : le don de son Saint-Esprit. Venez donc à lui; venez le prier, venez l'écouter; venez, vous confiant à sa parole, demander votre pardon, et vous en recevrez le gage clans votre cœur par le don du Saint-Esprit, « car la promesse en a été faite, à vous et à tous ceux qui sont éloignés, autant que le Seigneur en appellera. » Puisse-

t-il vous appeler; et si vous entendez sa voix, puissiez-vous ne pas endurcir vos cœurs !

XLVe DISCOURS/

(lisez JEAN, V. 39.)

Vous ne lisez pas la Bible; pourquoi? — Parce que vous ne la croyez pas véritablement la Parole de Dieu. C'est là votre premier motif ; et soit que vous le reconnaissiez hautement ou que vous le cachiez à vous-mêmes, il n'en est pas moins certain que c'est là le premier obstacle qui vous éloigne de la lecture de ce Livre.

Que vous dirai-je donc? Vous exposerai-je ces preuves innombrables qui établissent la divine origine de notre code sacré? — Vous parlerai-je de cette suite de gardiens fidèles qui ont veillé sur lui depuis son origine? — Vous rappellerai-je cette foule de témoins des premiers siècles, qui, amis ou ennemis du Christianisme, s'accordent tous à reconnaître dans l'Évangile l'œuvre des disciples de Jésus, témoins oculaires des faits qui y sont rapportés? — Vous peindrai-je le caractère candide et naïf de ces pécheurs-écrivains, qui a toujours frappé le lecteur attentif et impartial? — Vous dirai-je que ces hommes ont scellé de leur sang la vérité de leur récit ? — Vous citerai-je les aveux des plus fameux philosophes de nos temps modernes, dont l'un s'écrie à la lecture de l'Évangile : « Se peutil qu'un Livre à la fois si sublime et si simple soit l'ouvrage des hommes? Mais l'Évangile a des caractères de vérité si grands, si frappants, si parfaitement inimitables, que l'inventeur en serait plus étonnant que le héros. » — Non, pour vous parler de ces preuves, pour vous énumérer seulement celles qui me restent encore, il me faudrait des volumes, et je n'ai que quelques instants. Je veux donc me borner à une seule; je choisis la plus simple, celle

* Les cinq discours suivants ont déjà été publiés, mais à si petit nombre d'exemplaires et depuis si longtemps, qu'ils sont très-probablement inconnus à nos lecteurs.

qui, pour être sentie, n'exige ni science ni travail ; celle qui ne réclame de vous que des yeux et du simple bon sens. — Que penseriez-vous d'un écrivain qui, dans la préface de ses œuvres, exprimerait la prétention de voir son livre opérer une révolution complète dans le monde, changer les mœurs de toutes les nations, refaire les lois de tous les peuples, exciter l'admiration des sages de tous les siècles, et qui se flatterait sérieusement lui-même d'être placé par la postérité au rang de la Divinité ? — Vous auriez pitié de ses orgueilleuses et ridicules prétentions, et vous lui répondriez sans doute : Des génies aussi puissants que vous ont traversé cette terre, et leurs livres sont allés s'ensevelir avec eux dans l'oubli. Les plus illustres poètes, les plus sages philosophes se sont élevés un instant dans ce monde comme un éclatant météore à l'horizon, et l'instant d'après a vu leur renommée s'évanouir sans laisser plus de trace après elle que l'étincelle qui brille et disparaît. L'antiquité a eu ses Homère et ses Platon ; leurs ouvrages, lus, il y a deux mille ans, par tout un peuple, le sont à .peine, de nos jours, par quelques rares savants. Admirés dans leur langues, à cette époque, ils paraissent froids et insipides aux lecteurs de nos jours. Leurs pensées ont pu, pendant quelques années, fermenter dans quelques têtes sur un coin du globe ; mais ils n'ont pas modifié une seule loi, opéré la plus légère amélioration dans les mœurs de la grande majorité des peuples et des siècles. Etes-vous donc un génie surhumain pour espérer de les surpas seret d'inscrire votre nom dans les cieux, lorsque pas un d'entre eux n'a pu laisser un souvenir durable sur la terre? — Voilà sans doute ce que vous répondriez à cet homme présomptueux. — Eh bien, ce projet gigantesque que vous trouveriez souverainement ridicule dans la bouche d'un homme, Jésus l'a accompli ! Ces destinées brillantes qui vous paraissent si élevées au-dessus des succès qu'un livre humain peut atteindre, l'Evangile les a réalisées ! Jésus est venu seul sur la terre i seul, sans puissance, sans gloire. Sorti d'une bourgade obscure d'un obscur royaume, il apparaît sur la scène du monde, laisse tomber son Évangile sur un coin de ce globe, et adresse à l'humanité entière ces étonnantes paroles : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront jamais ! » 11 dit, et son Livre se multiplie comme par mi-

racle. Semblable à ce fleuve majestueux qui, débordant de ses rives, fertilise le pays qu'il inonde, l'Évangile traverse l'Asie, se répand en Europe, couvre l'Afrique, et, partout où il passe, déracine le vice, l'ignorance et l'idolâtrie, pour déposer des germes de régénération, de sainteté, de lumière et de vie. 11 se trouve bientôt au sein de chaque famille ; il est lu dans les palais de Rome comme dans les chaumières de Bethléem ; dans la famille des Césars comme dans celles des pauvres veuves d'Israël. Partout il est vénéré comme la Parole de Dieu ; partout il devient une loi, et une loi d'autant plus admirable, qu'elle n'a besoin ni de juges, ni de tribunaux, ni de cachots pour se faire obéir; mais une loi vivante qui parle à la conscience, la bouleverse, l'effraie, la purifie, et la soumet à ses ordres. — Quelques siècles s'écoulent : des hordes de barbares se précipitent avec fureur sur les contrées qui lisent cet Évangile ; elles entraînent tout sur leur passage, massacrent les peuples, rasent les villes, incendient les palais... ; mais elles viennent se briser elles-mêmes contre ce Livre, qui fait tomber de leurs mains leurs armes ensanglantées, apaise leur rage, adoucit leurs mœurs, et les soumet elles-mêmes à ses lois. — De nouveaux siècles s'écoulent encore. Un nouveau monde païen, jusqu'alors inconnu, surgit de l'Océan ; l'Évangile y pénètre avec le premier navire européen, et bientôt cette nouvelle terre lit et vénère d'un pôle à l'autre les pages de ce Livre. — Les vagues séculaires du temps fuient encore. Quelques amis de la Bible se réunissent et forment le projet de porter ce Livre sur tous les points de la terre où il est encore inconnu. A peine quelques années, et l'Évangile est traduit en cent cinquante langues, porté chez autant de peuplades sauvages, lointaines, et des contrées que l'audace des hommes n'avait encore osé explorer voient avec étonnement la Bible apparaître dans leur sein, changer la face de leur sol, épurer les mœurs de leurs peuples, et répandre sur elles les bienfaits de la civilisation. — Jésus avait dit : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront jamais. » — Deux mille ans se sont écoulés; le ciel et la terre ont vieilli, mais l'Évangile est toujours là, toujours pur, toujours nouveau, rayonnant de gloire, éternel, immuable, comme Celui qui l'a jeté dans le monde!

Comment expliquer le succès merveilleux de ce Livre? Cherehet-il à plaire aux hommes, flatte-t-il leurs passions pour obtenir leur approbation? — Non ; il les accuse tous avec force de péché; il les menace tous d'une mort éternelle. Il blâme ce qu'ils aiment ; il leur impose l'amour de ce qu'ils haïssent; il les arrache à tous les plaisirs de ce monde pour les appeler à la sainteté du ciel ; il veut que leur vie devienne un combat qui ne se terminera qu'à leur mort .

Est-ce à la force des armes que ce Livre doit ses triomphes ? Ses amis, après des victoires sanglantes, l'ont-ils imposé, comme une loi, aux vaincus? — Non ; c'est ce livre lui-même et ses amis qui ont été persécutés et livrés ensemble à la flamme des bûchers ; et lorsque des défenseurs imprudents de l'Évangile ont voulu lui ouvrir un chemin chez un peuple avec le glaive, alors ce livre a été repoussé et n'a eu aucun succès ; comme si Dieu, son auteur, avait voulu faire sentir aux hommes que ce n'était pas à leur petite protection, mais à la sienne toute-puissante qu'il devait ses triomphes. C'est à l'ombre de la paix, par les armes de la persuasion, sans menace, sans persécution, sans fers, sans cachot, que l'Évangile s'est établi sur la terre.

Ce Livre doit-il ses succès à son accord avec les institutions politiques, avec le caractère moral, avec le climat d'une nation en particulier? En vénération chez un peuple auquel il convient, ne serait-il pas méprisé chez un autre? — Non; par un prodige inouï, ce Livre s'adapte à tous les peuples, à toutes les contrées, à toutes les institutions, à tous les besoins, à tous les caractères; il a soumis jadis le Romain conquérant et instruit le philosophe grec ; il soumet aujourd'hui l'Indien sauvage, et instruit le stupide Hottentot. Il a prospéré sous l'empire despotique des Césars ; il prospère cle nos jours sous la modeste autorité du président des États-Unis. Ses dogmes profonds, son style simple et sublime, son harmonie mystérieuse avec les besoins du genre humain, ont été admirés d'Athènes, d'Alexandrie et de Rome; ils sont encore admirés des savants de nos siècles modernes ; l'on a vu nos plus grands génies, les Newton, les Leibnitz, les Pascal, déposer à ses pieds les plus éclatants témoignages, en faire leur règle de foi, le fondement de

leur espérance. — Maintenant, je fais une question bien simple : Le livre qui a eu de telles destinées est-il l'œuvre de l'homme ou l'ouvrage de Dieu? Si je disais à un enfant : « Ce soleil suspendu à la voûte des cieux, qui éclaire le monde, réchauffe la terre, fait mûrir les moissons, vivifie toutes les créatures, est-ce un homme qui l'a créé? » — Non, c'est Dieu, me dirait-il. — Et à vous, je demande : Cet Évangile, soleil de vérité, cet Évangile qui a changé la face du monde, cet Évangile qui éclaire les esprits et sanctifie les cœurs, cet Évangile qui, depuis deux mille ans, préside à tous les véritables progrès de la civilisation, qui voit prospérer les contrées qui le lisent, et dépérir celles qui l'ignorent, cet Évangile est-il l'œuvre de l'homme? — Non! Tout ce qui vient de l'homme est, comme lui, fragile et périssable; son œuvre est éphémère, comme la durée de sa vie : aujourd'hui elle s'élève majestueuse, et demain elle ne présente plus qu'une ruine. Sa pensée est petite comme son intelligence ; on l'admire sur un point du globe, on la méprise dans l'autre. Sa parole, comme sa voix, s'éteint à quelques pas de lui; puissante un instant et sur un peuple passionné, elle est faible le lendemain et devant une raison sévère. Non, la Bible n'est pas la parole de l'homme ; la Bible est la Parole de Dieu ! Oui, la Bible est la Parole de Dieu ! Sentez-vous le prix de ces mots : la Bible est la Parole de Dieu? — Si à l'instant même cet édifice s'entr'ouvrait, et si, au-dessus de vos têtes, l'azur du ciel se partageait pour laisser vos regards pénétrer jusqu'au séjour des bienheureux et au trône de l'Éternel ; qu'un livre fût lancé de ce ciel sur cette terre, à vos pieds, et qu'une voix céleste vous fit entendre ces paroles : « Ce livre est la Parole de Dieu; » savezvous quel serait ce livre? Ce serait cette Bible, telle qu'elle est en nos mains, telle que vous pouvez la lire chaque jour, sans un mot de plus ni un mot de moins; car la Bible est la Parole de Dieu ! — Si l'on pouvait réunir en un seul volume toute la science et toute la sagesse des savants et des philosophes de l'antiquité, du siècle présent et des âges à venir, cet amas de sagesse et de science ne vous instruirait pas autant que quelques feuilles de cette Bible; car la Bible, la Bible est la Parole de Dieu! — Entassez en un seul lieu tous les trésors des rois et des Crésus de ce monde ; ajoutez-y

les mines d'or et d'argent que recèlent encore les entrailles de la terre; joignez-y les richesses que couvre l'Océan, tout cela ne vaudra pas pour vous, chrétiens, une seule ligne de la Bible : la Bible est la Parole de Dieu ! — Le Dieu qui d'un mot a créé le ciel et la terre; le Dieu qui vous a donné l'existence, et qui, d'un souffle, peut vous l'ôter; le Dieu qui tient en ses mains vos destinées futures, ce Dieu a choisi quelques hommes, les a animés de son Esprit, a dirigé leurs plumes, recueilli leurs écrits et formé un Volume sacré ; ce Volume, il l'a préservé du naufrage du temps, qui engloutit chaque jour les hommes et les choses ; il l'a mis dans vos mains; et, l'ouvrant sous vos yeux, il vous y fait lire ces mots : « Sondez les Écritures, » Et vous, vous refermeriez ce livre ! vous refuseriez de lire cette Bible, ou bien vous n'en liriez que quelques lambeaux, à de longs intervalles, dans vos moments désoccupés, avec distraction, comme par acquit de conscience ! Oh ! je n'ai qu'un mot à vous dire : la Bible, la Bible est la Parole de Dieu !

Et que dit-elle, cette Parole de Dieu? que vient-elle nous apprendre? — 0 homme ! homme ! c'est ici que se montre dans toute son étendue ta coupable folie. Dévoré du désir de connaître la vérité, entouré de toutes parts de ténèbres qui la dérobent à tes yeux, lorsque tu marches au hasard, au risque de rencontrer à chaque pas un précipice, demandant ta route à des guides qui t'égarent, alors Dieu lui-même vient mettre le flambeau de sa Parole entre tes mains pour te conduire; et toi, tu le repousserais, tu Téteindrais pour suivre les faibles lueurs de la sagesse humaine ! Altéré d'une soif ardente de bonheur, que jusqu'à ce jour rien n'a pu satisfaire ; lorsque tu ne trouves dans le passé que souvenirs pénibles, dans le présent que travail et souffrance; lorsque chaque désir satisfait n'est plus pour toi qu'une illusion déçue; lorsque la félicité n'est encore pour ton cœur qu'une espérance, alors ton Dieu t'ouvre le trésor de sa Parole, source féconde d'un bonheur véritable, éternel et céleste; et toi, tu le refuserais et le laisserais là pour aller demander ce bonheur à un monde aussi misérable que toi ! 0 folie ! folie humaine ! Tout ce qui est erreur et mensonge aurait-il donc seul le privilège d'enflammer ton imagination, tandis que la vérité

te trouvera toujours froid et glacé ! Si la voix d'un génie humain s'élève sur la terre, tu t'agites, prêtes l'oreille et admires. Dieu a parlé ; et à sa voix tu resterais calme ; pour elle tu n'aurais ni attention ni louange ! — Mais jusqu'à ce jour, la parole du monde t'a trompé en te promettant la vérité et le bonheur ; ne voudras-tu pas tenter au moins de les demander à la Parole de Dieu, à qui tu ne saurais encore reprocher un mensonge? Que de philosophes qui, à leur première page, t'ont pompeusement promis la vérité, et qui, à la dernière, ne t'avaient encore donné que doute, incertitude et erreur! Que de livres frivoles t'ont fait espérer le plaisir, et qui, au dernier volume, ne t'ont laissé que mollesse dans le cœur, lassitude de la vie et dégoût pour la réalité! Si dans la sagesse humaine que tu as dévorée jusqu'à ce jour avec tant d'ardeur et de persévérance tu n'as encore trouvé qu'erreur, orgueil et mensonge, dans la page qui t'en reste à lire trouveras-tu donc la vérité? N'es-tu pas encore désabusé? Ne vois-tu pas que, s'il t'a menti jusqu'à ce jour, il te mentira encore? Laisse-le donc là pour un instant, et jette un coup d'œil sur ce Livre qui te dit renfermer la sagesse de Dieu; ouvre, lis et médite la Bible. Si tu ne peux le faire d'abord avec faveur pour elle, fais-le, du moins, avec impartialité; si tu ne veux lui donner tes longues veilles, donne-lui quelques minutes du jour ; si tu ne veux lui accorder toutes tes forces de méditation, accorde-lui au moins l'attention que tu donnes à la feuille éphémère que tu parcours. Peut-être, ce seul Livre qui te reste à connaître te donnera-t-il la vérité que tu cherches, le bonheur que tu désires. Lis, lis toujours; peut-être.... Mais que faisje? C'est à genoux que je vous demande de lire cette Bible. ... Je me relève, et vous dis avec l'assurance que me donne la vérité chrétienne : Vous devez lire cette Bible : cette Bible est la Parole de Dieu ! Si votre foi n'est pas entièrement éteinte, vous devez lire cette Bible pour chercher le salut; — si vous doutez encore, vous devez la lire pour éclaircir vos doutes ; — fussiez-vous sans croyance et sans Dieu, vous devriez lire la Bible, comme dernière tentative pour découvrir la vérité. Qui pourrait vous retenir encore? Parce que ce Livre est délaissé par la foule qui vous entoure, n'aurezvous pas le courage d'en secouer la poussière et de le lire? L'in-

crédulité du monde est-elle donc à vos yeux une preuve irréfragable contre cette Bible? Parce que, sur un point du globe, votre patrie, à une heure donnée, celle de votre vie, le monde ne croit pas, cela change-t-il la vérité? D'autres contrées, d'autres siècles n'ont-ils pas cru? Quelle folie! Un nuage traverse les airs, et dérobe aux yeux la clarté du jour ; l'insensé crie : « Il n'y a plus de soleil; le soleil est éteint. » Et le sage lui dit : « Encore un instant, et le nuage se dissipera; et l'astre qui depuis six milliers d'années éclaire le monde lui renverra ses rayons. Ce qu'il a fait depuis soixante siècles, il le fera jusqu'à la fin des siècles; le passé m'est garant de l'avenir. » — De même, l'incrédulité de nos jours couvre de ses ombres la lumière de la Bible au milieu de nous, et l'insensé s'écrie : « Il n'y a plus de Bible ; le Christianisme est éteint. » Et le chrétien vous dit : « Encore un instant, et l'incrédulité se dissipera; et la vérité de la Bible dardera sur la terre ses rayons plus brillants que jamais ; le passé m'est garant de l'avenir. » Aux cris moqueurs de notre siècle qui repoussent ce Livre j'oppose les cris de vingt siècles de Christianisme qui, de tous les points de la terre, vous répètent avec force et conviction : La Bible est la Parole de Dieu! Déjà, j'aperçois les rayons du soleil de vérité s'échapper des bords du nuage; et, tandis qu'il laisse notre point encore dans l'ombre, je le vois projeter sa lumière sur une vaste partie du globe. A la faible voix de notre patrie incrédule j'oppose les voix puissantes de cette Germanie studieuse, de ces Iles florissantes, de ce Nouveau-Monde chrétien, qui vous crient ces mots qui ne sauraient vieillir, qui retentiront dans les siècles à venir : La Bible, la Bible est la Parole de Dieu !

Mais, Seigneur, que sont les témoignagnes des nations pour convaincre les cœurs? C'est celui de ton Esprit qui seul peut toucher nos âmes ; éclaire-nous donc toi-même, et alors nous croirons vraiment que la Bible est la Parole de Dieu.

XLVIe DISCOURS.

(lisez romains, 1 , 16.)

C'est l'Évangile que Jésus est venu apporter à la terre, c'est l'Évangile que les Apôtres devaient enseigner au monde, c'est l'Évangile que nous devons croire pour arriver au salut. Mais qu'estce que V Évangile ? Ce mot, pris de la langue du Nouveau-Testament, signifie Bonne nouvelle. C'est donc une bonne nouvelle que Jésus est venu annoncer à la terre, une bonne nouvelle que les Apôtres doivent prêcher à tous les hommes, une bonne nouvelle que nous devons croire. Quelle est cette bonne nouvelle? en quoi consiste-t-elle? Question importante, puisque c'est de notre foi à cet Évangile que dépend notre salut. Parcourons donc les pages du Livre divin qui nous a transmis la vie et les paroles de Jésus, et cherchons quel est le fait qui mérite le beau nom de \&Bonne nouvelle.

Jésus a apporté à la terre une morale de la plus éclatante pureté ; rien de ce que les sages avaient dit jusqu'alors, rien de ce qu'ils ont dit depuis, rien de ce que renferme la loi de Moïse, dictée par Dieu lui-même, n'approche de la beauté des préceptes de Jésus- Christ. Dès les premiers jours de son ministère, assis sur le penchant d'une montagne, il adresse à la foule qui se presse autour de lui ces sublimes paroles : « Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : Tu ne tueras point ; mais moi je vous dis que quiconque se met en colère sans raison contre son frère mérite d'être puni par les juges. Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : Tu ne commettras point d'adultère; mais moi je vous dis que quiconque regarde une femme avec des yeux de convoitoise a déjà commis adultère dans son cœur. Vous avez appris qu'il a été dit : OEil pour œil et dent pour dent ; mais moi je vous dis de ne point résister à ceux qui vous maltraitent; mais si quelqu'un vous donne un soufflet sur la joue droite, présentez-lui aussi l'autre. Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi ; mais moi je vous dis : Aimez vos ennemis,

bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous maltraitent et vous persécutent. »

Cette morale si pure, si noble, si élevée , cette morale divine ne serait-elle pas la Bonne nouvelle que Jésus est venu annoncer à la terre? — Hélas ! une tâche plus longue et plus pénible imposée à l'esclave, un cachot plus étroit donné au prisonnier, des chaînes plus pesantes mises aux pieds du forçat, sont-ils donc pouf ces malheureux une bonne nouvelle?... Et c'est là l'image du faible enfant d'Adam mis en présence de la morale de Jésus. L'homme était déjà incapable d'accomplir la loi de sa conscience qui ne lui demandait qu'une exacte justice envers ses semblables ; sera-ce pour lui une bonne nouvelle que l'obligation de se soumettre à une morale qui lui impose le renoncement à lui-même, l'amour pour tous les hommes et pour son Dieu, et le sacrifice même de sa vie? Notre cœur irritable ne s'abstient qu'avec peine de la vengeance ; nous sera-t-il plus facile de bénir nos ennemis? Avides de posséder, nous croyons beaucoup faire en observant les règles d'une exacte probité; nous estimerons-nous donc plus heureux lorsque, n'opposant aucune résistance à celui qui nous dépouille, nous lui aurons cédé une partie de nos droits ou de nos biens pour conserver la paix ? Notre conscience ne condamnait de nos passions que les actes accomplis ; serons-nous donc plus libres quand le simple désir sera puni comme le crime? Gomment une morale qui double notre tâche, incrimine nos plus légères fautes, scrute jusqu'à nos pensées, serait-elle pour nous, êtres faibles et passionnés, une Bonne nouvelle? Comment une loi dont on ne peut enfreindre le plus petit commandement sans être condamné, serait-elle un sujet de joie pour le monde? Ah! sans doute, j'admire la sublime morale de Jésus, je reconnais que la terre n'a jamais rien produit de semblable, et que le Ciel seul peut l'avoir envoyée; mais quand j'apprends que moi, si faible contre le mal qui m'assiège, si fragile au choc des passions, si inconstant dans mes meilleures résolutions, je dois, chaque jour de ma vie," en suivre les sévères préceptes, je me dis avec conviction : Non, ce n'est pas là la Bonne nouvelle que Jésus m'a apportée du ciel.

Jésus est aussi venu mettre en évidence une nouvelle existence qui attend les hommes au-delà durtombeau ; il leur a appris que la

vie terrestre n'est que le premier anneau d'une chaîne sans fin qui va se perdre dans l'éternité. Il a confirmé la vérité de ses paroles par sa propre résurrection, et « a mis en évidence la vie et l 'immortalité. » Avant cette révélation de Jésus-Christ, l'homme, si fortement attaché à l'existence, frémissait à la pensée d'une mort prochaine, inévitable; Jésus est venu lui dire qu'il avait brisé l'aiguillon de la mort et arraché la victoire au sépulcre.

Cette révélation d'une vie sans fin ne serait-elle pas la Bonne nouvelle que Jésus est venu apporter à la terre? — Oui, sans doute, si cette vie à venir était une vie de bonheur pour tous les hommes. Mais à côté de ce ciel, exempt de travail, de deuil, de souffrances, où toute larme sera essuyée, Jésus me découvre aussi un séjour de ténèbres et de remords, où se feront entendre des pleurs et des grincements de dents. Si Jésus promet de faire asseoir sur le trône de son Père celui qui vaincra, il menace aussi d'un feu éternel, d'un ver qui ne meurt point, quiconque transgresse la loi et tombe dans le péché. Si je ne puis espérer de vivre que lorsque j'aurai aimé Dieu de tout mon cœur, et mon prochain comme moi-même, mon égoïsme ne m'a-t-il pas déjà condamné à la mort? Si rien de souillé ne doit entrer dans le ciel, mes impuretés ne m'ont-elles pas fermé tout accès auprès de Dieu, pour me précipiter dans le séjour des ténèbres? Si j'ignorais l'existence de cette vie à venir, mes terreurs ne porteraient pas au-delà de cette terre ; et si les maux de la vie présente pesaient sur ma tête, la certitude de les secouer un jour en allégerait le poids. Mais aujourd'hui, lorsque Jésus vient m'annoncer une éternelle félicité pour le juste, et des peines sans fin pour le pécheur... à moi, pécheur couvert d'iniquités dans ma vie passée, incapable par moi-même de mieux faire à l'avenir, n'ayant pas même la force de prendre une résolution efficace pour m'arracher au vice, je vois là ma condamnation écrite en lettres de feu, et je me dis encore : Non, ce n'est pas là la Bonne nouvelle que Jésus m'a apportée.

Ainsi, d'une part, Jésus m'impose une loi morale plus difficile à satisfaire. Je sais que je n'ai pas accompli les devoirs que me prescrit ma conscience, encore bien moins ceux que me prescrit la Bible ; j'ai violé l'une et l'autre loi, non pas quelquefois, mais cha-

que jour de ma vie ; non sur un point, mais sur tous. D'un autre côté, Jésus me déclare qu'une vie éternelle de rétribution punira mes infractions à cette loi. Voilà donc, en même temps, la certitude d'avoir violé la loi, et la certitude que cette violation sera punie; en sorte que, dès à présent, l'Écriture à la main, je suis assuré d'être condamné. Où donc est pour moi le sujet de me réjouir? Je ne vois là, au contraire, qu'une vérité effrayante, capable de me jeter dans le désespoir, de me faire maudire la vie, et désirer le néant. Où donc est la Bonne nouvelle? Cette Bonne nouvelle qu'une suite de prophètes ont proclamée pendant quarante siècles comme un sujet de joie universelle ; cette Bonne nouvelle que célébraient les armées célestes, comme apportant la paix à la terre et la bienveillance envers les hommes ; cette Bonne nouvelle que Jésus et les apôtres proclamèrent comme le salut du genre humain, où donc est-elle, cette Bonne nouvelle? — Lecteur, la voici en peu de mots : Jésus est venu racheter les hommes d'une condamnation méritée, et leur faire le don, le don gratuit d'une vie éternelle! Oui, nous avions, vous et moi, péché contre la loi de Dieu, et « Jésus a été livré pour nos péchés; il est ressuscité pour notre justification. » Nous étions maudits pour nos désobéissances, «Jésus nous a rachetés de la malédiction de laloi, ayant été fait malédiction pour nous. » Nous avions mérité la condamnation, mais Jésus nous dit : « C'est par grâce que vous êtes sauvés; cela ne vient point de vous, c'est un don de Dieu. » La voilà donc, cette Bonne nouvelle : ce péché que vous ne pouviez effacer, Jésus l'a effacé ; cette condamnation que vous aviez méritée, Jésus l'a subie ; ces menaces que vous ne pouviez repousser, Jésus les a détournées ; cet abîme ouvert sous vos pas, Jésus l'a comblé; et ce ciel qu'il vous était impossible d'atteindre, Jésus vous l'a ouvert; il vous y transporte, et vous donne gratuitement la vie éternelle. Et tout cela, sans que vous ayez rien fait pour l'obtenir ; au contraire, malgré tout ce que vous avez fait pour vous en éloigner ; tout cela gratuitement, sans condition, en pur don ; tout cela par amour pour vous, par une miséricorde indicible. Oui, voilà la Bonne nouvelle! Jésus est venu sur la terre ; il a souffert pour vous ; il est mort pour vous ; il ne vous reste qu'à accepter le salut éternel qui vous est gratuitement offert .

Mais, dira-t-on, si tous les péchés de l'homme lui sont remis, s'il n'a rien à faire pour mériter le ciel, et que le salut lui soit assuré dès à présent, pourquoi l'homme fuirait-il le péché? il lui sera toujours pardonné. Dès que le penchant de son cœur l'invite au mal, pourquoi, pour parler avec l'apôtre, « ne pècherait-il pas, afin que la grâce abonde ? » — Lecteur, avant de vous répondre, laissez-moi vous adresser une question. Je suppose qu'en suivant les bords d'un fleuve large, profond, rapide, vous tombiez au milieu de ses eaux, et vous vous sentiez entraîné par le courant. D'abord, vous luttez avec courage ; mais la force du courant, supérieure à la vôtre, met à chaque instant une nouvelle distance entre vous et le rivage. Pas un esquif pour venir à votre secours, pas une planche pour vous soutenir, pas un roseau pour fixer votre main ; toujours, toujours les flots vous entraînent. Vos forces s'épuisent, votre courage s'abat; vous allez disparaître : encore une vague, et c'en est fait de vous. — Tout-à-coup un ami s'élance, fend rapidement les ondes, arrive à vous, d'un bras vous enveloppe, de l'autre nage avec effort, et vous dépose enfin sur le rivage. Quant à lui, épuisé de fatigue, il ne lui reste de voix que pour vous prier de lui conserver une place dans votre souvenir ; de l'aimer comme il vous a aimé en s'exposant pour conserver vos jours, et il meurt victime volontaire de son dévouement pour vous. Quelle sera votre conduite à l'avenir? Je vais répondre à votre place. Vous irez répandre dans le monde des bruits injurieux à la réputation de cet ami qui s'est sacrifié pour vous sauver la vie. Non-seulement son amitié ne touchera pas votre cœur, mais vous tournerez son dévouement en ridicule ; vous maudirez son nom, vous couvrirez de mépris sa famille, vous repousserez avec dureté un de ses frères venant vous demander un léger secours ; son souvenir vous deviendra odieux ; aucune des volontés qu'il aura exprimées en mourant ne vous sera sacrée... — « Non, allez-vous me répondre avec indignation, non, ce ne serait pas là ma conduite, vous me calomniez; je suis incapable d'une telle lâcheté ; j'ai des sentiments assez nobles pour répondre plus dignement à l'amitié de celui à qui je devrais l'existence. » — Oui, lecteur, ma supposition est une calomnie, et voilà précisément pourquoi, si vous regardez vrai-

ment Jésus comme un Sauveur qui a donné sa vie pour conserver la vôtre, il est impossible que vous restiez dans le péché, quand vous savez que Jésus mourant ne vous a demandé d'autre témoignage de votre reconnaissance que de fuir ce péché. Il est impossible que son dévouement ne réveille pas votre amour, et que cet amour ne vous conduise pas à l'obéissance, quand le Maître vous demande de vous sanctifier. Eh quoi ! l'ami qui vous aurait conservé cette vie d'un jour aurait pu exciter votre gratitude, trouver une place dans votre cœur, obtenir votre acquiescement à sa volonté, et Jésus, votre meilleur ami, vous donnant une vie éternelle, n'exciterait pas aussi votre gratitude, n'émouvrait pas aussi votre cœur, n'obtiendrait pas aussi votre reconnaissance? Vous verriez son corps fixé à un bois infâme, ses membres déchirés par le fer, afin de vous arracher vous-même à des tortures éternelles, sans concevoir une profonde horreur pour vos fautes qui l'ont attaché à cette croix? Vous l'entendriez vous demander de l'aimer comme il vous a aimé et pousser le dernier soupir en priant pour vous, sans éprouver le besoin de lui prouver votre reconnaissance par votre soumission à toutes ses volontés? Quoi ! tout ce qu'il aurait tenté pour obtenir votre amour n'obtiendrait que votre haine? Tout ce qu'il aurait fait pour vous arracher au péché ne serait qu'un nouveau motif de vous plonger plus avant dans le vice? Oh! je ne puis le croire ; un cœur d'homme bat encore dans votre sein ; vous auriez horreur de tant d'ingratitude, et vous comprenez maintenant pourquoi je n'ai pu vous supposer assez de dépravation pour dire :Si nous sommes pardonnés et sauvés, « péchons afin que la grâce abonde. »

Mais pourquoi m 'arrêter à montrer que le sacrifice de Jésus et le salut gratuit qu'il nous obtient ne nous autorisent pas à rester dans le péché ? Si vous ajoutez quelque foi à ces grandes vérités, ne sentez-vous pas, au contraire, que vous y trouvez les plus puissants motifs pour fuir le mal, pour vous attacher au bien? Oh ! si votre cœur'a compris le dévouement qu'il y a dans ce sacrifice du Fils de Dieu, pourrait-il rester froid et ne pas rendre à ce Dieu amour pour amour? Si votre esprit a mesuré l'abîme de misères auquel vous êtes arraché et la source féconde de félicité qui vous est offerte, pourriez-vous rester étranger à la reconnaissance? Si

vous avez une foi véritable à ce pardon, à ce salut, votre âme ne sera-t-elle pas inondée d'une joie pure, indicible, à la pensée que, dès ce jour, vous êtes assuré d'une vie éternelle et heureuse? Cette joie, cette reconnaissance, cet amour, ne seront-ils pas les plus sûrs garants de votre obéissance? Ne seront-ils pas les motifs les plus purs, les plus puissants pour vous porter à conformer votre vie aux lois de l'Évangile? Maintenant, la morale de Jésus n'aura pour vous rien de pénible, car ce ne sera ni l'intérêt ni la crainte qui vous conduiront à en accomplir les préceptes, mais un mobile auquel rien ne résiste, l'amour, l'amour d'un Dieu qui s'est donné à vous. Jadis, au milieu des misères de cette vie, vous avez pu vous croire abandonné du Ciel, et peut-être avez-vous élevé contre lui des murmures ; mais aujourd'hui, si vous croyez à l'immensité de l'amour de Dieu pour vous, vous aurez en lui une pleine confiance ; « persuadé que celui qui vous a donné son Fils vous donnera toutes choses avec lui. » Il vous en coûtait alors de sacrifier pour un de vos frères une parcelle de vos biens, de vos droits, de votre temps ; mais aujourd'hui, ce sacrifice vous serait-il pénible, quand il vous est demandé par Celui qui vous a tout donné? Non ; dans l'indigent vous demandant du pain, dans le malade réclamant vos secours, vous verrez des frères de Jésus, votre Sauveur, et vous vous estimerez heureux de pouvoir, en soulageant ces infortunés, lui témoigner votre reconnaissance.

Mais, hélas ! il est des personnes pour qui ces vérités sont loin d'être des vérités ; elles éprouvent pour ces idées une répugnance naturelle qu'elles croient invincible ; chaque fois qu'elles entendent parler du pardon das péchés par la mort de Jésus-Christ, du salut éternel obtenu par grâce, elles ne peuvent se défendre d'un sentiment pénible ; elles ont pour tout ce qui se rattache à ces pensées, pour les mots eux-mêmes de croix, de rédemption, de grâce, de Sauveur, une secrète antipathie! Mais d'où viennent ces répugnances, cette antipathie ? Il faut le dire : la cause qui fait repousser ces vérités fondamentales du Christianisme, la première cause, c'est Y orgueil. Pour accepter le pardon que nous offre Jésus, il faut en sentir le besoin, il faut nous reconnaître coupables, et l'orgueil nous défend de faire cet aveu ; il nous cache nos vices et nous crée

des fantômes de vertus. Pour accepter le salut gratuit, il faut reconnaître qu'il n'est pas dû à nos mérites, que nous en sommes indignes, et notre orgueil se révolte à cette pensée ; il nous dit que nous pouvons mériter le ciel ; que peut-être nous l'avons mérité ; il repousse avec dédain ce qu'on lui offre comme une grâce et le demande à titre de récompense. Telle est la source du mal; nous ne pouvons que l'indiquer. Sans doute, lecteur qui seriez dans ce cas, vous pouvez fermer l'oreille à ces paroles de vérité, ne rien changer à vos propres idées, repousser ie pardon et le salut que vous offre Jésus, mais souvenez-vous que votre aveuglement ne change rien à la vérité : la Bible reste toujours la Parole de Dieu, et la croix de Jésus le seul chemin du ciel . Croyez-le ou ne le croyez pas, cette vérité est immuable ; le ciel et la terre passeront, mais les paroles de Christ ne passeront point. Toutes les créatures de cette terre se lèveraient, et d'une voix unanime proclameraient le contraire, qu'il suffit que la Bible le dise pour que ce soit la vérité.

XLVIP DISCOURS.

(LISEZ GALATES, I, 8 a 10.)

Saint Paul nous donne ici deux caractères auxquels on peut reconnaître le véritable Évangile. « Si quelqu'un vous annonce un autre Évangile que celui que nous vous avons annoncé, quand ce serait nous-même, ou un ange du ciel, qu'il soit anathème! » D'après ces paroles, le véritable Évangile ne peut différer de celui qui avait été annoncé aux Galates dans le premier siècle du Christianisme. Nous en concluons donc que, puisqu'il remonte aux premières prédications de saint Paul, le véritable Évangile ne peut pas être de nos jours une nouveauté : premier caractère. L'apôtre ajoute : « Si je cherchais à plaire aux hommes, je ne serais pas serviteur de Christ. » Ainsi, on reconnaît le véritable Évangile à ce qu'il est annoncé par des prédicateurs qui ne cherchent pas à plaire aux hommes : second caractère.

Lecteur, l'Évangile que nous vous annonçons satisfait-il à ces deux conditons? Telle est la question que nous venons examiner avec vous aujourd'hui. Mais, avant de commencer cet examen, résumons en peu de mots l'exposé de l'Évangile que nous vous prêchons chaque dimanche, afin que, l'ayant mieux présent à l'esprit, vous puissiez mieux aussi lui appliquer les deux caractères qui doivent vous en faire reconnaître la vérité ou la fausseté. — Trois idées principales résument l'Évangile que nous vous annonçons : premièrement, tous les hommes ayant péché, et le salaire du péché étant la mort, tous les hommes sont condamnés devant Dieu; deuxièmement, les hommes peuvent obtenir leur pardon en croyant en Jésus-Christ mort pour les racheter de cette condamnation ; troisièmement, dès lors ces hommes deviennent chrétiens, étant régénérés et sanctifiés par le Saint-Esprit. — Péché de l'homme, rachat par Jésus-Christ, don du Saint-Esprit : voilà, en aussi peu de paroles que possible, l'Évangile que nous vous prêchons. Est-ce une nouveauté? Ouvrons la liturgie dont, depuis vingt, trente, quarante années, vous suivez chaque dimanche, du fond du cœur, les paroles : « Nous sommes de pauvres pécheurs, nés dans la corruption, enclins au mal, incapables, par nous-mêmes, de faire le bien, et qui transgressons tous les jours, et en plusieurs manières, tes saints commandements ; en sorte que nous attirons sur nous, par ton juste jugement, la condamnation et la mort... Veuille donc avoir pitié de nous, Dieu très-bon, Père de miséricorde, et nous

PARDONNER NOS PÉCHÉS, A CAUSE DE TON FlLS JÉSUS-CHRIST, Notre-Sei-

gneur ; accorde-nous aussi, et nous augmente chaque jour, les grâces de ton Saint-Esprit . . . » — La confession des péchés que vous répétez chaque dimanche, écrite et lue dans votre propre liturgie, proclame donc la corruption absolue de l'homme, le pardon par Christ, et les dons du Saint-Esprit ; et cela dans votre Église, depuis et avant votre enfance; ce n'est donc pas une nouveauté.

Mais, direz-vous, la doctrine de notre liturgie et de notre Église même ne fait pas règle ; elle peut dater d'une époque antérieure à notre enfance, et cependant être encore une nouveauté. Nous ne sommes pas les membres de notre Église en particulier, nous

sommes, avant tout, membres de l'Église réformée de France. — Soit, examinons. Il est une pièce faite d'un commun accord par les Églises réformées du royaume de France, sanctionnée par les lois de l'Étal qui nous régissent ; ouvrons cette confession de foi faite pour toute l'Église et par toute l'Église, et lisons : « Nous croyons que l'homme est aveuglé dans son esprit, dépravé dans son cœur, et qu'il a perdu toute son intégrité. Nous croyons que ce vice suffit à condamner tout le genre humain. Nous croyons que toute notre justice est fondée dans la rémission de nos péchés, et que nous sommes faits participants de cette justice par la seule foi. Nous croyons que nous sommes illuminés en la foi par la grâce secrète du Saint-Esprit. » La corruption totale de l'homme, le salut par la foi, les grâces du Saint-Esprit, se retrouvent donc dans la confession de foi des Églises de France, et écrites il y a des siècles; ce ne sont donc pas des nouveautés.

Mais, me direz-vous encore, ce n'est pas de ces Églises que nous sommes disciples; nous ne portons pas le nom de chrétiens de France ; nous sommes protestants, enfants de la réforme, disciples de Luther et de Calvin. — Soit, examinons et Luther et Calvin, et remontons à la réforme d'où vous datez votre origine.

Calvin, nous dit son historien, « Calvin embrasse la Trinité, le péché originel, l'impuissance morale de l'homme, la réconciliation, la pénitence, la justification. Il adopte l'incapacité totale de l'homme, qui l'empêche de commencer sa conversion à Christ, et il fait dépendre cette conversion entièrement de l'Esprit divin. » — Luther, son contemporain, et, comme lui, père de la réformation, Luther nous dit lui-même : « Aussi longtemps que la grâce de Dieu est éloignée de nous, toutes nos actions sont mêlées de quelque mal, et elles sont, par conséquent, inutiles à notre salut. L'homme, avant d'être régénéré par l'Esprit, ne peut rien faire, ne peut rien tenter pour préparer sa régénération. Pour produire tous les passages de l'Écriture qui prouvent l'incapacité originelle de l'homme pour le bien, il faudrait la transcrire en entier. Dans ceux qui, loin d'être régénérés, sont encore les esclaves de Satan, il n'existe pas la moindre tendance à des efforts ou à des actions vertueuses. » — - Ainsi, descendants de Luther et de Calvin, vous l'entendez : vos

réformateurs vous croient naturellement incapables de tout bien, vous renvoient au salut par la foi en Christ et aux dons du Saint- Esprit. Ces doctrines étaient connues au XVIe siècle, elles ne sont donc pas des nouveautés.

Mais, me répondrez- vous encore, Luther et Calvin n'étaient que des hommes sujets, comme nous, à Terreur; nous sommes les disciples des apôtres, et notre foi doit remonter à l'origine du Christianisme; la foi d'un saint Pierre, d'un saint Jean, d'un saint Paul, peut seule faire règle pour nous, chrétiens apostoliques. — Soit, lecteur; examinons donc les paroles d'un saint Paul, d'un saint Jean, d'un saint Pierre.

Paul a dit : « Tous, tant Juifs que Gentils, sont assujettis au péché ; il n'y en a point de juste, pas même un seul ; il n'y en a aucun qui fasse le bien, non pas même un seul; ils se sont tous égarés, ils se sont tous corrompus ; tous sont entièrement privés de la gloire de Dieu. » D'après saint Paul, tous les hommes sont donc mauvais et condamnés.

Saint Jean a dit : « C'est Jésus-Christ qui est la propitiation pour nos péchés. Vous savez que Jésus-Christ a paru pour ôter les péchés du monde. Dieu nous a envoyé son Fils pour faire l'expiation de nos péchés. » D'après saint Jean, c'est donc par Jésus-Christ que nous obtenons le pardon de nos péchés.

Saint Pierre a dit : « Vous recevrez le don du Saint-Esprit ; car la promesse en a été faite à vous, à vos enfants, et à tous ceux qui sont éloignés, autant que le Seigneur notre Dieu en appellera. » D'après saint Pierre, nous pouvons donc attendre les dons du Saint- Esprit. — Esprit Saint, pardon par Jésus, corruption de l'homme, remontent donc aux premiers apôtres du Christianisme ; ils datent de dix-huit siècles , ce ne sont donc pas des nouveautés.

Mais enfin, direz-vous encore, Paul, Pierre, Jean, n'étaient que des hommes ; hommes choisis par Jésus, il est vrai, mais enfin des hommes; nous ne sommes pas leurs disciples, nous sommes les disciples de Jésus-Christ. — Eh bien, lecteur, citons donc les paroles de Jésus-Christ : « Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Celui qui croit au Fils a la vie éternelle. Celui qui ne croit pas est déjà condamné. 11 faut que le Fils de

l'homme souffre beaucoup et qu'il soit mis à mort. Il est venu donner sa vie pour la rançon de plusieurs. Mon corps est donné pour vous ; mon sang est répandu pour plusieurs en rémission des péchés. Si vous, tout méchants que vous êtes, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent ! En vérité, je te dis que si un homme ne naît d'eau et d'esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » — Ces témoignages sont-ils nombreux? Ces paroles sont-elles claires? Ainsi donc, ce que vous regardez comme une nouveauté datant de quelques jours n'est autre chose que la doctrine de votre liturgie et de votre Église, la doctrine des Églises de France et des réformateurs ; ce que vous appelez une nouveauté est l'Évangile de Pierre, de Jean, de Paul, l'Évangile de Jésus-Christ, l'Évangile de la Bible, l'Évangile de Dieu!

Mais, s'il en est ainsi, nous direz-vous peut-être, comment se fait-il que nous n'en ayons pas entendu parler dans notre enfance, que nos anciens pasteurs, toujours prêts à nous prêcher la morale, se soient tus là-dessus? — Pourquoi? dites-vous. Je vais vous le faire comprendre par une comparaison.

Les fils d'un roi malheureux, renversé de son trône et massacré par ses ennemis, quittèrent dès leur plus tendre enfance leur patrie pour aller chercher un asile en terre étrangère, sous la conduité de quelques serviteurs. Ces enfants, oubliant leur origine, grandissant dans ces contrées nouvelles, au milieu de peuples étrangers, en prirent insensiblement les goûts, les mœurs, les habitudes, et vécurent au milieu d'eux comme au milieu de leurs concitoyens. Les serviteurs qui, par faiblesse, leur avaient laissé ignorer l'histoire de leur origine, et qui les avaient eux-mêmes façonnés aux mœurs de leur nouvelle patrie, moururent enfin, et cédèrent leur place à d'autres qui, au péril de leur vie, reconquirent le royaume de leur père, reconduisirent ces fils de roi dans leur véritable patrie, les firent monter sur le trône de leurs ancêtres et leur dirent : « Voici votre patrie, vos sujets, votre trône; vous rentrez dans vos droits. — Non, répondirent les fils du roi; ce n'est pas là notre patrie ; ces lieux sont tout nouveaux pour nous : ce n'est plus là le palais où s'écoula notre enfance ; ces val-

lées, ces fleuves, ces ombrages que nous avons toujours eus sous les yeux ; ces hommes ne sont pas nos concitoyens ; ces mœurs ne sont pas les nôtres; vous nous trompez, ce n'est pas là notre patrie! Reconduisez-nous, reconduisez-nous aux lieux de notre enfance! » — Lecteur, cette histoire est la vôtre; ces fils de roi, c'est vous-même; le trône dont vous avez été déshérité, c'est le véritable Évangile. Lorsque les philosophes du siècle dernier, ennemis de la foi de vos pères, s'efforçaient de renverser le règne du Christianisme par leurs écrits pleins de sophismes, de mensonges, de fausse science et de mauvaise foi ; lorsque les incrédules, par de honteuses flatteries, criaient au peuple qu'il était trop éclairé pour ajouter foi plus longtemps aux fables de l'Évangile; lorsque la fureur révolutionnaire ferma la dernière église chrétienne pour ouvrir des temples aux idoles du paganisme, sous le nom de Liberté et de Sagesse; lorsque de toutes parts les hommes, ennemis naturels d'une Bible qui les déclare mauvais, s'efforçaient de renverser l'œuvre de la révélation pour élever sur ses ruines la soidisant religion naturelle; lorsqu'enfin la foi du chrétien fut méprisée et tournée en ridicule, alors les indignes ministres de cette foi, les serviteurs qui auraient dû combattre pour vous maintenir sur le trône de la vérité évangélique, ces hommes, effrayés et confus, fermèrent la Bible, rapetissèrent le Christianisme à la taille de la religion naturelle, vous prêchèrent une morale appuyée sur des motifs humains, s'efforcèrent, en un mot, pour détourner de leur tête la persécution ou le ridicule, de faire croire que leur religion , le Christianisme, n'était autre chose que les idoles du siècle, la sagesse humaine, la liberté politique et la morale mondaine, ayant pour but unique le bien-être matériel de ce monde. — Mais enfin, touché de compassion pour sa pauvre Église de France, Dieu lui suscita, au commencement de ce siècle, des serviteurs dévoués, des pasteurs fidèles, des prédicateurs courageux qui vinrent vous dire : Fils de roi, on vous trompe! Vous êtes en terre étrangère; retournez, retournez dans votre patrie; quittez Babylone pour Jérusalem; remontez sur le trône de vos pères. Ce trône, c'est la Bible; cette Bible est votre trésor, ne vous en laissez pas déposséder ; lisez et relisez ses pages, vous y

trouverez le pardon de vos fautes, les dons du Saint-Esprit et le salut éternel et gratuit de vos âmes! — Et alors, vous, cher lecteur, vous depuis longtemps déshabitué de ce langage, vous répondez : « Ce n'est pas là notre patrie; cette religion n'est pas la religion de nos pères, ce n'est pas celle de notre enfance ; » et vous oubliez que la foi de vos pères a péri avec eux, et que votre enfance s'est écoulée dans l'exil de l'incrédulité.

Ainsi donc, ne nous accusez plus d'étrangeté lorsque nous venons vous présenter les doctrines de votre propre Eglise, de vos réformateurs, des premiers prédicateurs du Christianisme; ne nous accusez plus de nouveauté, lorsque nous vous annonçons une Parole déjà annoncée aux Galates il y a dix-huit siècles. Ce n'est pas nous qui vous le disons, c'est Calvin et Luther, les apôtres et Jésus-Christ, la Bible et Dieu lui-même qui vous crient : «Vous êtes des pécheurs perdus et condamnés à une éternité de souffrances , il n'y a de salut pour vous que par la foi en Jésus-Christ, de pardon que dans son sang; et si vous avez une pensée contraire, c'est l'orgueil qui vous l'inspire. Tout en vous est chair, et ce n'est que lorsque vous serez régénérés par le Saint-Esprit que quelque bien pourra s'opérer en vous...» Eh bien, direz-vous que cette doctrine soit celle de nos Églises, de nos réformateurs, celle des apôtres, celle de Christ, c'est possible; mais ce n'est pas la nôtre, nous n'en voulons pas; elle nous déplaît, nous fatigue, nous est insupportable. — Oui, elle vous déplaît, voilà la véritable cause qui vous la fait repousser ; elle vous déplaît, et c'est précisément une preuve de plus qu'elle est la vérité ; c'est le second caractère du véritable Évangile de déplaire aux hommes, et saint Paul vous l'a dit : « Si nous cherchions à plaire aux hommes, nous ne serions pas ministres du Christ » Vous êtes donc vous-même un témoignage vivant de la vérité de l'Évangile que nous annonçons : c'est la pensée qu'il nous reste à développer.

De sa nature, le véritable Évangile doit déplaire aux hommes. En effet, dès que vous admettez que la Bible est une révélation qui vient apporter la lumière et la sainteté, vous reconnaissez par cela même que les hommes, avant de s'y soumettre, sont naturellement dans Y erreur et le péché. Mais si les hommes sont naturelle-

ment dans Terreur et le péché, s'ils y vivent comme dans leur élément, s'ils s'y plaisent, parce qu'ils ne connaissent pas d'autres biens, ne doit-on pas s'attendre à les voir repousser la vérité et la sainteté, opposées à leur nature, contraires aux habitudes de leur vie, désagréables à leurs goûts et à leurs penchants? Oui, sans doute ; et cette révélation elle-même vient à l'appui de ce raisonnement. Elle demande à l'homme une nouvelle naissance, une régénération ; il est chair, elle veut qu'il devienne esprit, et déclare qu'il y a inimitié entre ces deux principes. Ainsi, il faudra donc que l'Esprit de Dieu, l'esprit qui a dicté cette révélation, vienne dessiller les yeux de l'homme, pour lui faire recevoir la vérité. Alors ces hommes nés de Dieu ne trouveront plus ses commandements pénibles, et le véritable Évangile deviendra doux à leur cœur, agréable à leurs yeux. Mais aussi longtemps que ces hommes resteront dans leur nature première, ennemis de la lumière et de la sainteté que leur apporte la révélation, cette révélation leur sera pénible, insupportable, et l'Evangile ne pourra que leur déplaire; et si ceux qui doivent l'annoncer cherchent à plaire aux hommes, c'est qu'ils ne prêchent pas le véritable Évangile. Saint Paul l'a dit, et voici ses paroles : Qu'ils soient anathème !

Un prédicateur vient-il vous dire des choses agréables à votre cœur, en accord avec vos goûts, conformes à vos propres idées, vous renvoie-t-il content de vous-même : — il cherche à vous plaire ; ne le croyez pas ; il n'est pas le disciple de Christ ; il prêche le mensonge. Saint Paul l'a dit : Qu'il soit anathème!

Un prédicateur vient-il vous faire entendre de belles paroles, disposées avec art ; se plaît-il à fixer votre attention par sa voix et son geste ; sous sa robe de pasteur chrétien, ne vous montre-t-il que l'orateur éloquent : — il se prêche lui-même ; ne le croyez pas ; il n'est pas disciple de Christ; il prêche le mensonge. Saint Paul l'a dit : Qu'il soit anathème!

Un prédicateur a-t-il peur de vous blesser en vous montrant toute l'iniquité de votre vie, vous cache-t-il la condamnation que vous avez méritée, vous laisse-t-il croire que d'autres sont plus mauvais que vous, et qu'il vous est possible d'accomplir quelque bien : — oh ! ne le croyez pas, il a peur de vous déplaire et de perdre vos

suffrages; il n'est pas ministre de Christ, il prêche le mensonge. Saint Paul Ta dit : Qu'il soit anathème!

Mais un prédicateur met-il sans cesse vos péchés sous vos yeux, alors même que cette vue vous fatigue : — vous pouvez le croire ; car, lui aussi, poussé par son orgueil, aimerait à se persuader qu'il est lui-même capable de quelque bien; il lui a fallu de longs combats, pour avouer ce qu'il est ; et s'il l'avoue aujourd'hui, c'est qu'il est sincère avec lui-même. Croyez cet homme-là, car il ne cherche pas à se tromper, ni à vous tromper vous-même; il est ministre de Christ, il dit la vérité ; vous pouvez croire à ses paroles.

Un prédicateur résiste-t-il aux clameurs qui s'élèvent contre lui ; voit-il avec calme le monde incrédule fuir sa maison et sa personne; apprend-il avec résignation que ses intentions sont méconnues; voit-il sans trouble ses intérêts lésés, son avenir menacé par les hommes : et malgré tout cela, reste-t-il à son poste, ferme, inébranlable : — oh! croyez cet homme-là; car lui aussi aurait aimé, selon les penchants de son cœur, une vie paisible, la considération du monde ; pour lui aussi, il est pénible de se voir méconnu ; mais son cœur a été renouvelé par l'Esprit de Christ, et il méprise le monde et ses joies, il plaint l'incrédule dans son endurcissement, et il sait que le Christ a dit : « Vous serez bien heureux lorsqu'on vous aura injuriés et persécutés à cause de moi, et qu'on aura dit faussement contre vous toute sorte de mal . » Croyez ce prédicateur, il ne craint pas les hommes, il dit la vérité: il est disciple de Christ; confiez-vous à ses paroles.

Un prédicateur vous parle-t-il avec simplicité, sans art, sans recherche, s'oubliant lui-même, et tout à son sujet, à vous, à Christ ; laisse-t-il là l'éloquence pour ne chercher que la vérité, méprise-t-il vos éloges, pour ne travailler qu'au salut de vos âmes : — oh! croyez, croyez un tel prédicateur; car lui aussi est pétri d'orgueil, et la vanité lui fait encore la guerre ; lui aussi serait sensible à vos louanges, et s'enivrerait avec plaisir de vos applaudissements; mais s'il y ferme l'oreille, prend son cœur à deux mains, résiste à la tentation, et repousse la gloire qui vient des hommes, croyez cet homme-là; à coup sûr il est sincère, il vous dit la vérité; il est disciple de Christ; confiez-vous à ses paroles.

.Lecteur, vous pouvez maintenant accepter ou rejeter ces doctrines de l'Evangile ; mais, quel que soit le parti que vous preniez, votre conduite confirmera leur divinité. — Si vous leur ouvrez votre cœur, vous serez un témoignage vivant que la Parole de la Croix est véritablement la vertu de Dieu. — Si, au contraire, vous persistez à rejeter les doctrines de corruption de l'homme, le salut gratuit par la foi et les dons du Saint-Esprit, parce qu'elles vous blessent, alors encore vous donnerez une preuve évidente de la vérité de ce même Évangile, en vérifiant l'exactitude de l'observation de saint Paul, qu'il n'est pas de nature à plaire aux hommes. Ainsi, acceptez ou rejetez la vérité, il en résultera toujours le triomphe de la vérité. Mais songez que si dans un cas c'est votre salut qui suit ce triomphe, dans l'autre c'est votre condamnation ! et que si la gloire de Dieu résulte également de la perte ou du salut de votre âme, il n'est pas indifférent pour vous d'être éternellement perdu ou éternellement sauvé !

XLVIir DISCOURS.

(lisez actes xxvi, 24 et 25.)

Saint Paul, après avoir longtemps combattu contre la vérité et avoir persécuté les chrétiens, est enfin converti au Christianisme. Dès lors, ceux de sa nation deviennent ses ennemis acharnés, ils lui tendent mille pièges, et parviennent à le faire arrêter et emprisonner dans une forteresse ; là ils forment le projet de l'assassiner. Le commandant découvre leur trame ; pour soustraire Paul à leur fureur, il le fait partir de nuit, avec escorte, et conduire à Césarée dans les prisons du gouverneur Félix. Paul est là dans un cachot sous le poids d'une accusation, fausse il est vrai, mais d'une accusation répétée par mille voix, par la voix de tout un peuple. Il est commis à la garde d'un gouverneur connu pour son avarice et ses injustices; il est emprisonné à une époque où juges et princes diffèrent entièrement de ceux de nos jours : la volonté du maître est tout, et la justice peu de chose. Saint Paul sait cela; il y songe

peut-être au fond de son cachot lorsqu'une voix vient lui dire que Félix, le gouverneur, le fait appeler, et veut, non le juger, le punir, mais s'entretenir avec lui, avec bonté, dans son palais, en présence de son épouse. — Quelle heureuse nouvelle pour un prisonnier! quelle précieuse occasion pour gagner la faveur de son juge ! Sans doute, Paul va faire ses efforts pour l'intéresser à son sort; il va lui parler du motif pour lequel il a été arrêté; il va montrer son innocence, et profiter, en un mot, des bonnes dispositions de Félix pour obtenir de lui justice ou faveur?... — Paul sort du cachot, quitte ses fers, monte dans le palais du gouverneur; il parle... et il ne dit rien de tout cela! Pas un mot pour se justifier, pas un mot pour plaire à son juge, pas une seule parole qui touche à ses intérêts. Il lui parle. .. de quoi? Il parle au gouverneur de la foi qui est en Jésus-Christ! Devant un juge politique, dans un lieu où tout rappelle les plaisirs et le luxe des grands, aux oreilles d'une femme qui avait abandonné son époux légitime pour chercher la volupté, saint Paul parle de la foi qui est en Jésus-Christ. — Voilà le prédicateur, de l'Évangile, voilà saint Paul ; il ne s'inquiète ni du lieu ni des personnes; il sait que le temps est court, que l'éternité s'approche ; il sait que plus les hommes sont loin de la vérité, plus il est pressant de les y appeler, et il parle de la foi qui est en Jésus- Christ. Il sait que demain la mort peut saisir Félix et sa femme, qu'à l'instant même la voûte du palais peut s'écrouler sur eux et ne pas leur laisser le temps du repentir ; il sait que si ces époux comparaissent tels qu'ils sont devant Dieu, ils seront perdus, éternellement perdus; qu'il n'y a qu'un remède à leurs maux, qu'un Sauveur à leur perte, et il leur parle de la foi qui est en Jésus-Christ. — 0 Dieu! donne, donne aussi à tes serviteurs si faibles dans la foi, si lâches dans leurs devoirs, donne cette force que tu donnas à Paul, et qu'ils parlent toujours avec courage en temps et hors de temps de la foi qui est en Jésus-Christ; qu'ils aillent vers ces nouveaux Félix et Drusilles tout occupés de leurs plaisirs, de leurs travaux, leur dire que plaisirs et travaux ne durent qu'un jour et que tes jugements dureront une éternité ; que le jour de demain peut voir s'engloutir leur fortune et mourir leur famille ; et que s'ils ne se hâtent de se convertir à Toi, il ne leur restera dans ce monde que

néant, et dans l'éternité que remords et souffrances. Donne à tes serviteurs d'aller dire à ces nouveaux Félix et Drusilles qu'ils sont perdus, et qu'il n'y a de salut pour eux que dans la foi qui est en Jésus-Christ.

Mais si saint Paul néglige de parler au gouverneur de ce qui l'intéresse personnellement, de son emprisonnement, et s'il croit devoir, par acquit de conscience, parler de la cause de son Maître, de la foi en Jésus-Christ, du moins il va le faire, sans doute, avec ménagement, il va choisir les vérités les plus douces, les sujets les plus attrayants ; il va parler du Ciel et de ses joies, de Dieu et de sa patience, de Christ et de son amour? — Non, non, Paul parle à Félix de justice, d'abstinence et du jugement à venir ! Parler de justice à Félix dont les injustices criantes remplissent l'histoire, à Félix qui avait fait mourir le souverain sacrificateur Jonathas le censurant pour ses rapines; à Félix qui, pour de l'or, offre la liberté aux prisonniers innocents ou coupables. — D'abstinence! Parler d'abstinence à Félix qui, après avoir séduit Drusille, l'avait arrachée aux bras de son époux légitime ; à Félix dont les impuretés avaient tellement révolté la province, qu'il fut traduit par le peuple devant le tribunal de l'empereur; à Félix qu'un Néron même condamne à quitter la Judée, honteuse de ses vices. — De jugement à venir à un Félix qui, par sa vie, a mérité les plus rudes châtiments de Dieu, à Félix qui cherche à étouffer les cris de sa conscience, à Félix qui s'étourdit sur ses crimes passés par des crimes nouveaux, à Félix pour qui le nom de Dieu seul est un reproche et la pensée du jugement dernier une pensée de condamnation; parler de tout cela à Félix! — Mais, Paul, tu n'y songes pas ; tu vas t'attirer la colère de ton geôlier; il va refermer sur toi les verrous de ton cachot. Paul, pauvre disciple d'un Maître crucifié, tu ne vois donc pas que tu parles à un grand de la terre, à un gouverneur habitué à l'obéissance et à la flatterie? Paul, Félix t'a envoyé chercher pour se distraire à ta conversation, et tu lui parles de ses rapines, de ses vices, de ses crimes ! Mais oublies-tu donc que ta vie est entre les mains de cet homme; que d'un mot il peut te faire trancher la tête ; que le caprice et la passion sont ses règles de justice? Silence! si tu tiens à ta vie; ou si tu parles, mesure

tes paroles. — Non, Paul n'écoute rien... il méprise cette prudence humaine, et il parle à Félix de justice, d'abstinence et du jugement dernier. En plaisant à cet homme, il obtiendrait sa liberté; mais il aime mieux plaire à Christ qui lui donne la vie éternelle; — Félix est un gouverneur puissant, mais Dieu est plus puissant que lui; et quoi qu'il fasse, Félix ne fera que la volonté de Dieu; — Félix aime l'obéissance et la flatterie; mais l'obéissance et la flatterie le perdraient, et Paul aime mieux le sauver en lui parlant du jugement à venir. Paul n'a rien à craindre : Dieu est pour lui ; qui sera contre lui? C'est à Félix d'écouter et de se taire ; c'est à saint Paul de parler : « Félix, tes rapines et tes exactions sur les peuples crient vengeance, et il y a justice par devers Dieu ; Félix, tes désordres, tes impuretés, tes adultères s'élèvent contre toi, quand la Parole de Dieu te demande abstinence; Félix, le sang de tes sujets, le sang de Jonathas crie vengeance, et tu l'expieras au jour du jugement. Tu peux poursuivre encore quelques jours le cours de tes passions ; mais aussi certainement que moi Paul je te parle, et que toi Félix tu m'écoutes, la mort viendra un jour t' enlever à cette épouse, à ce palais, à ces plaisirs ; elle te couchera dans la tombe, et ton âme ira répondre devant Dieu. Dieu n'est pas homme pour mentir, et sa Parole te condamne; cette Parole a dit : Tu ne déroberas point; tu ne commettras point d'adultère; tu ne tueras point. Celui qui fera ces choses mourra de mort! — Qui a dérobé, Félix? qui a commis adultère? qui a assassiné son frère? Félix, ta conscience te dit : Tu es cet homme-là! et moi Paul, envoyé de Dieu, je te répète : « Tremble, Félix, il y a un jugement à venir! » — Et Félix tout effrayé répond : « Pour le présent, vat'en; quand j'en aurai le temps, je te rappellerai. » — Comme ces paroles nous peignent bien l'état de son âme! Ici, plus de Félix dominé par ses passions, plus de gouverneur puissant; il n'y a plus qu'un homme qui, à la voix de la vérité, est obligé de garder le silence, un homme bourrelé de remords, importuné par les cris de sa conscience et par les paroles de l'apôtre. Il a assez de bonne foi pour se reconnaître coupable, mais il n'a pas assez de repentir pour écouter jusqu'à la fin ; et alors, pour terminer cette lutte qui déchire son cœur, il dit à l'homme de

Dieu : « Pour le moment va-t'en; quand j'en aurai le temps, je te rappellerai. »

Voilà bien la peinture trait pour trait des Félix et des Drusilles de tous les siècles, de ceux du nôtre lui-même ; voilà bien le langage de la plupart des pécheurs de nos jours. Au milieu de leur vie qui se consume en vains plaisirs, en frivoles études, en paroles inutiles, et se dissipe comme la fumée, ils tombent quelquefois dans des réflexions involontaires. Leur conscience assoupie se réveille, dresse devant eux le tableau de leur vie passée, leur parle de la mort qui s'approche, leur dit que jusqu'à ce jour ils ont repoussé les avertissements, et que l'heure vient où il ne sera plus temps; que si le monde les approuve, c'est que le monde ne les connaît pas, mais qu'elle, voix de Dieu, les connaît et les condamne. Et le pécheur, tout effrayé, secoue ces pensées importunes, et dit à sa conscience : « Pour le moment va-t'en ; quand j'en aurai le temps, je te rappellerai. » — Dans un moment de loisir dont il ne sait que faire, un autre Félix ouvre la Bible qui se trouve sous sa main; Dieu le fait tomber sur quelques-uns de ces passages : « Celui qui n'aura pas cru sera condamné. Il n'y a pas un juste. Pour entrer dans le royaume des cieux, il faut naître de nouveau. Qui aime le monde est ennemi de Dieu. Si quelqu'un aime son père ou sa mère plus que moi, il n'est pas digne de moi. Vivez dans ce monde comme n'étant pas de ce monde; soyez saints comme votre Père céleste est saint; ne vous abusez pas : ni les efféminés, ni les avares, ni les médisants n'hériteront du royaume de Dieu. » Blessé de ces paroles qui demandent une foi et une sainteté qu'il reconnaît ne pas avoir, et qu'il repousse peut-être par amour pour le monde, il referme ce livre trop exigeant pour lui, et dit à la Parole de Dieu : « Pour le moment, va-t'en; quand j'en aurai le temps, je te rappellerai. » — Quand le ministre de Christ, se trouvant dans le monde, comme saint Paul dans le palais de Félix, veut parler de la foi qui est en Jésus-Christ, et qu'il s'efforce de ramener dans la conversation des sujets religieux, le monde l'écoute un moment par complaisance, mais bientôt s'impatiente, cherche mille détours pour esquiver les paroles qu'on lui adresse; il renvoie à un autre jour toute pensée sérieuse; pour l'heure, il a

des affaires ou des plaisirs. Ministre de Christ, laisse, laisse ce monde tranquille ; pour le moment va-t'en ; quand il en sera temps, on te rappellera. — Le pasteur, informé de la maladie ou d'une affliction d'un membre du troupeau, veut saisir cette occasion pour parler de conversion, de vie à venir; il montre la mort possible à tout âge, à toute heure; il parle du jugement qui doit la suivre; mais le malade, tout occupé de son désir de vivre, des moyens de revenir à la santé, refuse de fixer ses pensées sur une mort prochaine. L'affligé, tout entier à sa douleur, répète pour la vingtième fois le récit de son infortune. Vous lui parlez de résignation, et il soupire après le bien qu'il a perdu; vous lui montrez le ciel, et il tient les regards fixés vers la terre; l'insistance du pasteur importune bientôt et le malade et la famille; on lui dit qu'il est trop fatigué pour entendre, qu'un autre jour il sera mieux. — Pasteur importun, laisse là ton troupeau, laisse là la mort, comme un loup ravissant, emporter sa proie au séjour des ténèbres ; et toi, pour le moment va-t-en ; quand on aura le temps, on te rappellera. Un prédicateur monte en chaire le dimanche ; épouvanté du tableau des vices qui a frappé ses yeux dans le monde pendant la semaine et nourri par la lecture de la Parole de Dieu, il vient avertir ces pauvres âmes qu'il voit se perdre ; il vous crie : Ne vous abusez pas, vous êtes de grands pécheurs ; aussi longtemps que vous ne vous convertirez pas, vous serez perdus, condamnés! Vos péchés sont grands et nombreux! Votre conscience vous le dit, la Bible vous le répète : Sentez, sentez donc vos misères; vous êtes de grands pécheurs ! — Et les auditeurs se retirent mécontents, se disant les uns aux autres : Nous le savons bien que nous sommes pécheurs ; mais pourquoi sans cesse nous le redire? — Vous le savez, lecteur, que vous êtes pécheur? Eh bien, c'est ce qui vous condamne doublement. Vous le savez, et vous n'en gémissez pas; vous le savez, et vous ne voulez pas cesser de l'être; vous le savez, mais vous voudriez vous le cacher à vous-même, car vous n'aimez pas qu'on en parle ; vous le savez, vous péchez donc le sachant et le voulant, et vous avez vous-même prononcé votre condamnation. — Pourquoi vous le répète-t-on sans cesse? dites-vous. Parce que c'est le devoir des ministres de Christ. Nous vous le disons à tous, afin

qûe ceux qui déplorent leurs péchés se repentent et se convertissent, et que ceux dont le cœur s'endurcit à l'ouïe de la Parole de Dieu soient inexcusables au jour du jugement, et que Dieu soit reconnu juste quand il leur dira : « La lumière est venue dans le monde; mais vous avez mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que vos œuvres étaient mauvaises. » — Soit donc que vous écoutiez nos paroles et vous convertissiez, soit que vous fermiez l'oreille à nos exhortations, et que votre cœur reste dans son obstination, vous rendez également témoignage à la justice du Seigneur.

Si du moins Félix était conséquent avec lui-même, il trouverait peut-être une excuse pour se refuser à écouter les paroles de l'apôtre. Mais non; il l'a envoyé chercher dans le but de l'entendre parler de la foi qui est en Jésus-Christ, et quand Paul est là, quand il satisfait à son désir, selon sa conscience et les ordres de Christ, alors Félix ne veut plus l'entendre. C'est que le gouverneur s'était imaginé ouïr de la bouche de Paul des choses nouvelles propres à éveiller sa curiosité, à flatter ses oreilles. Il voulait bien que Paul lui parlât de la foi en Jésus-Christ, mais qu'il lui en parlât en historien, et qu'il ne s'avisât pas de lui appliquer à lui-même la nécessité de cette foi; il voulait bien écouter ses paroles, mais à condition qu'elles seraient agréables, dussent-elles être fausses. Mais quand il voit qu'on lui parle à lui-même, non pies péchés des autres, mais de ses propres péchés; quand il voit qu'on ne lui dit pas seulement des phrases faites pour chatouiller son oreille ; que Paul s'inquiète peu de ce qui est agréable, mais beaucoup de ce qui est vrai ; quand il voit cela, Félix, lui qui avait fait venir l'apôtre pour lui parler de la foi en Jésus-Christ, il ne veut plus l'entendre, le renvoie et lui dit : « Pour le moment, va-t'en; une autre fois, je te rappellerai. » — Encore une ressemblance de plus avec les hommes de nos jours. Ils demandent des ministres de l'Évangile pour leur parler de la foi qui est en Jésus-Christ, et quand le prédicateur prend la parole et parle sérieusement selon sa conscience, non pour quelques-uns, mais pour tous, et premièrement pour ceux qui ne croient pas en avoir besoin ; lorsqu'il ne se borne pas à cadencer des paroles ou à faire de l'éloquence, mais qu'il dit la vérité tout entière, toute nue, et rien que la vérité,

alors on ne veut plus l'entendre. — Mais soyez donc conséquents avec vous-mêmes. Puisque vous portez le nom de chrétiens, sachez donc au moins pourquoi Christ est venu : il est venu sauver ce qui était perdu. Puisque vous faites profession de recevoir la Bible comme la Parole de Dieu, recevez-la donc tout entière, ne déchirez pas les pages qui vous froissent pour conserver les lambeaux qui vous plaisent ; et si ce qu'on vous dit vous semble en contradiction avec la vérité, n'ayez pas la témérité d'en juger par votre seule intelligence. Ouvrez cette Bible, comparez nos paroles avec ses paroles, et quand vous verrez l'identité, croyez-la et croyez-nous; ou si vous vous y refusez encore, refermez donc la Bible pour ne plus la rouvrir, n'en appelez plus à elle, n'en parlez pas et ne vous en dites pas les disciples. Puisque le fondement de votre religion, puisque l'unique moyen de votre salut est la foi en Jésus-Christ, écoutez donc parler de la foi et des vérités qui s'y rattachent; et si vous refusez d'en ouïr davantage, n'allez pas vous imaginer que c'est parce que vous avez cette foi et qu'il est superflu de vous en entretenir plus longtemps. Non; si vous en aviez gros seulement comme un grain de sénevé, vous voudriez avoir plus; ceux qui, d'après vous, la possèdent autant que vous, déplorent chaque jour d'en être dépourvus, et ils la demandent, et ils la cherchent, parce qu'ils en connaissent le prix et qu'ils veulent s'en enrichir encore. Mais le fait seul que vous dites avoir assez de foi pour qu'on ne vous en parle plus, ce fait prouve que vous n'en avez pas, et ce que vous croyez être elle, n'est qu'une croyance morte qui laisse le cœur froid et la vie toujours la même. Oh! non, vous n'avez pas la foi ; si vous l'aviez, vous diriez avec le père de famille à Jésus : « Seigneur, aide à mon incrédulité! » Si vous l'aviez, vous diriez avec les apôtres : « Seigneur, augmente-nous la foi! » Eh bien, si vous n'avez pas cette foi et ne voulez pas qu'on vous en parle, avouez donc que vous ne voulez pas croire ; ne parlez plus de Jésus-Christ, ne portez pas son nom; dites-vous sages, philosophes, mais ne vous dites pas chrétiens; du moins vous serez conséquents avec vous-mêmes, et vous ne serez plus étonnés qu'un ministre de Christ parle de la foi en Christ, qu'un prédicateur de la Bible parle au nom de la Bible.

Maintenant choisissez, vous dirons-nous avec le prophète, qui vous voulez servir. Si Baal est Dieu, suivez-le; si l'Éternel est Dieu, suivez-le. — Mais pourquoi mourriez-vous? Pourquoi n'écouteriez-vous pas la voix qui vous parle avec franchise et vérité? Pourquoi sacrifieriez- vous une éternité d'avenir à cette vie présente? Pourquoi useriez-vous un temps précieux aux futilités de ce monde? Le temps marche à grands pas, la mort y met un terme et l'éternité la suit ; une seule chose est nécessaire, et cette chose n'est ni l'or, ni l'argent, ni une vie longue, ni une santé prospère; une seule chose est nécessaire : c'est votre salut éternel, et il n'y a de salut pour vous que par la foi en Jésus-Christ. Oh ! veuille le Dieu de bonté qui « a donné son fils au monde, afin que quiconque croirait en lui ne pérît point, mais qu'il eût la vie éternelle, » donner aussi, et à vous et à moi, la foi qu'il demande de nous, et que nous ne possédons pas encore, ou que nous n'avons pas assez!

XLIXe DISCOURS.

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