‹ Le culte et les fêtes d'Adônis-Thammouz dans l'Orient antiqueChapitre 124 sur 138 · LE BLÉ DE SAINTE-BARBE · texte numérisé non relu

LE BLÉ DE SAINTE-BARBE

Nous avons signalé’ une survivance curiçuse de la coutume des jardins d' Adônis dans l’usage provençal du « blé de Sainte-Barbe », qui, placé, à l’époque de Noël, dans des soucoupes humides, des siétons , germe et se dessèche en quelques jours.

Cet usage, très vivant encore, mérite d’ètre expliqué et commenté.

C’est le 4 décembre, jour consacré à Sainte-Barbe, qu’on met des grains de blé, et parfois des lentilles, avec un peu d’eau, dans des assiettes et des soucoupes que l'on dispose sur les tables, les bahuts, les armoires, les commodes, les consoles et les cheminées, et quelquefois sur les fenêtres. Les magasiniers leur font même un autel de leur comptoir et de leur vitrine. Plus tard, on place ces petits jardins devant la crèche. D’ordinaire ils ont aussi une place d’honneur, le jour de Noël, sur la table du « gros souper ». C’est ce que chante un ancien noël provençal :

Lou blad de Santo-Barbo Que per aquéu jour si gardo,

A taulo lou fau bouta

Mai aco’s un pla per arregarda.

La croyance populaire attribue au blé de Sainte-Barbe

APPENDICE III

un pronostic pour les moissons, qui seront avantageuses si le blé a bien poussé, mauvaises si les graines de Noël ont mal germé. Aux premiers jours de janvier, on met en terre le blé de Sainte-Barbe, comme on enterrait Adonis, comme on jetait ses jardins dans les fontaines d’Athènes. C’est, en somme, le symbole du renouveau de la terre, et l'image des espérances de l’année nouvelle.

Dans une brochure publiée à Marseille en 1903’, nous trouvons, sur cet usage antique, quelques appréciations diverses, qu’il convient de signaler.

Aux yeux de Frédéric Mistral, le blé de Sainte-Barbe représente les prémices de la moisson, ce qui, d’ailleurs, est parfaitement conforme à la tradition païenne, où Adonis apparaît comme l’image de la moisson et particulièrement du blé*. Voici ce qu’écrit Mistral :

« Per que lou blad en erbo posque figura sus la taulo de Calèndo. fau que siegue d’uno certano autour; e pèr avé l’autour vougudo, fau que lou blad fugue mes din l’aigo très semanos avans Nouvé. Or se vai capita qu’acô toumbo justamen lou jour de Santo Barbo (perqué se dis,

Santo Barbo la barbiulo Très sernano avant Naclau),

« E coume aquéu noum de Barbo rappello tout d’un tèms la barbo de l’espigo, li barbeno dôu gran en terre e, basto, lou blad barbu , noste pople galejaire apello blad de Santo Barbo aquéu que represènto li premice de la ineissoun. »

1. Fleurs de Noël: Le Blé de la Sainte-Barbe , Marseille, 1903.

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