V. plus haut, p. 138 et sq
APPENDICE III
Voici, d’autre part, l’opinion d’un érudit provençal, M. Séverin Icard :
« Avant de couvrir le sillon, avant de cacher la semence au sein de la terre où elle doit y mourir pour y ressusciter, la religion qui a divinisé toutes les forces de la nature, a voulu garder de cette semence le symbole vivant pour l’entourer d’un rite sacré, et le blé de la Sainte-Barbe, cultivé religieusement sous l’œil tutélaire des dieux lares, n’est que le pendant de la lampe perpétuellement entretenue dans le temple de Vesta, symbole que nous retrouvons dans la lampe toujours allumée de nos sanctuaires et dans le modeste luminaire qui veillera bientôt nuit et jour devant la petite crèche. Le blé de la Sainte-Barbe est un hommage rendu au principe humide, comme le feu des Vestales est un hommage rendu au principe igné. . . .
« Le principe igné, figuré par le Soleil, triomphe pendant l’été, et les feux de la Saint-Jean que nous allumons au Solstice proclament sa victoire; l’eau, figurée par la lune «astre femelle et mou, qui résout les humidités nocturnes et les attire » (Pline), par la Diane Syriaque aux cent mamelles gonflées de lait, l’eau, principe humide, triomphe pendant l’hiver, et l’hommage que nous rendons au blé de la Sainte-Barbe, emblème des futures moissons, marque sa victoire. Tout ce qui a été, tout ce qui est et tout ce qui sera n’est que de l’eau volatilisée par le Soleil... Les religions anciennes, sous mille formes différentes, sous diverses allégories, n’étaient qu’une adoration rendue à ces deux principes, et les initiés de la doctrine secrète en savaient plus que nos savants sur le
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rôle du principe igné et du principe humide dans l’épanouissement des forces de la Nature.
« Et nous ne devons point nous étonner de retrouver ces pratiques païennes dans la religion chrétienne : celleci les a acceptées en les christianisant, et de même qu’elle transformait les temples en églises, elle transformait les cérémonies païennes en cérémonies chrétiennes pour faciliter les conversions et pour ne pas trop offusquer les nouveaux venus, surtout parmi les habitants de la campagne, les pagani , si profondément attachés au culte extérieur de leurs dieux et restant païens quand même, malgré leur conversion, par atavisme, par tradition. Tout est païen et antique, depuis les jeux de l’enfant jusqu’aux patriarcales cérémonies des familles, dans notre Provence restée toujours ardente et belle comme une jeune Grecque, forte et puissante comme une vigoureuse Romaine. Dans quelques jours, le soir du grand souper, l’aïeul, religieusement, videra son verre dans Pâtre qui (Ïambe. Le bon vieillard ne se doutera pas de la grandeur et de la solennité de son geste : le geste pourtant est celui du prêtre de Mithra enfonçant le poignard rituel dans le flanc du taureau symbolique; ce geste ne fait que répéter en petit le grand acte créateur de la Nature, par le feu et par Peau. L’époque de la naissance de PEnfant-Dieu a été admirablement choisie pour consacrer par un culte familier la naissance de toutes choses, et les deux grands principes de cette naissance, le principe humide et le principe igné, le principe femelle et le principe mâle, le blé de la Sainte-Barbe et la veilleuse de la Crèche, se trouvent synthétisés dans la bûche de Noël,
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symbole dont la signification est encore plus nettement frappante. »
Voici encore, à ce sujet, quelques vers d’un poète provençal, VI . Clément Galicier :
Ero lou souar de Santo-Barbo.
Diguères : « Fau que samenen
Quauquei grain. Quand meissounaren Faren de mita de la garbo! »
E risies, e, subran, dins ieu,
Fugué coumo’n rai toun idèio De veire, sus la chamineio,
Erbeja lou blad dôu bouen Dieu.
Un pau d’aigo ’m ’uno pouegnado De béu gran vous dins un sietoun,
Lou tout béni 'me dous poutoun Vaquit la semenço jitado.
E, jour pèr jour, dins ren de teins,
Tremudado en un béu clôt d’erbo,
La samenaio èro superbo Coumo ’n sourire de printems...
On comprend dès lors quelle étroite filiation relie le blé de la Sainte-Barbe aux jardins d’Adônis. La coutume s’est transmise sans modification sensible, et le symbole même de cette végétation hâtive aux fêtes de Noël ne se sépare point nettement du symbole de l’Adônis antique. Mistral indique très bien l identité des deux usages, en disant que le blé de la Sainte-Barbe représente les prémices de la moisson. N’est-ce pas avec le même sens, avec la même intention, que le blé semé dans les jardins d’Adônis symbolisait le jeune dieu, image lui-même de la
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moisson, et des fruits de la terre? Quant à l’eau, qui remplace la terre dans les siétons du blé de Sainte-Barbe, il serait peut-être imprudent de suivre jusqu’au bout les commentaires de M. Séverin Icard. Il n’y faut probablement voir qu’un agent de fermentation plus rapide, choisi de préférence à la terre qui, en cette saison et sous un pâle soleil, n’aurait pu faire germer les grains assez rapidement pour leur conserver leur symbole de végétation hâtive et éphémère.
APPENDICE IV
NOMENCLATURE DES PRINCIPAUX MONUMENTS RELATIFS AU CULTE D’ADONIS-THAMMOUZ