De Dca Syria
LE CULTE D ADÔNIS-THAMMOl /,
ici qu’un euphémisme, dont on peut trouver d’autres exemples dans la cuisse de Jacob, dans la cuisse de Zens donnant naissance à Athéna, et dans des mythes analogues.
Adonis est donc la personnification divine de la puissance solaire qui féconde le sol. Le phallus devient son symbole, comme le cône devient celui d’Aphrodite à Paphos. Les femmes de Byblos donnaient aux hommes qui les avaient possédées durant les Adénies un phallus symbolique. De même, dans les Jardins d’Adônis que font encore les femmes en Sardaigne, ce même phallus remplaça les petites idoles d’Adônis dont on ornait ces jardins. En Phénicie, le dieu était glorifié en des phallophories somptueuses, où le culte ithyphallique se déployait dans tout son éclat . Là encore, nous rejoignons les pratiques religieuses de l’Inde, où le lingam de Si va représente toutes les forces génératrices de la vie. En Egypte, le culte d’Osiris possède aussi ce symbole phallique de la puissance fécondante du soleil, qui s’atténue et meurt pour renaître encore.
Toutefois, la conception de l’ Adonis solaire n’est pas tout entière enfermée dans cette simple image d’un dieu principe de fécondité. Il faut aussi le considérer, comme l’ont d’ailleurs considéré ses adorateurs, à la fois au point de vue astronomique et calendaire et au point de vue agraire et tellurique. Les Syro-Phéniciens ont en effet, par une analogie toute naturelle, rapporté à leur dieu les influencés diverses et l’action multiple du soleil. Aon seulement le soleil est la source de toute fécondité, de toute vie, non seulement il est l’âme, le principe vital des végétations, des moissons et des fruits, mais c’est lui
LA SA^BOLIQUE DI MYTHE ET DU CULTE
aussi qui détermine les alternatives de lumière et d’ombre, la nuit et le jour, c’est lui qui fixe les saisons et l’influence de chacune d’elles. Il n’est donc pas surprenant de voir le mythe d’Adônis prendre, dans les mythologues syriennes, un sens étroitement calendaire et zodiacal : « Les anciens nous ont indiqué l'idée mère du mythe d’Adônis par cette remarque bien simple, c’est que Vénus désigne l’hémisphère supérieur, et Proserpine l’hémisphère inférieur. Quand le soleil ou Adonis parcourt les six signes inférieurs du Zodiaque, il est sous l’empire de Proserpine ; à son retour aux signes supérieurs, il se trouve dans celui de Vénus. De là la décision de Jupiter. De même on disait en Egypte, d’Osiris ravi à son Isis, qu’il reposait dans les bras de Nephthys. Le sanglier qui fait périr Adonis est l’hiver; l’âpreté de cette saison trouve une image naturelle dans l’animal hérissé, qui d’ailleurs se nourrit de ses fruits. Dupuis1 donne aussi à la fable d’Adônis un sens astronomique quelque peu différent. Pour lui, Astarté est la planète de Vénus ; suivant les idées des anciens, le soleil passe, chaque année, dans l’hémisphère supérieur, lorsqu’il entre au signe du Taureau, lieu de l’exaltation de la lune et domicile de la planète de Vénus2 ; en hiver, il passe dans l’hémisphère inférieur, en quittant le signe de la Balance, autre domicile de cette planète. Ainsi, les limites de la course solaire
1. Dupuis, Origine îles Cultes, livre III, chap. xn, tonie II.
2. « Dupuis, après avoir hésité longtemps entre la planète de Vénus et la lune, souvent confondues dans les personnifications mythologiques, finit par renoncer à sa première opinion en ce qui concerne Astarté, et se détermine à voir exclusivement la lune dans cette Vénus, amante d’Adônis, qui lui paraît identique avec Isis, portant comme elle les cornes du taureau sur sa tète. » (Note de Creuzer).
LE CULTE d’aDÔMS-THAMMOUZ
appartiennent également à Vénus, épouse d Adonis. Mais quand le soleil abandonne l'hémispère supérieur, il entre dans le Scorpion, domicile de Mars, et qui a pour paranatellon le sanglier d’Erymanthe : c’est Mars qui envoie le fatal sanglier’. » Dès les origines de la légende, cette conception calendaire du mythe d’Adùnis est nettement précisée. Les douze mois de l’année sont divisés, selon l’usage phénicien, en trois saisons de quatre mois chacune : l’hiver, le printemps et l'été, dont l’action et la durée sont déterminées par la présence ou l’absence du dieu. Toutefois, certains auteurs affirment que l’action solaire sur l’année était divisée en deux périodes égales de six mois. « D’après les Phéniciens, Adonis passe six mois sur la terre et six mois dessous », dit Cornutus*. Quoi qu’il en soit, il est hors de doute que, plus que tout autre, et même presque seul, le mythe d’Adùnis offre, à côté de sa signification cosmogonique et tellurique, un caractère tout spécial de culte zodiacal et calendaire. Dans toutes les nations de race sémitique, un mois de l’année portait le nom de Thammouz et était consacré aux fêtes et à la mémoire du dieu.
C’est par ce caractère de culte calendaire que s’explique tout à fait l’épisode de la légende relatif au sanglier envoyé contre Adonis par un dieu jaloux. Les Grecs attribuaient cette jalousie à l’amour d’Aphrodite pour le jeune chasseur; c’était donc Arès, époux d'Aphrodite, qui envoyait le sanglier, ou, selon certaines légendes, qui
1. Creuzer-Guigniaut, Reliçjions de l’antiquité, volume II, Impartie, chap. ni, article 2.
2. Cornutus, De natura Deorum, c. xxvm, p. 163 sq. (Édition Osann).
La symbolique du mythe et du CULTE
revêtait lui-même cette forme animale pour se venger de son rival. En réalité, sous cette forme poétique, se cache l’idée primitive de l’été et du soleil succombant sous les brumes de l’hiver. Le sanglier, qui donnait également son nom à un mois de l’année syro-phénicienne, représente cette force ennemie, analogue au Typhon égyptien, qui détruit l’action bienfaisante des chaleurs solaires. Malgré la diversité des légendes qui nous montrent le sanglier envoyé tantôt par Artémis, tantôt par Arès, tantôt par Apollon, le caractère symbolique de l’animal demeure le même. Les Phéniciens l’appelaient alpha, c’est-à-dire le sauvage, le cruel; c’était, à leurs yeux, l’animal ennemi des récoltes, des fruits de la terre, et, par suite, des saisons où mûrissent ces récoltes et ces fruits. La lutte de ces deux puissances divines, dont chacune est alternativement victorieuse et vaincue, est l’image des alternatives zodiacales et des vicissitudes du soleil.
Cette force d’opposition, force de mal et de destruction, se retrouve ailleurs. Dans la plupart des mythologies, on voit, sous la forme de tel ou tel animal, apparaître la puissance néfaste, meurtrière d’un dieu bon, et qui fait succéder à la joie le trouble et la douleur. Dans les mythes orientaux, c’est presque toujours le sanglier ou le porc qui joue ce rôle, ce qui d’ailleurs en fait l’animal maudit, dont il est interdit de manger la chair. Il faut signaler, toutefois, une curieuse exception, relative précisément au mythe d’Adônis : sur le rocher sculpté de Ghineh, dans le Liban, c’est un ours, et non un sanglier, qui attaque Adonis. Dans la mythologie Scandinave, c’est également un sanglier qui blesse Odin. Chez les Siamois, Sommonakodom, le dieu de la lumière, est tué par un géant trans-
LK CULTE d’aDÔNIS-THAMMOI /.
formé en sanglier. Il ne faut pas oublier non plus que la monture ordinaire du dieu japonais Mârissi (en sanscrit Màrici) est le sanglier : ce dieu est le dieu de la guerre, Il
a même plus d’un rapport avec le Mars occidental; c’est lui qui, dans l’Inde, est la personnification divine de la planète Mars (en sanscrit Mangâla). En réalité, dans toutes les traditions antiques, le porc joue un rôle fort important : Movers en a résumé les principaux traits dans un passage que nous avons reproduit en appendice.
Le sanglier, ainsi introduit dans les légendes divines, continuait à figurer dans les cérémonies rituelles. Près des images d'Adônis mort, qu’on exposait au cours des fêtes, on plaçait souvent l’image du san-