Jean Lydus, De Mensibtts
LA SYMBOLIQUE L>U MYTHE ET DU CULTE
d’Adônis des plantes symboliques comme l’anémone et la laitue. Le rite des jardins d’Adônis suffît à lui seul pour révéler cette conception nouvelle et logique du dieu : « Adonis, dit Ammien-Marcellin, est un symbole des fruits de la terre parvenus à leur maturité, selon ce qu'enseignent les religions mystiques1. » Les graines de blé, de fenouil, de laitue, semées dans les vases des jardins d’Adônis, germaient en quelques jours, et comme elles, le dieu offrait aux lamentations des peuples la brièveté d’une existence radieuse. C’est par là encore que s’explique le caractère androgyne d’Adônis, qui, en même temps qu’il féconde la terre et la couvre de sa force virile, se trouve être cette terre elle-même, fécondée et mère. Comme les grands dieux des mythologies primitives de l’Egypte, de l’Inde et de l’Asie Occidentale, il porte en lui le double principe de la vie, les deux forces contraires, de l’union desquelles naîtront le monde et les êtres.
Ainsi, de l’aspect multiple que présente ce mythe, des formes, des conceptions, des rapports, des significations innombrables qu’il enferme, de l’indécision même de quelques-unes de ces conceptions et de ces formes, de ce formidable entassement d’idées mystiques, édifié par des civilisations et des races diverses, il devient possible de dégager les tendances et les réalisations caractéristiques du culte lui-même et la ligne conductrice de son développement historique et moral. Déjà la signification à la fois solaire, calendaire et végétale de ce mythe fait prévoir
1. « ... In sollemnibus Adonidis sacris, quod sinmlacrum aliquod esse frugum adultarum religiones mysticæ docent. » (Ammien-Marcellin, Hist., XIX, 1.) ”A8wviç |j.év lortv ô xapTtô;. (Jean Lydus, Do Mcnsibus.)
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LE CELTE D ADÔMS-THAMMOUZ
dans quel sens il se développera et quelles formes rituelles il revêtira. Ses cérémonies, qui ne sont tout d’abord que la célébration symbolique des phénomènes naturels, prennent peu à peu un caractère plus spécial, plus mystique, plus caché. Après la grande période phénicienne, où toute la vie active du monde semblait se concentrer entre les rives de l’Oronte et le delta du Nil, le culte d’Adônis, dispersé de port en port, cl’ î le en île, revêt bientôt l'allure mystérieuse, le caractère ésotérique de certains cultes auxquels son mythe l'identifiait rapidement. Déjà l’auteur du De Dea Syria nous représente les cérémonies de Byblos comme une sorte de mystères analogues à ceux d’Eleusis. On se faisait initier aux mystères d’Adônis, comme, ailleurs, à ceux de Dionysos. C’est ce qu'affirme catégoriquement l’auteur du De Dea Syria, qui dit avoir subi lui-même l’initiation : « J’ai vu, à Byblos, un grand temple d’Aphrodite byblienne, dans lequel on célèbre des mystères en l’honneur d’Adônis; je me suis fait initier à ces mystères'. »
C’est là, en effet, le caractère qu’a pris le culte adônique à cette époque : les fêtes publiques n’en sonl qu’une parade extérieure et comme artificielle, sans que les fidèles en comprennent toujours le sens philosophique ou religieux; mais, au delà, le sens ésotérique, l’essence mythique, pour ainsi dire, s’y cristallise dans la tradition rituelle des prêtres. Dès lors, comme les mystères de la Diane d’Éphèse, de la Cybèle d’Eleusis, de Bacchos, de Zagreus, de Sabazius, comme les cultes secrets de Philæ et de la Haute-Egypte, le culte du dieu de Byblos est devenu une