‹ Le culte et les fêtes d'Adônis-Thammouz dans l'Orient antiqueChapitre 52 sur 138 · Do Don St/ria · texte numérisé non relu

Do Don St/ria

LA SYMBOLIQUE DU MYTHE ET DU CULTE

sorte de doctrine philosophique et cosmogonique qui prétend conserver la signification première et essentielle du mythe; et, d’autre part, à mesure que cette conception se forme et s’accentue en prenant le caractère d’une tradition supérieure et ésotérique, les fêtes d’Adônis se popularisent de plus, deviennent la grande célébration religieuse des peuples méditerranéens, qui semblent alors n’en plus comprendre ni la signification ni le caractère primitifs . En somme, il se produit à ce moment une sorte de divorce dans le sein du culte lui-même : un double courant se manifeste, l’un ésotérique, qui est celui de la tradition sacrée, l’autre populaire, qui est celui des fêtes. C’est là, d’ailleurs, un phénomène historique facilement explicable. L’époque oii apparaît et se précise cette divergence de tendances est celle d’une renaissance philosophique d’une nature particulière. Les Orphiques ont remis en honneur les anciennes croyances, les anciens mythes, les légendes des premiers temps de la Grèce, en leur donnant un caractère profondément symbolique et mystérieux, en y enfermant, sous des formes diverses, les sciences naturelles des germes de la terre, des éléments, de la fécondation du sol et de l’évolution des êtres. D’autre part, un courant nouveau a porté vers Alexandrie le vieux génie philosophique et poétique de la Grèce ; au contact des religions, des mœurs, des légendes mythiques de l’Egypte, il s’est renouvelé et a pris un caractère plus subtil et plus mystique. Enfin, sous la menace croissante des cultes étrangers, qui envahissent le monde grec et s’apprêtent à le submerger, les formes religieuses léguées par l’époque glorieuse de la Grèce, transmises par la tradition, se concentrent sur elles-mêmes, se replient et se ferment, pour

LE CULTE d’aDÔNIS-THAMMOUZ

s'opposer à la pénétration des dogmes nouveaux. Dans de semblables conditions historiques, le vieux mythe adônique devait naturellement, lui aussi, revêtir de plus en plus ce caractère mystérieux et compliqué qui pouvait seul le préserver de toute atleinte. En réalité, il n’a pas suffi à le préserver tout à fait, et, comme les autres religions orientales, le culte d’Adônis s’est disloqué, puis dissous, dans la grande élaboration d’idéologie mythique d’où naîtront bientôt définitivement des formes synthétiques et précises.

Renan a fort bien résumé cette évolution historique en quelques lignes intéressantes : « D’abord naturaliste et sensuel, dit-il, le culte d’Adônis, ou plutôt de Tammuz, devint, à l’époque philosophique des Antonins, spiritualiste et symbolique. Ce fut la sanctification et l’idéalisation de la mort, tout un cycle d’idées fondées sur les mystères d’une autre vie, en rapport avec les croyances égyptiennes sur Osiris et Agathodémon. Le mouvement de la philosophie néo-platonicienne, s'y compliquant d'un retour sympathique aux vieux cultes indigènes, produisit une renaissance religieuse et mystique, parallèle au mouvement chrétien, et qui devait être fort hostile à ce dernier1. »

Sous l’influence de son propre sens mythique, le culte d’Adônis a pris, dès l’origine, aux yeux des populations de l’Asie Occidentale, un caractère semblable à celui des religions analogues de la Chaldée et de l’Assyrie. La conception androgyne et tellurique d’Adônis imprime à ses fêtes, aux rites divers de son culte, la même tendance qui

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