‹ Le culte et les fêtes d'Adônis-Thammouz dans l'Orient antiqueChapitre 76 sur 138 · Zenobius, De Procerb., Cent. I · texte numérisé non relu

Zenobius, De Procerb., Cent. I

LES FÊTES d’aDÔNIS-THAMMOU/

Nous avons noté précédemment quelques-unes des nombreuses analogies qui relient le culte d’Adônis au culte de l’Osiris égyptien. 11 faut encore remarquer ici qu’en Egypte une coutume semblable existait. De même qu’il y avait, en Grèce et en Syrie, les jardins d' Adônis, il y avait en Egypte les jardins d'Osiris. C’étaient de grandes cuves de pierre, semblables à des sarcophages de granit, dans lesquelles on mettait de la terre et oii on semait du blé. Car c’était la fête osirienne du blé, qui se célébrait à la fin du printemps, le 20 du mois de Chaiak. Le blé germait, s’épanouissait et mourait en quelques jours. Au milieu de ces jardins, on plaçait la statuette d’Osiris. Après la moisson, l’image du dieu, qui mourait avec la plante, était placée dans un cercueil ; autour du catafalque se déroulaient des scènes de gémissements, de douleur et de larmes.

D’autres jardins d' Osiris , de dimensions réduites, étaient déposés dans les tombeaux. On peut en voir encore, au Musée du Caire, un curieux exemple. Il se trouve dans le mobilier funéraire du prince Maiharpiri, qui vivait probablement sous Aménophis III. Il se compose d’une toile sur cadre, couverte de grains germés. Le catalogue dit :

« Sur une grossière toile attachée «à l’un de ces lits bas que l’on nomme angarebs, on avait disposé un semis de grains de blé dont le contour représentait la figure ordinaire de Y Osiris- momie ; on avait arrosé cette plantation d’un nouveau genre jusqu’à ce qu’elle germât, et lorsque l’herbe avait atteint la hauteur de dix ou quinze centimètres, on l’avait couchée et fait sécher au feu, puis enfermé le tout au tombeau de Maiharpiri. C’est l’expression matérielle de l’idée d’après laquelle la vie sortait delà mort comme le blé nouveau sort du grain de blé ancien enfermé en terre.

> Osiris avait végété de la sorte pour ressusciter, ainsi que le

La célébration des adônies

prouvent les tableaux tracés sur les parois des temples grécoromains.

» Aux époques antérieures, on rendait ce concept de deux manières : par les figures des quatre enfants d’Horus en cire remplies de grains de blé ; par la figure osirienne en blé germé dont nous avons ici un exemple unique jusqu’à présent. »

M. Guimet, qui a vu ce jardin d'Osiris, fait observer :

1° Que la silhouette représente plutôt le défunt que le dieu ; la tête est ronde et n’a pas la haute coiffure d’Osiris;

2° Que l’objet a dû être mis au tombeau à l’état de gazon à brins courts, mais que l’humidité des graines arrosées à dû faire pousser l’herbe, comme la barbe sur les morts, jusqu’à une longueur de 12 à 15 centimètres ; la sécheresse pendant des siècles a seule amené la dessiccation.

Comme en Orient, le trait caractéristique des Adônies athéniennes était les lamentations, les plaintes, les cris de deuil des femmes et des prêtresses. Les hommes ne prenaient pas part à ces manifestations de douleur. Le culte d’Adônis, venu de l’Orient, avait gardé, aux yeux des Athéniens, une sorte d’infériorité vis-à-vis des cultes nationaux, ou prétendus tels. Son origine étrangère le reléguait au rang de culte secondaire, laissé aux femmes et plus spécialement aux courtisanes, qui, le plus souvent, étaient elles-mêmes d’origine étrangère. D’ailleurs, les fêtes n’en étaient pour cela ni moins solennelles ni moins bruyantes. La ville tout entière retentissait de gémissements et de sanglots1. Les femmes, sur le toit de leurs maisons ou devant leurs portes, se répandaient en plaintes et en cris, en s’accompagnant de tympanons et de

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