INTRODUCTION
Le clinicien, qui veut déceler une affection cardiaque, se préoccupe toujours de connaître d’une façon exacte l'aire de projection du cœur sur la paroi thoracique et, dans ce but, il utilise à chaque instant les anciennes méthodes cliniques.
Nouvelle venue parmi ses sœurs, la méthode radioscopique semblait promettre des merveilles et par avance l’on escomptait déjà des résultats extraordinaires ; mais les projections coniques avaient le gros inconvénient de donner une aire des différents viscères toujours plus grande que l’aire réelle; l’on en était réduit à faire de la radioscopie par à peu près et les critiques nombreuses s’adressaient non pas à la méthode radioscopique, mais à la radioscopie sans méthode. Aussi le grand public médical n’était pas convaincu de la réelle valeur de ce nouveau mode d’investigalion mis à la disposition du clinicien.
Tous les efforts des chercheurs portèrent sur le perfectionnement des appareils inscripteurs et la simplification de la technique ; et, du jour où l’on trouva la radioscopie orthogonale donnant la grandeur vraie des organes examinés, on put dire qu'une méthode nouvelle était créée, méthode relativement simple, ne
nécessitant qu'un outillage des plus modestes, et ne demandant à l'homme de l’art que peu de connaissances mathématiques et électriques.
Nous avons suivi avec grand intérêt les recherches que faisait M. Destot sur l'aire du cœur à l’état pathologique à l'aide d’un nouvel appareil radioscopique, l’orthodiographe de Grunmach, auquel 1lavait apporté de sérieux perfectionnements. Cette savante analyse des cris confus de l'organe souffrant demandait une base d'appréciation rigoureuse du cœur à l'état normal et c’est là le but que nous nous sommes proposé.
Notre essai de physiologie vue comprend tout d'abord une critique générale des anciennes méthodes donnant la valeur fonctionnelle d’un cœur, pour établir leur insuffisance. Nous suivons ensuite dans les grandes lignes les progrès des méthodes radiologiques depuis 1899, pour mettre enfin en évidence la méthode de radioscopie orthogonale que nous préconisons et les résultats qu’elle donne chez l’homme sain.
INSUFFISANCE DE L’ANATOMIE, DE L’ANATOMIE PATHOLOGIQUE ET DES ANCIENNES MÉTHODES CLINIQUES POUR L’APPRÉCIATION DE LA VA- LEUR FONCTIONNELLE D'UN CŒUR.
C’est un fait indiscutable, contrôlé et vérifié par les données concordantes de la clinique et de l'anatomie pathologique, que « engénéral, toute lésion organique du cœur, même le rétrécissement mitral, s'accompagne d'augmentation de volume de cet organe ; une excepon doit être faite cependant pour la période de début de ces lésions, notamment lorsqu'elles s’accompagnent d'un état général cachectique dû à la tuberculose ou au cancer. En dehors de ces cas, l’hypertrophie existe toujours, plus ou moins appréciable pendant la vie, Ce qui fait le cardiaque, qu'il y ait ou non des lésions des valvules ou des parois, c’est cette hypertrophie : d’où l'importance de la reconnaître ». (Tripier et Devic) Et aujourd’hui, une méthode qui permettrait de renseigner très exactement le clinicien sur les variations de l'aire cardiaque suivie pas à pas, lui donnerait les éléments les plus importants de l'appréciation d'un cœur.
neo Cette méthode précise nous estdonnée par la radioscopie orthogonale avec tous ses perfectionnements. Mais avant d'exposer les résultats de nos recherches, 1l est bon de montrer la faiblesse des méthodes anciennes, et le peu de confiance qu'on doit leur accorder.
Si l’on demande à l'anatomie des renseignements sur le volume, la forme, la situation, la topographie du cœur, on se trouve arrêté par ce fait fondamental que les organes vivants et fonctionnants ne sont représentés qu'assez vaguement par leur cadavre qui n’est que leur réduction. Quand le soufflet pulmonaire est crevé et le ballon cardiaque dégonflé, peut-on vraisemblablement juger des formes etdes rapports réels? Un exemple nous suffira. Si l’on ouvre la première édition du Traité d'Anatomie du professeur Testut et s1 on hit la description de la forme et des rapports de l'estomac, on demeure étonné en comparant cette description à celle admise de nos jours. Que s'est-il donc passé? L'étude des maladies de l'estomac a été poursuivie et l'audace chirurgicale a donné le secret du vivant et renversé le dogme d'amphithéâtre. Il en sera de même pour le cœur, et 1l suffit de lire le compte rendu de MM. Terrier el Raymond au dernier Congrès de chirurgie pour voir que les différents praticiens qui ont osé aborder le cœur, le bistouri à la main. ont dû corriger singulièrement les données de l'anatomie cadavévérique.
L'évaluation de la forme, de l'orientation, des dimensions, du volume et du poids du cœur varie suivant les différents auteurs.
Les moins mauvais dessins des classiques nous
en — montrent que la forme est difficile à déterminer. Un cœur exsangue, extrait simplement de la cage thoracique, s’affaisse et s'étale; il n'a rien de comparable avec le cœur battant, en pleine activité circulatoire et faisant équilibre à la pression sanguine En admettant même que l’on fasse une injection préalable et qu'on tienne l'organe verticalement suspendu par les vaisseaux de son pédicule, dans les deux cas, la forme est toute artificielle et ne rappelle en rien la forme réelle. « Il en résulte que l'étude de la configuration extérieure, des rapports, et même jusqu'à un certain point, de la configuration intérieure du cœur devient absolument conventionnelle, ce qui ne laisse pas d'offrir demultiples inconvénients. » (Poirier.
L'orientation, déterminée par l’angle que fait l'axe du cœur avec le plan horizontal, correspondrait à un angle de 4o degrés (Testut); mais ce n’est là qu'une moyenne sur laqüelle on ne peut tabler.
Les données fournies par les anatomistes qui ont pesé les cœurs, ne renseignent pas mieux; on voit que le poids varie de 117 à 235 grammes (Cruveilhier); de 285 à 318 grammes (Lobstein); de 255 à 285 grammes (Bouillaud). Le poids moyen serait de 3o1 grammes pour Wolff, de 360 grammes pour Peacock, de 266 grammes pour Sappey, de 275 grammes pour Testut. Enfin Clendinning, qui a examiné le cœur d'environ 400 sujets, donne les chiffres suivants :
Ages Hommes Hero MS ANS. Lo. cd. A7 IÉGT.
30 à 50 DOTE TARN es" Un 50 à 70 UT Len VAN ODA
roebau dela"); 2 10330
Chez l'homme adulte, le poids du cœur est au poids du corps comme 1 est à 160 (Tiedemann), comme 1 est à 150 (M.-S. Weber), comme 1 est à 158 (Clendinning).
Laënnec comparait le volume du cœur à celui du poing, mode d'évaluation par trop approximatif, car les professions sont nombreuses qui font varier le volume du poing ; el personne ne nous à renseigné sur le poing de Laënnec.
Bouillaud donne des mensurations plus précises portant sur une série de 14 sujets adultes de vingt-cinq à soixante ans :
1° Circonférence du cœur mesurée à la base des ventricules : 258 millimètres: 2° longueur, représentée par la perpendiculaire conduite de l’origine de l'aorte à la pointe du cœur : 98 millimètres; 3° largeur, représentée par une ligne irée du bord droit au bord gauche au niveau de la base des ventricules : 107 millimètres : 4° épaisseur, mesurée par une ligne étendue de la face antérieure à la face postérieure, au niveau de la base des ventricules et du sillon quiles sépare ne dépasse pas 52 millimètres. Mais ces adultes avaient-ils bien des cœurs normaux ?
Bizot nous fournit les mensurations suivantes :
Hommes ou
longueur largeur
Denramranse SPIP 52 Gr 5 à 9 . DL UE Dieu) AO 74 ROLL Due dilvée UNS CRI AR 83 LOS D ae de PEU 103 DORA AU, Eee - UN SEAT 108
SD AL Su Di 119
Les dimensions du cœur augmentent done graduellement avec l’âge.
Nous ne mentionnerons pas les nombreuses données numériques circonférentielles nécessaires pour apprécer le volume, mais impossible à vérifier sur le vivant. Rien n'est plus singulier que de voir à quelles métho des bizarres on a dû recourir pour avoir le volume des cavités cardiaques. Quand on songe que Cenas, pour juger de la capacité des oreillettes, était obligé «de remplir la cavité avec des haricots jusqu'à distension moyenne de ses parois; el, comprimant ensuite le cœur au niveau du sillon auriculo-ventriculaire pour empêcher l'issue des graines entrées dans le ventricule, de laisser tomber dans une éprouvette graduée celles qui remplissaient l'oreillette », on demeure étonné de la simplicité d’une pareille méthode. Et c'est en vain que Hiffelsheim et Robin injectent du suif sous une pression calculée ; une fois la rigidité cadavérique forcée, le manomètre ne peut plus donner de mesure. Dans une thèse récente de M'° Lischnewsky, l’auteur s'est appuyé sur les données cadavériques pour démontrer la dilataüon de l'oreillette droite; et, au moyen d'une série d’épingles enfoncées perpendiculairement au thorax, 1l est arrivé ainsi à délimiter l'oreillette. Une pareille recherche est vouée fatalement à la stérilité; et n’enseigne-t-on pas dans tous les traités de médecine légale que l'oreillette droite, ulfima moriens, se remplit de caillots agoniques et se laisse dilater par ce dernier afflux au point de perdre sa forme normale.
En résumé, l'étude de l'anatomie ne nous renseigne pas exactement sur la forme, l'orientation, le poids,
AG 2 le volume et les rapports du cœur vivant et battant dans la poitrine, seule question qui intéresse le chiniclen.
L'anatomie pathologique est-elle plus heureuse et peut-on s'appuyer sur elle? Non, car de même que l'anatomie, elle ne donne que des résultats post mortem. Le cœur est gros ou petit, moyennement hypertrophié ; il pèse un nombre de grammes légèrement supérieur ou légèrement inférieur au poids moyen: tels sont les vagues protocoles d’autopsie. En dehors des résultats d'histologie fine, de la constatation des lésions valvulaires et des dégénérescences du muscle cardiaque, on ne trouve rien que l'on puisse rapporter au sujet vivant. Les données de l'anatomie pathologique n’ont de valeur que par rapport aux données de l’anatomie et nous avons montré combien celles-ci étaient sujettes à varia- Lions et à erreurs.
Beaucoup de bons esprits ont espéré pouvoir coudre el ajuster les données cadavériques aux données de l'observation directe. Malheureusement les méthodes chiniques présentent encore tellement d'incertitude que les recherches systématiques pratiquées par l'œil qui voit les battements, la main qui palpe, le doigt qui percute et l'oreille qui juge des différences de son n'ont pas acquis toute la rigueur nécessaire. Elles ont cet immense avantage de n'’exiger aucune instrumentation. Le médecin, comme le philosophe antique omnia secum porlans, porte toute son instrumentation avec lui; mais sa richesse est personnelle. Il y a des virtuoses de la percussion qui entendent et percoivent ce que d’autres n’entendent point, Le tact,
af le doigté, le palper, l’ouiïe mème sont, avant tout, ses subjectivités qui exigent un système nerveux intact et très cultivé, et les données fournies par ces sens inférieurs ne pourront jamais lutter contre les données de la vue guidant un style; on a non seulement une sensaüion, mais encore un graphique que tout le monde peut voir, lire et mesurer dans le même moment. C’est pourquoi les méthodes radioscopiques nouvelles, malgré l'inconvémient résultant de l’appareillage, sont destinées à entrer de plus en plus dans le domaine pratique. Nous ne voulons pas discuter 1c1 la valeur de chacune des méthodes cliniques, soil séparées, soit combinées; il nous suffira de rappeler quelques défauts inhérents à chacune d’elles ; les données physiologiques recueillies jusqu'ici par la méthode radioscopique démontrent mieux qu'une longue discussion dans quelles limites on doit accepter les résultats obtenus par ces méthodes anciennes.
L'inspection du thorax donne quelques renseignements sur la situation du cœur; mais 1l faut que le sujet ne soit ni gras, ni infiltré, ni pourvu de glandes mammaires exubérantes ; que son poumon ne soil pas emphysémateux et que la lame pulmonaire antécardiaque ne soit pas sclérosée ou déformée par un processus pathologique.
Les mêmes remarques s'apphquent à la palpation. Il suffit de lire les discussions suseitées par le choc en dôme du professeur Bard à la Société médicale des hôpitaux de Lyon en 1902, pour voir quel poids peut jeter dans la balance l'équation du clinicien qui observe. D'ailleurs, que le choc du cœur se fasse sur une petite
ES
surface où sur une surface large en dôme, quand sera-t-on sûr que le choc perçu répond bien à la pointe du cœur ? Il y a longtemps que Duroziez a écrit : « Tout ce qui bat n'est pas la pointe », et nous savons bien que choc de la pointe et choc du cœur ne sont pas des expressions synonymes. N'est-ce pas cette impossibilité de percevoir le choc de la pointe qui rend la plupart du temps impossible le diagnostic d'hypertrophie du cœur gauche par la seule palpation. Cabal, reprenant les idées anciennes de Friedreich, apprécie facilement l'hypertrophie du cœur par le choc de la pointe comparé au claquement sigmoïdien perçu dans le deuxième espace intercostal gauche ; mais, si le choc perçu ne correspond pas à la pointe et si le claquement sigmoïdien, qui n’est pas toujours perceptible, échappe, l'évaluation tombe, soit que l’un des deux points ou que les deux points ensemble soient absents ou mal perçus.
Reste la percussion médiate où immédiate. Il est inutile de passer en revue ici les procédés préconisés par Piorry, Baccelli, Potain et son école ; remarquons simplement que, suivant l’obliquité du grand diamètre du cœur dans la poitrine, d’avant en arrière, une grande partie de l'organe n’est plus accessible à la percussion, surtout par la partie qui déborde le côté droit du sternum. L'expérience journalière a démontré depuis longtemps que les données de la percussion ne pouvaient s’accommoder aux données de la radioscopie.
Déjà, en 1898, M. le professeur Mayet et M. le D' Destot ont cherché à établir les rapports qui peuvent exister entre les différentes données cliniques
io —
(inspection, palpation, pereussion) et les images fournies par la radioscopie chez vingt sujets sans, dans les positions assise, debout ou couchée; mais les résultats obtenus étaient tellement discordants qu'on n'a pas pu faire état de ces recherches ; la radioscopie avait été faite elle-même de deux façons différentes, soit avec un tube seulement, maintenu très éloigné du sujet de manière à éviter, dans une certaine mesure, la conicité de la projection, soit avec la radioscopie stéréoscopique qui permettait de réduire les ombres portées à leur vraie valeur. À la percussion, en général, on peut toujours adresser les reproches déjà signalés el qui tiennent, dans les cas pathologiques surtout, d'une part aux conditions différentes de la paroi, d’autre part à l’état pathologique du péricarde, de la plèvre et du poumon. On s'explique dès lors comment des auteurs compétents, opérant sur des sujets normaux, sont arrivés à des résultats dissemblables, et pourquoi la percussion a donné de nombreux déboires depuis la fameuse légende de Piorry, qui n'est pas seulement une légende.
Faut-il parler de la phonendoscopie de Bazzi et Bianchi, signalée et utilisée par M. le professeur Desplats pour l'étude des maladies du cœur. Cette méthode ne jouit pas à l’heure actuelle du crédit que lui avait attribué son auteur; de nombreuses causes d'erreur viennent fausser les résultats, et elle ne peut pas prendre rang à côté de la palpation, qui reste la méthode la plus utilisée.
Malgré les défauts que nous venons de signaler, il n’en resle pas moins acquis que l’on peut, d’une façon
générale el grossière apprécier, soit l'hypertrophie, soil la dilatation du cœur par les méthodes chiniques courantes, IlLest bien évident qu'il faut voir gros en chnique et ne pas tomber dans les subtilités ; une pointe, qui bat dans le sixième espace en dehors de la ligne mamelonnaire, correspondra toujours à un gros cœur; mais, en deçà de cette limite, les degrés d’hypertrophie moyenne ou faible échappent toujours à la percussion et à la palpation.
Nous nous adresserons dès lors à la physiologie ; malheureusement iei on se heurte à une autre impossibilité. Le cœur de l'homme ne ressemble pas au cœur des animaux, el si sa mécanique physiologique est à peu près calquée, en revanche la forme du thorax’chez l’homme est tellement spéciale qu'on ne peut la comparer à aucune autre; or, ce qu'il importe surtout au chinicien, c'est de savoir les rapports du cœur avec le thorax, surtout les variations de forme, de position, de volume dans les différents états physiologiques. Sur ce point, on n’a guère que les résultats heureux dus aux traumalismes, qui enlèvent une portion de la paroi thoracique antérieure et mettent le cœur à nu, et les plaies de cet organe, qui sont aujourd’hui abordées franchement; les autres interventions cardiaques ne sont indiquées que pour des lésions qui changent les rapports normaux : 1l s'agil presque loujours de péricardites.
La méthode radioscopique nouvelle ne nous permet pas, il est vrai, de fixer par la projection la systole et la diastole en inspiration, la systole et la diastole en expiration ; 1l est malaisé de voir très distinctement sur l'écran les divers temps de la révolution cardiaque ;
En, a mais ne serait-il pas tout aussi difficile d'apprécier ces élats physiologiques en tenantle cœur sur la main et par la simple inspection? C'est déjà beaucoup que de pouvoir écrire les changements de grandeur de l'aire cardiaque, el ce point à été atteint,
EXPOSÉ ET CRITIQUE DES ANCIENNES MÉTHODES RADIOLOGIQUES DONNANT L'AIRE DU CŒUR
Au mois de décembre 1895, le professeur Rôntgen de Würtzbourg annonça qu'il venait de découvrir un moyen de rendre visibles et tangibles les rayons isolés par Lénard dans le faisceau cathodique et connus sous le nom de rayons X. Moins d’un an après, les médecins avaient si bien assimilé cette conquête scientifique qu'une science nouvelle était née, la radiologie. Mais si les premières expériences, accueillies avec enthousiasme, donnaient des résultats précis en chirurgie, ce ne fut guère qu’à la fin de 1896 que, sous la haute autorité du professeur Bouchard de Paris, la radiologie pénétra dans le domaine médical. Les défauts inhérents à la méthode éclatèrent de suite à tous les yeux et la recherche des corps étrangers, quifut li première application de la radiographie, démontra à quelles aberrations et à quelles erreurs exposait une lumière émanant d’un point unique et déterminant de ce fait des projections coniques. Aussi chercha-t-on de toute manière à corriger ces inconvémients et, loin de se contenter d’une simple indication, les médecins exigèrent une rigueur scientifique aux données perçues. De cette recherche naquirent de nombreuses métho-
des et une infinité de procédés; on peut les diviser suivant que les auteurs s’adressèrent à la radiographie ou à la radioscopie ; on peut aussi les classer suivant que les auteurs cherchèrent à munir le tube de Crookes d'un appareil indicateur ou qu’au contraire ils cherchèrent à trouver par l'écran lui-même une indication nette,ou enfin suivant qu'ils combinèrent les différentes méthodes. Nous ne voulons pas suivre ici toutes les techniques préconisées ; 1l nous suffira d'exposer les principes sur lesquels elles reposent pour arriver enfin à jusüfier la méthode que nous avons suivie dans nos recherches et à démontrer sa parfaite exactitude.
C’est à MM. Bouchard et Guilleminot que revient le mérite d’avoir cherché les premiers, dans le domaine de la pathologie cardiaque, à trouver une série de procédés déterminant exactement l’aire de projection du cœur; nous citerons seulement les goniomètres, les indicateurs d'incidence et l'appareil radiographique de Guilleminot, dont l'ingéniosité est particulièrement grande, pour l'étude des variations de l'aire du cœur dans les mouvements respiratoires. L'idée de cet appareil a été d'utiliser les mouvements respiratoires pour donner le déclic à une bobine d’induction soit dans la phase inspiratoire, soit dans la phase expiratoire. Malheureusement, les premiers résultats s’appuyaient sur la radiographie, et nous devons d'emblée éliminer ce mode de recherche ; malgré l'emploi d'appareils de plus en plus puissants,malgré les sacrifices de tubes toujours coûteux, on n'est guère parvenu à prendre des radiographies instantanées, et celles-ci n’échappent pas aux critiques que nous allons formuler.
mie
Le cœur est dans la poitrine extrêmement mobile, et cette mobilité propre à l'organe est encore compliquée de ce fait que la cage thoracique qui le contient est elle-même mobile: de là des variations considérables dans les images recueillies, el ces variations ne sont même pas complètement annihilées par l’appareil de Guilleminot, qui ne prend cependant qu'un moment respiraloire ; si on peut jusqu'à un certain point comparer entre elles les données prises sur le même sujet et dans les mêmes conditions, il devient impossible d'appliquer ces données physiologiques à tous les cas : la méthode n'est ni clinique ni pratique.
A ce premier reproche on peut ajouter l'extrême variabilité des sujets dont les parois thoraciques changent d'épaisseur grâce au coussinet cellulo-adipeux et aux masses musculaires. Le squelette n'échappe pas à cette variabihté et les thorax présentent des différences très considérables : rachitisme ou déformations pathologiques diverses, variabilité de forme suivant la race, la taille, etc. ; du côté du poumon, les mêmes considérations peuvent être signalées, Enfin le cœur lui-même est plus ou moins oblique dans le médiastin, et de ses variations de position résultent des ombres projetées très différentes. |
Ainsi donc, les distances qui séparent le cœur de la plaque photographique ne peuvent pas être appréciées d'une façon exacte el ne sont pas comparables chez les différents individus. L'anatomie crée des différences et la physiologie apporte encore des variations chez les différents sujets : « cor mobile in mobile ». Faut-il se baser sur l'anatomie pathologique pour créer des
coefficients de correction ? Ici encore on se heurte à des difficultés insolubles. Il suffit de lire les différentes observations d'intervention sur le cœur publiées dans le rapport du dernier Congrès de chirurgie pour voir que l’on ne peut guère tabler sur les schémas fournis par les coupes de thorax sur des sujets congelés pour apprécier les distances qui séparent le cœur de la paroi thoracique.
Toutes ces données convergent pour aboutir à cette conclusion qu'il ne faut accepter les résultats de la radiographie qu'avec les plus grandes réserves, et les critiques que nous venons de formuler nous empêcheront d'étudier plus à fond une méthode préconisée par MM. Variot et Chicotot dans l'appréciation de l’aire cardiaque au moyen d'une échelle de réduction basée sur des recherches d’amphithéâtre.
Il faudrait pouvoir faire la cinématographie du cœur, ce qui est impossible à l’heure actuelle; et il faudrait que cette cinématographie, existät-elle, fût corrigée, par la stéréoscopie, ce qui complique singulièrement cette question ardue. La radioscopie seule reste en cause et c'est à elle seule qu'il faut avoir recours.
Comment rectifier les projections ? Comment réaliser des conditions toujours semblables à elles-mêmes et donnant des résultats comparables ?
MM. Bouchard et Guilleminot, puis M. Béclère eurent l’idée de munir le tube de Crookes d’un appareil tel qu'il indiquât toujours nettement sur l’écran fluorescent le point d'incidence du rayon normal à cet écran. Le système est très simple: si l’on met en face d’un tube de Crookes deux croisés de fils séparés l’un
de l’autre par un intervalle de 0 centimètres et dont les centres se correspondent, on arrive, en déplaçant ce système, à placer le tube d’une façon telle que les deux croisés de fils se superposent sur l'écran. On est sûr alors que le rayon qui part du tube, passant par ces deux centres, est bien normal à l'écran. Le tube étant fixé dans cette position, on supprime un des croisés; dès lors si l'on place le sujet à examiner devant un pareil système, et si on mobilise le tube dans le même plan vertical, on arrivera à suivre avec ce croisillon l'ombre du cœur projetée sur l'écran; on sera sûr d’avoir une projection orthogonale ou cylindrique, et par conséquent exacte. Une variante de ce procédé consiste à repérer le tube, fixé dans sa position et maintenu en rapport constant avec l'écran fixe luimême, et à déplacer le malade par rapport au système : c'est une méthode peu pratique et qui prête à erreur, en raison des modifications légères de torsion que peut subir le patient dans son mouvement de translation. En somme ce système n’était pas complet, puisqu'il était long, d’un mode d'emploi difficile, puisqu'il passait falalement par deux mouvements consécutifs dans le même plan, l'un vertical, l’autre horizontal ; enfin il n'était pas graphique ; c’est pourquoi M. Guilleminot changea le système ou plutôt lui adapta un procédé de marquage spécial sur lequel nous ne voulons pas insister, le pantographe.
Depuis ces premières recherches, rappelons que, dans la même voie de perfectionnement, furent faites des tentatives d'un ordre différent. La méthode stéréoscopique, indiquée pour la première fois par Imbert
svel-—
et Bertin-Sans en 1896, appliquée ensuite par Destot et Bérard, puis par Remy et Contremoulins, enfin rendue mathématique par Marie et Ribaut, essaya de combler le désidératum en prenant deux images du même sujet sous deux incidences différentes calculées; ces derniers auteurs arrivèrent même à la stéréométrie: mais les reproches que nous avons formulés pour la radiographie s'appliquent doublement à la stéréoscopie.
Frappés de ces difficultés, MM. Destot et Sauve de Rome, essayèrent d'appliquer à la radioscopie la stéréoscopie par vision monoculaire allernante de d’AJmeida et Storch. Roulliés et Lacroix, puis Guilloz poursuivirent le même but et obtinrent des résultats : on sait que si l’on excite alternativement deux tubes de Crookes ou deux lumières d'une façon très rapide et que l’on reçoive les ombres projetées avec un appareil à éclipse obturant alternativement les yeux, on arrive à envoyer dans un œæ1l toutes les images fournies par le même tube, etinversement la persistance de l'impression lumineuse fusionne les images droites et gauches différentes, et l’on voit en relief, Cette méthode, fort intéressante en soi et qui donne des impressions cérébrales très remarquebles, a contre elle ce défaut de ne pouvoir facilement objectiver l’image cérébrale virtuelle résultant de deux impressions : elle n'est pas graphique.
Les appareils radioscopiques préconisés par Moritz et Grunmach, qui ont fait sur la matière d’importantes recherches, reposent sur deux principes mécaniques essentiels (V. fig. 1).
1° Grâce à un double système d’articulation «, on
PEU PS peut, dans le même plan, passer du mouvement horizontal au mouvement vertical, sans discontinuité et sans que l'opérateur soit obligé de tâtonner et de manœuvrer différents leviers.
»° L'écran E le tube T reliés entre eux par un grand étrier rigide A subissent simultanément les mêmes déplacements; c'est l'écran qui écrit les différents mouvements du tube et qui a été réglé de telle sorte que la pointe du style corresponde exactement au rayon perpendiculaire au plan d'inscription.
Grâce à cette double condition, on obtient à la fois la rapidité et l'exactitude.
La rapidité est une des conditions les plus importantes dans l'inscription de l'aire de projection du cœur ; 1l faut en effet que le dessin puisse être exécuté en quelques secondes pendant une phase respiratoire, inspiration, expiration ou apnée, car nous montrerons que le cœur change de volume et de position suivant la phase respiratoire. Le passage instantané du mouvement horizontal au mouvement yertical, qui se produit grâce à un système de contrepoids p p° et devient un mouvement circulaire, permet de réaliser cette première condition.
L'exactitude dépend d'abord de la rapidité du graphique. Pour la réaliser, voici comment on règle l’appareil. L'écran est perforé en son centre d’un petit orifice circulaire V, qui content un cylindre métallique creux perpendiculaire au plan de cet écran. Dans le cylindre on peut glisser un viseur, constitué par un second cylindre de circonférence moindre : l’une de ses extrémités est constituée par un (rou sténopéique,
Co c'est l’oculaire ; l’autre, plus large, porte un croisillon de fils, ce qui donne la direction du rayon unique. On vise avec ce système l'ampoule et l’on amène par des mouvements successifs l'anticathode dans le champ du viseur, Jusqu'à ce que le croisillon de fils coupe l’anticathode en quatre parties égales. Pour cela, il est facile de trouver sur les griffes, qui retiennent l’anticathode et qui sont diamétralement opposées, les points où doivent se voir les fils, On a ainsi déterminé par trois points (orifice de l’oculaire, croisillon, milieu du miroir de l'ampoule) le rayon perpendiculaire au plan. On remplace alors le viseur par un crayon, dont la mine occupe exactement l'axe du cylindre de soutien ; puis le malade étant placé bien parallèlement au plan d'inscription, 1l suffit de faire cheminer le rayon normal autour de l'ombre cardiaque et de dessiner au fur et à mesure, pour avoir toutes les données d’une exactitude remarquable.
Grunmach a institué toute une série d'expériences de contrôle et nous ne saurions mieux faire que d’indiquer la plus probante. Ce professeur a comparé les silhouettes fournies par des objets à contours très 1rréguliers (flèche en plomb) placés sur la poitrine du sujet et, dans tous les cas, les graphiques obtenus étaient exactement superposables entre eux et superposables aux contours de l’objet lui-même.