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NOUVELLE MÉTHODE DE RADIOSCOPIE ORTHOGONALE

DEscRiPrION, — L'appareil dont nous nous sommes servi, el qui repose sur les mêmes principes mécaniques que le précédent, a été modifié par M. Destot pour serrer d'aussi près que possible la vérité et rendre plus pratique la méthode de Grunmach. Les modificaions portent surlout sur la partie radioscopique, de façon que le même système permelle un examen général, un examen localisé, un moyen d'inscription soit sur le sujet lui-même, soil sur un papier mesureur.

En conséquence, le tableau sur lequel Grunmach étend le papier a été remplacé par un cadre métallique à clare-voie A, dans lequel on peut fixer à volonté soit des blocs de feuilles de papier quadrillées au milhimètre carré, qu'il est possible d'arracher comme les feuillets d'une éphéméride, soit un grand écran; de celle façon, on peut, le sujet étant fixé dans la même position, se servir, sans aucun déplacement, du cadre armé soit du grand écran, soit du bloc, ou simplement à claire-voie,

Le tube de Crookes est contenu dans un cylindre métallique € fermé à ses deux extrémités par des rondelles d'ébonite. Deux lames mobiles permettent d'ob-

EN tenir une fente horizontale aussi petite qu'on le désire. Au-devant de cette fente on fait glisser deux vannes métalliques m, dont l'extrémité est encochée de la même façon que le diaphragme-iris de M. Béclère ; leur rapprochement réduit de plus en plus l'orifice de sortie des rayons du tube ; ces deux vannes sont munies l'une d’un fil verucal, l’autre d’un fil horizontal, et donnent ainsi un croisillon. Ce système permet de cerner l’anticathode et de faire coïncider le point dépoli du miroir avec le centre du croisillon. Ce point dépoli n occupe pas fatalement le centre du miroir, car souvent dans les tubes la correction absolue n'existe pas ; mais on sait que le point qui rougit le premier correspond exactement au centre du faisceau cathodique : c'est ce point qu'il faut viser. La manœuvre est ainsi très simplifiée: on amène d’abord la fente horizontale dans l’axe même du tube, ce qui est facile, puisqu'il suffit de faire coïncider cette fente avec l'axe même des conducteurs ; puis on fait glisser les deux vannes et on amène le fil vertical juste en face du point d'impact reconnu sur l'anticathode. Pour le réglage définitif, on amène Île croisillon du viseur en coïncidence exacte avec le croisillon situé au-devant du tube.

Tout ce que nous venons de dire au sujet du tube serait très simplifié si l’on avait des tubes diaphragmés d'emblée; M. Destot à le premier montré qu’en employant le cristal et en laissant une petite fenêtre de verre allemand, on obtenait le résultat voulu. La Société Siemens Halske emploie à l'heure actuelle des tubes dans lesquels le faisceau de rayons X est engaimé

dans un tronc de cône métallique, ce qui permet de centrer le rayon; ce n'est pas ün tronc de cône qu'il faudrait employer, mais un long cylindre, qui ne donnerait sur l'écran qu'une tâche ronde, pouvant ellemême être croisillonnée.

Le crayon placé en V est remplacé par une molette qui tourne dans tous les sens en frottant sur un tampon imbibé d'encre grasse ; cette molette est portée par une longue tige, si bien qu’en enlevant le bloc on peut peut écrire directement sur la peau du malade.

Enfin le petit écran porte-molette E est démontable en r el peut être remplacé par un levier coudé ZL(Voy. fig. 2); les dimensions du levier sont calculées de telle façon que, dans la position de repos de l'appareil, c'est-à-dire lorsque le grand contrepoids p' est vertical, et le petit contrepoids p horizontal, l'extrémité articulée du levier vient affleurer le milieu du côté vertical du cadre 17; puis le levier se coude deux fois à angle droit, si bien que lextrémité libre vient affleurer le milieu du bord inférieur du cadre; de ce point s'élève verticalement une tige d'acier mince terminée par un disque croisillonné D. Cette tige porte-disque rentre dans la branche horizontale du levier en Z comme un pied à coulisse. De cette façon, dans la position de repos, le croisillon du disque correspond au centre de l'ampoule el au centre du grand écran. Les branches de tout le système sont calculées pour que, par simple changement, le centre du disque vienne prendre lieu et place du centre du petit écran porte-molette.

Il nous faudrait encore ajouter quelques détails sur l'outillage pour ceux que la question pourrait inté-

Dr resser. C’est ainsi que les points de repère sont indiqués sur le sujet par des index de plomb que l’on fait en écrasant des plombs de chasse n° 2 sur des rondelles de diachylon. Pour le cardiaque qui ne peut se lenir ni couché ni debout, on utilise un fauteuil canné, à dossier incliné à 40 degrés et à siège très élevé, de manière à maintenir les cuisses presque étendues et à ne gêner en rien le jeu des organes thoraciques. Enfin l'appareil, grâce à une genouillère G, peut prendre l'angulation que l’on désire et tout le système se déplace à la fois.

Mon D'EmpLor. — L'appareil que nous venons de décrire implique un mode d'emploi rationnel que les médecins radiographes apprécieront. Le sujet étant debout et immobile derrière le cadre, il faut, avant d'écrire, se rendre compte des corps opaques qui donneront naissance au tracé. De nombreuses altérations pathologiques du poumon, des plèvres et du médiastin peuvent créer des ombres parasites au milieu desquelles il est quelquefois malaisé de distinguer l'ombre cardiaque, surtout si l’on ne jouit que d’un éclairage sur une petite surface; un examen général préalable est donc nécessaire. S'agit-il d’une ombre occupant la base du cœur ? il faudra pouvoir définir si elle est due à une simple adhérence pleurale en plaque ou si, au contraire, elle correspond à un ganglion, à un cancer, ou enfin si elle fait partie du système circulatoire. Comment localiser l’origine de l’ombre? Comment lire à quelle profondeur se trouve le corps opaque ?

A cet effet, dans un premier temps, on emploie le grand écran, associé au levier coudé. On amène le tube

2e. Nr

de Crookes au milieu du sujet et pour cela, on fait coïncider le disque avec le milieu du sternum. Immédiatement on voit si les aires pulmonaires sont claires. Admettons qu'elles ne le soient pas, car le cas contraire est simple : il existe par exemple une ou plusieurs taches et les limites du cœur ne sont pas faciles à établir. On dispose alors l’ampoule exactement derrière la tache à examiner (Voy. fig. 3); on fixe là Le disque avec une main au moyen de l’anneau Z du pied à coulisse, de façon que l'ombre parasite soit tangente au disque en à (position I). Puis on tire le levier coudé à gauche, si bien que le tube se déplace horizontalement dans le même sens. Si l'ombre ne bouge pas, c’est que l’objet qui lui donne naissance est situé dans la paroi thoracique ; si elle se déplace en sens inverse, on a acquis la certitude que l’objet est dans la profondeur de la cage thoracique.

Reste à évaluer cette profondeur. En maintenant fixe le disque en à, on déplace le levier et le tube en même temps (T vient en 1”, Len L’) jusqu’à ce que l’ombre primitivement tangente en à devienne tangente en a’ seconde extrémité du diamèlre qui passe par a position Il). On connaît ce diamètre du disque

a à — d, par conséquent de combien l'ombre s’est déplacée. On connaît le déplacement du tube ; il est lu sur le pied à coulisse LL’ = 1. On connaît enfin

la distance du disque au tube T L — T° L' —h}, La profondeur inconnue x se üre facilement de la proportion

au anticathode

En même lemps que l'ombre du corps opaque s'est déplacée, elle a changé d'aspect ; suivant que l'ombre augmentera où diminuera, se déplacera dans un sens ou dans un autre, on tirera des données utiles pour la connaissance du volume du corps opaque. Dès lors, 1l est facile par l'examen au grand écran de jalonner le tracé futur et d'éliminer les ombres parasites au moyen d'index de plomb disposés sur la paroi thoracique en vue du tracé final.

Ce premier examen fait, on remplace le grand levier coudé par un pelit écran inscripteur et on dispose le bloc de feuilles quadrillées à la place du grand écran fixe ; on diaphragme son ampoule aussi finement qu'on le peut. Il ne reste plus qu'à exécuter le graphique, ce qui est l'affaire de quelques secondes.

On peut fort bien se passer de toutes les observations préliminaires faites avec le levier coudé lorsqu'il s'agit de sujets sains, chez qui l'ombre du cœur se voit très bien et tranche nettement sur le fond clair des poumons ; mais chez les malades le double examen s'impose.

Le tracé obtenu est reporté sur une fiche de réduction au cinquième, analogue à une fiche de bibliothèque, et sur laquelle on peut ajouter lous les renseignements désirables. Elle permet d'embrasser d’un coup d'œil la forme générale des organes thoraciques ; c’est un document facilement transportable, aisé à classer et à compulser. (Voy. fig. 4.)

Nous avons toujours pris à la fois le tracé pulmonaire et le tracé cardiaque, et n'avons pas adopté des schémas analogues à ceux de Guilleminot, car toute donnée schématique est forcément fausse ; et c’est en

RE parlant de ce fait que nous sommes arrivé à trouver certains {ypes de cœur. Enfin on peut augmenter encore la valeur des graphiques en marquant certains points de repère, les uns radioscopiques, les autres chniques, (Cinquième côte, mamelon, pointe palpée et vue à jour frisant) qui faciliteront les comparaisons.

En résumé,de l'étude des divers appareils préconisés pour déterminer par la radioscopie l'aire de projection du cœur, celui qui semble à notre avis supérieur, et comme rapidité et comme exactitude, est l'appareil de Grunmach, modifié et amélioré par M. Destot. Des expériences de contrôle justifient cette préférence. Grâce à lui, on est en possession d’une méthode offrant une précision mathématique el, par cela mème, inaltaquable ; par opposition à une méthode anatomique pure, elle est toute physiologique, car elle s'appuie sur des données dynamiques beaucoup plus exactes et beaucoup plus vraies que les données cadavériques ; elle s'adresse à la vue, alors que les méthodes cliniques s'adressent à des sens beaucoup plus obtus ; enfin c'est une méthode graphique, qui supprime toute suggeslion et toute équation personnelle. Sa justification ne saurait se faire attendre longtemps : nous la trouverons dans les interventions chirurgicales sur la cage thoracique et dans les fait indéniables que fournit l’anatomie pathologique. Nous pouvons done bien l'envisager à l'heure actuelle comme une méthode de choix.

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