‹ Le cœur des autres: trois actesChapitre 20 sur 77 · ACTE PREMIER, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER, SCÈNE III

nous concerne, nous, ne pourrait même pas être imaginée.

ROSE

Mais tu penses bien que j'ai compris.

J'ai trouvé que tu me défendais presque avec trop de véhémence, tout à l'heure.

ROSE

Tu n'es jamais content ; je ne sais vraiment pas ce qu'il te faut.

DANIEL

On aurait dit que c'était à une voix au fond de toimême que tu répondais.

ROSE

C'est effrayant comme tu peux te tromper quand il s'agit d'êtres réels, toi qui es si fort pour démonter tes personnages.

DANIEL

Ce n'est pas agréable, ce que tu dis là.

ROSE

En tout cas c'est la pure vérité, et j'ai eu souvent l'occasion de m'en apercevoir.

DANIEL

Très bien... D'ailleurs tu dois avoir raison.

ROSE

Au fond, c'est très naturel. Pour créer il faut avoir de l'imagination, et quand on a autant d'imagination que toi, on voit des complications là où il n'y en a pas.

Mais au moins les voit-on là où elles existent ?

ROSE

La plupart du temps... Va, tu sais bien que je ne suis pas compliquée ; du reste ne l'es-tu pas pour nous deux ?

DANIEL

J'aimerais à me simplifier, Rose.

ROSE

On dit cela.

DANIEL

D'ailleurs, éprouver le besoin de créer, c'est sûrement aspirer à la simplicité.

ROSE

Voilà ce dont je ne suis pas sûre, par exemple !

DANIEL

Crois-moi, puisque c'est se donner.

ROSE

Quand on est, comme toi, capable de sympathiser avec les êtres les plus différents, souvent les plus singuliers...

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