ACTE PREMIER, SCÈNE III
ROSE
Ce que tu disais tout à l'heure et que j'ai répété après toi, cette idée que Ton consacre en exprimant, j'ai mis beaucoup de temps à la comprendre. Mais maintenant je suis sûre d'y être arrivée... D'ailleurs, tu le sais bien. Autrement tu n'écrirais pas ta nouvelle pièce. Tu ne voudrais pas me faire de la peine.
Bien entendu. Ma chérie I
ROSE
Oh ! je le sais bien, va ! Tu n'as toujours pas de titre ?
DANIEL
Peut-être « L'Enfant taciturne ».
ROSE
Ah !
DANIEL
Cela ne te* va pas ?
ROSE
Je ne sais pas au juste, je trouve que cela ne s'applique pas très bien. Et puis... cela me fait tout de même trop penser à Jean.
DANIEL
Il n'y a pourtant pas de danger : je te garantis que mon Gilbert n'aura rien de commun avec ce gamin buté et un peu hargneux.
ROSE
Tout de même, Daniel, il ne faut pas oublier que la situation est presque la même.
C'est entendu. Mais Gilbert ne ressemble pas à Jean, je te le promets. Je veux bien que Thérèse ait un peu de toi, mais entre ces deux garçons...
ROSE
Tu as pu voir, du reste, combien tout cela m'est indifférent. Seulement vis-à-vis de Jean...
DANIEL
D'ailleurs, peux-tu imaginer un seul instant entre Jean et toi l'analogue des relations qui s'établissent entre Thérèse et Gilbert?
ROSE
Je t'en prie...
DANIEL
Tout ce qui dans notre cas à tous trois n'existe que virtuellement...
ROSE
Pas même virtuellement, Daniel ! Enfin !
DANIEL
Je veux montrer comment chez d'autres êtres, dont nous ne trouvons en nous que certains caractères épars, une tragédie se nouerait dont la possibilité en ce qui