‹ Le cœur des autres: trois actesChapitre 24 sur 77 · ACTE PREMIER, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER, SCÈNE IV

ROSE

Il faut que je puisse être sûre que c'était simplement un mouvement de mauvaise humeur dont 'tu te repens déjà.

JEAN

Tu dis tout le temps « il faut ».

ROSE

Eh bien ?

Mais cela veut dire simplement que tu voudrais.

ROSE

Alors je dois prendre au sérieux ce que tu as dit tout à l'heure. Cela t'est égal de faire de la peine à ton parrain ?

JEAN

Mais puisque je suis sûr de ne pas lui en faire !

ROSE

Tu crois qu'il ne remarque pas comme tu es souvent peu gentil avec lui ?

JEAN

On est comme on peut.

ROSE

Jamais tu ne lui adresses la parole, tu ne lui parles jamais spontanément de tes lectures, de tes classes. Tiens, par exemple, de ton cours de philosophie : est-

ce que tu ne crois pas que ça lui ferait plaisir si tu causais un peu avec lui de tout cela ?

JEAN

Mais pourquoi est-ce que j'aurais envie de lui faire plaisir ?

ROSE

Enfin, Jean !...

L'autre jour quand il a lu mon brouillon de dissertation il s'est moqué de moi, et à déjeuner il a cité à un de vos amis une phrase qu'il avait trouvée ridicule. Si tu trouves cela chic...

ROSE

D'abord il n'a probablement pas dit qu'elle était de toi...

JEAN

Très souvent il fait de l'ironie sur mon dos, et s'il

Croît que je ne m'en aperçois pas... (La regardant fixement)

Est-ce qu'il ferait ça pour son fils ?

ROSE, troublée

Sûrement. Ton parrain n'agit ainsi que dans ton intérêt, tu le sais bien.

JEAN

Non. C'est bien connu que de faire de l'ironie avec un type c'est le prendre à rebrousse-poil. Un père... enfin, un vrai père saurait ça d'instinct.

Page 1