ACTE TROISIÈME, SCÈNE II
aimablement à venir me dire de vive voix ce qu'il pensait de « l'Enfant Taciturne ».
PAUL THOMAS
Je crains, Madame, de vous avoir quelquefois indisposée dans le passé par les appréciations un peu mitigées cfu'il m'est arrivé de porter sur les précédents ouvrages de Monsieur Meyrieux. Mais cette fois-ci, soyez-sûre que je m'incline très bas, je ne dirai pas que « l'Enfant Taciturne » est un chef-d'œuvre, c'est une expression un peu galvaudée et qui ne signifie rien, mais j'estime que jamais jusqu'à présent Monsieur Meyrieux n'avait trouvé ces accents directs, cette force et cette simplicité dans l'expression. Avec cela la donnée est neuve... Ce que je préfère peut-être c'est la scène du premier acte où votre héroïne manifeste le désir d'adopter l'enfant naturel de son mari. Vous êtes un des seuls qui ayez su peindre une honnête femme sans nous la rendre odieuse ou pour le moins insupportable : votre Thérèse est admirable. (A Rose) Je pense que votre sympathie lui est acquise, Madame ?
ROSE, avec sécheresse
Il m'est difficile de vous répondre, Monsieur ; les personnages de mon mari ne sont plus des êtres pour moi, je connais trop chaque détail du texte, chaque variante, ce ne sont pas des gens, mais des rôles.
DANIEL, étonné
Comment ?
ço LE CŒUR DES AUTRES
PAUL THOMAS
Mais il y a dans a l'Enfant Taciturne, et notamment dans le rôle de Thérèse, des mots qui vous donnent le sentiment d'avoir été dits. Je pourrais vous en citer qui ont pour moi une réalité presque hallucinante ; ils ont l'air d'avoir surgi dans une mémoire plutôt que dans une imagination.
C'est extraordinaire... que vous ayez cette impression* Je pense que mon mari est très heureux d'avoir réussi à la donner.
PAUL THOMAS
Sur le rôle de Gilbert... c'est bien Gilbert, n'est-ce pas ? le nom du jeune homme... il me semble que je formulerais quelques réserves. Il me paraît plus construit. Mais peu importe, telle qu'elle est, la pièce est des plus remarquables, et il se pourrait que le grand public lui-même fût de cet avis, (n se lève) Vous m'excuserez, je suis attendu au journal, Madame, je vous présente mes hommages.
ROSE
Monsieur...
(Il sort accompagné par Daniel qui revient aussitôt).