ACTE TROISIÈME, SCÈNE III
pâle, tu n'as presque rien dit. Réponds-moi, Rose... le sentiment d'être exposée, d'être en montre...
ROSE, d voix basse
Trouve des mots pour dire ce que les autres ressentent.
Cette impression pénible, ma chérie, je la comprends jusqu'à un certain point. Je peux même dire que je l'ai éprouvée, surtout pour toi.
ROSE, avec violence
Non, non, tu ne l'as pas éprouvée ; peut-être comprends-tu qu'on l'éprouve, cela coûte si peu de comprendre, c'est si facile ; mais si tu avais senti, je ne sais pas> cette curiosité étrangère qui se pose sur moi, ces regards braqués sur ma viel... Et puis les hommes ne doivent pas éprouver cela ; sinon je te détesterais.
DANIEL, avec compassion
Oui, c'est dur pour toi; tu ne serais pas l'être exquis que j .'adore, si tu n'étais pas froissée dans tes fibres les plus secrètes.
ROSE, avec ironie
Je te plais ainsi.
DANIEL
Cette pudeur est ce que je préfère en toi. J'en chéris jusqu'aux exagérations.
ROSE
Littérateur !
DANIEL
Et je te demande pardon de t'avoir infligé cette épreuve.
Réserve Ce mot. (Daniel lui jette un regard interrogateur).
Seulement il me semble tout de même que tu aurais dû prévoir un peu ce qui est arrivé. Et quand on prévoit, on amortit par avance.
ROSE
Non.
DANIEL, soupçonneux
Ou bien espérais-tu que je retirerais ma pièce au dernier moment ? escomptais-tu par hasard un sacrifice que tu n'osais pas me demander ? Cela, ma chérie, je t'avoue que j'aurais de la peine à te le pardonner.
ROSE
Allons, il paraît que les rôles sont changés.
daniel'
Entre nous, il ne doit pas y avoir de ces sous-entendus. Si tu répugnais à ce que « l'Enfant Taciturne » fût joué, il fallait me le dire loyalement.
ROSE
Et que m'aurais-tu répondu si au dernier moment,